Présentée le 18 avril 1934, la Citroën Traction Avant marque une rupture dans l’histoire de l’automobile française. Avec ses roues avant motrices, sa caisse autoporteuse, ses freins hydrauliques et sa silhouette surbaissée, elle réunit des solutions techniques encore peu répandues sur les voitures familiales de son époque. Produite jusqu’en juillet 1957, elle traverse plus de vingt ans d’histoire et devient l’un des modèles les plus emblématiques du constructeur aux chevrons.
La Traction Avant ne désigne pas une version unique, mais une famille de voitures comprenant principalement les types 7, 11 et 15-Six. Leurs motorisations, dimensions et carrosseries évoluent considérablement entre 1934 et 1957. La première commercialisée, la 7A, possède un quatre-cylindres de 1 303 cm³, tandis que la 15-Six reçoit un six-cylindres de 2 867 cm³.
Une révolution automobile lancée en 1934
Au début des années 1930, André Citroën souhaite renouveler rapidement sa gamme. La Citroën Rosalie, apparue en 1932, repose encore sur une architecture automobile traditionnelle. Le constructeur engage alors un programme ambitieux destiné à proposer une voiture plus moderne, plus basse et offrant un comportement routier différent de celui des modèles à propulsion.
Le développement est confié notamment à l’ingénieur André Lefebvre, tandis que Flaminio Bertoni dessine la carrosserie. Le projet associe une structure autoporteuse en acier, des roues avant motrices, une suspension indépendante et des freins à commande hydraulique. Une transmission automatique est initialement envisagée, mais sa mise au point ne permet pas de la retenir pour la commercialisation.
La première Traction, baptisée 7A, est présentée à Paris le 18 avril 1934. Son moteur de 1 303 cm³ développe 32 ch. Quelques semaines suffisent pour que Citroën introduise la 7B de 1 529 cm³, puis la 7S équipée du moteur de 1 910 cm³. La 7C de 1 628 cm³ apparaît également en 1934.
Cette multiplication rapide des versions répond à la nécessité d’améliorer les performances et de corriger les difficultés rencontrées sur les premières voitures. Les transmissions et plusieurs organes mécaniques font notamment l’objet de modifications. Le développement accéléré du modèle représente aussi un investissement considérable pour Citroën, déjà fragilisé financièrement. Michelin reprend le constructeur en 1935, après les difficultés survenues à la fin de 1934.
La Traction n’est pas la première automobile à roues avant motrices de l’histoire. Des constructeurs comme DKW et Cord ont déjà commercialisé des voitures utilisant cette architecture. Son originalité réside dans l’association de plusieurs innovations au sein d’une automobile familiale produite à grande échelle.
Les différentes versions de la Citroën Traction Avant
La gamme évolue rapidement après le lancement de la 7A. Dès 1934, Citroën propose une carrosserie plus grande avec la 11A, puis une version plus compacte, la 11AL. Les appellations 11B et 11BL apparaissent en 1937 et deviennent les principales références de la famille quatre-cylindres.
La distinction entre une 11B et une 11BL concerne avant tout la carrosserie. La 11B, dite Normale, est plus large et plus longue. La 11BL, appelée Légère, conserve une carrosserie plus compacte tout en utilisant une motorisation de la famille 11. Les premières 7S suivent déjà ce principe en associant la carrosserie de la 7 au moteur de 1 910 cm³.
Les chiffres figurant dans les appellations ne correspondent pas toujours à la puissance fiscale réelle. La 7A est une 7 CV fiscaux, mais les 7B et 7C appartiennent à la catégorie des 9 CV. La 15-Six est généralement classée parmi les 16 CV fiscaux.
En octobre 1938, Citroën lance la 15-Six, qui représente le haut de gamme. Son moteur six-cylindres en ligne de 2 867 cm³ développe 77 ch. Le capot est allongé pour accueillir cette mécanique, tandis que la voiture conserve les principes fondamentaux de la Traction Avant.
