Citroën Type H

Citroën Type H

Présenté au Salon de Paris en 1947 et commercialisé à partir de juin 1948, le Citroën Type H est un fourgon utilitaire à traction avant produit jusqu’en décembre 1981. Reconnaissable à sa carrosserie en tôle ondulée, sa cabine avancée et sa silhouette cubique, il a été conçu pour transporter des marchandises dans un volume généreux tout en conservant un encombrement extérieur raisonnable.

Le Type H se distingue par une architecture particulièrement fonctionnelle pour son époque : un plancher de chargement bas, une porte latérale coulissante et une mécanique largement issue des voitures Citroën. Décliné en plusieurs charges utiles, motorisations et carrosseries, il a accompagné les artisans, commerçants, administrations et services de secours français pendant plus de trois décennies.

Histoire du Citroën Type H : de l’après-guerre à 1981

Le développement du Type H répond aux besoins de reconstruction et de modernisation de la France d’après-guerre. Les professionnels recherchent alors des véhicules robustes, économiques à entretenir et capables de transporter des charges importantes sans imposer les contraintes d’un camion traditionnel.

Citroën dispose déjà d’une expérience dans ce domaine avec le TUB, utilitaire à traction avant apparu en 1939. Celui-ci avait introduit plusieurs principes repris par le Type H, notamment la cabine avancée et le plancher de chargement abaissé. La guerre avait cependant interrompu sa carrière commerciale.

Le nouveau fourgon est développé sous l’impulsion de Pierre Boulanger. L’ingénieur-carrossier Pierre Franchiset joue un rôle majeur dans sa conception, tandis qu’André Lefèbvre contribue à son développement technique. L’objectif consiste à créer un véhicule simple à fabriquer, facile à réparer et adapté à des usages professionnels très différents.

Pour limiter les coûts, Citroën réutilise des organes mécaniques de la Citroën Traction Avant. Cette démarche permet de disposer d’une mécanique éprouvée tout en conservant une architecture à traction avant, encore peu répandue parmi les utilitaires de grande série.

Présenté en 1947, le Type H entre en commercialisation en juin 1948. Sa première version reçoit un moteur essence de 1 911 cm³ et offre une charge utile annoncée de 1 200 kg. Dès 1949, Citroën élargit la gamme avec le HZ, dont la charge utile est ramenée à 850 kg.

Les années suivantes apportent des améliorations mécaniques, de nouvelles motorisations et des capacités de chargement accrues. Le diesel apparaît en 1961 avec un moteur Perkins, remplacé ensuite par des mécaniques Indénor. Le fourgon évolue également sur le plan esthétique, notamment avec l’adoption d’un pare-brise monobloc en 1964 et de nouvelles ailes arrière à la fin des années 1960.

La production s’achève le 14 décembre 1981 à Aulnay-sous-Bois. Le C35, commercialisé depuis 1974, puis le C25, lancé en 1981, prennent progressivement sa place dans l’offre utilitaire Citroën. Le Type H aura ainsi traversé plus de trente ans de transformations du transport professionnel sans changer fondamentalement de conception.

Un design fonctionnel devenu immédiatement reconnaissable

La carrosserie du Type H est dominée par ses panneaux en tôle ondulée. Ces nervures ne constituent pas un simple choix esthétique : elles rigidifient les grandes surfaces métalliques tout en permettant de limiter l’épaisseur et la quantité de matière utilisée. Cette solution contribue à la robustesse de la structure et à la simplicité de fabrication.

Le fourgon possède une carrosserie autoporteuse, contrairement aux utilitaires reposant sur un châssis séparé. Sa cabine avancée place les occupants au-dessus et à proximité des organes mécaniques. Le moteur est accessible depuis l’habitacle grâce à un capot situé entre les sièges.

Cette disposition libère de l’espace pour le chargement. La traction avant supprime également la nécessité d’un arbre de transmission traversant le véhicule jusqu’aux roues arrière. Le plancher peut ainsi être placé particulièrement bas, avec un seuil de chargement d’environ 35 cm sur les configurations historiques concernées.

