Lancé en 2011 après une première présentation publique à Sydney en octobre 2010, le Ford Ranger 3 marque une rupture profonde dans l’histoire du pick-up. Connu sous le code programme P375 et couramment associé à l’appellation T6, il abandonne les liens techniques étroits qui unissaient les générations précédentes aux pick-up Mazda. Ford en fait au contraire un modèle mondial, développé principalement en Australie et destiné à répondre aux besoins de marchés très différents.
Cette génération ne doit pas être limitée à la période 2011-2015 parfois indiquée dans les fiches techniques. Celle-ci correspond essentiellement à sa première phase. Le Ranger connaît ensuite un restylage majeur à partir de 2015, puis une nouvelle évolution mécanique en 2019, avant de céder progressivement sa place au Ford Ranger 4 en 2022.
Un Ranger mondial développé en Australie
Le Ranger 3 naît dans le cadre de la stratégie mondiale de Ford. Alors que son prédécesseur était encore étroitement lié au Mazda BT-50, le nouveau programme doit donner naissance à un pick-up Ford capable d’être vendu sur un très grand nombre de marchés. Son développement est largement confié à Ford Australia, avec notamment les équipes de Campbellfield et le centre d’essais de Geelong. Craig Metros est associé au projet en tant que chief designer, tandis que John Tatge occupe la fonction de chief programme engineer.
Le résultat est sensiblement différent du Ford Ranger 2. Plus imposant, plus moderne et conçu dès l’origine pour une diffusion internationale, le P375 repose sur un robuste châssis séparé. Son moteur est installé longitudinalement et les versions tout-terrain utilisent une transmission 4×4 enclenchable avec gamme courte. Ford conserve ainsi les fondamentaux d’un utilitaire capable de transporter et de tracter de lourdes charges, tout en cherchant à rapprocher son comportement, son confort et son équipement de ceux d’une voiture particulière.
La production est organisée à l’échelle internationale, avec des sites majeurs en Thaïlande, en Afrique du Sud et en Argentine. Cette organisation accompagne la vocation mondiale du véhicule et explique également certaines différences de moteurs, d’équipements ou de carrosseries entre les pays. L’appellation elle-même varie : Ranger III en France, PX en Australie, tandis que T6 désigne couramment la famille technique à laquelle appartient le modèle.
Trois cabines et une identité nettement plus affirmée
La gamme est structurée autour de trois types de carrosserie. La cabine simple privilégie la longueur de benne et l’utilisation professionnelle. La Super Cab ajoute un espace arrière et des places complémentaires tout en conservant une benne généreuse. La Double Cab adopte quatre portes et une véritable banquette arrière, ce qui lui permet de remplir plus facilement un rôle de véhicule familial ou de loisirs. Malgré ces différences, l’empattement reste fixé à 3 220 mm sur les principales configurations.
Visuellement, le Ranger 3 se reconnaît à ses volumes beaucoup plus musclés que ceux de son prédécesseur. Les ailes sont fortement dessinées, la face avant s’élargit et la cabine gagne en présence. Avec environ 5,35 m de longueur selon la carrosserie, il demeure un pick-up intermédiaire et non un modèle full-size comparable au Ford F-150. Ses dimensions importantes répondent néanmoins à une recherche de capacité de chargement et d’habitabilité supérieure.
La finition Wildtrak joue un rôle particulier dans l’image du modèle. Elle associe le potentiel utilitaire du Ranger à une présentation plus valorisante, avec de grandes roues, des éléments décoratifs spécifiques et un équipement enrichi. Cette orientation contribue à faire évoluer le Ranger européen au-delà du seul marché professionnel, sans modifier son architecture fondamentale de pick-up à châssis séparé.
Des diesels 2.2 et 3.2 TDCi au lancement
En Europe, le début de carrière repose principalement sur deux moteurs diesel. Le quatre cylindres 2.2 Duratorq TDCi est proposé avec plusieurs niveaux de puissance, notamment 125 et 150 ch selon les années et versions. Au-dessus se trouve le cinq cylindres 3.2 TDCi de 200 ch et 470 Nm. Ce dernier constitue alors le moteur emblématique des Ranger les plus haut de gamme, en particulier du Wildtrak.
Ford associe ces moteurs à des boîtes manuelles ou automatiques à six rapports suivant les configurations. Les versions 4×4 disposent d’une transmission permettant de passer du mode deux roues motrices à la transmission intégrale lorsque les conditions l’exigent. L’essieu arrière rigide monté sur ressorts à lames rappelle la vocation de charge du véhicule, tandis que le train avant indépendant à doubles triangles et ressorts hélicoïdaux vise un compromis entre robustesse, débattement et comportement routier.
Les capacités tout-terrain font partie intégrante du cahier des charges. Certaines configurations peuvent franchir jusqu’à 800 mm d’eau et disposent d’une garde au sol dépassant 200 mm. La capacité de remorquage, annoncée à 3 350 kg sur certaines versions au début de la carrière, atteint ensuite 3 500 kg sur de nombreuses configurations. La charge utile peut dépasser une tonne, avec des valeurs précises qui varient selon la cabine, le moteur et l’équipement.
