L’Alvis TD21 est une grande routière britannique de prestige présentée en octobre 1958 au salon automobile d’Earls Court, à Londres. Produite jusqu’en 1963, elle associe un moteur six cylindres en ligne de trois litres, une propulsion classique et une carrosserie élégante inspirée des créations du carrossier suisse Hermann Graber. Disponible en berline deux portes et en cabriolet Drophead Coupé, elle représente l’une des dernières expressions du grand tourisme artisanal anglais.
Construite à environ 1 070 exemplaires, l’Alvis TD21 occupe une place particulière dans l’histoire du constructeur de Coventry. Elle conserve les qualités mécaniques des précédentes Alvis tout en adoptant une présentation plus moderne et une fabrication mieux organisée grâce au carrossier Park Ward. Ses deux principales évolutions, Series I et Series II, se distinguent notamment par leur freinage, leur transmission et certains détails de carrosserie.
Histoire de l’Alvis TD21 : une nouvelle génération de grandes routières
À la fin des années 1950, Alvis doit moderniser sa gamme sans renoncer à son identité. Depuis l’entre-deux-guerres, la marque s’est forgé une réputation de constructeur de voitures rapides, raffinées et techniquement sérieuses. Des modèles comme l’Alvis Speed 25 avaient contribué à établir cette image, fondée sur des moteurs six cylindres souples et des châssis adaptés aux longs voyages.
Après la Seconde Guerre mondiale, Alvis reprend la fabrication automobile avec la TA14, puis introduit en 1950 une nouvelle famille de modèles à moteur trois litres. L’Alvis TA21 inaugure cette architecture mécanique, qui sera progressivement perfectionnée au cours de la décennie. La TD21 en reprend les principes fondamentaux, mais les associe à une carrosserie sensiblement plus contemporaine.
La transition stylistique commence avant son lancement. Les Alvis TC21 et TC21/100 conservent une présentation relativement traditionnelle, avec des formes héritées de l’immédiat après-guerre. La Alvis TC21/100, surnommée Grey Lady, illustre cette période durant laquelle le constructeur cherche à améliorer les performances tout en conservant une clientèle attachée au luxe britannique.
Le véritable changement intervient avec la TC108/G, développée autour d’une carrosserie dessinée par Hermann Graber. Ce carrossier suisse avait acquis une solide réputation pour ses réalisations sur châssis de prestige. Ses lignes plus basses, ses surfaces épurées et son équilibre général correspondent aux nouvelles attentes du marché. Cependant, la fabrication de la TC108/G demeure coûteuse et limitée.
Alvis décide alors de confier à Park Ward, entreprise britannique spécialisée dans les carrosseries de luxe, l’industrialisation d’un dessin dérivé de celui de Graber. Cette collaboration permet de produire une voiture plus régulièrement, tout en conservant un niveau élevé de finition. La TD21 est présentée au public en octobre 1958, puis commercialisée en berline et en version découvrable.
Le prototype associé au développement porte le numéro de châssis 25938. Les archives Alvis identifient également le châssis 25946 comme la première berline TD21 de production Park Ward et le châssis 25948 comme l’un des premiers exemplaires découvrables. Ces références témoignent de la continuité entre la TC108/G et le nouveau modèle.
Design et carrosseries : l’influence de Graber et Park Ward
La silhouette de l’Alvis TD21 repose sur des proportions classiques de grand tourisme : un long capot, un habitacle légèrement reculé, une ligne de toit fluide et un arrière relativement court. La voiture conserve une calandre verticale chromée, signature traditionnelle de la marque, mais abandonne les volumes plus imposants de ses devancières.
Sur la TD21 Series I, la face avant comporte deux grands projecteurs ronds et des antibrouillards généralement montés séparément de chaque côté de la calandre. Les pare-chocs chromés, les baguettes latérales discrètes et les roues à rayons disponibles en option soulignent son caractère luxueux sans rechercher une apparence ouvertement sportive.
Park Ward adapte le dessin initial de Graber aux contraintes de la fabrication en petite série. Certaines modifications concernent notamment la partie arrière, l’habitabilité et la visibilité. La carrosserie combine différents matériaux, dont l’acier et l’aluminium. Sur les premières voitures, les portes comportent également des éléments de structure en bois, progressivement remplacés par une construction faisant davantage appel à l’aluminium.
