La Lancia Hyena est un coupé sportif exclusif présenté en 1992, conçu par le carrossier italien Zagato à partir de la Lancia Delta HF Integrale Evoluzione. Imaginée à l’initiative de l’entrepreneur néerlandais Paul Koot, elle associe la mécanique turbocompressée et la transmission intégrale de la célèbre sportive italienne à une carrosserie deux portes nettement plus légère. Produite artisanalement à seulement 24 exemplaires généralement recensés, elle figure parmi les créations les plus rares portant l’emblème Lancia.
Contrairement à la Lancia Delta de grande série, dont elle conserve les fondements mécaniques, la Hyena ne possède ni carrosserie cinq portes ni vocation familiale. Son dessin spécifique, son habitacle largement habillé de fibre de carbone et sa fabrication à la commande en font une automobile singulière, située entre préparation sportive, coupé de grand tourisme et réalisation de carrossier.
Histoire de la Lancia Hyena : un projet indépendant de Zagato
L’histoire de la Hyena commence au début des années 1990, lorsque la réputation sportive de Lancia atteint un sommet grâce aux succès de la Delta en championnat du monde des rallyes. La Lancia Delta HF Integrale bénéficie alors d’une image particulièrement forte auprès des passionnés. Sa transmission intégrale, son moteur turbo et son comportement routier constituent une base intéressante pour créer une sportive plus exclusive.
Paul Koot, spécialiste néerlandais de Lancia et dirigeant de Lusso Service Holland, souhaite exploiter ce potentiel en développant un coupé compact et léger. Son ambition n’est pas simplement de modifier l’apparence de la Delta, mais de proposer une automobile dotée d’une identité propre, susceptible de séduire une clientèle recherchant les performances de l’Integrale dans une carrosserie plus originale.
Pour concrétiser cette idée, Koot se rapproche de Zagato, carrossier milanais réputé pour ses automobiles sportives produites en petites séries. Le projet bénéficie notamment de l’implication d’Andrea Zagato. Le dessin est attribué à Marco Pedracini, qui développe une silhouette compacte, basse et immédiatement reconnaissable, sans chercher à reproduire les lignes de la berline d’origine.
La Lancia Hyena est dévoilée au Salon de l’automobile de Bruxelles en 1992. Sa présentation intervient dans un contexte favorable aux automobiles sportives exclusives, mais le projet se heurte rapidement à des difficultés industrielles. Lancia ne lui apporte pas le soutien nécessaire pour fournir directement les plateformes et les ensembles mécaniques destinés à une production organisée.
Cette absence de coopération industrielle impose une solution coûteuse : acheter des Delta HF Integrale complètes, puis les démonter pour récupérer les composants nécessaires à la fabrication des Hyena. La transformation mobilise plusieurs intervenants et nécessite des opérations de carrosserie, d’assemblage et de finition spécifiques.
Le programme envisage initialement une diffusion sensiblement plus importante que celle finalement réalisée. Plusieurs récits historiques évoquent un objectif de plusieurs centaines d’exemplaires, parfois chiffré à 500, avant une réduction des ambitions. Le coût de fabrication, la complexité logistique et le prix de vente élevé limitent cependant fortement les commandes.
La production se déroule essentiellement entre 1992 et 1994. Les voitures sont réalisées individuellement, sans véritable chaîne de montage dédiée. La Hyena reste ainsi une initiative privée menée autour de Zagato et de Lusso Service Holland, plutôt qu’un modèle intégré au catalogue industriel habituel du constructeur turinois.
Une Delta HF Integrale Evoluzione transformée en coupé
La base technique de la Hyena provient de la Lancia Delta HF Integrale Evoluzione de première génération, commercialisée à partir de 1991. Cette version représente l’aboutissement de plusieurs années d’évolution de la Delta sportive, avec des voies élargies, des trains roulants renforcés et un moteur deux litres turbocompressé à seize soupapes.
