Ford Capri

Ford Capri

Lancée en 1969, la Ford Capri transpose sur les routes européennes une idée qui avait fait le succès de la Ford Mustang aux États-Unis : proposer une automobile à l’allure sportive, personnalisable et accessible grâce à l’emploi de mécaniques déjà produites en grande série. Avec son long capot, son pavillon bas et son arrière court, la Capri possède l’apparence d’un coupé sportif sans imposer à Ford le coût d’une architecture entièrement spécifique.

Cette recette accompagne la Capri pendant dix-sept ans. Du premier coupé de 1969 aux dernières voitures assemblées à Cologne en 1986, elle évolue profondément, reçoit des quatre cylindres, des V4 et des V6, passe du coffre au hayon et donne naissance à plusieurs versions sportives majeures. Près de 1,9 million d’exemplaires sont produits sur l’ensemble de sa carrière, ce qui place la Capri parmi les grands succès européens de Ford.

Une Mustang européenne conçue pour la grande série

Le projet prend forme au milieu des années 1960. Ford cherche alors à appliquer en Europe les principes commerciaux de la Mustang : une silhouette immédiatement reconnaissable, plusieurs niveaux de finition et un choix de moteurs suffisamment large pour aller de la voiture abordable au véritable coupé performant. Le développement porte d’abord le nom de Colt, appellation abandonnée avant la commercialisation.

La Capri n’est cependant pas une Mustang réduite. Elle est conçue pour les réalités industrielles et commerciales européennes. Ford puise largement dans ses banques d’organes existantes afin de limiter les coûts. Selon les marchés, ses moteurs et divers composants entretiennent ainsi des liens avec des modèles comme la Ford Taunus, tandis que les versions britanniques profitent également de mécaniques issues de la gamme Ford Cortina.

Son dessin résulte d’un travail international au sein de Ford, avec notamment Phil Clark et Uwe Bahnsen parmi les stylistes associés au programme. La forme retenue privilégie les proportions classiques d’un coupé à moteur avant : capot très allongé, habitacle rejeté vers l’arrière, ligne de toit fuyante et flancs sculptés. Cette carrosserie habille pourtant une mécanique conventionnelle, avec moteur longitudinal, propulsion et essieu arrière rigide.

La Capri est dévoilée au public au Salon de Bruxelles en janvier 1969 avant sa commercialisation européenne. Dès le départ, Ford ne propose pas une configuration unique. Sur le continent, les 1300, 1500, 1700 GT, 2000 et 2300 GT illustrent cette stratégie, avec des puissances allant approximativement de 50 à 108 ch au lancement. Le Royaume-Uni dispose de sa propre gamme et accueille notamment le V6 Essex de 3 litres.

Une première génération aux multiples visages

La Capri de 1969 associe une carrosserie monocoque à une suspension avant indépendante de type MacPherson et un essieu arrière rigide suspendu par ressorts à lames. La direction à crémaillère, les freins avant à disque et la propulsion participent à une conception simple et éprouvée. Cette recherche d’économie industrielle se retrouve chez d’autres Ford européennes contemporaines comme la Ford Escort Mk1, même si la Capri se distingue clairement par son positionnement de coupé.

La diversité mécanique devient rapidement l’une de ses caractéristiques essentielles. Quatre cylindres en ligne, V4 et V6 se succèdent selon les pays et les millésimes, avec des cylindrées allant des modestes 1,3 litre aux moteurs de 3 litres et plus des versions les plus ambitieuses. Il n’existe donc pas une fiche moteur représentative de toutes les Capri. Les petites versions privilégient le prix d’accès, tandis que les GT et les V6 donnent davantage de substance aux promesses de la carrosserie.

Ford fait évoluer la première génération au fil de sa carrière. Un remaniement important intervient en 1972 avec des modifications de présentation, d’équipement et de motorisations. La stratégie fonctionne commercialement : le millionième exemplaire est produit dès août 1973, moins de cinq ans après le démarrage industriel.