Deux carrosseries principales sont proposées. La Saloon est une berline fermée à deux portes, conçue pour accueillir confortablement quatre adultes, avec une place centrale arrière possible selon l’aménagement. Le Drophead Coupé adopte une capote repliable et privilégie davantage les voyages à ciel ouvert. Sa partie arrière offre généralement moins d’espace aux passagers.
L’habitacle reflète les traditions des automobiles britanniques de prestige. La sellerie en cuir, les boiseries, les tapis épais et les instruments regroupés au centre du tableau de bord composent une ambiance raffinée. La colonne de direction réglable, les équipements de ventilation et les possibilités de personnalisation contribuent à son confort. Des sièges inclinables Reutter figurent parmi les équipements proposés sur certaines voitures.
Parallèlement aux carrosseries Park Ward, Hermann Graber réalise des TD21 spéciales dans son atelier de Wichtrach, en Suisse. Ces exemplaires peuvent présenter des différences sensibles de dessin, de finition et d’aménagement. Ils ne doivent pas être confondus avec les modèles de série, même lorsqu’ils utilisent le même châssis et la même mécanique Alvis.
Moteur six cylindres et comportement routier
L’Alvis TD21 conserve le six cylindres en ligne de 2 993 cm³ développé pour la famille des Three Litre. Installé longitudinalement à l’avant, ce moteur atmosphérique à soupapes en tête est alimenté par deux carburateurs SU. Il privilégie la souplesse et la disponibilité du couple plutôt que les régimes élevés.
Cette mécanique découle des évolutions entreprises depuis l’Alvis TC21. Les premières TD21 reprennent une configuration proche de celle de leur prédécesseur immédiat. Une culasse améliorée à douze conduits et des carburateurs de plus grande dimension permettent ensuite d’atteindre une puissance annoncée de 115 bhp, soit environ 117 chevaux métriques par simple conversion d’unité.
La transmission aux roues arrière passe initialement par une boîte manuelle à quatre rapports, apparentée à celle utilisée sur certaines Austin-Healey. Une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports est également proposée. L’overdrive devient disponible sur certaines configurations manuelles à partir de la fin de 1960, avant l’arrivée d’une boîte ZF à cinq rapports en 1962.
Le châssis séparé à longerons reçoit une suspension avant indépendante avec ressorts hélicoïdaux et une suspension arrière à essieu rigide guidé par des ressorts à lames semi-elliptiques. Cette conception relativement conventionnelle offre un compromis entre robustesse, confort et tenue de route, particulièrement adapté aux déplacements rapides sur les routes britanniques de l’époque.
Le freinage évolue sensiblement durant la carrière du modèle. Les premières TD21 disposent de tambours aux quatre roues. Des disques avant assistés apparaissent ensuite, avant que la Series II ne généralise les disques aux quatre roues. Cette progression accompagne l’amélioration des performances et répond aux attentes d’une clientèle utilisant sa voiture sur de longues distances.
Avec une vitesse maximale généralement située autour de 165 à 170 km/h, la TD21 se place parmi les grandes routières rapides de son époque. Son comportement repose davantage sur la stabilité, le confort de suspension et les reprises du six cylindres que sur une recherche de performances extrêmes. La présence d’une boîte automatique ou d’un overdrive modifie naturellement les sensations de conduite et les régimes moteur à vitesse de croisière.
