Le Land Rover Santana naît en Espagne à la fin des années 1950 d’un accord de fabrication sous licence avec Rover. Sa production débute à Linares, en Andalousie, en novembre 1958. Les premiers véhicules reprennent le Land Rover Series II britannique, mais l’histoire de Santana dépasse rapidement celle d’un simple assemblage local. À mesure que l’entreprise espagnole maîtrise davantage la fabrication, elle développe ses propres variantes, moteurs et solutions techniques.
L’appellation Land Rover Santana recouvre donc une famille de tout-terrain plutôt qu’un modèle resté identique pendant toute sa carrière. Des premiers 88 et 109 proches des Series britanniques aux Series III espagnoles puis aux versions six cylindres, Especial ou Cazorla, la gamme acquiert progressivement une identité spécifique. La rupture avec Land Rover au début des années 1980 ouvre ensuite une nouvelle période, durant laquelle Santana poursuit seule le développement de cette architecture.
Une production Land Rover implantée en Espagne
Metalúrgica de Santa Ana est créée à Linares en 1955, dans le contexte du Plan Jaén destiné à favoriser l’industrialisation de cette région marquée par le recul de l’activité minière. L’entreprise travaille d’abord dans le domaine du matériel agricole. La politique économique espagnole de l’époque favorise toutefois une production nationale des véhicules plutôt que leur importation, particulièrement coûteuse.
Les négociations avec Rover aboutissent à la fabrication locale du Land Rover. Un choix important est effectué dès le départ : plutôt que de reprendre une génération déjà ancienne, l’usine espagnole se tourne vers le nouveau Series II. La fabrication commence en novembre 1958 et un premier véhicule est présenté officiellement le 12 novembre. L’année 1959 correspond ensuite à la montée en cadence, ce qui explique que cette date soit parfois retenue comme celle des débuts du Santana.
Les premiers exemplaires dépendent encore largement de pièces et d’ensembles britanniques. L’intégration de composants produits en Espagne augmente ensuite rapidement. Santana devient ainsi un véritable constructeur industriel capable d’adapter le véhicule aux besoins de son marché, puis de concevoir ses propres évolutions.
La production repose principalement sur les deux empattements emblématiques des Land Rover de cette période : le 88 pouces court et le 109 pouces long. Plusieurs carrosseries sont proposées, notamment des versions bâchées, fermées, station wagon, pick-up et châssis-cabine. Les administrations, les forces armées et les services publics espagnols deviennent des débouchés importants, tandis que les exportations se développent au cours des années 1960 vers plusieurs marchés d’Amérique latine, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Des Series II aux Series III Santana
La gamme espagnole suit d’abord les évolutions britanniques. Après le Series II, Santana adopte les développements correspondant au Land Rover Series 2a. Les motorisations quatre cylindres essence et diesel de 2,25 litres deviennent alors essentielles à la gamme. Cette proximité technique n’empêche pas une augmentation progressive du contenu fabriqué à Linares.
L’apparence évolue également. Les premiers véhicules conservent la physionomie caractéristique des anciens Series, avec les projecteurs regroupés vers le centre de la face avant. Au début des années 1970, ceux-ci prennent place dans les ailes. La carrosserie reste immédiatement reconnaissable avec son pare-brise presque vertical, ses ailes plates, ses panneaux aux formes simples et sa construction pensée pour faciliter l’entretien.
En 1974, la déclinaison espagnole du Land Rover Series 3 marque une nouvelle étape. Elle bénéficie notamment d’une boîte à quatre rapports dont les vitesses avant sont synchronisées. Mais c’est surtout durant cette période que les Santana commencent à s’écarter plus franchement de leurs cousins fabriqués à Solihull.
Cette autonomie se manifeste aussi avec des véhicules particuliers. Le Santana 1300 à cabine avancée, apparu à la fin des années 1960, exploite une base technique Land Rover mais reçoit une configuration conçue spécifiquement en Espagne. Son principe rappelle celui du Land Rover Forward Control, sans pour autant constituer la version espagnole exacte du modèle britannique. Santana développe également le Ligero pour répondre à des besoins militaires.
Quand Santana développe ses propres moteurs
L’une des évolutions les plus caractéristiques intervient en 1977 avec l’apparition d’un six cylindres en ligne développé par Santana à partir du quatre cylindres de 2 286 cm3. Sa cylindrée atteint environ 3,4 litres. Il existe en essence et en diesel, avec des puissances généralement données autour de 104 ch pour le premier et 94 ch pour le second. Le moteur plus long impose des adaptations de la transmission et de la partie avant du véhicule.
Les versions six cylindres se reconnaissent notamment à leur face avant avancée. Elles répondent à la volonté d’offrir davantage de couple et de performances aux utilisateurs ayant besoin d’un véhicule lourd ou amené à parcourir de longues distances. Cette mécanique devient l’une des différences les plus significatives entre les développements espagnols et les Land Rover britanniques contemporains.