Cette première Capri sert également de base à des modèles nettement plus spécialisés. La RS2600, développée pour permettre l’engagement de Ford en compétition, reçoit un V6 de 2 637 cm3 à injection développant environ 150 ch dans sa configuration routière. La rare RS3100 poursuit cette logique avec un V6 porté à environ 3,1 litres. Ces versions ne doivent pas être confondues avec les Capri de course beaucoup plus profondément préparées.

De la Capri II à la dernière évolution de 1978

En 1974, Ford revoit largement son coupé. La Ford Capri 2 conserve le principe du moteur avant et de la propulsion, mais adopte une carrosserie plus fonctionnelle. L’évolution la plus visible se trouve à l’arrière : le coffre de la première Capri cède la place à un grand hayon et une banquette rabattable améliore les possibilités de chargement. Ford cherche ainsi à préserver l’attrait du coupé tout en le rendant plus facile à utiliser au quotidien.

La gamme continue de combiner des motorisations modestes et des V6 plus puissants, avec des finitions adaptées aux différents marchés. Cette seconde période correspond aussi à une rationalisation industrielle. Après l’arrêt de la fabrication britannique, la production européenne finit par se concentrer en Allemagne, à Cologne.

En 1978 apparaît l’évolution communément appelée Ford Capri 3. La distinction entre deuxième et troisième génération est en partie conventionnelle, car la voiture de 1978 constitue techniquement une évolution profonde de la Capri II plutôt qu’un projet entièrement nouveau. Sa physionomie change néanmoins nettement : quatre projecteurs ronds, face avant redessinée, éléments noirs et travail aérodynamique modernisent une silhouette dont les proportions générales restent familières.

La fin de carrière est marquée par la 2.8 Injection, lancée au début des années 1980. Son V6 Cologne de 2 792 cm3 à injection Bosch développe environ 160 ch et permet à la Capri de dépasser les 200 km/h. Une très rare 2.8 Turbo porte la puissance aux environs de 188 ch. L’arrivée d’une boîte manuelle à cinq rapports sur certaines versions tardives modernise encore la transmission, alors que la conception fondamentale de la voiture remonte aux années 1960.

Fiche technique de la Ford Capri

CaractéristiqueDonnées
Période de commercialisation historique1969 à 1986
CarrosserieCoupé 4 places, coffre sur Capri I puis hayon sur Capri II et évolution de 1978
StructureMonocoque en acier
Implantation moteurLongitudinale avant
TransmissionPropulsion
MoteursEssence, 4 cylindres en ligne, V4 et V6 selon versions et marchés
Cylindrées principalesEnviron 1,3 à 3,1 litres selon version
AlimentationCarburateur ou injection selon moteur
Puissance au lancement continentalEnviron 50 à 108 ch selon version
RS2600V6 2 637 cm3 à injection, environ 150 ch
2.8 InjectionV6 2 792 cm3 à injection Bosch, environ 160 ch
2.8 TurboV6 2,8 litres turbocompressé, environ 188 ch
Boîtes de vitessesManuelle 4 rapports, automatique 3 rapports, puis manuelle 5 rapports sur certaines versions tardives
Suspension avantIndépendante de type MacPherson, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionÀ crémaillère
FreinageDisques avant et tambours arrière sur la majorité des versions, disques avant ventilés sur certaines sportives
EmpattementEnviron 2,56 à 2,60 m selon génération et source
LongueurEnviron 4,26 à 4,38 m selon génération
LargeurEnviron 1,64 à 1,70 m selon génération
HauteurEnviron 1,30 à 1,33 m selon génération
PoidsEnviron 880 à 1 130 kg selon version
PneumatiquesVariables selon version, de 165 SR 13 notamment jusqu’à 205/60 VR 13 sur la 2.8 Injection
Vitesse maximale au lancementEnviron 133 à 178 km/h selon version
0 à 100 km/h au lancementEnviron 10,8 à 22,7 s selon version
Vitesse maximale 2.8 InjectionEnviron 205 km/h
Production totaleEnviron 1,89 million d’exemplaires

La compétition comme vitrine de la Capri

Le caractère sportif de la Capri ne repose pas seulement sur son dessin. Ford Europe l’utilise comme une véritable arme en compétition, particulièrement au début des années 1970. Les RS constituent les bases d’homologation nécessaires à des voitures de Groupe 2 considérablement transformées, dont les moteurs, trains roulants, carrosseries et équipements dépassent largement les spécifications des modèles routiers.