Le Type H dispose d’une porte latérale coulissante facilitant les livraisons en ville. À l’arrière, l’ouverture en trois parties permet d’accéder au chargement sans devoir dégager autant d’espace que pour deux grandes portes battantes. La hauteur intérieure du fourgon standard permet de travailler debout dans une grande partie du volume utile.

La face avant se reconnaît à sa calandre centrale, ses chevrons Citroën et ses deux projecteurs ronds. Les premiers exemplaires possèdent un pare-brise en deux parties séparées par un montant central. Les portes avant à ouverture inversée constituent une autre particularité des versions françaises historiques.

Le dessin évolue sans perdre son identité. Le pare-brise devient monobloc en 1964, tandis que les ailes arrière adoptent une forme plus anguleuse à partir de novembre 1969. Ces détails permettent de distinguer visuellement un Type H ancien d’un exemplaire produit durant les dernières années de sa carrière.

Fiche technique du Citroën Type H

CaractéristiqueCitroën Type H
ConstructeurCitroën
PrésentationSalon de Paris, 1947
CommercialisationJuin 1948
Fin de production14 décembre 1981
CatégorieVéhicule utilitaire léger
CarrosserieFourgon autoporteur en acier nervuré, nombreuses déclinaisons professionnelles
ArchitectureMoteur avant longitudinal, traction avant
Moteur initialQuatre cylindres en ligne essence
Cylindrée initiale1 911 cm³
Alésage et course78 × 100 mm
Alimentation initialeCarburateur
RefroidissementLiquide
Puissance initiale50 ch SAE à 3 800 tr/min, valeur historique annoncée
Puissance fiscale initiale11 CV
Autres moteurs essence1 628 cm³ et évolutions du 1 911 cm³
Moteurs dieselPerkins 1 621 cm³, puis Indénor 1 610 et 1 946 cm³ selon les versions
TransmissionTraction avant
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports
EmbrayageMonodisque à sec
StructureCarrosserie autoporteuse avec berceau avant
SuspensionRoues indépendantes, barres de torsion et amortisseurs
Suspension particulièreArrière hydropneumatique sur certaines versions HW à partir de 1972
DirectionMécanique à crémaillère
FreinageTambours à commande hydraulique
PneumatiquesNotamment 19 × 400 et 17 × 400 selon les années et versions
Longueur du fourgon standardEnviron 4,26 à 4,28 m
LargeurEnviron 1,99 à 2,00 m
HauteurEnviron 2,30 à 2,34 m
Empattement2 500 mm à droite et 2 536 mm à gauche, valeurs historiques publiées
Poids à videEnviron 1 400 à 1 500 kg selon la configuration
Charge utile initiale1 200 kg
Charge utile HZ de 1949850 kg
Charge utile HY de 19581 500 kg
Volume utile du fourgon standardEnviron 7,3 m³
Seuil de chargementEnviron 35 cm
Vitesse maximale initialeEnviron 78 km/h
Consommation historique initialeEnviron 13 l/100 km annoncés
Principaux sites de productionParis-Javel, Aulnay-sous-Bois et sites de production ou d’assemblage étrangers

Motorisations, versions et évolutions techniques

Le Type H n’a jamais été un modèle techniquement figé. Sa longue carrière explique les différences importantes entre les caractéristiques du fourgon de lancement et celles des exemplaires produits dans les années 1970.

Le moteur essence initial de 1 911 cm³ dérive de la famille mécanique de la Traction Avant. Il privilégie la souplesse et la capacité à déplacer un véhicule chargé plutôt que les performances. La boîte manuelle à trois rapports reste une constante de la gamme jusqu’à l’arrêt de production.

Les évolutions mécaniques conduisent notamment à l’apparition du moteur essence de 1 628 cm³ sur les versions 72, puis d’une évolution du 1 911 cm³ développant 58 ch à 4 500 tr/min sur les versions 78 à partir de 1966. Les puissances historiques sont généralement exprimées en chevaux SAE et ne doivent pas être assimilées directement à des puissances DIN.

