Mitsubishi Debonair

Mitsubishi Debonair

Commercialisée au Japon à partir de juillet 1964, la Mitsubishi Debonair est la grande berline de prestige avec laquelle Mitsubishi entend alors s’installer au sommet du marché automobile japonais. Présentée dès 1963 sous le nom de Mitsubishi Colt Debonair, à une époque où la Mitsubishi Colt structure une partie de la jeune gamme de voitures particulières du constructeur, elle se distingue surtout par son gabarit imposant, son six cylindres en ligne et un style fortement inspiré des automobiles américaines contemporaines.

La première génération est aussi remarquable par sa longévité. Sa conception générale demeure en production jusqu’en 1986, soit plus de deux décennies, malgré plusieurs évolutions mécaniques et réglementaires. Cette carrière inhabituelle transforme progressivement une berline moderne du début des années 1960 en une automobile presque anachronique dans le Japon des années 1980.

Une grande berline japonaise pensée pour le prestige

Au début des années 1960, Mitsubishi souhaite disposer d’un véritable porte-drapeau capable d’affronter les grandes berlines nationales, notamment les Toyota Crown, Nissan Cedric et Prince Gloria. La Debonair doit remplir cette fonction tout en démontrant le savoir-faire automobile de Shin Mitsubishi Heavy Industries, l’une des sociétés qui précèdent la création de Mitsubishi Motors Corporation en 1970.

Le projet prend une dimension internationale avec l’intervention de Hans S. Bretzner, designer américain passé par l’environnement de General Motors. Engagé comme consultant, il participe directement au style de la voiture ainsi qu’à sa présentation. Cette collaboration permet également aux équipes japonaises de développer leurs méthodes de modelage automobile, notamment grâce à l’emploi d’argile industrielle pour la réalisation des maquettes.

La future berline est dévoilée au 10e All Japan Motor Show en 1963 sous l’appellation Mitsubishi Colt Debonair. Le modèle de série arrive sur le marché japonais en juillet 1964. Malgré son nom de présentation, il ne s’agit pas d’une grande Colt dérivée d’un modèle existant, mais d’une automobile destinée dès l’origine à occuper un niveau nettement supérieur dans la hiérarchie Mitsubishi.

Un style américain adapté aux contraintes japonaises

La Debonair de 1964 mesure 4,67 m de long mais seulement 1,69 m de large. Ces proportions s’expliquent notamment par le cadre réglementaire et fiscal japonais de l’époque. Bretzner donne pourtant à la voiture une présence visuelle beaucoup plus imposante, avec une carrosserie rectiligne, une large calandre, quatre projecteurs ronds disposés horizontalement et des ailes très marquées.

L’influence américaine apparaît encore davantage à l’arrière. Les premières voitures possèdent des extrémités d’ailes sculptées et des feux caractéristiques qui évoquent les grandes berlines américaines de la fin des années 1950 et du début des années 1960. Les surfaces chromées et les pneus à flanc blanc visibles sur de nombreuses photographies d’époque renforcent cette parenté esthétique.

L’habitacle répond à une logique de représentation plutôt qu’à une recherche de sportivité. La Debonair est conçue pour accueillir jusqu’à six occupants et vise aussi bien les dirigeants d’entreprise que les clients recherchant une automobile statutaire. Elle s’inscrit ainsi au-dessus des berlines familiales que Mitsubishi développera par la suite, dont la Mitsubishi Galant.

Le six cylindres de la Debonair A30

La première Debonair porte le code A30. Sous son long capot prend place le KE64, un six cylindres en ligne essence de 1 991 cm3 à soupapes en tête. Alimenté par deux carburateurs et associé à un double échappement, il développe 105 PS à 5 000 tr/min. Mitsubishi annonce alors une vitesse maximale de 155 km/h.

Cette mécanique est installée longitudinalement et entraîne les roues arrière. La configuration est donc classique pour une grande berline du début des années 1960. La version initiale est notamment proposée avec une boîte manuelle à quatre rapports avec overdrive. Une transmission automatique à trois rapports rejoint ensuite l’offre, accompagnant la montée en gamme de la Debonair.

