Le Land Rover Series 1 est le premier modèle de la lignée Land Rover. Présenté en 1948 au Salon de l’automobile d’Amsterdam, il est développé par la Rover Company dans le contexte particulier de l’après-guerre britannique. Son objectif est alors très concret : proposer un véhicule polyvalent, robuste et relativement simple, capable de travailler aussi bien dans une exploitation agricole que dans des environnements industriels ou des régions dépourvues de routes.
Le nom « Series 1 » est une appellation rétrospective. À son lancement, le véhicule est simplement présenté comme le Land Rover. La désignation Series I apparaît ensuite pour distinguer cette première génération des Series II et Series III. Produite jusqu’en 1958, cette génération pose les bases techniques et conceptuelles des futurs Land Rover utilitaires.
La naissance du premier Land Rover
L’idée du Land Rover est étroitement associée à Maurice Wilks, ingénieur et responsable technique de Rover. Utilisant une Jeep sur sa propriété de l’île d’Anglesey, il imagine un véhicule polyvalent pouvant répondre aux besoins agricoles tout en offrant à Rover un débouché industriel après la guerre. Son frère Spencer Wilks, alors dirigeant de Rover, soutient le projet.
Le développement commence en 1947. Le prototype le plus célèbre, aujourd’hui connu sous le numéro HUE 166, adopte une architecture originale avec une position de conduite centrale. Ce prototype, surnommé « Centre Steer », permet de mettre au point les proportions et la conception générale du futur véhicule. L’équipe dirigée par l’ingénieur Arthur Goddard transforme ensuite le concept en modèle industrialisable.
La présentation officielle intervient au printemps 1948 à Amsterdam. Le premier Land Rover utilise un empattement de 80 pouces et reçoit un quatre cylindres essence de 1,6 litre. Sa conception privilégie la simplicité et la polyvalence. Le châssis séparé en acier accueille une carrosserie légère en alliage d’aluminium, choix favorisé par la pénurie d’acier qui touche l’industrie britannique.
Le véhicule connaît rapidement des applications très diverses. Il peut recevoir une carrosserie ouverte avec bâche, un pick-up ou des équipements spécialisés. Des exemplaires sont employés par les agriculteurs, les services publics, les militaires, les pompiers et différentes entreprises. Cette polyvalence devient l’une des caractéristiques fondamentales de la famille Land Rover.
Une gamme qui évolue rapidement
Les premiers Land Rover Series 1 reposent sur l’empattement de 80 pouces. Les véhicules produits à partir de 1948 disposent du quatre cylindres essence Rover de 1 595 cm³. Les premières versions présentent également une transmission originale utilisant un système de roue libre sur la transmission avant. Ce dispositif est progressivement abandonné au profit d’une sélection plus conventionnelle des quatre roues motrices.
En 1950, certains détails caractéristiques évoluent, notamment la position des phares qui passent à travers la calandre. Le moteur essence de 2,0 litres remplace progressivement le 1,6 litre au début des années 1950. L’augmentation de cylindrée améliore le couple disponible et convient mieux à la vocation utilitaire du véhicule.
L’évolution la plus importante concerne toutefois les dimensions. En 1953 apparaît l’empattement de 86 pouces, tandis qu’une version longue de 107 pouces élargit les possibilités de chargement et de transport. Ces nouveaux châssis permettent de proposer davantage de carrosseries et de répondre à des usages professionnels plus variés.
En 1955, le Station Wagon de 107 pouces reçoit une carrosserie d’usine pouvant accueillir jusqu’à dix personnes. Il succède dans l’offre à des solutions plus artisanales, notamment le Station Wagon réalisé par Tickford à la fin des années 1940. Ces versions fermées restent toutefois beaucoup plus rares que les Land Rover ouverts destinés aux travaux et aux usages utilitaires.