L’arrivée du diesel répond aux besoins des professionnels parcourant de longues distances ou utilisant intensivement leur véhicule. Le Perkins de 1 621 cm³ apparaît en 1961. Citroën adopte ensuite des moteurs Indénor, dont les cylindrées de 1 610 et 1 946 cm³ correspondent à différentes périodes et configurations.

Les appellations commerciales reflètent également les capacités de chargement. Le HZ constitue une déclinaison légère, tandis que le Citroën HY correspond à une évolution de la famille, notamment associée à une charge utile de 1 500 kg à partir de 1958. Employer systématiquement le nom HY pour désigner tous les Type H efface donc des différences réelles entre les versions.

Les variantes HX et HW répondent à des besoins de capacité supérieure ou d’aménagement particulier. Certaines versions HW reçoivent une suspension arrière hydropneumatique à partir de 1972, une technologie associée à la Citroën DS. Cette solution permet notamment d’améliorer le maintien de l’assiette lorsque la charge varie, ce qui présente un intérêt pour les véhicules sanitaires.

Les carrossiers proposent également des transformations avec empattement rallongé, porte-à-faux augmenté ou toit rehaussé. Ces modifications répondent à des usages précis, mais leurs dimensions et leurs masses ne doivent pas être confondues avec celles du fourgon standard.

Production et utilisations professionnelles

Le Type H est principalement produit en France, notamment dans les usines Citroën du quai de Javel à Paris et d’Aulnay-sous-Bois. Sa fabrication concerne également des sites étrangers, dont Forest en Belgique et des installations aux Pays-Bas.

Les chiffres historiques publiés par Citroën présentent deux décomptes : 473 289 exemplaires, chiffre très fréquemment repris, et 490 165 exemplaires dans des communications intégrant la production mondiale. Un communiqué constructeur de 2023 attribue le premier total à la France et le second à l’ensemble des pays de production. Cette différence de périmètre explique pourquoi les deux nombres apparaissent dans la documentation consacrée au modèle.

Le fourgon a été utilisé par de nombreux corps de métier. Sa porte latérale et son plancher bas conviennent aux tournées de livraison, tandis que sa carrosserie facilement aménageable permet de créer des véhicules de marché, des ateliers mobiles et des commerces ambulants.

Les administrations et les services publics l’adoptent également. Des versions ambulances, véhicules de pompiers et fourgons de police sont réalisées par Citroën ou des carrossiers spécialisés. Les véhicules de police, notamment certaines réalisations de Currus, participent à la popularisation du surnom « panier à salade ».

Le Type H sert aussi de support publicitaire. Sa grande surface de carrosserie permet d’afficher facilement des couleurs et des inscriptions commerciales. Des exemplaires participent notamment à la caravane publicitaire du Tour de France, dont des véhicules aux couleurs du Coq Sportif.

Le Citroën Type H aujourd’hui : collection et transformations

Le Type H occupe une place particulière dans le monde des utilitaires anciens. Les exemplaires conservés dans leur configuration professionnelle d’origine témoignent des usages commerciaux et administratifs de leur époque, tandis que de nombreux véhicules ont été transformés en food trucks, boutiques mobiles ou véhicules de loisirs.

Pour identifier correctement un exemplaire, il faut distinguer sa date de fabrication, son année-modèle et sa première immatriculation. Un véhicule immatriculé en 1982 peut ainsi appartenir à la dernière période de production de 1981. Le Citromuseum documente notamment un HY fabriqué en décembre 1981 et immatriculé en février 1982.

L’authenticité dépend aussi de la cohérence entre la carrosserie, la motorisation, les équipements et les documents du véhicule. Les nombreuses transformations réalisées pendant sa carrière peuvent rendre l’identification d’une version plus complexe qu’une simple lecture de la calandre ou des ailes arrière.

La silhouette du Type H inspire enfin des créations contemporaines. Des transformations néo-rétro, notamment celles du carrossier italien Caselani sur base de Citroën Jumper, reprennent les tôles nervurées et la face avant du fourgon historique. Ces véhicules modernes ne sont toutefois pas des Type H d’époque : ils conservent la plateforme, les motorisations et les équipements de sécurité de leur véhicule donneur.