Le choix de cette donneuse permet à Zagato de conserver une architecture mécanique éprouvée. Le quatre-cylindres transversal demeure implanté à l’avant, associé à une boîte manuelle à cinq rapports et à une transmission intégrale permanente. Le système de transmission comprend notamment un différentiel central avec viscocoupleur et un différentiel arrière autobloquant de type Torsen.
La transformation ne consiste toutefois pas à installer de nouveaux panneaux sur une Delta conservée à l’identique. La carrosserie d’origine est retirée et la structure est adaptée pour recevoir les éléments spécifiques du coupé. Les opérations nécessitent un travail important sur l’architecture supérieure du véhicule, les ouvertures et les aménagements intérieurs.
La fabrication fait appel à l’aluminium pour une partie importante des panneaux extérieurs, ainsi qu’à des matériaux composites pour certains éléments. Cette approche permet de réduire la masse sans renoncer à la base mécanique de l’Integrale. Les descriptions techniques évoquent généralement un gain d’environ 190 à 200 kg par rapport à la voiture donneuse.
La Hyena conserve les quatre roues motrices, un élément essentiel de son caractère. À une époque où de nombreux coupés sportifs privilégient la propulsion, cette architecture lui procure une personnalité particulière. Elle reprend également les principes de suspension indépendante de la Delta, avec des jambes de force de type McPherson à l’avant et à l’arrière.
Le processus de fabrication contribue directement au coût final. Les véhicules donneurs doivent être acquis, démontés et transformés, puis recevoir leur carrosserie et leurs équipements particuliers. Les interventions sont réparties entre les Pays-Bas et l’Italie, Zagato assurant notamment les travaux de carrosserie tandis que Lusso Service Holland intervient dans la préparation et la finition des automobiles.
Cette organisation explique pourquoi la Hyena ne peut pas être considérée comme une simple version spéciale de l’Integrale. Elle conserve son patrimoine mécanique, mais sa conception, son assemblage et sa commercialisation répondent à une logique de construction artisanale.
Design Zagato : une silhouette unique et un habitacle allégé
La carrosserie de la Lancia Hyena rompt nettement avec les lignes anguleuses de la Delta. Le profil adopte une silhouette de coupé deux portes à pavillon bas, avec un pare-brise incliné, des surfaces vitrées compactes et un arrière fuyant. Les proportions sont plus ramassées que celles de la berline d’origine, ce qui renforce son caractère sportif.
La face avant conserve une interprétation de la calandre Lancia, entourée de projecteurs spécifiques et intégrée à un capot sculpté. Les ailes sont généreusement galbées, tandis que les flancs présentent des surfaces plus fluides que celles de la Delta Integrale. Les passages de roues marqués rappellent néanmoins la largeur des trains roulants de la voiture donneuse.
L’un des détails les plus caractéristiques est le pavillon à double bossage, traditionnellement appelé double bubble. Cette signature de Zagato, utilisée sur plusieurs créations historiques du carrossier, permet de ménager de l’espace au-dessus des occupants tout en conservant une ligne de toit basse. Sur la Hyena, elle participe directement à l’identification du modèle.
À l’arrière, la carrosserie adopte une poupe courte et inclinée, très différente de celle de la Delta cinq portes. Le dessin privilégie une silhouette compacte plutôt qu’une grande surface vitrée ou un coffre traditionnel de berline. Les détails de finition et certaines caractéristiques extérieures peuvent varier entre les exemplaires en raison de leur réalisation individuelle.
L’habitacle constitue une autre transformation majeure. Zagato remplace largement l’environnement intérieur de la Delta par une présentation spécifique, dans laquelle la fibre de carbone occupe une place importante. Ce matériau est notamment employé sur le tableau de bord, la console centrale et les panneaux de porte.
Le traitement intérieur répond à une double intention : diminuer la masse et souligner le caractère exclusif de la voiture. La Hyena privilégie deux occupants et abandonne la polyvalence familiale de sa donneuse. La présentation est davantage orientée vers la conduite sportive que vers le confort d’une berline compacte traditionnelle.
