Histoire de la marque Nanjing

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Nanjing Automobile trouve ses origines en 1947, non dans la création d’une marque commerciale classique, mais dans un atelier militaire chargé de réparer des véhicules et équipements mécaniques. Devenu après la fondation de la République populaire de Chine un constructeur public installé à Nankin, le groupe s’est surtout fait connaître grâce aux camions Yuejin. Son histoire est ensuite marquée par l’ouverture aux technologies étrangères, les partenariats avec Iveco et Fiat, l’acquisition spectaculaire des actifs de MG Rover en 2005, puis son intégration au groupe SAIC en 2007. Nanjing désigne donc avant tout un constructeur et un groupe industriel, dont plusieurs marques et coentreprises ont successivement porté l’activité automobile.

1947 : un atelier militaire donne naissance à l’entreprise

L’histoire de Nanjing Automobile commence le 27 mars 1947, pendant la guerre civile chinoise. Après des combats dans le Shandong, l’Armée de campagne de Chine orientale met sur pied un atelier destiné à réparer les véhicules et matériels mécanisés dont elle dispose. Il ne s’agit alors ni d’une entreprise automobile au sens commercial du terme, ni d’une marque fondée par un entrepreneur identifié.

L’organisation suit ensuite les mouvements de l’armée et s’installe à Nankin en juillet 1949. Elle reprend sur place des installations de réparation automobile et commence progressivement à évoluer vers une activité industrielle permanente. En 1953, l’établissement passe sous l’autorité de l’administration nationale chargée de l’industrie mécanique et devient une entreprise d’État intégrée à la politique d’industrialisation du pays.

1958 : le Yuejin NJ130 transforme Nanjing en constructeur

Le véritable basculement vers la construction automobile intervient à la fin des années 1950. Les autorités chinoises confient à l’usine la reproduction d’un camion inspiré du GAZ-51 soviétique. Le 10 mars 1958 sort le NJ130, un camion léger de 2,5 tonnes qui occupe une place importante dans l’histoire de l’industrie automobile chinoise. Les sources institutionnelles le présentent comme le premier camion léger de la Chine populaire.

Le véhicule reçoit le nom Yuejin, qui signifie approximativement « bond en avant ». Quelques mois plus tard, le 10 juin 1958, l’établissement devient officiellement Nanjing Automobile Works. Cette date marque l’installation durable de Nanjing parmi les constructeurs automobiles chinois. Durant les décennies suivantes, ce sont surtout les véhicules utilitaires Yuejin, plutôt qu’une gamme de voitures particulières portant le nom Nanjing, qui construisent sa réputation industrielle.

1982 : Nanjing change d’échelle et modernise ses utilitaires

Au début des années 1980, Nanjing entre dans une nouvelle phase. En 1982, la création de la Nanjing Automobile Industry Joint Company regroupe plusieurs activités industrielles afin de constituer une base plus importante spécialisée dans les camions légers. Cette restructuration accompagne l’évolution du secteur automobile chinois, qui commence à s’ouvrir davantage aux technologies étrangères.

Nanjing cherche alors à moderniser des véhicules dont les origines techniques remontent encore largement aux premières décennies de l’industrie chinoise. Au milieu des années 1980, le constructeur utilise notamment des solutions issues d’Isuzu, visibles sur la nouvelle génération de Yuejin. Cette politique de coopération technique annonce une transformation plus profonde : Nanjing ne veut plus seulement développer ses propres véhicules à partir de bases anciennes, mais accélérer son évolution grâce aux licences et partenariats internationaux.

1985 : l’accord avec Iveco ouvre une coopération industrielle durable

En 1985, Nanjing conclut un accord avec Iveco pour produire en Chine des véhicules utilitaires légers sous licence. Cette coopération prend progressivement de l’ampleur. Une ligne consacrée au TurboDaily est inaugurée en 1991, puis les deux partenaires créent en 1996 la coentreprise Nanjing Iveco, généralement connue sous le nom de NAVECO.

Cette alliance constitue l’un des tournants les plus durables de l’histoire de Nanjing. Elle donne au constructeur accès à des architectures et méthodes de production plus modernes tout en renforçant sa spécialisation historique dans les véhicules commerciaux. Contrairement à plusieurs autres tentatives de diversification, la relation avec Iveco survit aux grandes restructurations ultérieures du groupe.

