Présentée au Salon de Turin en avril 1994, la Maserati Quattroporte Iv est la quatrième génération de la berline sportive italienne. Connue en interne sous le type AM337, elle tranche avec les imposantes Quattroporte du passé par des dimensions particulièrement compactes, une silhouette dessinée par Marcello Gandini et des moteurs biturbo directement issus de la période la plus turbulente de Maserati. Elle est aussi la première nouvelle Maserati dévoilée sous la pleine propriété de Fiat.
Une Quattroporte compacte née de l’ère Biturbo
Le retour du nom Quattroporte intervient dans un contexte très différent de celui de la Maserati Quattroporte III. Au lieu d’une grande berline à V8 atmosphérique, Maserati développe une automobile de seulement 4,55 m de long, propulsée par des moteurs suralimentés et étroitement apparentée à ses modèles sportifs contemporains.
Cette orientation s’explique par l’histoire industrielle de la marque. La Quattroporte Iv conserve une forte filiation avec la famille Maserati Biturbo, dont elle reprend les grands principes mécaniques et architecturaux. Fiat, devenu seul propriétaire de Maserati en 1993, doit moderniser cette base tout en préparant une amélioration progressive de la qualité de fabrication.
La proximité avec la Maserati Ghibli II est particulièrement importante pour comprendre la voiture. La Quattroporte n’est pas une grande berline conçue à partir d’une feuille blanche : elle exploite une architecture connue de Maserati, adaptée à une carrosserie quatre portes et à un empattement de 2 650 mm. Cette parenté contribue à son caractère inhabituellement sportif pour une berline de prestige.
Le dessin de Marcello Gandini
Maserati confie le style à Marcello Gandini. Le designer italien compose une berline basse et anguleuse, avec un profil en coin, un pavillon relativement rectiligne et des volumes nettement définis. La carrosserie reste immédiatement identifiable par le traitement des passages de roues arrière, un motif caractéristique du vocabulaire de Gandini à cette période.
Le lien esthétique avec la Maserati Shamal, également dessinée par Gandini, est perceptible dans les surfaces tendues et plusieurs détails de carrosserie. Avec 4 550 mm de longueur pour 1 810 mm de largeur, la Quattroporte Iv possède cependant des proportions spécifiques. Malgré ses quatre portes et ses cinq places, elle est plus courte que nombre de berlines familiales modernes et sensiblement plus compacte que les autres générations de Quattroporte.
L’habitacle conserve une approche luxueuse, en opposition avec la mécanique très sportive. Cuir, boiseries et instrumentation traditionnelle inscrivent la voiture dans l’univers Maserati, tandis que sa présentation générale demeure typique des années 1990. Cette association entre une carrosserie discrète, un intérieur cossu et des performances de véritable GT constitue l’une des particularités de cette génération.
Des V6 biturbo au V8 3.2
Lors de son lancement en 1994, la gamme repose sur deux V6 biturbo à 90 degrés. Le 2,0 litres de 1 996 cm3 développe 287 ch et répond notamment aux particularités fiscales du marché italien. Le 2,8 litres de 2 790 cm3 développe 284 ch, avec davantage de couple à bas régime. Malgré sa cylindrée supérieure, ce dernier n’est donc pas présenté comme une version simplement plus puissante du 2,0 litres : son intérêt réside surtout dans une courbe de couple mieux adaptée à une berline.
En 1996, Maserati élargit la gamme avec un V8 biturbo de 3 217 cm3 à 32 soupapes. Dérivé du moteur de la Shamal, il atteint 335 ch à 6 400 tr/min et environ 450 Nm. Cette Quattroporte 3.2 adopte également des roues de 17 pouces. Avec une vitesse maximale annoncée à 270 km/h, elle porte très loin le principe de la berline sportive discrète.
Les moteurs sont installés longitudinalement à l’avant et entraînent les roues arrière. Maserati associe notamment la gamme à une boîte manuelle Getrag à six rapports, tandis que des transmissions automatiques à quatre rapports sont proposées selon les versions. Cette architecture classique de propulsion distingue nettement la Quattroporte Iv des grandes berlines à transmission avant qui se développent alors en Europe.
