Nissan Leaf

Nissan Leaf

Commercialisée à partir de 2010, la Nissan Leaf de première génération fait partie des voitures qui ont fait passer l’électrique moderne du stade expérimental à celui d’une automobile produite et distribuée à grande échelle. Nissan ne se contente pas d’électrifier une compacte thermique existante : la Leaf est développée autour de sa chaîne de traction électrique et de sa batterie lithium-ion installée sous le plancher. Avec cinq portes, cinq places et un gabarit de berline compacte, elle vise dès l’origine un usage quotidien et familial.

Cette première génération, connue sous les codes ZE0 puis AZE0 après son évolution, ne doit pas être confondue avec la Nissan Leaf 2 dévoilée en 2017. La voiture originelle se reconnaît notamment à ses immenses projecteurs remontant sur les ailes, sa silhouette arrondie et ses feux arrière verticaux. Sa carrière est également marquée par plusieurs évolutions techniques importantes, qui expliquent pourquoi les chiffres de puissance, de couple, d’autonomie ou de poids ne sont pas identiques pour toutes les Leaf de première génération.

Une voiture électrique pensée pour la grande série

La Leaf s’inscrit dans la stratégie électrique engagée par l’Alliance Renault-Nissan à la fin des années 2000. Nissan possède alors une expérience antérieure de la propulsion électrique, mais le nouveau projet change d’échelle : il doit aboutir à une voiture capable d’être fabriquée industriellement, vendue sur plusieurs continents et utilisée sans sacrifier les prestations fondamentales d’une compacte familiale.

La voiture définitive est dévoilée à Yokohama le 2 août 2009. Son nom, Leaf, accompagne une communication entièrement centrée sur l’absence d’émissions à l’échappement. La production débute à l’usine japonaise d’Oppama en octobre 2010, avant le lancement commercial au Japon et aux États-Unis en décembre. L’Europe suit en 2011. Nissan internationalise ensuite sa fabrication : Smyrna, dans le Tennessee, produit la Leaf à partir de 2013, tandis que Sunderland commence également à assembler le modèle cette année-là pour le marché européen.

Ce déploiement industriel constitue une dimension essentielle du projet. Nissan ne présente pas la Leaf comme une petite électrique réservée à la ville, mais comme une véritable automobile polyvalente. Avec 4,45 m environ de longueur et cinq places, son positionnement la rapproche davantage des compactes familiales que des petites voitures urbaines. Dans la gamme Nissan, son format peut ainsi être rapproché de celui de modèles conventionnels comme la Nissan Pulsar, même si leurs architectures et leurs carrières sont très différentes.

Une architecture électrique conçue autour de la batterie

La première Leaf reçoit un moteur électrique synchrone placé à l’avant et entraînant les roues avant par l’intermédiaire d’un réducteur à rapport unique. Dans sa configuration originelle, il développe 80 kW, soit environ 109 ch, avec un couple maximal de 280 Nm immédiatement disponible. Cette réponse instantanée distingue fortement son fonctionnement de celui d’une compacte à moteur thermique, tout comme l’absence de boîte de vitesses conventionnelle.

La batterie lithium-ion de lancement possède une capacité nominale de 24 kWh. Elle se compose de 48 modules réunissant au total 192 cellules. Son implantation principalement sous le plancher permet de conserver un habitacle cinq places tout en abaissant les masses lourdes de la chaîne de traction. La récupération d’énergie à la décélération et au freinage participe à l’efficacité générale du véhicule.

La recharge constitue dès le départ un élément central de l’utilisation de la Leaf. En plus de la recharge normale en courant alternatif, le modèle adopte la recharge rapide CHAdeMO. Nissan annonçait à ses débuts la possibilité d’atteindre environ 80 % de charge en moins de 30 minutes avec une borne rapide compatible. Cette faculté était particulièrement notable au début des années 2010, lorsque les infrastructures publiques de recharge rapide étaient encore peu développées.

L’autonomie doit être replacée dans le contexte des anciens protocoles d’homologation. Lors de la présentation de 2009, Nissan évoquait plus de 160 km selon le cycle américain LA4. En Europe, la première version est donnée pour environ 175 km selon le cycle NEDC. Ces valeurs ne sont pas directement comparables aux autonomies WLTP utilisées aujourd’hui et ne représentent pas non plus une distance garantie en circulation réelle.

Une évolution profonde en 2013 puis une batterie de 30 kWh

La Leaf ne reste pas figée pendant ses sept années de carrière. En 2013, Nissan introduit une évolution importante comprenant plus d’une centaine de modifications. Pour l’Europe, cette étape coïncide avec le lancement de la production à Sunderland. Les ingénieurs retravaillent notamment certains réglages de châssis pour les attentes européennes, tandis que l’organisation de la chaîne de traction et plusieurs aspects pratiques évoluent.

La gamme devient également plus structurée, avec différentes finitions et davantage d’équipements. Sur les versions européennes révisées, le moteur conserve une puissance de 80 kW, mais le couple est généralement annoncé à 254 Nm, contre 280 Nm pour la voiture originelle. L’autonomie homologuée de la version 24 kWh progresse jusqu’à 199 km NEDC grâce aux différentes optimisations apportées au véhicule.

Une nouvelle étape intervient pour le millésime 2016 avec l’arrivée d’une batterie de 30 kWh sur certaines versions. Nissan annonce alors jusqu’à 250 km d’autonomie NEDC. La coexistence des batteries 24 et 30 kWh explique une grande partie des écarts rencontrés dans les fiches techniques consacrées à la première génération. Présenter une Leaf ZE0 de 2010 et une version 30 kWh de fin de carrière comme techniquement identiques conduirait donc à mélanger deux états sensiblement différents du modèle.