En 1956, les empattements évoluent encore pour atteindre 88 et 109 pouces. Cette modification prépare notamment l’arrivée d’une nouvelle motorisation. En 1957, le Land Rover reçoit en effet un moteur diesel de 2,0 litres, une évolution importante pour un véhicule dont la vocation professionnelle rend la sobriété et le couple particulièrement intéressants.
En 1958, la Series II prend progressivement le relais. Elle conserve les empattements de 88 et 109 pouces mais adopte une carrosserie et plusieurs détails techniques modernisés. Le Land Rover Series 2A, apparu plus tard dans cette même lignée, prolongera encore cette architecture avant l’arrivée de la Series III.
Fiche technique du Land Rover Series 1
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Type | Véhicule tout-terrain utilitaire 4×4 à châssis séparé |
| Période de production | 1948 à 1958 |
| Empattements | 80 pouces, puis 86, 88, 107 et 109 pouces selon période et version |
| Moteur initial | 4 cylindres en ligne essence, 1 595 cm³, architecture IOE |
| Puissance initiale | Environ 50 ch à 4 000 tr/min |
| Moteur essence ultérieur | 4 cylindres en ligne, environ 1 997 cm³, environ 52 ch |
| Moteur diesel | 4 cylindres en ligne, environ 2 052 cm³, introduit en 1957, environ 52 ch |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Quatre roues motrices, avec boîte de transfert à deux rapports |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 4 rapports |
| Châssis | Châssis séparé en acier à longerons |
| Carrosserie | Principalement en alliage d’aluminium |
| Suspensions | Essieux rigides avec ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | Mécanique, notamment système Burman-Douglas sur les premières versions |
| Freins | Tambours aux quatre roues, commande hydraulique |
| Frein de stationnement | Mécanique, agissant sur la transmission arrière |
| Empattement 80 pouces | 2 032 mm |
| Empattement 86 pouces | 2 184 mm |
| Empattement 88 pouces | 2 235 mm |
| Empattement 107 pouces | 2 718 mm |
| Empattement 109 pouces | 2 769 mm |
| Largeur indicative | Environ 1 549 mm selon configuration |
| Hauteur indicative | Environ 1 867 mm selon carrosserie et configuration |
| Poids initial indicatif | Environ 1 143 kg pour une configuration de référence |
| Vitesse maximale | Supérieure à 50 mph annoncée pour le modèle initial |
Des carrosseries utilitaires aux Station Wagon
Le Series 1 se reconnaît d’abord à son architecture très fonctionnelle. Les panneaux de carrosserie sont simples, les ailes sont séparées et le capot presque horizontal recouvre un compartiment moteur compact. La structure repose sur un châssis indépendant, ce qui facilite les adaptations et les réparations. L’utilisation d’un alliage d’aluminium contribue également à limiter la masse et permet de contourner les restrictions pesant sur l’acier dans l’immédiat après-guerre.
Les carrosseries ouvertes avec bâche constituent la configuration emblématique des premières années. Le véhicule peut néanmoins recevoir des équipements spécifiques pour le transport de marchandises ou de personnes. Les versions longues augmentent progressivement les capacités de chargement, tandis que les Station Wagon apportent une protection contre les intempéries et un aménagement plus adapté au transport de passagers.
Le premier Station Wagon associé au Series 1 est le modèle Tickford, développé par le carrossier du même nom. Sa carrosserie à structure en bois est beaucoup plus élaborée que celle du Land Rover utilitaire. Produit en très petite quantité, il constitue aujourd’hui l’une des variantes les plus recherchées de la première génération.
À partir de 1955, le Station Wagon 107 pouces conçu par Land Rover élargit la gamme des carrosseries fermées. Cette version peut accueillir un nombre important de passagers et illustre l’évolution du véhicule vers des usages qui dépassent largement le seul travail agricole.
