Lancée en novembre 1972, la Mazda Rx-4 transpose le moteur rotatif dans une automobile plus grande et plus confortable que les premières Mazda RX à vocation sportive. Elle correspond à la version à moteur Wankel de la deuxième génération de Luce et prend le nom RX-4 sur plusieurs marchés d’exportation. Proposée en berline, coupé hardtop et break, elle occupe ainsi une place particulière dans l’histoire de Mazda : celle d’une véritable famille routière construite autour du moteur rotatif.
Une grande Mazda à moteur rotatif
Au début des années 1970, Mazda ne réserve pas encore le moteur Wankel à quelques coupés sportifs. Après la Mazda Cosmo Sport, qui avait inauguré cette technologie dans la gamme de série, le constructeur l’étend rapidement à plusieurs catégories. La RX-4 arrive dans cette phase d’expansion, après des modèles plus compacts comme la Mazda RX-3.
Sa particularité tient à son positionnement. Avec un empattement de 2,51 m et une présentation plus statutaire, elle vise davantage le confort, l’espace et les longs parcours. Son architecture reste pourtant classique autour du moteur rotatif : moteur longitudinal à l’avant et roues arrière motrices. Mazda cherche ainsi à démontrer que le Wankel peut convenir à une routière familiale et non uniquement à une voiture légère ou sportive.
La dénomination peut aujourd’hui prêter à confusion. La RX-4 appartient à la famille Luce, mais les versions export équipées de moteurs conventionnels à pistons sont notamment commercialisées sous le nom de Mazda 929. RX-4 et 929 peuvent donc présenter une silhouette très proche sans partager leur mécanique. Cette distinction est essentielle pour identifier correctement les voitures survivantes.
Du moteur 12A au 13B
Les premières RX-4 reçoivent le 12A, un moteur Wankel atmosphérique à deux rotors de 573 cm3 chacun, soit 1 146 cm3 selon la convention utilisée par Mazda. Alimenté par carburateur, il se distingue d’un moteur à pistons conventionnel par sa compacité, son fonctionnement régulier et sa capacité à prendre des régimes élevés. Les puissances publiées à l’époque varient fortement avec les marchés et les normes de mesure : une spécification européenne est notamment donnée pour 95 ch DIN, tandis que des valeurs supérieures apparaissent dans les documentations utilisant l’ancienne norme SAE brute.
La gamme adopte ensuite le 13B, dont les deux rotors possèdent chacun une cylindrée géométrique de 654 cm3, pour un total de 1 308 cm3. Ce moteur apporte davantage de couple et convient particulièrement au poids et aux ambitions routières de la RX-4. Selon les versions, les puissances documentées pour la famille s’étendent approximativement de 115 à 130 ch, avec des valeurs différentes sur certains marchés japonais ou nord-américains.
Cette période coïncide avec le durcissement rapide des réglementations antipollution. Mazda développe alors ses versions AP, pour Anti-Pollution, afin de réduire les émissions du moteur rotatif. La RX-4 Coupé fait partie des modèles mis en avant par le constructeur pour leur conformité aux nouvelles normes japonaises instaurées en 1973. Ces évolutions expliquent aussi pourquoi deux RX-4 de même cylindrée peuvent présenter des réglages et des performances sensiblement différents selon leur destination.
Berline, hardtop et break
La RX-4 ne désigne pas une carrosserie unique. La berline quatre portes représente le choix familial classique, tandis que le hardtop deux portes adopte une ligne plus basse et plus expressive. Cette dernière partage sa base avec les déclinaisons conventionnelles de la famille Luce, dont la Mazda 929 Coupé constitue un proche parent à moteur à pistons sur les marchés où cette appellation est utilisée.
Le break étend encore le champ d’utilisation du modèle. L’association d’une carrosserie familiale à grand volume et d’un moteur Wankel est particulièrement représentative de la stratégie Mazda de l’époque : le rotatif devait pouvoir motoriser presque toute une gamme. Cette diversité explique également les écarts de poids, de performances et de dimensions rencontrés dans les fiches historiques.
Visuellement, les premières RX-4 possèdent les codes des grandes japonaises du début des années 1970 : capot relativement long, surfaces vitrées généreuses, nombreux éléments chromés et face avant horizontale. Le hardtop se distingue par son pavillon abaissé et une silhouette plus élancée. Un restylage important intervient au milieu de la décennie, avec une face avant plus rectiligne et une présentation modernisée. Les détails de calandre, de pare-chocs et d’optiques peuvent en outre varier suivant le marché.
