La Lancia Delta HF Integrale, commercialisée à partir de 1988, est une berline compacte sportive italienne à moteur turbocompressé et transmission intégrale permanente. Développée à partir de la Lancia Delta de première génération, elle associe les qualités pratiques d’une carrosserie cinq portes à une mécanique directement liée aux ambitions du constructeur en championnat du monde des rallyes. Sa première version, équipée d’un quatre-cylindres 2,0 litres de 185 ch, ouvre une lignée qui culminera avec les Evoluzione de 210 et 215 ch.
La Delta HF Integrale occupe une place particulière dans l’histoire automobile grâce à son efficacité sur route et à son palmarès sportif. Son développement accompagne la domination de Lancia en championnat du monde des rallyes, où la famille Delta à quatre roues motrices remporte six titres constructeurs consécutifs entre 1987 et 1992. Derrière sa silhouette anguleuse, elle réunit une transmission sophistiquée, un châssis renforcé et une motorisation turbo particulièrement performante pour son époque.
Origines et naissance de la Lancia Delta HF Integrale
L’histoire de l’Integrale commence avec la Delta présentée en 1979. Dessinée par Giorgetto Giugiaro chez Italdesign, cette compacte adopte une carrosserie deux volumes aux lignes géométriques, avec cinq portes et un hayon arrière. Élue Voiture européenne de l’année 1980, elle constitue une base intéressante pour développer des versions sportives sans abandonner les qualités d’une automobile familiale.
Au milieu des années 1980, Lancia possède déjà une expérience considérable en compétition. Après les succès de la Stratos, la Lancia Rally 037 remporte notamment le championnat du monde des constructeurs en 1983. Le constructeur poursuit ensuite son engagement avec la Delta S4, une voiture radicalement différente des Delta de série.
L’interdiction du Groupe B à la fin de 1986 bouleverse cependant le championnat. La Lancia Delta S4, conçue autour d’un moteur central et d’un châssis spécifique, ne correspond plus au nouveau règlement Groupe A. Celui-ci impose des voitures dérivées de modèles produits en série. Lancia se tourne alors vers la Delta HF 4WD, commercialisée en 1986 avec un moteur turbo de 165 ch et quatre roues motrices permanentes.
La HF 4WD remporte le titre mondial constructeurs dès 1987. Pour conserver cet avantage face à une concurrence de plus en plus organisée, Lancia développe une version plus performante, présentée au Salon de Francfort en septembre 1987. Commercialisée en 1988, la Delta HF Integrale bénéficie d’ailes élargies, de trains roulants retravaillés, de freins renforcés et d’un moteur porté à 185 ch.
Contrairement à une voiture de compétition simplement adaptée à la circulation, l’Integrale conserve une véritable vocation routière. Elle propose cinq places, un coffre accessible par hayon et un équipement relativement complet, tout en offrant une motricité et des performances inhabituelles dans la catégorie des compactes de la fin des années 1980.
Design et caractéristiques de la première Integrale
La première Delta HF Integrale conserve les proportions fondamentales du modèle dessiné par Giugiaro. Sa longueur reste inférieure à quatre mètres, son empattement est court et ses surfaces vitrées demeurent généreuses. Cette silhouette compacte contraste avec les modifications nécessaires pour accueillir des voies plus larges et des pneumatiques plus imposants.
Les ailes avant et arrière élargies constituent l’un des principaux signes distinctifs de l’Integrale 8 soupapes. Elles sont accompagnées de boucliers spécifiques, de prises d’air agrandies et de jantes en alliage de 15 pouces. Le capot reçoit des ouvertures destinées à améliorer la gestion thermique du compartiment moteur. Les quatre projecteurs rectangulaires et la calandre Lancia préservent l’identité visuelle de la Delta originale.
La carrosserie reste relativement discrète par rapport aux futures Evoluzione. Les élargisseurs d’ailes s’intègrent aux lignes de la voiture, sans les extensions beaucoup plus prononcées qui apparaîtront en 1991. Les inscriptions HF et Integrale permettent également de distinguer cette version des Delta ordinaires et de la précédente HF 4WD.
