Bolloré Bluecar

Bolloré Bluecar

La Bolloré Bluecar est une citadine électrique française lancée en 2011, principalement connue pour avoir équipé le service d’autopartage Autolib’ en région parisienne. Développée par le groupe Bolloré avec le concours du carrossier italien Pininfarina, cette voiture à trois portes et quatre places se distingue par sa batterie lithium-métal-polymère (LMP), une technologie différente des batteries lithium-ion conventionnelles. Produite initialement en Italie, puis assemblée en France à partir de 2015, elle incarne une étape importante du développement de la mobilité électrique urbaine au début des années 2010.

Origines et développement de la Bolloré Bluecar

L’histoire de la Bluecar commence bien avant son lancement commercial. Le groupe Bolloré, historiquement présent dans les activités industrielles et les matériaux techniques, développe à travers ses filiales une technologie de stockage électrique reposant sur des batteries lithium-métal-polymère. L’automobile constitue alors une application particulièrement ambitieuse de cette technologie, avec l’objectif de proposer un véhicule électrique capable de parcourir des distances suffisantes pour un usage quotidien.

Un premier prototype baptisé BlueCar apparaît en 2005. Cette voiture expérimentale sert principalement à démontrer les possibilités de la batterie LMP. Plusieurs exemplaires sont ensuite développés et, en août 2007, dix prototypes obtiennent une homologation. Leur architecture et leur carrosserie diffèrent sensiblement de celles de la future voiture commercialisée.

Le projet prend une nouvelle dimension avec l’intervention de Pininfarina. En 2008, le concept Pininfarina B0 est présenté au Mondial de l’automobile de Paris. Ce véhicule annonce une collaboration industrielle destinée à transformer les recherches de Bolloré en une automobile commercialisable. Son dessin, plus démonstratif, ne correspond toutefois pas encore à celui de la Bluecar définitive.

La version de série est dévoilée au Salon de Genève en mars 2011. Elle adopte une carrosserie compacte à trois portes, un habitacle de quatre places et une présentation adaptée à une fabrication en plusieurs milliers d’exemplaires. Le modèle est pensé pour répondre aux besoins de déplacements urbains, mais aussi pour fonctionner au sein de flottes de véhicules partagés.

Le lancement commercial intervient à la fin de l’année 2011 avec Autolib’, dont les premières voitures entrent en service le 5 décembre en Île-de-France. La Bluecar devient ainsi l’un des premiers véhicules électriques à bénéficier d’une visibilité quotidienne aussi importante dans les rues françaises.

Design, carrosserie et habitacle

La Bolloré Bluecar de série possède une silhouette immédiatement reconnaissable. Sa carrosserie bicorps associe un capot court, un pare-brise relativement avancé, un pavillon haut et une partie arrière arrondie. Ses proportions privilégient l’habitabilité et la facilité d’utilisation plutôt que la recherche d’une allure sportive.

La face avant se caractérise par des projecteurs allongés, un bouclier aux formes douces et des ouvertures de ventilation discrètes. L’absence de grande calandre traditionnelle rappelle que la voiture ne possède pas de moteur thermique. Les surfaces sont simples et les éléments décoratifs limités, conformément à sa vocation de citadine fonctionnelle.

De profil, les deux portes latérales sont relativement longues afin de faciliter l’accès aux places arrière. La surface vitrée généreuse et le pavillon élevé contribuent à donner une impression d’espace malgré les dimensions extérieures contenues. À l’arrière, un hayon permet d’accéder au compartiment à bagages, dont le volume annoncé lors de la présentation de 2011 atteignait 350 litres.

Les exemplaires utilisés par Autolib’ sont particulièrement reconnaissables à leur peinture gris métallisé clair et à leurs marquages spécifiques. Les véhicules destinés aux particuliers ont notamment été proposés dans une teinte bleu foncé. Ces différences de présentation ne correspondent pas à des générations distinctes.

L’habitacle accueille quatre occupants sur deux rangées de sièges. L’accès à la banquette arrière s’effectue par basculement des sièges avant. La planche de bord adopte une présentation sobre, avec une instrumentation dédiée à la conduite électrique. Les informations essentielles concernent notamment la vitesse, l’état de charge de la batterie et l’autonomie disponible.

Selon les configurations, la Bluecar dispose d’équipements de navigation, de télématique et de fonctions adaptées à son utilisation en autopartage. Dans les véhicules Autolib’, ces dispositifs permettent notamment de gérer l’identification des abonnés et l’intégration de la voiture au réseau de stations.