Fiche technique de l’Alvis TD21
| Caractéristique | Alvis TD21 |
|---|---|
| Constructeur | Alvis Car and Engineering Company |
| Pays d’origine | Royaume-Uni |
| Présentation | Octobre 1958, salon d’Earls Court |
| Production | 1958 à 1963 |
| Versions | Series I et Series II |
| Carrosseries | Saloon deux portes, Drophead Coupé et réalisations spéciales Graber |
| Carrossier de série | Park Ward |
| Style d’origine | Hermann Graber |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | Six cylindres en ligne atmosphérique à essence |
| Cylindrée | 2 993 cm³ |
| Alésage x course | 84 x 90 mm |
| Distribution | Soupapes en tête, commande par culbuteurs |
| Alimentation | Deux carburateurs SU |
| Refroidissement | Liquide |
| Puissance | 115 bhp à 4 000 tr/min sur les versions à culasse améliorée, environ 117 ch métriques |
| Couple | Environ 206 à 221 Nm selon les configurations et les données publiées |
| Taux de compression | Environ 8,0:1 à 8,5:1 selon évolution |
| Boîte manuelle initiale | 4 rapports, synchronisation des trois rapports supérieurs |
| Overdrive | Disponible sur certaines versions manuelles à partir de 1960 |
| Boîte automatique | Borg-Warner à 3 rapports, en option |
| Boîte manuelle tardive | ZF à 5 rapports, introduite en 1962 |
| Châssis | Séparé, à longerons de section caissonnée |
| Suspension avant | Indépendante, triangles et ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Boîtier Burman à recirculation de billes |
| Freins initiaux | Tambours aux quatre roues |
| Freins Series I évoluée | Disques avant, tambours arrière |
| Freins Series II | Disques Dunlop aux quatre roues |
| Roues | Roues conventionnelles ou à rayons selon équipement |
| Pneumatiques | 6.40-15 sur certaines configurations d’époque |
| Longueur | Environ 4 788 mm |
| Largeur | Environ 1 676 mm |
| Hauteur | Environ 1 448 à 1 524 mm selon les fiches et configurations |
| Empattement | 2 832 mm |
| Voie | Environ 1 410 mm selon les données publiées |
| Masse | Environ 1 450 à 1 500 kg pour certaines berlines, variable selon carrosserie et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 165 à 170 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 13,5 à 14,7 secondes selon version et estimations |
| Consommation indicative | Environ 14 L/100 km dans certaines données historiques |
| Production totale | Environ 1 070 exemplaires |
| Modèle remplacé | Alvis TC108/G |
| Successeur | Alvis TE21 |
Alvis TD21 Series I et Series II : les différences
La carrière de la TD21 se divise en deux séries principales, mais les changements techniques ne correspondent pas tous à une rupture nette. La Series I, commercialisée à partir de 1958, bénéficie déjà de plusieurs améliorations avant l’arrivée officielle de la Series II en 1962.
Les premières voitures se reconnaissent à leurs antibrouillards séparés et à leur présentation frontale relativement simple. Elles conservent initialement un freinage à tambours, puis reçoivent progressivement des disques avant. Les modifications apportées à la culasse, aux carburateurs et à la transmission améliorent également leur agrément.
Au cours de la production, certaines Series I adoptent des portes redessinées et une construction faisant davantage appel à l’aluminium. Ces exemplaires de transition sont parfois désignés officieusement comme des Series 1½. Cette appellation n’identifie toutefois pas une série commerciale indépendante.
La TD21 Series II apparaît en 1962 avec plusieurs évolutions plus visibles. Ses antibrouillards sont intégrés dans deux ouvertures circulaires situées de part et d’autre de la calandre, ce qui permet généralement de la distinguer immédiatement de la première série. Les feux arrière et certains éléments de carrosserie sont également modifiés.
Sur le plan mécanique, l’adoption des freins à disque aux quatre roues constitue l’une des principales améliorations. L’introduction de la boîte manuelle ZF à cinq rapports, entièrement synchronisée, modernise également la transmission. Ces changements renforcent l’aptitude de la voiture aux longs trajets et améliorent sa facilité d’utilisation.
La TD21 demeure au catalogue jusqu’en octobre 1963, date à laquelle elle cède sa place à l’Alvis TE21. Cette dernière conserve une architecture proche, mais adopte une face avant reconnaissable à ses doubles projecteurs superposés verticalement et bénéficie de nouvelles évolutions mécaniques.
La lignée se prolongera ensuite avec l’Alvis TF21, dernière automobile de tourisme produite par Alvis avant l’arrêt de sa fabrication de voitures particulières en 1967.
Production, rareté et place sur le marché du luxe
La TD21 est fabriquée en quantités modestes, conformément à la philosophie d’Alvis. Les archives spécialisées font apparaître un total voisin de 1 070 voitures, avec de légères différences de comptage. L’Alvis Archive retient 785 exemplaires de Series I et 285 de Series II, tandis que l’Alvis Owner Club mentionne 784 Series I et 285 Series II. L’écart peut notamment être lié au traitement de certains prototypes et châssis particuliers.