À l’intérieur, la planche de bord reprend l’architecture générale de la Delta de première génération. L’instrumentation sportive comprend notamment les indications nécessaires à la surveillance du moteur turbocompressé. Selon les millésimes et les marchés, les sièges, les selleries et les équipements de confort varient. L’ambiance demeure celle d’une compacte haut de gamme de son époque plutôt que celle d’une voiture de course dépouillée.
La position de conduite, les dimensions contenues et la visibilité offerte par la carrosserie contribuent à son caractère particulier. La Delta HF Integrale n’impose pas les compromis d’une sportive à deux places, même si sa suspension ferme, son moteur turbo et sa transmission complexe la distinguent nettement d’une berline familiale conventionnelle.
Moteur turbo, transmission intégrale et comportement routier
La Delta HF Integrale 8v utilise un quatre-cylindres en ligne de 1 995 cm³, installé transversalement à l’avant. Ce moteur appartient à la famille des mécaniques Fiat à double arbre à cames en tête issue des travaux d’Aurelio Lampredi. Il reçoit une culasse à huit soupapes, une injection électronique et un turbocompresseur Garrett T3 associé à un échangeur air-air.
Le moteur développe 185 ch à 5 300 tr/min et un couple maximal de 304 Nm à 3 500 tr/min. L’augmentation de puissance par rapport à la HF 4WD s’accompagne d’adaptations du système de suralimentation et de la gestion moteur. Le couple disponible à moyen régime constitue une caractéristique essentielle de cette mécanique, particulièrement adaptée aux relances et aux sorties de virage.
La transmission intégrale permanente représente l’autre élément fondamental de l’Integrale. Son architecture prolonge les solutions déjà employées sur la Delta HF 4WD et développées à partir de l’expérience acquise avec la Lancia Prisma à quatre roues motrices. Elle combine un différentiel central épicycloïdal, un coupleur visqueux Ferguson et un différentiel arrière autobloquant de type Torsen.
Sur la première Integrale 8v, la répartition nominale du couple est généralement donnée pour 56 % à l’avant et 44 % à l’arrière. Le coupleur visqueux permet de réagir aux différences de vitesse de rotation entre les essieux, tandis que le différentiel arrière améliore la transmission de la puissance lorsque l’adhérence varie entre les roues. Cette conception favorise la motricité sur chaussée humide, sur neige ou à la sortie des virages serrés.
La boîte manuelle à cinq rapports équipe la voiture de série. Les transmissions à six rapports parfois mentionnées dans les historiques de la Delta concernent principalement les voitures de rallye préparées pour la compétition, et non la première Integrale routière.
Le châssis conserve une structure monocoque en acier et des suspensions indépendantes de type MacPherson aux quatre roues. Les voies élargies, les réglages spécifiques des ressorts et des amortisseurs ainsi que les barres antiroulis participent à l’amélioration de la stabilité. Le freinage fait appel à des disques ventilés à l’avant et à des disques à l’arrière.
Avec une vitesse maximale proche de 215 km/h et un 0 à 100 km/h annoncé autour de 6,6 secondes, la première Integrale figure parmi les compactes sportives les plus rapides de son époque. Son efficacité repose toutefois moins sur la seule puissance que sur sa capacité à transmettre cette puissance au sol. Le conducteur bénéficie d’une excellente motricité, mais doit composer avec les réactions d’un moteur turbo ancien, une direction communicative et un comportement qui demande de la précision lorsque le rythme augmente.
