La Nissan March apparaît au Japon en octobre 1982 comme une petite traction légère destinée à installer Nissan sur le marché des citadines modernes. Son nom peut prêter à confusion en Europe, où la même famille est surtout connue sous l’appellation Nissan Micra. March et Micra ne désignent donc pas à l’origine deux automobiles indépendantes, mais deux noms commerciaux d’une même lignée, avec des motorisations, équipements et variantes qui diffèrent selon les pays.
Au Japon, quatre générations principales portent successivement le nom March, des K10, K11, K12 et K13. Cette continuité ne se transpose toutefois pas intégralement en Europe. À partir de la génération suivante, la trajectoire de la Micra européenne diverge de celle de la March japonaise, ce qui impose de distinguer les appellations et les marchés lorsque l’on retrace l’histoire du modèle.
Une petite Nissan pensée pour les années 1980
Le projet prend forme à une époque où les petites voitures à moteur transversal et traction avant s’imposent progressivement comme une architecture particulièrement efficace. Nissan recherche une automobile compacte, économique et légère, mais également suffisamment moderne pour conserver longtemps sa pertinence. Le constructeur accorde ainsi une attention particulière à la réduction de masse et à la simplicité de conception.
La future March est montrée au public lors du Tokyo Motor Show de 1981, avant même de porter définitivement ce nom. Nissan organise une campagne auprès du public pour choisir son appellation, puis retient March. La commercialisation japonaise débute en octobre 1982. Sur les marchés européens, sa proche équivalente devient la Nissan Micra K10.
Le style de la première génération trouve son origine dans une proposition d’Italdesign, alors dirigé par Giorgetto Giugiaro, avant le développement définitif réalisé par Nissan. La carrosserie traduit parfaitement les contraintes d’une citadine du début des années 1980 : lignes simples et anguleuses, surfaces vitrées droites, porte-à-faux contenus et encombrement réduit. Avec 3,645 m de longueur sur l’exemplaire de 1982 documenté par Nissan, la March reste particulièrement compacte.
La conception mécanique est tout aussi rationnelle. Le quatre cylindres MA10 de 987 cm3 est installé transversalement à l’avant et entraîne les roues avant. Dans la configuration japonaise de référence conservée par Nissan, il développe 57 ch à 6 000 tr/min et 78 Nm à 3 600 tr/min. La masse de seulement 615 kg illustre l’importance accordée à l’allègement, même si elle varie selon la finition et la transmission.
De la K10 aux versions Turbo et Super Turbo
La carrière de la première March dépasse rapidement celle d’une simple citadine d’entrée de gamme. Nissan enrichit progressivement l’offre avec une carrosserie cinq portes, différentes finitions et des déclinaisons plus originales. La Collet apparaît notamment au cours des premières années, tandis que la gamme reçoit également une version à toit découvrable Canvas Top.
Les dérivés sportifs donnent à la K10 une personnalité inattendue. Nissan développe une March Turbo, puis des versions beaucoup plus spécialisées comme la March R. L’évolution la plus spectaculaire est la March Super Turbo EK10 commercialisée à la fin des années 1980. Son moteur MA09ERT de 930 cm3 associe un compresseur mécanique et un turbocompresseur. Il délivre 110 ch à 6 400 tr/min et 130 Nm à 4 800 tr/min, des valeurs remarquables pour une voiture aussi compacte.
Cette double suralimentation répond à deux besoins complémentaires : le compresseur favorise la réponse à bas régime tandis que le turbocompresseur intervient pour fournir davantage de puissance lorsque le régime augmente. La Super Turbo reste ainsi l’un des dérivés les plus singuliers de la March K10 et ne doit pas être confondue avec la March standard de 1982, dont la vocation demeure avant tout économique.
La première génération connaît aussi la compétition. La K10 obtient une homologation FIA en Groupe A dès 1984, avant les homologations de certaines variantes Turbo et Super Turbo. Nissan utilise également la petite March dans différentes activités sportives au Japon, preuve qu’une architecture initialement conçue pour la ville pouvait servir de base à des développements nettement plus radicaux.
La March K11 change d’échelle en 1992
En janvier 1992, la K11 remplace une K10 restée près d’une décennie au catalogue. Les formes deviennent beaucoup plus arrondies, rompant immédiatement avec les lignes rectilignes de sa devancière. Cette génération joue un rôle majeur dans l’internationalisation de la petite Nissan, notamment grâce à la production européenne de la Micra dans l’usine britannique de Sunderland.