Fiche technique de la Maserati Quattroporte Iv
| Caractéristique | V6 2.0 biturbo | V6 2.8 biturbo | V8 3.2 biturbo |
|---|---|---|---|
| Période dans la gamme | À partir de 1994 | À partir de 1994 | À partir de 1996 |
| Architecture moteur | V6 à 90 degrés, biturbo | V6 à 90 degrés, biturbo | V8 à 90 degrés, biturbo |
| Cylindrée | 1 996 cm3 | 2 790 cm3 | 3 217 cm3 |
| Distribution | 24 soupapes, double arbre à cames en tête | 24 soupapes, double arbre à cames en tête | 32 soupapes, double arbre à cames par rangée |
| Puissance | 287 ch à 6 500 tr/min | 284 ch à 6 000 tr/min | 335 ch à 6 400 tr/min |
| Couple | Environ 362 Nm à 4 250 tr/min | Environ 413 Nm à 3 000 tr/min | Environ 450 Nm à 4 400 tr/min |
| Implantation | Longitudinale avant | Longitudinale avant | Longitudinale avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion | Propulsion |
| Boîte | Manuelle 6 rapports, automatique 4 rapports selon version | Manuelle 6 rapports, automatique 4 rapports selon version | Manuelle 6 rapports, automatique 4 rapports selon version |
| Structure | Monocoque acier | Monocoque acier | Monocoque acier |
| Suspension avant | Indépendante, type pseudo-MacPherson | Indépendante, type pseudo-MacPherson | Indépendante, type pseudo-MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante | Indépendante | Indépendante |
| Direction | Crémaillère assistée | Crémaillère assistée | Crémaillère assistée |
| Freins | Disques aux quatre roues | Disques aux quatre roues | Disques aux quatre roues |
| Longueur | 4 550 mm | 4 550 mm | 4 550 mm |
| Largeur | 1 810 mm | 1 810 mm | 1 810 mm |
| Hauteur | 1 380 mm | 1 380 mm | 1 380 mm |
| Empattement | 2 650 mm | 2 650 mm | 2 650 mm |
| Poids à sec constructeur | 1 543 kg | 1 556 kg | 1 647 kg |
| Vitesse maximale annoncée | 260 km/h | 255 km/h | 270 km/h |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places | Berline 4 portes, 5 places | Berline 4 portes, 5 places |
L’Evoluzione et la reprise en main par Ferrari
Une étape décisive intervient après l’arrivée de Ferrari aux commandes opérationnelles de Maserati en 1997. La Quattroporte fait alors l’objet d’une révision approfondie destinée à améliorer la fabrication et la fiabilité. Présentée en 1998 sous l’appellation Quattroporte Evoluzione, cette évolution conserve l’architecture et le dessin fondamental du modèle, mais Maserati indique que des centaines de composants ont été revus.
Les trois motorisations 2.0, 2.8 et 3.2 continuent d’exister dans la famille Evoluzione. Les modifications portent autant sur les processus industriels que sur certains équipements, éléments de finition et détails de présentation. La transformation est donc plus profonde qu’un simple restylage, sans constituer pour autant une nouvelle génération de Quattroporte.
Cette phase correspond au renouvellement accéléré de Maserati sous l’influence de Ferrari. La Maserati 3200 GT, lancée à la fin des années 1990, incarne plus visiblement ce changement, tandis que la Quattroporte Evoluzione permet de prolonger l’AM337 avec un niveau de mise au point amélioré jusqu’en 2001.
Une production limitée et des chiffres à distinguer
La rareté de la Quattroporte Iv est incontestable, mais son volume total de production fait l’objet d’une divergence documentaire. Pour la première série, les chiffres publiés par Maserati donnent 587 exemplaires du V6 2.0, 668 du V6 2.8 et 415 du V8 3.2, soit 1 670 voitures. Les données concernant l’Evoluzione sont moins cohérentes : les chiffres actuellement publiés par Maserati conduisent à 730 exemplaires, alors que des sources historiques largement reprises attribuent à la seule V8 Evoluzione un volume nettement supérieur.
Cette différence explique pourquoi deux totaux, 2 400 et 2 883 exemplaires, apparaissent pour l’ensemble de la génération. Il est préférable de conserver cette distinction plutôt que d’attribuer arbitrairement un chiffre définitif à la production 1994-2001. Dans tous les cas, les volumes restent très faibles à l’échelle d’une berline de luxe européenne de cette période.
La quatrième génération dans la lignée Quattroporte
La Quattroporte Iv occupe une position singulière dans l’histoire du nom. La première Maserati Quattroporte avait établi dès les années 1960 l’idée d’associer quatre portes, luxe et performances de GT. L’AM337 reprend cette formule avec les moyens techniques de Maserati dans les années 1990 : dimensions contenues, propulsion et moteurs biturbo très spécifiques.
Sa remplaçante change complètement d’échelle. La Maserati Quattroporte V, dévoilée au début des années 2000, abandonne l’architecture héritée de l’époque Biturbo au profit d’une conception nouvelle, d’un empattement beaucoup plus généreux et d’un V8 atmosphérique. La Quattroporte Iv reste ainsi la représentante d’une période précise de Maserati, à cheval entre les années De Tomaso et Biturbo, la prise de contrôle par Fiat et la transformation industrielle menée avec Ferrari.