Fiche technique de la Lancia Delta HF Integrale
| Caractéristique | Lancia Delta HF Integrale 8v (1988) |
|---|---|
| Constructeur | Lancia |
| Pays d’origine | Italie |
| Présentation | 1987 |
| Commercialisation | À partir de 1988 |
| Carrosserie | Berline compacte, 5 portes, 5 places |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, essence, turbo |
| Implantation | Avant transversale |
| Cylindrée | 1 995 cm³ |
| Alésage x course | 84 x 90 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 8 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique |
| Suralimentation | Turbocompresseur Garrett T3, échangeur air-air |
| Rapport volumétrique | 8,0:1 |
| Puissance maximale | 185 ch DIN (136 kW) à 5 300 tr/min |
| Couple maximal | 304 Nm à 3 500 tr/min |
| Transmission | Intégrale permanente |
| Répartition nominale du couple | 56 % avant, 44 % arrière |
| Différentiel central | Épicycloïdal avec coupleur visqueux Ferguson |
| Différentiel arrière | Autobloquant Torsen |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, type MacPherson |
| Direction | À crémaillère, assistée |
| Freins avant | Disques ventilés, environ 284 mm |
| Freins arrière | Disques, environ 227 mm |
| Jantes | Alliage léger, 15 pouces |
| Pneumatiques | 195/55 VR15 |
| Longueur | 3 900 mm |
| Largeur | 1 700 mm |
| Hauteur | 1 380 mm |
| Empattement | 2 480 mm |
| Voie avant | 1 426 mm |
| Voie arrière | 1 406 mm |
| Masse à vide | Environ 1 270 kg |
| Vitesse maximale | Environ 215 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 6,6 s |
| 400 m départ arrêté | Environ 15,2 s |
| 1 000 m départ arrêté | Environ 28,1 s |
| Capacité du réservoir | 57 litres |
| Volume du coffre | Environ 260 litres |
Évolutions : de l’Integrale 8v à l’Evoluzione II
La première Integrale ne reste pas longtemps figée dans sa configuration initiale. Dès 1989, Lancia introduit une version à seize soupapes destinée à améliorer les performances routières et à renforcer la compétitivité du modèle en rallye. Cette évolution reçoit une nouvelle culasse, un moteur porté à 200 ch et plusieurs modifications de la transmission.
La Delta HF Integrale 16v se reconnaît notamment à son capot bombé, nécessaire pour loger la nouvelle culasse. La répartition du couple privilégie davantage l’essieu arrière, avec une distribution nominale généralement annoncée à 47 % à l’avant et 53 % à l’arrière. Le comportement devient plus dynamique, tandis que le moteur offre davantage de puissance à haut régime.
Parallèlement, Lancia propose des versions huit soupapes catalysées sur certains marchés. Leur puissance est inférieure à celle de la première 8v non catalysée, en raison notamment des adaptations liées aux normes antipollution. Ces déclinaisons expliquent pourquoi les caractéristiques des Integrale de la période 1989-1991 ne peuvent pas être regroupées sous une seule fiche technique.
En 1991 apparaît la Lancia Delta HF Integrale Evoluzione, transformation majeure de la gamme. Sa carrosserie adopte des ailes nettement plus larges, des voies augmentées, des boucliers redessinés et un imposant aileron arrière réglable. Les suspensions, le freinage et plusieurs éléments mécaniques sont revus. La version 16 soupapes développe désormais 210 ch.
L’Evoluzione II, introduite en 1993, représente la dernière grande étape du développement routier. Son moteur seize soupapes catalysé atteint 215 ch grâce à une gestion électronique modernisée et à des adaptations de la suralimentation. La présentation intérieure évolue également, avec des équipements et des finitions spécifiques. Malgré une apparence proche de l’Evoluzione I, cette dernière génération possède donc une identité mécanique distincte.
Pour comprendre l’ensemble des déclinaisons, la page consacrée à la Lancia Delta Integrale permet de replacer les versions 8v, 16v et Evoluzione dans leur chronologie. Les différentes motorisations, les variantes catalysées et les éditions limitées expliquent la diversité des caractéristiques rencontrées sur les voitures aujourd’hui conservées.
Palmarès en rallye et domination du Groupe A
La Delta HF Integrale est indissociable du championnat du monde des rallyes. Après le titre constructeurs remporté par la HF 4WD en 1987, l’Integrale 8v prend progressivement le relais pendant la saison 1988. Elle bénéficie de l’expérience acquise par les équipes Lancia et Abarth, ainsi que d’une base technique particulièrement adaptée au règlement Groupe A.
Miki Biasion et son copilote Tiziano Siviero jouent un rôle majeur dans cette période. Biasion remporte les championnats du monde pilotes de 1988 et 1989 au volant des Delta à transmission intégrale. Juha Kankkunen décroche également le titre pilotes en 1991, tandis que Didier Auriol, Markku Alén et d’autres pilotes contribuent aux nombreux succès du constructeur.
La première victoire mondiale de l’Integrale intervient au Rallye du Portugal 1988 avec Miki Biasion. La même année, Lancia s’impose également au Safari Rally, une épreuve particulièrement exigeante pour la fiabilité mécanique. Les voitures de compétition disposent alors de préparations spécifiques, avec des protections renforcées, des transmissions adaptées et des équipements destinés aux conditions rencontrées.