Expéditions et usages hors route
La robustesse du Series 1 lui permet rapidement de s’imposer dans des régions où les infrastructures routières sont limitées. Son architecture 4×4, ses essieux rigides et ses rapports courts sont particulièrement adaptés aux terrains difficiles. Les versions destinées aux administrations, aux forces armées et aux services spécialisés contribuent à établir la réputation internationale du modèle.
Le véhicule devient également célèbre grâce aux grandes expéditions britanniques des années 1950. Deux Series 1 de 86 pouces participent notamment à l’expédition Oxford-Cambridge en Afrique en 1954. L’année suivante, deux autres exemplaires, baptisés « Oxford » et « Cambridge », sont engagés dans l’expédition reliant Londres à Singapour.
Partis de Londres en septembre 1955, les deux véhicules atteignent Singapour en mars 1956 après un parcours de plus de 18 000 miles. Cette aventure démontre les capacités du Land Rover à franchir de longues distances dans des conditions très difficiles et contribue fortement à son image de véhicule d’exploration.
L’exemplaire « Oxford », connu sous l’immatriculation SNX 891, est particulièrement célèbre. Retrouvé plusieurs décennies plus tard à Sainte-Hélène, il a été restauré avant de participer en 2019 à l’expédition Last Overland, qui reprenait symboliquement l’itinéraire de la première traversée.
Production, identification et rareté
La production totale du Series 1 dépasse 200 000 exemplaires. Les estimations spécialisées tournent autour de 211 000 véhicules, mais le chiffre exact peut varier selon la manière dont sont comptabilisées certaines séries et productions destinées à l’exportation. Cette production relativement importante ne signifie pas que toutes les configurations sont courantes aujourd’hui.
Les premiers 80 pouces sont particulièrement recherchés par les collectionneurs. Les véhicules de tout début de production présentent des caractéristiques spécifiques, notamment la disposition initiale des phares et certains détails de transmission. Les numéros de châssis permettent de différencier les périodes et configurations, mais leur interprétation doit tenir compte de l’évolution des systèmes de numérotation au cours des dix années de production.
Le prix de lancement du Land Rover de base est d’environ 450 livres sterling en 1948. Les tarifs évoluent ensuite selon la motorisation, l’empattement et la carrosserie. Aujourd’hui, la valeur d’un Series 1 dépend surtout de son authenticité, de son état, de sa configuration, de sa provenance et de la qualité d’une éventuelle restauration. Les premiers 80 pouces et les variantes rares comme le Tickford peuvent atteindre des niveaux très différents de ceux des exemplaires utilitaires plus courants.
Pour identifier correctement une Series 1, l’empattement ne suffit pas toujours. Les dernières Series 1 de 88 et 109 pouces partagent en effet leurs dimensions fondamentales avec les premières Series II. Les détails de carrosserie, les panneaux latéraux, la calandre, les phares, les équipements et la mécanique doivent être examinés ensemble afin d’éviter une confusion entre générations.
Du Series 1 au Defender
Le Series 1 est le point de départ d’une lignée qui évolue pendant plusieurs décennies sans abandonner son principe fondamental : un véhicule tout-terrain robuste, polyvalent et conçu autour d’un châssis séparé et de quatre roues motrices. Les Series II puis Series III modernisent progressivement le concept tout en conservant ses principales caractéristiques.
La Land Rover Series 3 représente l’une des étapes majeures de cette évolution. Lancée en 1971, elle conserve l’architecture générale des Series précédentes mais reçoit notamment une présentation intérieure modernisée et différentes évolutions mécaniques. La lignée aboutit ensuite au Land Rover Defender, appellation adoptée dans les années 1990 pour distinguer l’utilitaire historique de la gamme des autres modèles Land Rover.
Le Series 1 reste ainsi identifiable comme le modèle fondateur : celui qui transforme en production industrielle une idée née dans l’immédiat après-guerre et établit dès 1948 les bases d’un véhicule destiné à travailler, transporter et progresser là où les automobiles conventionnelles ne peuvent pas aller.




