Présentée en mai 1968, la Citroën Méhari est un véhicule de loisirs et un utilitaire léger construit autour d’une idée originale : associer la mécanique économique d’une petite Citroën à une carrosserie en plastique, légère, démontable et insensible à la corrosion. Avec ses panneaux nervurés, son pare-brise rabattable et son habitacle lavable, elle privilégie la simplicité et la polyvalence plutôt que le confort traditionnel.
Produite jusqu’en 1987 à 144 953 exemplaires, la Méhari a été utilisée aussi bien par les particuliers que par les professionnels, les administrations et l’armée. Sa carrière comprend une version à quatre roues motrices et plusieurs séries spéciales, dont l’Azur et la Plage.
Une voiture de loisirs née en mai 1968
La Méhari trouve son origine dans les travaux de Roland de La Poype, industriel français spécialisé dans les matières plastiques. Son objectif est de créer un véhicule économique et polyvalent dont la carrosserie serait facile à fabriquer, à entretenir et à réparer. La société SEAB participe au développement du projet avant son intégration à la gamme Citroën.
Pour limiter les coûts, le constructeur reprend la plateforme et la mécanique de la Citroën Dyane 6. Cette solution permet de disposer d’un ensemble éprouvé sans concevoir une nouvelle architecture automobile. La Méhari conserve ainsi les principes mécaniques des petites Citroën de l’époque, mais adopte une carrosserie entièrement différente.
Le véhicule est présenté au golf de Deauville en mai 1968, sous l’appellation initiale Dyane 6 Méhari. Il apparaît ensuite au Salon de l’automobile de Paris, en octobre. Son lancement intervient dans une période de transformation des habitudes de consommation et de développement des loisirs, à laquelle sa conception particulièrement ouverte répond directement.
Le nom Méhari fait référence au dromadaire utilisé notamment en Afrique du Nord, réputé pour son endurance et sa capacité à transporter des charges dans des conditions difficiles. Il correspond à la vocation du véhicule : transporter des personnes ou du matériel avec un minimum de contraintes.
Les premiers exemplaires sont assemblés en petites séries avant l’extension de la production. La fabrication se répartit progressivement entre plusieurs établissements européens, notamment en France, en Belgique, en Espagne et au Portugal. L’usine de Forest, en Belgique, occupe une place importante dans cette organisation industrielle.
Une carrosserie en plastique qui fait toute la différence
La principale originalité de la Méhari réside dans sa carrosserie en ABS, pour acrylonitrile-butadiène-styrène. Ce matériau plastique est thermoformé et teinté dans la masse. Contrairement à une carrosserie métallique traditionnelle, les panneaux ne rouillent pas et les rayures superficielles restent moins visibles lorsque la matière conserve sa couleur d’origine.
La carrosserie repose toutefois sur une structure métallique fixée à la plateforme. La Méhari n’est donc pas une voiture intégralement construite en plastique : son châssis et ses éléments porteurs restent exposés à la corrosion, particulièrement sur les véhicules utilisés en bord de mer ou conservés à l’extérieur.
Citroën indique que la carrosserie comprend seulement onze éléments principaux, ce qui facilite leur remplacement. Les panneaux nervurés participent à la rigidité des pièces tout en donnant au véhicule son apparence caractéristique. Le capot court, les phares ronds, les flancs largement ouverts et les roues étroites composent une silhouette immédiatement identifiable.
La Méhari peut être utilisée entièrement découverte ou protégée par une capote souple. Son pare-brise rabattable, ses portillons amovibles et ses éléments de bâchage permettent d’adapter rapidement sa configuration. L’habitacle dépouillé, conçu pour être lavable au jet d’eau, correspond autant aux loisirs de plein air qu’aux usages agricoles ou professionnels.
Selon la configuration, elle accueille deux ou quatre occupants. La banquette arrière escamotable permet de dégager un plancher de chargement plat. Cette modularité explique pourquoi la Méhari a pu servir de voiture de plage, de véhicule de service ou de petit utilitaire sans modification fondamentale de sa conception.
Les premiers exemplaires de 1968 et 1969 se reconnaissent notamment à leur signalisation arrière et à certains détails de carrosserie. La disposition des feux, la face avant et les équipements intérieurs évoluent ensuite. Ces différences sont importantes pour identifier correctement le millésime d’une Méhari ancienne.