En 1989, l’Integrale 16v fait ses débuts victorieux au Rallye de Sanremo. Elle poursuit la domination de Lancia face à une concurrence comprenant notamment Toyota, Mazda et Mitsubishi. La marque italienne conserve le championnat constructeurs en 1990 et 1991, confirmant la pertinence des évolutions apportées à la Delta.
Le palmarès de la famille Delta HF à quatre roues motrices comprend six titres mondiaux constructeurs consécutifs, de 1987 à 1992. Il faut cependant distinguer le premier, obtenu avec la HF 4WD, des cinq suivants auxquels participent les différentes Integrale. Les titres pilotes remportés par Biasion en 1988 et 1989 puis par Kankkunen en 1991 appartiennent à la période Integrale.
À la fin de 1991, Lancia met un terme à son engagement officiel direct. Les Delta Evoluzione poursuivent néanmoins la compétition en 1992 sous les couleurs du Jolly Club, avec un soutien technique du constructeur. Cette organisation permet à Lancia de remporter son sixième titre mondial constructeurs consécutif.
Les Integrale de rallye ne doivent pas être confondues avec les voitures de route. Leurs moteurs dépassent largement les puissances des versions commerciales et leurs transmissions, suspensions et systèmes de freinage évoluent selon les saisons et les épreuves. Les spécifications d’une voiture engagée au Safari Rally ne sont ainsi pas identiques à celles d’une Integrale préparée pour un rallye sur asphalte.
Production, séries limitées et carrière en collection
La production de la Delta HF Integrale s’étend de 1988 à 1994, avec des volumes très différents selon les versions. Les compilations historiques mentionnent environ 9 800 exemplaires pour la première Integrale 8v et près de 12 900 pour la 16v. Les séries catalysées et les Evoluzione complètent une production totale généralement estimée autour de 39 000 Integrale, hors Delta HF 4WD. Les chiffres exacts varient selon le périmètre retenu et le comptage des séries spéciales.
Le succès sportif entraîne la création de nombreuses éditions particulières. La Martini 5 célèbre les cinq titres constructeurs consécutifs obtenus jusqu’en 1991, tandis que la Martini 6 commémore le sixième sacre de 1992. Ces voitures se distinguent par leurs décorations, leurs équipements et leur présentation intérieure, sans constituer des générations mécaniques entièrement nouvelles.
D’autres séries, comme les Club Italia, Blu Lagos ou Edizione Finale, deviennent particulièrement recherchées. Certaines sont destinées à des marchés précis ou à des groupes restreints de clients. Leurs volumes limités et leurs caractéristiques de finition contribuent à leur rareté, mais l’authenticité d’un exemplaire exige de vérifier sa documentation et sa configuration d’origine.
La fabrication des dernières Integrale est notamment associée aux installations de Maggiora à Chivasso, après les évolutions de l’organisation industrielle de Lancia. La carrière de l’Integrale prend fin en 1994, alors que la Lancia Delta 2, présentée en 1993, poursuit une orientation différente. Malgré l’existence de versions HF, cette deuxième génération ne reprend pas la transmission intégrale permanente de son illustre devancière.
Sur le marché de la collection, la Delta HF Integrale est appréciée autant pour son histoire que pour ses qualités mécaniques. Les premières 8v intéressent les amateurs de configurations originales, tandis que les Evoluzione et certaines éditions limitées occupent une place particulièrement recherchée. L’état de la carrosserie, la corrosion éventuelle, la conformité des élargisseurs d’ailes, l’entretien du moteur turbo et le fonctionnement de la transmission constituent des points essentiels lors de l’examen d’un exemplaire.
La vérification du numéro de châssis, du type moteur et des documents d’origine permet également de distinguer une véritable Integrale d’une Delta transformée. Les restaurations doivent porter une attention particulière aux éléments spécifiques de carrosserie, aux différentiels et aux composants de transmission, dont la disponibilité peut varier selon la version. Un historique d’entretien détaillé et une configuration cohérente avec le millésime sont déterminants pour apprécier l’authenticité d’une voiture.