La technologie développée autour de la Leaf contribue parallèlement à l’élargissement de l’offre électrique du constructeur. Le Nissan E-nv200 transpose notamment une partie de ce savoir-faire à un véhicule utilitaire et familial, avec une philosophie d’usage très différente de celle de la berline compacte.

Fiche technique de la Nissan Leaf

CaractéristiqueNissan Leaf première génération
Période2010 à 2017
CodesZE0, puis AZE0 selon évolution et marché
CarrosserieBerline compacte 5 portes, 5 places
MotorisationMoteur électrique synchrone à courant alternatif
Puissance80 kW, environ 109 ch
Couple280 Nm à l’origine, 254 Nm sur certaines versions ultérieures
ImplantationMoteur avant
TransmissionTraction avant, réducteur à rapport unique
BatterieLithium-ion, 24 kWh à l’origine, puis 30 kWh selon version
Batterie 24 kWh48 modules, 192 cellules
Recharge rapideCHAdeMO, environ 80 % en moins de 30 minutes dans les conditions annoncées par Nissan
Autonomie homologuéeEnviron 175 km NEDC à l’origine, jusqu’à 199 km NEDC en 24 kWh après évolution, jusqu’à 250 km NEDC en 30 kWh
Suspension avantIndépendante de type MacPherson
Suspension arrièreEssieu à barre de torsion
DirectionCrémaillère à assistance électrique
FreinageFreins à disque avec récupération d’énergie
Pneumatiques de référence205/55 R16 sur la première version, autres montes selon finition
Longueur4 445 mm environ
Largeur1 770 mm
Hauteur1 550 mm environ
Empattement2 700 mm environ
PoidsEnviron 1 545 à 1 567 kg pour les premières versions selon norme et équipement
0 à 100 km/hEnviron 11,9 s pour la version initiale
Vitesse maximaleEnviron 145 km/h pour la version initiale
Sites de productionOppama au Japon, Smyrna aux États-Unis, Sunderland au Royaume-Uni

Un design dicté en partie par l’aérodynamique

Le dessin de la Leaf est placé sous la responsabilité de Masato Inoue, Product Chief Designer, dans l’organisation dirigée par Shiro Nakamura. Nissan choisit de donner à sa voiture électrique une identité immédiatement reconnaissable sans adopter les proportions d’un prototype futuriste. Le pavillon haut favorise l’espace intérieur, tandis que le profil reste celui d’une cinq-portes compacte.

La face avant constitue son élément le plus caractéristique. L’absence des besoins de refroidissement d’un moteur thermique permet de réduire fortement la présence d’une calandre conventionnelle. La trappe de recharge est placée au centre de la face avant, sous l’emblème Nissan, ce qui facilite l’accès à une borne quelle que soit la configuration du stationnement.

Les grands projecteurs verticaux ne répondent pas uniquement à une recherche stylistique. Leur forme participe à la gestion des flux d’air en éloignant les turbulences des rétroviseurs, afin de diminuer les bruits aérodynamiques. Ce travail est particulièrement important dans une électrique, où l’absence de bruit mécanique rend les sifflements d’air plus perceptibles. Le soubassement reçoit lui aussi une attention particulière pour limiter les perturbations aérodynamiques.

À l’arrière, les blocs optiques verticaux disposés le long des montants prolongent cette identité inhabituelle. Avec son pare-brise incliné, son capot court et ses formes arrondies, la Leaf de 2010 reste ainsi facile à distinguer de sa remplaçante, beaucoup plus anguleuse et plus proche des codes stylistiques Nissan de la seconde moitié des années 2010.

De la Leaf pionnière à une gamme électrique élargie

La carrière de la première Leaf est rapidement accompagnée de distinctions importantes. Elle devient European Car of the Year 2011 avec 257 points, une première pour une automobile entièrement électrique dans l’histoire du trophée. Elle reçoit également le titre World Car of the Year 2011. Ces récompenses témoignent du changement de statut de la voiture électrique : la Leaf est jugée comme une automobile de grande série et non simplement comme une démonstration technologique.

Son importance tient aussi à l’échelle industrielle atteinte par la famille Leaf. Nissan annonce en septembre 2020 la production du 500 000e exemplaire, toutes générations confondues. Ce total ne peut pas être attribué à la seule première génération, mais il illustre la continuité du programme lancé une décennie auparavant. Sunderland avait alors fabriqué plus de 175 000 Leaf depuis le démarrage de sa production en 2013.

En 2017, la première génération cède directement sa place à une nouvelle Leaf. Nissan conserve alors le principe d’une cinq-portes électrique mais transforme profondément son style et fait progresser ses capacités. La gamme électrique du constructeur s’étendra ensuite à d’autres catégories, notamment avec le crossover Nissan Ariya et, au Japon, la beaucoup plus petite Nissan Sakura.

Cette diversification souligne rétrospectivement la singularité de la Leaf de 2010. À une époque où l’offre électrique mondiale restait limitée, Nissan avait choisi non pas une sportive coûteuse ou une microcitadine spécialisée, mais une cinq-portes familiale conventionnelle dans son usage. C’est cette combinaison entre architecture électrique dédiée, production internationale et recherche d’un marché de grande série qui caractérise le plus précisément la première Leaf.