Cette démarche rappelle, dans un registre différent, celle de la Lancia Fulvia Coupé, qui avait déjà associé une mécanique issue d’une berline à une carrosserie sportive distinctive. La comparaison reste historique et stylistique : les architectures, les performances et les méthodes de fabrication sont très différentes.
La Hyena appartient également à une tradition italienne de collaborations entre constructeurs et carrossiers indépendants. La Lancia Sibilo, concept-car dessiné par Bertone à la fin des années 1970, illustre une autre expression de cette créativité. La Sibilo demeure cependant une étude de style, tandis que la Hyena a réellement été commercialisée en petite série.
Fiche technique de la Lancia Hyena
| Caractéristique | Lancia Hyena |
|---|---|
| Première présentation | 1992, Salon de Bruxelles |
| Période de fabrication | Environ 1992 à 1994 |
| Carrossier | Zagato |
| Base mécanique | Lancia Delta HF Integrale Evoluzione I |
| Carrosserie | Coupé deux portes, deux places |
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, essence |
| Cylindrée | 1 995 cm³ |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 16 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique, turbocompresseur et échangeur |
| Puissance | Environ 250 ch pour la configuration couramment citée ; autres configurations et préparations jusqu’à 300 ch |
| Couple maximal | Variable selon la préparation ; valeur unique non établie |
| Position du moteur | Avant transversal |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Différentiel central | Avec viscocoupleur, architecture héritée de l’Integrale |
| Différentiel arrière | Autobloquant de type Torsen |
| Structure | Base de Delta Integrale modifiée, carrosserie spécifique |
| Matériaux | Panneaux en aluminium et éléments composites |
| Suspension avant | Indépendante, type McPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, type McPherson |
| Direction | Assistée, issue de l’architecture de la Delta |
| Freinage | Disques aux quatre roues |
| Longueur | Environ 3,99 à 4,01 m selon les fiches |
| Largeur | Environ 1,73 à 1,74 m |
| Hauteur | Environ 1,24 à 1,28 m |
| Empattement | Environ 2,47 à 2,48 m |
| Masse | Environ 1 150 kg |
| Vitesse maximale annoncée | Environ 230 km/h pour la configuration de 250 ch |
| Accélération de 0 à 100 km/h | Environ 5,4 secondes pour la configuration de 250 ch |
| Production totale | 24 exemplaires généralement recensés |
Moteur, performances et comportement sportif
Le moteur de la Hyena appartient à la famille des quatre-cylindres deux litres turbo qui ont fait la réputation de la Delta Integrale. Sa conception associe une culasse à seize soupapes, une injection électronique et une suralimentation par turbocompresseur. Cette mécanique offre un potentiel de préparation important, exploité sur plusieurs exemplaires du coupé Zagato.
La puissance exacte constitue l’un des points les plus délicats de l’histoire technique du modèle. Certaines fiches reprennent les caractéristiques d’une Delta donneuse, tandis que les présentations spécialisées de la Hyena mentionnent couramment une puissance d’environ 250 ch. Des voitures préparées à 280 ou 300 ch sont également documentées. Il n’existe donc pas une spécification moteur unique pouvant être attribuée sans distinction à l’ensemble de la production.
Cette diversité s’explique par la nature artisanale du programme. Les automobiles sont réalisées à la commande et peuvent recevoir des configurations différentes. Les modifications effectuées par leurs propriétaires au fil des décennies ajoutent une difficulté supplémentaire lorsqu’il s’agit de comparer les caractéristiques annoncées aujourd’hui.
La réduction de masse joue un rôle aussi important que l’augmentation de puissance. En supprimant la carrosserie cinq portes et en utilisant des matériaux légers, Zagato améliore le rapport poids-puissance de l’ensemble. Le moteur doit entraîner une masse inférieure à celle de la Delta Evoluzione, ce qui favorise les accélérations et la réactivité.
La transmission intégrale permanente conserve l’un des principaux atouts de l’Integrale : la capacité à répartir le couple entre les essieux pour améliorer la motricité. Elle différencie également la Hyena des coupés sportifs classiques à propulsion, notamment lors des accélérations sur chaussée peu adhérente.