Le confort progresse également au cours des premières années. Une déclinaison mieux équipée apparaît en 1965 avec notamment boîte automatique, direction assistée, vitres électriques et réglages électriques des sièges avant. Les équipements varient cependant selon les versions et les millésimes, ce qui impose de ne pas les attribuer indistinctement à toutes les Debonair A30.

Fiche technique de la Mitsubishi Debonair

CaractéristiqueMitsubishi Debonair A30 de 1964
CarrosserieBerline 4 portes, jusqu’à 6 places
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurKE64, essence, 6 cylindres en ligne, OHV
Cylindrée1 991 cm3
Alésage x course80 x 66 mm
AlimentationDeux carburateurs
Puissance105 PS à 5 000 tr/min
Boîte de vitessesManuelle 4 rapports avec overdrive sur la version initiale
Suspension avantIndépendante, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
DirectionÀ boîtier de type ball nut
FreinsTambours à commande hydraulique sur le modèle de 1964
Pneumatiques7.00-13
Longueur4 670 mm
Largeur1 690 mm
Hauteur1 465 mm
Empattement2 690 mm
Voie documentée1 360 mm
Poids1 330 kg pour l’exemplaire de référence documenté
Vitesse maximale155 km/h

De l’A30 à l’A33, vingt-deux ans d’évolution

La carrière exceptionnellement longue de la première Debonair ne signifie pas que Mitsubishi la laisse totalement inchangée. Le tableau de bord évolue notamment en 1967 et les freins à disque avant apparaissent à la fin des années 1960. Les modifications restent néanmoins suffisamment discrètes pour préserver la silhouette originelle.

Une évolution plus importante intervient en 1970 avec l’A31. Le moteur initial cède la place à un autre six cylindres en ligne de 1 994 cm3, le 6G34 de la famille Saturn. Mitsubishi introduit parallèlement des niveaux d’équipement plus luxueux, dont l’Executive. Des retouches extérieures suivent au cours des années 1970, notamment au niveau des clignotants et des feux arrière.

En 1976, l’A32 marque une rupture mécanique inattendue. Le six cylindres disparaît au profit du quatre cylindres Astron 4G54 de 2 555 cm3. Cette évolution répond notamment aux nouvelles contraintes du marché japonais et s’accompagne de la disparition de la boîte manuelle. L’A33 apparaît ensuite en 1978 avec les adaptations nécessaires aux normes antipollution plus sévères.

Ces transformations n’effacent jamais complètement l’origine de la voiture. Dans les années 1980, la Debonair conserve encore la structure visuelle dessinée au début des années 1960 alors que l’industrie japonaise adopte des architectures, des carrosseries et des équipements beaucoup plus modernes. Même les emblèmes évoluent, notamment avec l’apparition de l’identité MMC, sans modifier fondamentalement son allure.

Cette permanence contribue à faire de la première Debonair un cas singulier. Un total d’environ 21 700 exemplaires est généralement attribué à cette génération, toutes évolutions A30 à A33 réunies. Ce chiffre reste issu de documentation historique secondaire plutôt que d’un total de production officiellement publié par Mitsubishi.

La Debonair V renouvelle enfin la formule en 1986

En 1986, Mitsubishi abandonne finalement la conception remontant à 1964. La deuxième génération, baptisée Debonair V, change profondément de philosophie avec une architecture à traction avant et des moteurs V6. Elle conserve le nom et le positionnement statutaire de sa devancière, mais pratiquement plus rien de sa conception technique.

Une troisième génération apparaît en 1992 et poursuit la lignée jusqu’en 1999. À cette époque, l’environnement de gamme est très différent de celui qu’avait connu l’A30. Mitsubishi propose désormais d’autres grandes berlines modernes, dont la Mitsubishi Diamante, sans que celle-ci constitue pour autant un remplacement direct de la Debonair.

La production de la Debonair s’arrête en 1999 après trois générations. Mitsubishi maintient néanmoins une présence au sommet du marché japonais avec la Mitsubishi Dignity, lancée l’année suivante dans un registre de grande berline de représentation. La Debonair originelle reste ainsi associée à une période très particulière de l’histoire de Mitsubishi, lorsque le constructeur japonais pouvait faire évoluer pendant vingt-deux ans une même grande berline née sous l’influence directe du design américain.