Fiche technique de la Citroën Méhari
| Caractéristique | Citroën Méhari historique |
|---|---|
| Année de lancement | 1968 |
| Production | 1968 à 1987 |
| Carrosserie | Véhicule de loisirs découvrable, utilitaire léger |
| Nombre de places | 2 ou 4 selon configuration |
| Architecture moteur | Bicylindre à plat, essence, quatre temps |
| Cylindrée | 602 cm³ |
| Alésage et course | 74 × 70 mm |
| Refroidissement | Par air |
| Distribution | Arbre à cames central, deux soupapes par cylindre |
| Alimentation | Carburateur, configuration évolutive selon millésime |
| Puissance | 28 à 32 ch selon version et norme de mesure ; 29 ch DIN à 5 750 tr/min pour une configuration tardive documentée |
| Couple | Environ 39 Nm à 3 500 tr/min pour la version tardive documentée |
| Puissance fiscale | 3 CV |
| Implantation moteur | Avant longitudinal |
| Transmission | Traction avant |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Châssis | Plateforme métallique dérivée de la Dyane 6 |
| Carrosserie | Éléments en ABS thermoformé et teinté dans la masse |
| Suspensions | Quatre roues indépendantes, ressorts longitudinaux et interaction avant-arrière |
| Direction | Mécanique à crémaillère |
| Freinage | Hydraulique ; disques avant et tambours arrière sur les versions tardives |
| Pneumatiques | 135 × 15 sur les configurations documentées |
| Longueur | Environ 3,50 m |
| Largeur | Environ 1,50 m |
| Hauteur | Environ 1,54 m selon configuration |
| Empattement | Environ 2,37 à 2,40 m selon les fiches techniques |
| Poids à vide | 525 kg pour la configuration de référence Citroën |
| Vitesse maximale | Environ 100 km/h |
Une mécanique simple héritée des petites Citroën
Le moteur de la Méhari appartient à la famille des bicylindres à plat refroidis par air de la Citroën 2 CV. Sa cylindrée de 602 cm³ et sa conception relativement simple facilitent l’entretien. L’absence de circuit de refroidissement liquide réduit également le nombre d’organes mécaniques à surveiller.
La puissance évolue au cours de la carrière, notamment avec les changements de carburateur et de configuration moteur. Les valeurs de 28, 29 ou 32 ch rencontrées dans les documentations ne désignent pas nécessairement une mécanique identique : elles dépendent du millésime et de la norme de mesure. La puissance fiscale de 3 CV ne doit pas être confondue avec la puissance réelle du moteur.
La transmission aux roues avant et la boîte manuelle à quatre rapports privilégient la simplicité. Avec sa masse réduite, la Méhari peut circuler sur des chemins et des terrains peu aménagés, mais sa faible puissance limite les performances sur route. Elle n’a pas été conçue pour les longs trajets autoroutiers à vitesse soutenue.
Ses suspensions indépendantes à grand débattement contribuent à son aptitude aux chaussées dégradées. Le système reprend les principes développés pour les petites Citroën, avec des ressorts longitudinaux logés dans des pots sous la plateforme. Il ne s’agit pas de la suspension hydropneumatique utilisée sur les modèles plus haut de gamme du constructeur.
Les évolutions, la Méhari 4×4 et les séries spéciales
La Méhari connaît plusieurs modifications pendant ses dix-neuf années de carrière. Citroën fait évoluer sa présentation, sa signalisation, son tableau de bord et certains équipements mécaniques. Les premières séries restent particulièrement reconnaissables, tandis que les exemplaires tardifs bénéficient des évolutions apportées à la famille des petites Citroën.
La transformation la plus importante intervient en 1979 avec l’arrivée de la Méhari 4×4. Contrairement à la version classique, elle dispose d’une transmission intégrale enclenchable, d’une boîte avec réduction et d’équipements adaptés au franchissement. Ses commandes supplémentaires permettent notamment de gérer la transmission et le blocage du différentiel.
La Méhari 4×4 reçoit également une présentation spécifique, avec notamment des pare-chocs tubulaires. Une roue de secours peut être installée sur le capot, mais cet équipement optionnel ne suffit pas à authentifier une véritable 4×4. La présence de la transmission spécifique et l’identification administrative restent déterminantes.
Produite de 1979 à 1983 à seulement 1 213 exemplaires, cette variante est sensiblement plus lourde que la Méhari standard, avec environ 720 kg à vide. Citroën annonce une capacité de franchissement de pentes atteignant 60 %. La version 4×4 possède également quatre freins à disque, particularité technique qui ne doit pas être attribuée à toutes les Méhari.
