Présentée pour la première fois en 1972, la Maserati Khamsin est la dernière grande GT conçue à Modène sous la direction technique de Giulio Alfieri. Connue en interne sous le type AM120, elle associe le V8 4,9 litres de la marque à une carrosserie spectaculaire dessinée par Marcello Gandini pour Bertone. Sa mécanique traditionnelle à moteur avant contraste avec des solutions particulièrement sophistiquées, notamment une suspension arrière indépendante et une hydraulique haute pression héritée de Citroën.
La Khamsin apparaît à une période de profonde transformation pour Maserati. Elle doit prendre la relève de la Maserati Ghibli dans le rôle de la grande GT V8 à moteur avant, alors que la marque explore parallèlement l’architecture à moteur central. Produite en très petite série jusqu’en 1982, elle constitue ainsi l’une des Maserati les plus singulières des années 1970.
De la Ghibli à la Khamsin
Lorsque la Khamsin est développée, Maserati appartient à Citroën. Cette période donne naissance à des automobiles techniquement très différentes de celles des décennies précédentes. Giulio Alfieri conserve pour la nouvelle GT une architecture classique, avec V8 longitudinal à l’avant et roues arrière motrices, mais l’ensemble est modernisé en profondeur. La Khamsin reçoit notamment quatre roues indépendantes, alors que la Ghibli employait encore un essieu arrière rigide.
Cette orientation distingue également la voiture de la Maserati Bora, autre V8 de la gamme mais construite autour d’un moteur central. La Maserati Merak reprend elle aussi cette implantation centrale dans une formule plus accessible à moteur six cylindres. La Khamsin reste donc la représentante d’une tradition différente, celle du coupé de grand tourisme à long capot destiné aux voyages rapides.
Le prototype est dévoilé au Salon de Turin de 1972 sur le stand Bertone. La voiture est encore développée et mise au point avant le démarrage de la production régulière, que Maserati situe en 1974. Cette distinction explique pourquoi différentes dates peuvent être associées au modèle : 1972 correspond à sa première apparition publique, tandis que 1974 marque le début de sa période de production officielle.
Le nom Khamsin désigne un vent chaud et sec du désert égyptien. Il s’inscrit dans une tradition Maserati déjà illustrée par des appellations inspirées des vents, comme Mistral et Ghibli. Derrière cette continuité se cache pourtant une automobile nettement plus complexe que sa devancière.
Un dessin de Marcello Gandini pour Bertone
La Khamsin occupe une place particulière dans l’histoire stylistique de Maserati puisqu’elle est la première voiture de série de la marque dessinée par Bertone. Marcello Gandini lui donne une silhouette basse et tendue caractéristique du début des années 1970 : capot plongeant, lignes anguleuses, habitacle reculé et arrière abrupt composent un profil immédiatement identifiable.
Ce langage formel peut être rapproché de celui de la Maserati Boomerang, spectaculaire concept Bertone également dessiné par Gandini. La Khamsin demeure toutefois une véritable 2+2 de grand tourisme. Son empattement de 2,55 m et l’implantation très reculée du moteur permettent de ménager deux petites places arrière tout en conservant les proportions d’un coupé sportif.
La poupe constitue son détail le plus célèbre. Une grande surface vitrée verticale prolonge la lunette et reçoit les feux arrière, donnant l’impression que ceux-ci flottent dans un panneau transparent. Ce dispositif n’est pas seulement esthétique : il améliore aussi la visibilité vers l’arrière malgré une carrosserie très basse. À l’avant, les projecteurs escamotables permettent de conserver un nez particulièrement fin lorsque les phares sont fermés.
Le dessin évolue légèrement au cours de la carrière, notamment avec l’apparition de trois ouvertures horizontales sur la face avant des voitures tardives et plusieurs changements dans l’habitacle. Les Khamsin destinées aux États-Unis sont beaucoup plus faciles à distinguer. Les normes fédérales imposent notamment des pare-chocs volumineux et différents équipements de signalisation qui modifient sensiblement la pureté des lignes imaginées par Gandini.
Un V8 Maserati de 4,9 litres à l’avant
Sous le long capot se trouve le V8 Maserati à 90 degrés de 4 930 cm3, installé longitudinalement et suffisamment en retrait pour permettre de loger la roue de secours devant lui. Cette implantation contribue à mieux répartir les masses tout en conservant l’architecture d’une GT classique. Le moteur possède quatre arbres à cames en tête, un carter sec et quatre carburateurs Weber double corps.
Maserati annonce 320 ch à 5 500 tr/min. La transmission standard est confiée à une boîte manuelle ZF à cinq rapports entièrement synchronisés, associée aux roues arrière. Une boîte automatique Borg-Warner à trois rapports pouvait également être commandée, choix cohérent avec la vocation de grande routière de la voiture.
La vitesse maximale annoncée par Maserati atteint 270 km/h, niveau remarquable pour une 2+2 du milieu des années 1970. Les chiffres d’accélération publiés au fil du temps sont moins homogènes et dépendent des voitures et des protocoles d’essai. La vitesse officielle suffit néanmoins à situer la Khamsin parmi les GT les plus rapides de son époque.