1999 : Nanjing Fiat tente la diversification dans la voiture particulière

À la fin des années 1990, Nanjing veut dépasser son activité traditionnelle de camions et d’utilitaires. En 1999, le groupe crée avec Fiat une coentreprise détenue à parts égales afin de produire des voitures particulières en Chine. La Palio est lancée sur le marché chinois en 2002, avant l’arrivée d’autres modèles issus de la gamme du constructeur italien.

Cette diversification ne produit cependant pas les résultats espérés. Nanjing Fiat éprouve des difficultés à s’imposer face à un marché chinois de plus en plus concurrentiel et reste déficitaire pendant plusieurs années. Les divergences stratégiques entre les partenaires s’accentuent lorsque Nanjing engage parallèlement des ressources dans une opération beaucoup plus ambitieuse au Royaume-Uni. Fiat finit par se retirer de la coentreprise en décembre 2007.

2005 : le rachat des actifs de MG Rover donne une dimension internationale à Nanjing

Le tournant le plus spectaculaire de l’histoire de Nanjing intervient en 2005. Après l’effondrement du constructeur britannique MG Rover, Nanjing Automobile acquiert auprès des administrateurs une partie majeure des actifs industriels disponibles, comprenant notamment la marque MG, des installations, des machines, des outillages et des activités de motorisation.

L’opération change profondément la stratégie du groupe. Jusqu’alors, Nanjing s’était principalement développé en recevant des technologies étrangères par le biais de licences ou de coentreprises. Avec MG, il cherche désormais à posséder une marque internationale et à exploiter directement un patrimoine industriel occidental. Une partie des équipements est transférée en Chine, tandis que Nanjing prévoit également de maintenir une activité au Royaume-Uni.

La situation issue de la faillite de Rover reste toutefois complexe. Nanjing n’a pas racheté intact l’ancien groupe britannique avec l’ensemble de ses droits : certains droits technologiques liés à d’anciens modèles avaient déjà été acquis séparément par SAIC. En 2007, Nanjing commence néanmoins à concrétiser son projet en lançant en Chine la MG7, première manifestation importante de sa nouvelle stratégie de voitures particulières sous la marque MG.

2007 : SAIC absorbe Nanjing Automobile

Les ambitions de Nanjing dans les voitures particulières et son investissement dans MG demandent des moyens considérables alors que l’industrie automobile chinoise entre dans une période de consolidation. Le 26 décembre 2007, Nanjing Automobile et SAIC annoncent leur rapprochement. L’opération aboutit à l’intégration de Nanjing dans SAIC, qui en devient le propriétaire.

Ce changement met fin à l’indépendance stratégique du constructeur. Il permet surtout de réunir sous un même groupe les actifs britanniques acquis par Nanjing et les droits technologiques déjà détenus par SAIC. MG poursuit dès lors son développement sous le contrôle du groupe de Shanghai, tandis que les activités historiques de Nanjing dans les véhicules commerciaux sont progressivement réorganisées au sein du nouvel ensemble.

2016 : l’héritage de Nanjing est redistribué au sein de SAIC

Après son absorption, Nanjing Automobile ne disparaît pas juridiquement, mais son rôle change profondément. Les différentes activités qu’il avait accumulées au fil des décennies sont réparties entre plusieurs branches de SAIC. En 2016, l’activité Yuejin, qui constituait pourtant le cœur historique de Nanjing depuis le NJ130 de 1958, est transférée vers les activités commerciales de Maxus.

Nanjing Automobile Group demeure aujourd’hui une société contrôlée à 100 % par SAIC et reste notamment liée aux activités de Nanjing Iveco. En revanche, il n’existe plus comme constructeur indépendant poursuivant sa propre stratégie avec l’ensemble de ses anciennes marques. Son histoire se lit désormais à travers plusieurs héritages distincts : Yuejin dans les véhicules commerciaux, la coopération avec Iveco et, surtout, MG, dont l’acquisition en 2005 fut l’étape la plus internationale avant que Nanjing ne soit intégré au vaste groupe SAIC.