Fiche technique de la Ford Ranger 3
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Type | Pick-up à châssis séparé |
| Code programme | P375, famille T6 |
| Début de commercialisation | 2011 |
| Carrosseries | Simple Cab, Super Cab, Double Cab |
| Implantation moteur | Longitudinale avant |
| Moteur 2.2 TDCi première phase | 4 cylindres en ligne, 2 198 cm3, turbodiesel common rail, jusqu’à 150 ch et 375 Nm selon version |
| Moteur 3.2 TDCi | 5 cylindres en ligne, 3 198 cm3, turbodiesel common rail, 200 ch, 470 Nm |
| Moteurs après restylage | 2.2 TDCi 130 ou 160 ch, 3.2 TDCi 200 ch |
| Moteurs à partir de 2019 | 2.0 EcoBlue 130 ch et 340 Nm, 170 ch et 420 Nm, Bi-Turbo 213 ch et 500 Nm |
| Boîtes | Manuelle 6 rapports, automatique 6 rapports, puis automatique 10 rapports selon moteur et période |
| Transmission | 4×2 ou 4×4 enclenchable selon marché et version |
| Suspension avant | Indépendante à doubles triangles et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Freins | Disques ventilés à l’avant, tambours à l’arrière |
| Direction | À crémaillère, assistance hydraulique puis électrique EPAS après restylage |
| Longueur | Environ 5,35 à 5,36 m selon configuration |
| Largeur | Environ 1,85 m hors rétroviseurs sur la première phase |
| Empattement | 3 220 mm |
| Voies | Environ 1 560 mm à l’avant et à l’arrière selon version |
| Poids à vide | Environ 2 090 kg pour un Double Cab Wildtrak 3.2 automatique de première phase, variable selon version |
| PTAC | Jusqu’à environ 3 200 kg selon configuration |
| Roues | 16, 17 ou 18 pouces selon finition |
| Pneumatiques documentés | 255/70 R16, 265/65 R17 ou 265/60 R18 selon version |
| Vitesse maximale | Environ 175 km/h sur plusieurs versions 2.2 et 3.2 de première phase |
| 0 à 100 km/h | Environ 10 à 10,4 s pour certaines versions 3.2 TDCi 200 ch |
| Passage à gué | Jusqu’à 800 mm selon version |
| Capacité de remorquage | Jusqu’à 3 500 kg selon version et période |
Le restylage transforme profondément le Ranger
Présentée en 2015 et déployée en Europe à partir de la fin de cette année et en 2016 selon les marchés, la seconde phase ne se limite pas à quelques retouches. La face avant est largement redessinée autour d’une calandre trapézoïdale plus imposante, accompagnée d’un nouveau capot et de projecteurs différents. L’habitacle évolue lui aussi fortement, avec une planche de bord modernisée et des équipements multimédias et d’assistance plus proches des autres modèles contemporains de Ford.
La direction hydraulique cède notamment sa place à une assistance électrique EPAS. Les moteurs sont également optimisés : le 2.2 TDCi est notamment proposé en 130 et 160 ch tandis que le cinq cylindres 3.2 conserve ses 200 ch. Ces évolutions améliorent l’efficience sans remettre en cause les caractéristiques fondamentales du Ranger, notamment son châssis séparé, son essieu arrière rigide et ses capacités de remorquage.
Une nouvelle étape intervient en 2019. Le Ranger européen adopte alors le quatre cylindres 2.0 EcoBlue, disponible en 130 ch, 170 ch ou en version Bi-Turbo de 213 ch et 500 Nm. Une boîte automatique à dix rapports apparaît sur certaines configurations. Ce renouvellement mécanique permet au P375 de rester compétitif pendant ses dernières années de carrière malgré une architecture remontant au début de la décennie.
Le Ranger Raptor élargit la personnalité de la gamme
La fin de carrière voit aussi apparaître une variante beaucoup plus spécialisée. Commercialisé en Europe en 2019, le Ford Ranger Raptor transpose au Ranger la philosophie des pick-up tout-terrain sportifs développée par Ford Performance. Il reçoit notamment un châssis et des suspensions profondément adaptés, des voies élargies et une présentation immédiatement reconnaissable. Il ne faut donc pas utiliser ses caractéristiques techniques comme celles d’un Ranger 3 standard.
Cette déclinaison reprend dans un format plus compact une démarche déjà associée au Ford F-150 Raptor, mais avec une mécanique adaptée au marché européen. Le Ranger Raptor de cette génération utilise ainsi le 2.0 EcoBlue Bi-Turbo de 213 ch et 500 Nm associé à la boîte automatique à dix rapports.
Une sécurité inhabituelle pour un pick-up de son époque
Le Ranger 3 se distingue très tôt par ses résultats en sécurité passive et active. En octobre 2011, il devient le premier pick-up à obtenir cinq étoiles aux essais Euro NCAP. Son résultat est d’autant plus notable que les pick-up de l’époque sont généralement pénalisés par leur architecture et par une protection des usagers vulnérables moins travaillée que celle des voitures particulières.
Le score de 81 % obtenu pour la protection des piétons constitue alors une performance particulièrement élevée pour cette catégorie. Le véhicule bénéficie également de systèmes électroniques associés à l’ABS et au contrôle de stabilité, progressivement enrichis au fil de sa carrière. Cette attention portée à la sécurité illustre l’ambition initiale du programme : transformer le Ford Ranger en un pick-up mondial capable de conserver ses aptitudes professionnelles tout en répondant aux attentes croissantes d’une clientèle utilisant quotidiennement une Double Cab comme véhicule polyvalent.