La RS2600 s’impose rapidement dans les courses de voitures de tourisme. Aux 24 Heures de Spa 1971, Dieter Glemser et Àlex Soler-Roig remportent l’épreuve sur une Capri engagée par Ford Köln. Le modèle joue également un rôle majeur dans le Championnat d’Europe des voitures de tourisme au début des années 1970, avec des pilotes comme Jochen Mass et Hans-Joachim Stuck parmi ceux associés à son histoire sportive.

Cette implication nourrit directement l’image des versions de route. Les Capri RS deviennent les variantes les plus étroitement liées à la compétition, tandis que les V6 GT puis la 2.8 Injection permettent à Ford de maintenir une offre performante sans transformer toute la gamme en sportive radicale. La coexistence de petites motorisations et de versions dépassant 150 ch reste précisément l’une des particularités du concept Capri.

Un coupé populaire produit à près de 1,9 million d’exemplaires

La Capri doit une grande partie de son succès à cette amplitude de gamme. Une carrosserie valorisante pouvait cacher une mécanique relativement modeste ou, au contraire, un V6 beaucoup plus performant. En Allemagne, le tarif de lancement de la Capri 1300 était fixé à 6 995 DM, ce qui illustre la volonté de maintenir une porte d’entrée accessible malgré une apparence plus spectaculaire que celle des berlines familiales contemporaines.

Les chiffres de production publiés présentent un léger écart suivant les décomptes, avec notamment 1 886 647 et 1 889 644 exemplaires cités. La formulation la plus solide reste donc une production totale d’environ 1,89 million de voitures entre la fin de 1968 et décembre 1986. La fabrication a notamment concerné l’Allemagne et le Royaume-Uni, avec d’autres implantations ou assemblages selon les périodes et les marchés.

Après 1984, la carrière européenne se réduit progressivement et les dernières Capri sont principalement destinées au Royaume-Uni. La production s’arrête finalement à Cologne en décembre 1986. Ford ne lui donne alors aucun successeur direct reprenant simultanément son architecture à propulsion, son positionnement accessible et sa silhouette de coupé quatre places.

Du long capot de 1969 au retour du nom Capri

La première Capri reste immédiatement identifiable par ses proportions : long capot horizontal, habitacle relativement reculé, toit bas et arrière fastback. Certains V6 continentaux se distinguent également par leur bossage de capot. La Capri II conserve l’esprit général mais privilégie davantage l’usage quotidien grâce au hayon, tandis que le modèle de 1978 accentue son caractère sportif avec ses quatre phares ronds et sa face avant plus sombre.

Ces différences permettent aussi d’éviter une confusion fréquente : « Ford Capri » désigne historiquement une famille qui a connu plusieurs évolutions entre 1969 et 1986, et non une unique configuration technique restée inchangée pendant dix-sept ans. Les moteurs, puissances, équipements et même certains principes de carrosserie diffèrent suffisamment pour que chaque génération mérite d’être replacée dans sa période.

Le nom réapparaît finalement chez Ford en 2024 avec la Ford Capri Ev. Cette nouvelle voiture est un SUV-coupé entièrement électrique et ne constitue pas une quatrième génération technique du coupé historique. Elle reprend une appellation emblématique du catalogue Ford, alors que la lignée originelle s’est définitivement achevée avec la dernière Capri à propulsion sortie de Cologne en 1986.

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