La gamme comprend également plusieurs carrosseries. Aux berlines Légère et Normale s’ajoutent les Limousine, Familiale et Commerciale. Les carrosseries longues offrent davantage d’espace, la Familiale pouvant accueillir jusqu’à neuf personnes selon sa configuration. La Commerciale se distingue par son hayon arrière et sa vocation mixte, adaptée au transport de passagers et de marchandises.
Des cabriolets et des coupés, souvent désignés comme faux cabriolets, sont également proposés avant-guerre. Ces carrosseries sont aujourd’hui particulièrement recherchées, mais il convient de distinguer les exemplaires authentiques des transformations réalisées ultérieurement à partir de berlines.
Citroën présente aussi une Traction 22 CV à moteur V8 au Salon de Paris de 1934. Ce projet de haut de gamme possède un moteur annoncé à 3 822 cm³ et 100 ch. Il ne débouche cependant sur aucune commercialisation en série et ne doit pas être confondu avec la 15-Six.
Fiche technique de la Citroën Traction Avant
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Citroën |
| Première présentation | 18 avril 1934 |
| Production | 1934 à 1957 |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, traction avant |
| Moteur 7A | 4 cylindres en ligne, essence, 1 303 cm³, 32 ch à 3 200 tr/min |
| Moteur 7B | 4 cylindres, 1 529 cm³, 35 ch |
| Moteur 7C | 4 cylindres, 1 628 cm³, 36 ch |
| Moteur 7S et premières 11 | 4 cylindres, 1 910 cm³, 46 ch |
| Moteur 11 Performance | 4 cylindres, environ 1 911 cm³, 56 ch |
| Moteur 11D | 4 cylindres, environ 1 911 cm³, 68 ch |
| Moteur 15-Six | 6 cylindres en ligne, 2 867 cm³, 77 ch |
| Alimentation | Carburateur, essence |
| Distribution | Soupapes en tête commandées par culbuteurs |
| Refroidissement | Liquide |
| Transmission | Roues avant motrices |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports avant et marche arrière |
| Structure | Caisse autoporteuse en acier |
| Suspension | Roues indépendantes, barres de torsion |
| Suspension 15-Six H | Hydropneumatique à l’arrière |
| Direction | À vis et galet initialement, puis à crémaillère à partir de 1936 |
| Freinage | Tambours aux quatre roues, commande hydraulique |
| Longueur 7A | 4 450 mm |
| Largeur 7A | 1 620 mm |
| Hauteur 7A | 1 520 mm |
| Empattement 7A | 2 910 mm |
| Voies 7A | 1 340 mm à l’avant, 1 324 mm à l’arrière |
| Dimensions 11B Normale | 4 650 × 1 790 × 1 540 mm |
| Empattement 11B Normale | 3 090 mm |
| Dimensions 15-Six | Environ 4 760 × 1 790 × 1 560 mm |
| Poids à vide 7A | Environ 900 kg |
| Poids à vide 15-Six | Environ 1 325 kg selon version |
| Vitesse maximale 7A | Environ 95 à 100 km/h |
| Vitesse maximale 7S | Environ 115 km/h |
| Consommation 7A | Environ 9 l/100 km selon les données historiques |
| Réservoir 7A | 35 litres |
| Pneumatiques 7A | Michelin 140 × 40 |
Une conception technique qui transforme la conduite
La principale particularité de la Traction Avant est sa conception globale. En supprimant le châssis séparé traditionnel, Citroën peut abaisser la carrosserie et le plancher. La silhouette devient plus basse, tandis que l’absence de marchepieds facilite l’accès à l’habitacle et contribue à l’esthétique moderne du modèle.
Le moteur longitudinal entraîne les roues avant par l’intermédiaire d’une boîte de vitesses placée devant lui. Cette disposition diffère de celle des petites voitures modernes à moteur transversal. Elle supprime l’arbre de transmission vers l’essieu arrière et permet de libérer de l’espace dans la partie centrale de l’habitacle.
La traction avant modifie également le comportement routier. Les roues avant assurent à la fois la direction et la motricité, tandis que le centre de gravité abaissé contribue à limiter les mouvements de caisse. La suspension indépendante améliore le contact des roues avec la chaussée sur les routes irrégulières.
