La Mitsubishi Colt apparaît en 1962 avec la Colt 600, première automobile Mitsubishi à porter un nom qui traversera ensuite plusieurs décennies. À l’origine, il ne désigne pas encore la citadine à traction connue en Europe à partir de la fin des années 1970. La Colt 600 est une petite berline japonaise à deux portes, moteur arrière et propulsion, directement dérivée de la Mitsubishi 500 Super Deluxe. Cette distinction est essentielle, car l’appellation Colt sera ensuite appliquée à des automobiles techniquement très différentes.
La Colt 600 inaugure le nom Colt en 1962
Au début des années 1960, Mitsubishi développe encore son activité automobile sous l’entité Shin Mitsubishi Heavy-Industries. La Mitsubishi 500, lancée en 1960, constitue alors l’une des premières voitures particulières produites en série par le constructeur. Elle évolue rapidement en 500 Super Deluxe, dont le bicylindre voit sa cylindrée portée à 594 cm3.
Cette base technique donne naissance en juillet 1962 à la Colt 600. Mitsubishi conserve la structure monocoque, le moteur installé à l’arrière et les roues arrière motrices, mais retravaille sensiblement la présentation. La carrosserie adopte des lignes plus élaborées tandis que l’habitacle reçoit notamment une banquette et une commande de boîte placée sur la colonne de direction. Le réservoir est également agrandi.
Le changement dépasse la simple évolution esthétique puisque Mitsubishi introduit à cette occasion le nom Colt. Cette appellation devient progressivement l’une des plus durables de son catalogue. La première voiture qui la porte reste pourtant très compacte, avec seulement 3,385 m de longueur et 1,410 m de largeur.
Un dérivé particulièrement intéressant accompagne cette naissance. Au neuvième Tokyo Motor Show de 1962, Mitsubishi expose un cabriolet deux places construit à partir de la Colt 600. Ce véhicule d’exposition ne sera pas commercialisé. Il constitue donc un modèle distinct de la berline de série et ne doit pas être interprété comme une variante régulièrement proposée au catalogue.
Une petite propulsion à moteur arrière
La conception de la Colt 600 reflète encore les solutions retenues pour les petites voitures japonaises du début des années 1960. Son bicylindre en ligne de 594 cm3 est installé transversalement à l’arrière. Refroidi par air et doté de soupapes en tête, il développe 25 ch. La transmission s’effectue aux roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte mécanique à trois rapports.
Avec une masse à vide d’environ 555 kg, cette puissance modeste suffit à porter la voiture aux environs de 100 km/h. La Colt n’est donc pas conçue comme une automobile sportive, mais comme une petite voiture légère capable d’accueillir cinq personnes tout en conservant des dimensions adaptées au contexte japonais.
La structure monocoque marque également l’écart avec une conception traditionnelle à châssis séparé. L’empattement de 2 065 mm dans une carrosserie longue de moins de 3,40 m illustre la recherche de compacité. La mécanique arrière libère par ailleurs la partie avant des contraintes liées à l’installation du groupe motopropulseur.
Fiche technique de la Mitsubishi Colt
| Caractéristique | Mitsubishi Colt 600 |
|---|---|
| Lancement | 1962 |
| Production | 1962 à 1965 |
| Carrosserie | Berline 2 portes, 5 places |
| Structure | Monocoque |
| Moteur | Bicylindre en ligne essence, 4 temps, soupapes en tête |
| Cylindrée | 594 cm3 |
| Refroidissement | Air |
| Puissance | 25 ch |
| Implantation | Moteur arrière transversal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 3 rapports, commande sur colonne |
| Longueur | 3 385 mm |
| Largeur | 1 410 mm |
| Hauteur | 1 370 mm |
| Empattement | 2 065 mm |
| Poids à vide | Environ 555 kg |
| Vitesse maximale | Environ 100 km/h |
Des Colt 600 aux nouvelles familles des années 1960
Le nom Colt s’étend rapidement au-delà de la petite 600. La Colt 1000 apparaît dès 1963, mais il ne faut pas la considérer comme une simple Colt 600 équipée d’un moteur plus puissant. Mitsubishi développe alors plusieurs familles portant le même patronyme, avec des dimensions, des carrosseries et des architectures différentes. Cette stratégie explique en partie pourquoi la généalogie des premières Colt paraît aujourd’hui plus complexe qu’une succession classique de générations.
En 1965 arrive notamment la Colt 800, caractérisée par une carrosserie fastback et une conception différente de celle de la 600. D’autres appellations suivent, parmi lesquelles Colt 1000F, 1100, 1100F, 1200 et 1500. Le nom Colt devient ainsi une véritable bannière commerciale couvrant plusieurs automobiles plutôt que la désignation d’un unique modèle continuellement modernisé.
Dans le même temps, Mitsubishi structure progressivement une gamme de voitures particulières plus clairement différenciée. La Galant prend de l’importance à la fin des années 1960, puis la Mitsubishi Lancer apparaît au début de la décennie suivante. Ces nouvelles lignées contribuent à faire disparaître les premières familles Colt telles qu’elles existaient dans les années 1960.