En 1983 apparaissent deux séries spéciales. La Méhari Azur adopte une présentation blanche et bleue, avec une première série limitée à 700 exemplaires destinée à la France, à l’Italie et au Portugal. La Méhari Plage, reconnaissable à sa présentation jaune, est destinée aux marchés espagnol et portugais. Les décorations de ces séries étant facilement reproductibles, leur authenticité ne peut pas être établie à partir de la seule couleur de carrosserie.
Production, usages et place dans la gamme Citroën
La production totale de la Méhari atteint 144 953 exemplaires entre 1968 et 1987, toutes versions historiques confondues. Ce chiffre comprend les 1 213 Méhari 4×4. Sa fabrication répartie entre plusieurs sites européens illustre une organisation industrielle adaptée à un véhicule relativement simple, dont la carrosserie et l’assemblage se distinguent de ceux d’une voiture conventionnelle.
La Méhari rencontre des usages particulièrement variés. Les particuliers apprécient sa carrosserie découvrable et son entretien simple, tandis que les professionnels l’utilisent pour transporter du matériel sur de courtes distances. Les administrations exploitent également sa polyvalence. Citroën indique que l’armée française en a commandé 11 457 exemplaires entre 1972 et 1987.
La Méhari participe aussi à plusieurs raids. Elle apparaît notamment lors du Liège-Dakar-Liège en 1969 et du Paris-Kaboul-Paris en 1970. En 1980, dix Méhari 4×4 sont mobilisées pour l’assistance médicale du Paris-Dakar. Ces engagements témoignent de ses usages sur des parcours difficiles, sans constituer un palmarès de victoires en compétition.
Dans la gamme Citroën, la Méhari occupe une place distincte de celle des utilitaires fermés. La Citroën Acadiane, autre déclinaison utilitaire de la famille Dyane, répond davantage aux besoins de transport professionnel avec sa fourgonnette tôlée. La Méhari privilégie pour sa part l’accès facile à l’habitacle, la modularité et l’utilisation à ciel ouvert.
Elle ne doit pas non plus être confondue avec la Citroën FAF, autre véhicule rustique développé par le constructeur. Malgré une philosophie économique comparable, la FAF possède une conception et une carrosserie différentes.
En fin de carrière, la Méhari cohabite avec le Citroën C15, lancé en 1984. Ce dernier répond à une demande d’utilitaires fermés plus modernes et plus protecteurs, mais ne constitue pas un successeur direct de la Méhari. Lorsque celle-ci quitte la gamme en 1987, Citroën ne la remplace pas immédiatement par un nouveau véhicule de loisirs équivalent.
La Citroën Méhari en collection
La Méhari est aujourd’hui recherchée pour sa simplicité mécanique, son caractère découvrable et sa carrosserie originale. Son intérêt en collection dépend toutefois fortement de son état réel et de son authenticité. Une carrosserie plastique en bon état ne garantit pas que la plateforme et les éléments métalliques soient sains.
La corrosion du châssis constitue donc un point essentiel lors de l’examen d’un exemplaire. Les fixations de carrosserie, les éléments de suspension, les planchers et les parties métalliques exposées doivent également être contrôlés. Les panneaux en ABS peuvent présenter des fissures, des déformations ou des réparations anciennes, malgré leur résistance à la rouille.
L’identification du millésime mérite une attention particulière. Les modifications de face avant, de feux et de tableau de bord permettent de distinguer les différentes périodes de production. Les premières séries, les véritables Méhari 4×4 et les séries spéciales authentiques nécessitent une vérification de leur configuration et de leurs documents, notamment lorsque le véhicule a été restauré.
Les transactions en ventes publiques montrent des écarts importants. Une Méhari de 1973 restaurée a été adjugée 20 264 euros chez Artcurial en 2025, tandis que des Méhari 4×4 de 1980 ont atteint 33 600 euros en novembre 2025 et 27 090 euros en juin 2026 chez Osenat. Ces montants correspondent à des exemplaires particuliers et ne constituent pas une cote applicable à toutes les voitures.
La restauration doit enfin tenir compte des spécificités du plastique ABS, de la disponibilité des éléments de carrosserie et de la conformité des pièces au millésime. Sur une Méhari ancienne, conserver ou retrouver les bons équipements peut compter autant que l’aspect extérieur, particulièrement pour les premières séries et les variantes produites en nombre limité.