La production de la Series II est donc nettement inférieure à celle de la première série. Les versions Drophead Coupé et les carrosseries spéciales Graber sont particulièrement recherchées en raison de leur diffusion plus limitée. Environ cinquante châssis TD21 auraient été confiés à Graber pour recevoir une carrosserie spécifique, d’après les données de l’Alvis Owner Club.
Lors de son lancement, la TD21 se positionne dans le haut du marché britannique. Un prix d’environ 2 993 livres sterling, taxes comprises, est documenté pour la berline de 1958. Cette somme la place au-dessus de nombreuses automobiles sportives contemporaines et traduit le coût d’une fabrication soignée, d’une mécanique relativement exclusive et d’un habitacle luxueux.
Alvis ne cherche pas à rivaliser directement avec les constructeurs de grande diffusion. La TD21 s’adresse à des propriétaires privilégiant la discrétion, la qualité de construction et l’exclusivité plutôt que la puissance brute ou une image sportive démonstrative. Sa clientèle comprend notamment des personnalités britanniques de premier plan.
Le prince Philip, duc d’Édimbourg, a possédé une TD21 immatriculée OXR 1. L’aviateur Douglas Bader figure également parmi les propriétaires connus du modèle. Ces associations reflètent le prestige de la marque, même si Alvis reste beaucoup moins visible commercialement que Jaguar, Bentley ou Rolls-Royce.
La TD21 n’a pas construit sa réputation sur un palmarès sportif majeur. Elle illustre plutôt une forme de grand tourisme britannique où les performances suffisantes pour voyager rapidement s’accompagnent d’un haut niveau de confort et d’une présentation personnalisée.
L’Alvis TD21 en collection : authenticité et points de vigilance
Aujourd’hui, l’Alvis TD21 intéresse les amateurs de grandes routières britanniques de faible diffusion. Sa rareté ne suffit cependant pas à déterminer sa valeur. La carrosserie, la série, l’état de conservation, la conformité mécanique et la qualité des restaurations jouent un rôle essentiel. Les cabriolets et les réalisations Graber peuvent présenter des écarts de prix importants par rapport aux berlines Park Ward.
La corrosion constitue l’un des principaux points à examiner. Les bas de caisse, les passages de roue, les ailes arrière et le plancher du coffre sont particulièrement sensibles. La construction mixte de la carrosserie nécessite aussi de contrôler les assemblages entre les différents matériaux et les traces d’infiltration d’eau.
Sur les premières voitures, les éléments en bois intégrés aux portes peuvent se dégrader avec l’humidité. Une restauration de carrosserie doit donc aller au-delà de l’aspect extérieur, car des panneaux apparemment corrects peuvent masquer des défauts structurels. Les exemplaires découvrables demandent une attention supplémentaire à l’étanchéité de la capote et aux mécanismes associés.
La mécanique six cylindres est de conception relativement traditionnelle, mais son entretien suppose une bonne connaissance des moteurs Alvis. L’état du circuit de refroidissement, des carburateurs, de la lubrification et des organes de transmission mérite une vérification approfondie. Sur les boîtes manuelles à quatre rapports, l’usure des synchroniseurs, notamment celui du deuxième rapport, constitue un point de contrôle important.
L’authenticité doit également être appréciée en fonction de la chronologie des évolutions. Une Series I équipée de disques avant n’est pas nécessairement modifiée, puisque ce montage a été introduit avant la Series II. De même, certaines différences de portes, de roues ou de transmission correspondent à des équipements et à des améliorations d’époque.
Pour identifier précisément une voiture, le numéro de châssis, les documents de fabrication et l’historique de carrosserie sont plus fiables qu’une simple observation des détails extérieurs. Cette vérification est particulièrement importante pour les TD21 Graber, dont les carrosseries spécifiques peuvent présenter des différences importantes par rapport aux modèles Park Ward standardisés.
La disponibilité des pièces et les connaissances conservées par les spécialistes de la marque facilitent l’entretien de certains éléments mécaniques, mais les composants de carrosserie et les garnitures particulières peuvent exiger des travaux artisanaux. Avant toute restauration importante, il est donc utile de vérifier l’origine des panneaux, la conformité des équipements et la présence des éléments spécifiques à la série concernée.