La production totale définitive de la Colt 600 n’est pas établie avec suffisamment de précision pour retenir un chiffre unique. Mitsubishi indiquait néanmoins que plus de 10 000 exemplaires avaient déjà été construits en mai 1964, soit avant la fin de sa carrière. Ce volume montre que la voiture ne fut pas seulement un jalon symbolique dans l’histoire du constructeur.
Le retour de Colt avec la famille Mirage
Après les premières Colt, le nom acquiert une signification différente. En 1978, Mitsubishi lance au Japon une nouvelle compacte à moteur avant et traction sous le nom Mirage. Sur certains marchés d’exportation, notamment européens, cette voiture est commercialisée comme Colt. La relation entre Mitsubishi Mirage et Colt devient dès lors indispensable pour comprendre la généalogie du modèle.
Ce changement représente une rupture technique complète avec la Colt 600. Le moteur passe de l’arrière à l’avant, la propulsion cède la place à la traction et la Colt s’inscrit désormais dans la catégorie des compactes modernes. La Mitsubishi Colt 2 prolonge ensuite cette lignée au cours des années 1980, à une époque où le nom est désormais solidement installé sur les marchés européens.
Les renouvellements se succèdent ensuite en conservant une forte proximité avec la famille Mirage. La Mitsubishi Colt 3 poursuit cette évolution vers la fin des années 1980, tandis que la Mitsubishi Colt 4 accompagne le renouvellement stylistique et technique du début des années 1990. Cette chronologie explique pourquoi le nombre de générations attribué à la Colt peut varier selon que l’on prend pour origine la Colt 600 japonaise ou les Colt modernes dérivées de la Mirage.
Dans les années 1990, la Mitsubishi Colt 5 conserve cette logique de petite compacte, très éloignée de la minuscule propulsion de 1962. L’appellation historique assure ainsi une continuité commerciale alors que l’architecture, les dimensions, les moteurs et le positionnement ont entièrement changé.
La Colt moderne du début des années 2000
Une nouvelle rupture intervient avec la génération lancée au Japon en 2002 puis introduite en Europe en 2004. La Mitsubishi Colt 6 abandonne la silhouette basse des générations précédentes au profit d’une carrosserie plus haute et particulièrement orientée vers l’habitabilité. Elle appartient à une époque où Mitsubishi développe ses projets européens en coopération avec DaimlerChrysler.
La Colt européenne est notamment produite aux Pays-Bas chez NedCar. Elle partage certains éléments de conception avec la Smart Forfour de première génération, sans pour autant être une simple version rebadgée de celle-ci. La gamme Colt s’étend alors à plusieurs carrosseries et motorisations, jusqu’à une variante découvrable Colt CZC. Cette génération illustre l’élasticité prise par une appellation qui avait commencé quarante ans auparavant sur une berline japonaise à moteur arrière.
La carrière européenne de cette Colt s’achève au début des années 2010. Mitsubishi privilégie alors la Mirage mondiale, vendue en France sous le nom Space Star. Cette évolution interrompt une nouvelle fois l’utilisation européenne du patronyme Colt, sans toutefois entraîner sa disparition définitive.
Un nom réutilisé sur des voitures très différentes
Depuis 1962, « Colt » désigne donc moins une architecture technique continue qu’une succession de petites Mitsubishi adaptées à leur époque et à leur marché. La Colt 600 originelle est une propulsion à moteur arrière ; les Colt issues de la Mirage deviennent des tractions à moteur avant ; la génération des années 2000 adopte une silhouette haute et une conception entièrement renouvelée. Comparer leurs caractéristiques comme s’il s’agissait des évolutions directes d’une même plateforme serait historiquement trompeur.
Cette particularité explique également les divergences de numérotation rencontrées dans les catalogues et bases automobiles. Selon le marché et la méthode retenue, les premières Colt japonaises peuvent être séparées des générations européennes issues de la Mirage. Les appellations « Colt 2 », « Colt 3 » ou suivantes constituent donc surtout un moyen pratique de distinguer les grandes générations modernes et ne correspondent pas à une nomenclature universelle appliquée sans interruption depuis 1962.
La première Colt possède néanmoins un épisode sportif vérifiable. En 1963, Mitsubishi engage la Colt 600 en Malaisie, où elle obtient les trois premières positions de sa catégorie de moins de 600 cm3. Cette participation prolonge les engagements déjà réalisés avec la Mitsubishi 500 et intervient à une période où la compétition sert au jeune constructeur japonais à démontrer la robustesse de ses petites voitures.
Le nom inauguré par cette automobile de 594 cm3 survivra ainsi très largement à sa conception mécanique. Plus de six décennies après la Colt 600, Mitsubishi l’a encore réutilisé en Europe pour une nouvelle citadine, preuve d’une continuité nominale exceptionnelle malgré les profondes ruptures techniques qui séparent les différentes Colt.