Les performances généralement publiées pour la version d’environ 250 ch placent la Hyena parmi les sportives rapides de son époque. Toutefois, les valeurs disponibles proviennent surtout de fiches techniques et de présentations historiques, et non d’une campagne d’essais indépendante couvrant tous les exemplaires. Elles doivent donc être comprises comme des performances annoncées pour une configuration donnée.
La Hyena n’a pas été conçue comme une voiture de rallye homologuée pour remplacer la Delta en compétition. Sa vocation reste routière, malgré l’origine sportive de sa mécanique. Cette distinction la sépare notamment de la Lancia Stratos HF, développée autour d’un véritable programme de compétition et devenue une référence du championnat du monde des rallyes.
Production limitée, prix d’époque et marché de collection
La production de la Lancia Hyena est généralement établie à 24 exemplaires. Quelques publications évoquent 25 voitures, une divergence qui pourrait provenir de la prise en compte d’un prototype ou d’une différence de recensement. Le chiffre de 24 reste celui qui apparaît le plus régulièrement dans les dossiers de ventes spécialisées et les historiques des exemplaires identifiés.
Cette diffusion extrêmement limitée résulte directement des conditions de fabrication. Chaque voiture nécessite l’achat d’une Delta HF Integrale Evoluzione complète, son démontage, la réalisation d’une carrosserie spécifique et un assemblage artisanal. La multiplication des interventions et des transports entre l’Italie et les Pays-Bas rend l’opération particulièrement onéreuse.
Le prix de vente constitue un obstacle majeur. Les références historiques évoquent notamment un tarif britannique d’environ 74 000 livres sterling, un montant considérable pour une automobile dérivée d’une compacte sportive. À ce niveau de prix, la Hyena se retrouve face à des modèles de prestige bénéficiant de réseaux commerciaux plus établis.
Les ambitions commerciales initiales ne peuvent donc pas être atteintes. Le programme s’arrête après quelques dizaines de mois, sans donner naissance à une seconde génération. La Hyena ne reçoit pas non plus de remplaçante directe au sein de la gamme Lancia.
Les voitures survivantes possèdent aujourd’hui un intérêt particulier pour les collectionneurs de modèles italiens et de réalisations Zagato. Leur rareté ne constitue cependant pas le seul critère de valeur : l’historique de propriété, l’authenticité de la carrosserie, la configuration mécanique et la conservation des éléments intérieurs spécifiques jouent également un rôle déterminant.
Plusieurs ventes publiques permettent de mesurer cet intérêt. Un exemplaire a été adjugé 89 600 euros à Monaco en 2012. En 2020, la voiture numérotée 24/24 a atteint 187 000 euros lors d’une vente RM Sotheby’s. Un autre exemplaire, daté de 1994, a été vendu 148 500 euros en 2021. Ces transactions correspondent à des voitures et à des contextes de marché différents, et ne constituent pas une cote fixe.
La voiture portant le numéro 24/24 présente un intérêt historique supplémentaire puisqu’elle est associée à Paul Koot, l’initiateur du projet. Elle est également décrite parmi les exemplaires dotés d’une préparation moteur particulièrement poussée. Sa provenance permet de relier directement une automobile survivante aux origines du programme.
D’autres Hyena ont connu des restaurations ou des modifications mécaniques importantes. Un exemplaire identifié sous le numéro Z 018, préparé à environ 320 ch, a notamment été vendu en 2023. Cette puissance supérieure aux configurations d’époque habituellement mentionnées illustre la nécessité de distinguer les spécifications historiques des transformations réalisées ultérieurement.
Pour identifier correctement une Hyena de collection, l’examen du numéro de châssis, de la documentation Zagato, des factures de transformation et de l’historique des propriétaires est essentiel. Les pièces de carrosserie et les éléments d’habitacle étant propres à une production extrêmement restreinte, leur authenticité et leur état de conservation revêtent une importance particulière lors d’une restauration ou d’une expertise.