Fiche technique de la Bolloré Bluecar

CaractéristiqueBolloré Bluecar de série
Année de lancement2011
CatégorieCitadine électrique
CarrosserieBicorps, 3 portes
Nombre de places4
MotorisationMoteur électrique
Implantation du moteurAvant
Roues motricesAvant, traction
Puissance maximale50 kW, environ 68 ch
TransmissionRapport fixe
DirectionAssistée électriquement
FreinageSystème hydraulique avec ABS
StructureStructure métallique et éléments de carrosserie en matériaux légers
Technologie de batterieLithium-métal-polymère (LMP)
Capacité nominale de batterie30 kWh
Tension nominale annoncée410 V
Masse approximative de la batterie300 kg
Température de fonctionnement de la batterieEnviron 60 à 80 °C
LongueurEnviron 3 650 mm pour la version commercialisée
LargeurEnviron 1 700 mm
HauteurEnviron 1 610 mm
Volume de coffre annoncé350 litres lors de la présentation de 2011
Vitesse maximale110 à 130 km/h selon les fiches et configurations
Accélération de 0 à 60 km/h6,3 secondes annoncées en 2011
Autonomie urbaine annoncéeJusqu’à 250 km
Autonomie extra-urbaine annoncéeEnviron 150 km
Recharge annoncéeEnviron 8 heures sous 220 V / 16 A ou 4 heures sous 220 V / 32 A, selon les offres et équipements
Premiers sites d’assemblageItalie, région de Turin
Assemblage en FranceUsine Renault de Dieppe à partir de 2015

Motorisation électrique et technologie de batterie LMP

La principale originalité technique de la Bolloré Bluecar réside dans sa batterie lithium-métal-polymère. Développée au sein des activités de stockage électrique du groupe Bolloré, notamment par Batscap puis Blue Solutions, cette technologie repose sur un électrolyte polymère solide et se distingue des accumulateurs lithium-ion à électrolyte liquide largement utilisés dans les automobiles électriques contemporaines.

Le fonctionnement de cette batterie exige le maintien d’une température interne élevée. Un système de gestion thermique permet de conserver les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’accumulateur. Cette particularité influence directement l’utilisation quotidienne du véhicule, notamment lorsqu’il reste immobilisé pendant une longue période.

En effet, la gestion thermique peut continuer à consommer de l’électricité lorsque la voiture est stationnée. Une Bluecar laissée sans recharge pendant plusieurs jours ne se comporte donc pas exactement comme une voiture électrique équipée d’une batterie lithium-ion conventionnelle. Cette contrainte explique en partie l’intérêt du modèle pour les services d’autopartage disposant de stations de recharge dédiées.

La capacité annoncée permettait à Bolloré de mettre en avant une autonomie élevée pour une petite voiture électrique au moment de son lancement. Les distances communiquées dépendaient toutefois fortement des conditions d’utilisation. La circulation urbaine, caractérisée par des vitesses modérées et des phases de décélération fréquentes, favorisait davantage l’autonomie que les déplacements rapides sur route.

La motorisation électrique procure une réponse immédiate à l’accélérateur et dispense le conducteur de changements de rapports. La transmission à rapport fixe simplifie la conduite, particulièrement dans les embouteillages. Des modes de fonctionnement Normal, Sport et Ice ont également été décrits sur certaines versions, afin d’adapter la réponse de la chaîne de traction aux conditions de circulation.

La Bluecar ne cherche pas à rivaliser avec les automobiles électriques les plus performantes. Sa puissance et ses caractéristiques sont adaptées aux déplacements quotidiens, aux trajets périurbains et à une utilisation régulière en ville. La vitesse maximale indiquée varie suivant les documentations commerciales, ce qui reflète des différences de présentation ou de configuration qui ne sont pas entièrement établies.

La technologie LMP présente également des implications pour l’entretien et la conservation des véhicules. La disponibilité des composants de gestion thermique, des systèmes électroniques et des solutions de recharge conditionne aujourd’hui la possibilité de maintenir une Bluecar en état de fonctionnement. La batterie constitue donc un élément déterminant pour les exemplaires encore en circulation.

Autolib’ et la commercialisation auprès des particuliers

Le destin commercial de la Bolloré Bluecar est étroitement lié à Autolib’. Lancé en décembre 2011 à Paris et dans plusieurs communes de la région parisienne, ce service propose des voitures électriques accessibles en libre-service à partir de stations réparties sur le territoire. L’utilisateur peut réserver un véhicule, effectuer son déplacement et le restituer dans une autre station compatible.

La Bluecar répond à plusieurs exigences de ce fonctionnement. Ses dimensions facilitent le stationnement, son moteur électrique limite les émissions locales à l’échappement et sa batterie peut être rechargée lors des périodes d’immobilisation en station. Le service repose également sur une infrastructure de bornes et sur des systèmes informatiques permettant de superviser la flotte.

Le lancement commence avec environ 250 voitures. Le réseau se développe progressivement jusqu’à atteindre plusieurs milliers de véhicules. Cette présence massive donne à la Bluecar une notoriété supérieure à celle que ses seules ventes aux particuliers auraient probablement permis d’obtenir.

En février 2013, Bolloré annonce la 2 000e immatriculation de Bluecar. Ce chiffre témoigne de l’ampleur du déploiement, mais il doit être distingué des ventes traditionnelles aux automobilistes privés. Une part essentielle des immatriculations correspond aux besoins des services d’autopartage.

Parallèlement, Bolloré cherche à ouvrir le modèle à une clientèle individuelle. Les premières offres reposent notamment sur la location longue durée, avec un tarif annoncé de 330 euros mensuels en 2011. D’autres formules apparaissent ensuite, dont une proposition d’achat autour de 19 000 euros en 2013, associée à une location de batterie d’environ 80 euros par mois.