L’influence technique de Citroën
La mécanique Maserati est associée à l’une des caractéristiques les plus originales de la Khamsin : son circuit hydraulique haute pression dérivé des technologies Citroën. Il intervient dans le freinage et la direction assistée, mais également dans plusieurs fonctions de confort ou de commande, dont l’embrayage, les projecteurs escamotables et le réglage du siège conducteur.
La direction à assistance variable est particulièrement inhabituelle pour une GT italienne de cette génération. Très assistée lors des manoeuvres, elle évolue avec la vitesse. Les freins à disque ventilés aux quatre roues bénéficient eux aussi de la haute pression hydraulique, avec une commande réputée beaucoup plus directe que celle d’un système conventionnel.
Le châssis marque une autre rupture avec la Ghibli. La structure autoporteuse reçoit un sous-châssis arrière portant notamment le différentiel. Les quatre roues sont indépendantes, et le train arrière abandonne donc l’essieu rigide de la génération précédente. L’objectif est autant d’améliorer le comportement routier que d’isoler davantage les vibrations et les bruits mécaniques dans cette automobile destinée au grand tourisme.
Cette combinaison explique le caractère atypique de la Khamsin. Son V8, sa boîte manuelle et sa propulsion appartiennent à l’école classique des GT de Modène, tandis que sa direction, son freinage et plusieurs équipements reflètent directement la période Citroën. Peu d’automobiles réunissent aussi nettement ces deux philosophies techniques.
Fiche technique de la Maserati Khamsin
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Code usine | Tipo AM120 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 2+2 |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Moteur | V8 essence à 90 degrés |
| Cylindrée | 4 930 cm3 |
| Alésage x course | Environ 93,9 x 89 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc |
| Alimentation | 4 carburateurs Weber double corps |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance | 320 ch à 5 500 tr/min |
| Couple | Environ 481 à 486 Nm vers 4 000 tr/min selon spécification |
| Boîte manuelle | ZF à 5 rapports |
| Boîte optionnelle | Borg-Warner automatique à 3 rapports |
| Structure | Monocoque autoporteuse avec sous-châssis arrière |
| Suspension | 4 roues indépendantes |
| Direction | Assistée hydrauliquement, assistance variable |
| Freins | Disques ventilés aux 4 roues, assistance hydraulique haute pression |
| Roues | Alliage Campagnolo 7,5J x 15 |
| Pneus | 215/70 VR15 |
| Empattement | 2 550 mm |
| Longueur | Environ 4 400 à 4 440 mm selon spécification |
| Largeur | Environ 1 804 mm |
| Hauteur | Environ 1 140 à 1 180 mm selon spécification |
| Poids à sec | 1 635 kg selon Maserati |
| Vitesse maximale | 270 km/h annoncés par Maserati |
| Période de production officielle | 1974 à 1982 |
Une production extrêmement limitée
La Khamsin arrive sur le marché dans un contexte difficile pour les automobiles de très hautes performances. Le choc pétrolier de 1973, son prix élevé et sa mécanique sophistiquée limitent naturellement sa diffusion. À cela s’ajoutent les bouleversements industriels de Maserati : Citroën se retire et la marque italienne traverse une crise avant son passage sous le contrôle d’Alejandro de Tomaso.
Le nombre exact de Khamsin produites présente une particularité : les propres informations historiques de Maserati ne sont pas parfaitement concordantes. Le constructeur mentionne 435 exemplaires dans son récit consacré au modèle, tandis qu’une fiche technique officielle indique 430 voitures. D’autres décomptes historiques sont encore légèrement inférieurs. Il est donc préférable de retenir un ordre de grandeur d’environ 430 exemplaires plutôt que de présenter un total contesté comme définitivement établi.
La carrière se poursuit jusqu’en 1982 sans véritable deuxième génération. Dans la seconde moitié des années 1970, la Maserati Kyalami propose elle aussi une formule de GT V8 à moteur avant, mais avec une conception et une carrosserie différentes : elle ne constitue pas une simple évolution de la Khamsin.
La dernière grande GT de l’ère Alfieri
La Khamsin est étroitement liée à Giulio Alfieri, figure majeure de l’ingénierie Maserati depuis les années 1950. Elle représente sa dernière création développée alors qu’il dirige le département technique de la marque. Cette filiation explique une partie de son intérêt historique : derrière le dessin très moderne de Gandini se trouve encore le V8 issu de la grande tradition des Maserati de route.
La voiture n’a pas été conçue autour d’un programme officiel de compétition et son histoire repose essentiellement sur son rôle de GT routière. Son importance vient plutôt de l’association inhabituelle entre un V8 italien à carburateurs, une carrosserie Bertone radicale et des systèmes hydrauliques issus de Citroën, combinaison directement liée à une période industrielle qui ne se reproduira pas chez Maserati.
Après l’arrêt de la Khamsin, cette formule de grande GT Maserati à moteur avant ne retrouve pas immédiatement un équivalent direct. Il faut attendre la fin des années 1990 et la Maserati 3200 GT pour voir la marque renouer clairement avec un coupé de grand tourisme moderne à moteur avant et propulsion. La Khamsin demeure entre-temps un témoignage particulièrement rare de la rencontre entre l’ingénierie de Modène, la technologie Citroën et le style de Bertone.