La Series III Especial poursuit cette évolution à partir de la fin des années 1970. Santana travaille parallèlement sur d’autres améliorations touchant la transmission, le freinage et les suspensions. Un quatre cylindres turbodiesel de 2,25 litres apparaît également au début des années 1980, avec une puissance d’environ 75 ch. Cette motorisation illustre la capacité acquise par Linares à développer des solutions qui ne proviennent plus directement du catalogue Land Rover britannique.
En 1982 arrive le Santana Cazorla, évolution haut de gamme et particulièrement identifiable de la famille. Il utilise le six cylindres diesel et se distingue extérieurement par ses projecteurs rectangulaires. Les dernières évolutions de cette période, dont les Santana Super, reçoivent encore diverses modifications de carrosserie et d’équipement.
Fiche technique du Land Rover Santana
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Type | Tout-terrain utilitaire à châssis séparé |
| Début de fabrication | Novembre 1958 |
| Site de production | Linares, Jaén, Espagne |
| Empattements principaux | 88 pouces, environ 2,24 m ; 109 pouces, environ 2,77 m |
| Carrosseries | Bâchée, hard-top, station wagon, pick-up, châssis-cabine et variantes spécialisées |
| Structure | Châssis séparé de type échelle, carrosserie boulonnée |
| Implantation moteur | Longitudinale avant |
| Moteurs principaux | Quatre cylindres essence et diesel, puis six cylindres essence et diesel et quatre cylindres turbodiesel selon version |
| Quatre cylindres 2,25 l essence | 2 286 cm3, environ 78 à 81 ch selon version et norme |
| Quatre cylindres 2,25 l diesel | 2 286 cm3, environ 62 ch à 4 000 tr/min |
| Six cylindres essence | Environ 3 429 cm3, environ 104 ch |
| Six cylindres diesel | Environ 3 429 cm3, environ 94 ch |
| Turbodiesel 2,25 l | Quatre cylindres, environ 75 ch |
| Transmission | Transmission arrière avec pont avant enclenchable et gamme courte sur les versions classiques |
| Boîte | Manuelle à 4 rapports ; rapports avant entièrement synchronisés sur les Series III espagnoles ; évolutions ultérieures selon version |
| Suspensions | Essieux rigides et ressorts à lames sur les versions classiques |
| Freinage | Tambours hydrauliques sur les premières versions ; évolution vers des disques avant sur certaines versions espagnoles |
| Direction | Mécanique sur les versions classiques ; assistance sur certaines évolutions tardives |
Un Santana de plus en plus différent du Land Rover britannique
Sur un exemplaire ancien, la distinction entre Santana et son équivalent britannique tient surtout à son origine industrielle, à ses marquages et à certains équipements. Tous deux reposent sur la même philosophie : châssis séparé robuste, essieux rigides, transmission tout-terrain simple et carrosserie conçue en priorité pour un usage utilitaire. La différenciation devient beaucoup plus importante au fil des années 1970.
Les moteurs six cylindres Santana constituent le meilleur exemple de cette divergence. Les évolutions de freinage, l’arrivée du turbodiesel et les variantes propres au marché espagnol renforcent encore cette identité. Le Santana ne peut donc pas être décrit sur l’ensemble de sa carrière comme un Land Rover britannique simplement assemblé sous licence.
Cette distinction est également indispensable pour comprendre les modèles produits après 1983. La coopération avec Land Rover prend fin et Santana continue à faire évoluer son tout-terrain. Les Santana 2.5 et 2500, parfois regroupés avec les Land Rover Santana dans les petites annonces ou les historiques de modèles, appartiennent à cette période autonome. Ils descendent directement des Series espagnoles, mais ne sont plus des Land Rover fabriqués sous licence.
La même précaution s’applique au Santana PS-10 ou Aníbal, beaucoup plus tardif, puis à l’Iveco Massif issu de cette lignée. Leur architecture conserve des liens historiques avec les anciens Santana, mais il ne s’agit ni de versions du véhicule lancé en 1958 ni de Land Rover Santana au sens strict.
De Linares à une branche espagnole indépendante
Le parcours industriel du Santana se distingue finalement par la durée de son émancipation. Parti d’un Series II construit sous licence, le véhicule devient progressivement une branche espagnole de la famille Land Rover, adaptée aux usages locaux et à de nombreux marchés d’exportation. Les versions militaires, les 88 et 109 civils, le 1300, le Ligero et les Series III spécifiques montrent l’étendue prise par cette activité à Linares.
La trajectoire diffère alors de celle suivie au Royaume-Uni. Les descendants britanniques des Series évolueront progressivement jusqu’au Land Rover Defender, tandis que Santana conserve en Espagne cette architecture fondamentale tout en développant ses propres moteurs, carrosseries et transmissions.
Cette double filiation explique la difficulté à définir le Land Rover Santana par une unique fiche technique. Un 88 des premières années reste extrêmement proche de son équivalent britannique, alors qu’un six cylindres ou un Cazorla du début des années 1980 possède des caractéristiques nettement plus spécifiques. C’est précisément cette transformation, d’une fabrication sous licence commencée en 1958 à une gamme largement développée à Linares, qui définit l’histoire du Land Rover Santana.