Ce système de commercialisation vise à dissocier le coût du véhicule de celui de sa batterie, qui représente une part importante de sa valeur technique. Il permet également au constructeur de conserver un contrôle sur un composant nécessitant une gestion spécifique. Les conditions financières varient cependant selon la période, les prestations et les aides disponibles.

Le modèle est également utilisé dans d’autres réseaux du groupe, notamment Bluely à Lyon et Bluecub à Bordeaux. Ces initiatives prolongent le principe d’une mobilité électrique partagée, tout en confirmant que la Bluecar est principalement conçue comme un outil de déplacement urbain plutôt que comme une automobile familiale polyvalente.

Production industrielle et diversification de la gamme Bolloré

La fabrication de la Bluecar débute en Italie, dans la région de Turin, avec l’intervention de partenaires industriels associés au programme Bolloré-Pininfarina, notamment Cecomp. Cette première phase permet de lancer la production d’une automobile dont les principaux composants électriques et la batterie résultent de développements industriels spécialisés.

Le 9 septembre 2014, Renault et Bolloré annoncent un accord de coopération portant notamment sur la fabrication de véhicules électriques. L’assemblage de la Bluecar à l’usine Renault de Dieppe débute en juin 2015. Le site normand, historiquement associé à la production de véhicules sportifs, accueille ainsi une activité consacrée à une petite voiture électrique urbaine.

Ce transfert industriel constitue une étape significative pour Bolloré. Il permet de s’appuyer sur les moyens de production et l’expérience d’un constructeur automobile établi, tout en conservant la spécificité de la chaîne de traction électrique et des batteries du groupe. La production de batteries LMP s’appuie notamment sur les implantations industrielles de Bolloré à Ergué-Gabéric, dans le Finistère, et à Boucherville, au Canada.

Les volumes exacts de fabrication de la seule citadine Bluecar ne sont pas établis de manière suffisamment homogène pour retenir un total définitif. Les communications industrielles font état de plusieurs milliers de voitures produites ou immatriculées. Les chiffres globaux publiés pour la marque peuvent toutefois inclure d’autres véhicules électriques et ne correspondent pas nécessairement à la production de cette carrosserie précise.

Le groupe Bolloré étend en effet son offre à d’autres catégories. La Bolloré Blueutility est un véhicule utilitaire électrique destiné aux besoins professionnels, notamment au transport de marchandises et aux livraisons urbaines. Elle utilise une technologie de stockage apparentée, mais possède une carrosserie et une vocation différentes de celles de la Bluecar.

La Bolloré Bluesummer explore un autre usage de cette technologie. Présentée comme une voiture électrique de loisirs découvrable, elle adopte une carrosserie ouverte et un positionnement orienté vers les déplacements de détente. Cette diversification montre que Bolloré cherche à exploiter sa batterie LMP sur plusieurs types de véhicules plutôt qu’à multiplier les générations de sa citadine initiale.

Fin d’Autolib’ et devenir des Bolloré Bluecar

Après plusieurs années d’exploitation, Autolib’ connaît des difficultés économiques et contractuelles. Le service, pourtant très visible dans le paysage francilien, ne parvient pas à établir un équilibre financier satisfaisant pour les différentes parties impliquées. Les désaccords entre l’exploitant et les collectivités conduisent finalement à l’arrêt du dispositif.

Le 31 juillet 2018 marque la fermeture définitive d’Autolib’ à Paris et dans les communes participantes. Plusieurs milliers de Bluecar sont alors concernées par la disparition du réseau qui constituait leur principal débouché. Cet événement met un terme à l’utilisation massive du modèle dans les rues de la capitale.

Le retrait de la flotte pose rapidement la question de la réaffectation des véhicules. Certaines voitures sont stockées, d’autres réutilisées ou proposées sur le marché de l’occasion. Leur remise en circulation nécessite cependant de tenir compte de leur configuration initiale, de leur équipement électronique et surtout de l’état de leur batterie.

La disparition d’Autolib’ ne signifie pas que tous les exemplaires ont été détruits. Des Bluecar issues du service ont continué à circuler ou ont été conservées par des particuliers et des professionnels. En revanche, leur entretien peut devenir complexe en raison de la diffusion limitée du modèle et de la spécificité de ses composants.

Pour un acheteur d’occasion, les points essentiels concernent la situation administrative du véhicule, la disponibilité d’une solution de recharge adaptée, le fonctionnement du système de gestion thermique et les conditions d’utilisation de la batterie. Une voiture longtemps immobilisée sans alimentation appropriée mérite une vérification technique particulièrement attentive.

La Bluecar demeure ainsi un véhicule singulier sur le marché de l’occasion. Son histoire industrielle et son association à Autolib’ lui donnent un intérêt documentaire, mais sa valeur marchande dépend avant tout de son état de fonctionnement et de la possibilité de maintenir durablement sa chaîne de traction électrique.

Marque Bolloré

Année de sortie 2011

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