La direction à crémaillère, adoptée en juin 1936, constitue une autre évolution importante. Elle remplace le système initial à vis et galet et participe à l’amélioration de la précision de conduite. Les freins hydrauliques, présents dès le lancement, complètent cette architecture particulièrement moderne pour les années 1930.
La Traction conserve néanmoins des caractéristiques de son époque. Sa boîte mécanique ne possède que trois rapports, son freinage repose sur des tambours et ses performances dépendent fortement de la motorisation. Une 7A de 32 ch et une 15-Six de 77 ch n’offrent ni les mêmes reprises ni le même agrément sur les longs parcours.
De la Seconde Guerre mondiale à la fin de production
La Seconde Guerre mondiale perturbe profondément la carrière de la Traction Avant. La production est réduite et les conditions d’approvisionnement compliquent la fabrication. Le modèle devient également l’une des automobiles associées à l’Occupation et à la Libération, utilisé par différents acteurs civils, militaires et institutionnels.
Après la guerre, la gamme reprend progressivement sa place sur le marché français. La 15-Six D apparaît en 1947 avec un moteur dont le sens de rotation est inversé par rapport à celui de la 15-Six G. Les 11 poursuivent leur carrière avec plusieurs améliorations mécaniques et esthétiques.
La Citroën 2CV, commercialisée à partir de 1949, occupe un positionnement très différent. Plus économique et destinée à une clientèle recherchant une voiture simple et accessible, elle coexiste avec la Traction, qui conserve son rôle de familiale et de grande routière.
En mai 1954, Citroën introduit la 15-Six H. Cette version reçoit une suspension hydropneumatique sur les roues arrière, capable de maintenir une hauteur de caisse constante. Elle sert de première application commerciale à une technologie qui sera ensuite étendue aux quatre roues sur la DS.
La Citroën DS est présentée en octobre 1955. Sa carrosserie, son aérodynamique et sa suspension hydropneumatique intégrale représentent une nouvelle rupture technique. Elle prend progressivement la relève de la Traction dans le haut de gamme Citroën, sans provoquer immédiatement l’arrêt de toutes les versions précédentes.
La 11 reçoit notamment le moteur 11D de 68 ch en 1955 et poursuit sa production jusqu’au 25 juillet 1957. La dernière Traction sort alors de l’usine du quai de Javel, à Paris, mettant fin à une carrière commencée vingt-trois ans auparavant.
Production, collection et identification des exemplaires
Citroën a construit environ 760 000 Traction Avant entre 1934 et 1957. Le constructeur a publié plusieurs décomptes, notamment 759 123 exemplaires dans ses communications historiques et 758 948 dans son dossier du 90e anniversaire. Ces chiffres proches ne reposent pas nécessairement sur un périmètre de comptage identique.
La production française est principalement assurée à Javel, mais la Traction connaît aussi une fabrication ou un assemblage à l’étranger, notamment à Forest en Belgique et à Slough au Royaume-Uni. Certaines voitures présentent des particularités liées à leur marché de destination.
Sur le marché de la collection, la valeur d’une Traction dépend fortement de sa version, de son état, de son authenticité et de la qualité de sa restauration. Une berline 11BL courante ne se situe pas dans la même catégorie de rareté qu’un cabriolet d’origine ou qu’une carrosserie spéciale.
L’identification d’un exemplaire nécessite de confronter son numéro de série, sa plaque constructeur, son moteur et sa carrosserie. Les transformations anciennes, les échanges de mécaniques et les restaurations peuvent rendre trompeuse une identification fondée uniquement sur l’apparence extérieure.
Les évolutions de carrosserie fournissent néanmoins des indices utiles : largeur de caisse, longueur du capot, forme de la malle, disposition des ouvrants et détails de calandre. La 15-Six se reconnaît notamment à son capot allongé, tandis que la 15-Six H exige une vérification de son équipement de suspension arrière.
Pour les cabriolets et les coupés, l’authenticité de la carrosserie doit être établie à partir de documents historiques et des caractéristiques de construction. Une transformation réalisée après la sortie d’usine ne possède pas le même statut qu’un exemplaire produit dans cette configuration par Citroën.