Fiche technique de la Mazda Rx-4
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Lancement | Novembre 1972 |
| Famille | Mazda Luce deuxième génération, série LA |
| Carrosseries | Berline 4 portes, hardtop 2 portes, break 5 portes |
| Moteurs | Wankel atmosphérique à 2 rotors, 12A puis 13B |
| Cylindrée 12A | 2 x 573 cm3, soit 1 146 cm3 |
| Cylindrée 13B | 2 x 654 cm3, soit 1 308 cm3 |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance | Environ 95 ch DIN pour certaines 12A européennes, environ 115 à 130 ch pour plusieurs versions ultérieures selon marché et norme de mesure |
| Couple 12A | Environ 135 Nm à 4 000 tr/min sur une spécification européenne documentée |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîtes de vitesses | Manuelles 4 ou 5 rapports selon version, automatique 3 rapports |
| Structure | Carrosserie autoporteuse |
| Suspension avant | Indépendante à jambes de force |
| Suspension arrière | Essieu rigide |
| Freins | Disques à l’avant, tambours à l’arrière |
| Empattement | 2 510 mm |
| Longueur | Environ 4 240 à 4 325 mm selon carrosserie et version |
| Largeur | Environ 1 660 à 1 675 mm sur les premières berlines et hardtops documentés |
| Hauteur | Environ 1 380 à 1 410 mm selon carrosserie |
| Voies | Environ 1 380 mm à l’avant et 1 370 mm à l’arrière sur certaines versions |
| Poids à vide | À partir d’environ 1 010 kg, variable selon carrosserie, équipement et marché |
| Vitesse maximale | Environ 170 à 190 km/h selon version |
| Réservoir | Environ 65 litres sur plusieurs premières versions |
| Roues | 13 pouces sur plusieurs versions |
Une routière rapide mais confrontée à la crise énergétique
Pour une familiale du début des années 1970, les performances sont sérieuses. Les versions les plus rapides peuvent approcher 190 km/h, mais la carrosserie, la transmission et les normes antipollution modifient sensiblement les résultats. Une RX-4 13B destinée à l’Amérique du Nord, alourdie par ses équipements et réglée pour les normes locales, ne présente donc pas exactement les mêmes caractéristiques qu’un hardtop japonais ou qu’une première 12A européenne.
Le contexte économique devient toutefois moins favorable au moteur rotatif. La crise pétrolière de 1973 place la consommation au centre des préoccupations, au moment même où Mazda a largement diffusé cette mécanique. Le constructeur poursuit le développement du Wankel, mais travaille sur son rendement et rationalise progressivement son utilisation. La RX-4 illustre ainsi l’apogée d’une période où Mazda envisageait encore le rotatif comme une motorisation susceptible d’équiper des berlines, des coupés et des breaks.
La production totale communiquée pour la RX-4 atteint environ 252 285 exemplaires en cumulant les différentes carrosseries. La documentation historique de Mazda associe la RX-4 Coupé à une période allant de 1972 à 1978, tandis que la chronologie exacte diffère suivant les carrosseries et les marchés. Cette production relativement importante contraste avec la rareté actuelle du modèle, particulièrement en Europe.
La RX-4 dans l’histoire du moteur Wankel Mazda
La RX-4 occupe une position différente des modèles rotatifs devenus les plus célèbres. Elle n’a ni le gabarit compact de la RX-3, ni la vocation de coupé sportif spécialisé de la future Mazda RX-7. Elle montre plutôt jusqu’où Mazda avait poussé l’idée d’une gamme généraliste à moteur rotatif : une même technologie pouvait alors se retrouver dans une voiture familiale, un hardtop de grand tourisme ou un break.
La génération suivante de Luce poursuit l’histoire des grandes Mazda, mais le rôle du moteur rotatif évolue progressivement. Mazda l’associera davantage à des modèles capables d’en faire un élément d’identité, notamment les coupés sportifs et certaines grandes voitures originales comme la Mazda Cosmo. Cette spécialisation contraste avec l’ambition très large qui avait présidé au développement de la RX-4.
Le principe survivra pourtant plusieurs décennies. Après les différentes générations de RX-7, la Mazda RX-8 conservera encore un moteur rotatif comme unique source de propulsion au début du XXIe siècle. La RX-4 reste, elle, représentative d’une époque antérieure où Mazda avait choisi d’installer cette mécanique singulière au coeur d’une grande automobile utilisable au quotidien, jusque dans une carrosserie break.