La Nissan Micra K11 constitue également un jalon important dans l’histoire industrielle de la marque. La March reçoit au Japon les distinctions Japanese Car of the Year et RJC New Car of the Year, tandis que sa déclinaison européenne Micra est élue European Car of the Year 1993. Elle devient alors la première automobile d’une marque japonaise à remporter ce titre européen.
La gamme de moteurs et de transmissions progresse également. Les versions japonaises proposent notamment des moteurs 1,0 et 1,3 litre et certaines peuvent recevoir une transmission à variation continue N-CVT. La K11 conserve les qualités fondamentales recherchées depuis la première March, avec des dimensions adaptées à la ville, une architecture à traction avant et une utilisation rationnelle de l’espace.
Les K12 et K13 transforment la March en modèle mondial
La troisième génération apparaît en 2002. Avec la Nissan Micra K12, le changement visuel est considérable : pavillon très arqué, volumes plus hauts et grands projecteurs donnent au modèle une identité immédiatement reconnaissable. Cette génération est également développée dans le nouveau contexte industriel de l’Alliance Renault-Nissan et repose sur une architecture plus moderne que celle de la K11.
La K12 introduit ou généralise selon les versions des équipements nettement plus sophistiqués pour une petite Nissan, notamment l’Intelligent Key et, au Japon, des services connectés CARWINGS. La March n’est alors plus seulement une voiture légère et économique : elle devient une citadine dont la présentation et les équipements doivent répondre aux attentes croissantes du segment.
En 2010, la K13 marque un nouveau changement de stratégie. Nissan développe cette quatrième génération comme un produit beaucoup plus international et organise sa fabrication dans plusieurs pays. La production commence notamment en Thaïlande, tandis que la famille Micra est également industrialisée en Inde. Cette organisation accompagne la volonté de toucher de nombreux marchés avec une architecture commune et des adaptations régionales.
Au Japon, la Nissan Micra K13 correspond directement à cette génération de March. La voiture adopte une carrosserie cinq portes et, au lancement japonais, peut recevoir le trois cylindres HR12DE associé à une transmission CVT. Elle conserve le principe fondateur de la March, celui d’une traction compacte destinée à un usage quotidien, tout en répondant à des objectifs industriels désormais mondiaux.
Fiche technique de la Nissan March
| Caractéristique | Nissan March K10 de référence, 1982 |
|---|---|
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, OHC |
| Code moteur | MA10 |
| Cylindrée | 987 cm3 |
| Puissance | 57 ch à 6 000 tr/min |
| Couple | 78 Nm à 3 600 tr/min |
| Implantation | Moteur transversal avant |
| Transmission | Traction avant |
| Boîtes proposées selon version | Manuelle 4 ou 5 rapports, automatique 3 rapports |
| Structure | Monocoque |
| Suspension avant | Jambes de force |
| Suspension arrière | Essieu à quatre bras, ressorts hélicoïdaux |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Pneumatiques de l’exemplaire de référence | 155 SR12 |
| Longueur | 3 645 mm |
| Largeur | 1 560 mm |
| Hauteur | 1 395 mm |
| Empattement | 2 300 mm |
| Voie avant | 1 345 mm |
| Voie arrière | 1 330 mm |
| Poids de l’exemplaire de référence | 615 kg |
March et Micra, une même origine mais des trajectoires différentes
La correspondance entre March et Micra est essentielle pour comprendre le modèle, mais elle ne signifie pas que toutes les voitures portant ces deux noms sont strictement identiques. Nissan adapte moteurs, transmissions, équipements, finitions et parfois détails de carrosserie aux réglementations et aux attentes de chaque marché. Une donnée technique provenant d’une Micra européenne ne peut donc pas être automatiquement appliquée à une March japonaise de la même génération.
Cette distinction devient encore plus importante après la K13. La Nissan Micra K14, dévoilée pour l’Europe en 2016, suit une orientation spécifique et ne constitue pas simplement la génération suivante de la March japonaise. La continuité historique des appellations se sépare alors nettement.
Au Japon, la carrière de la March K13 s’achève en 2022, quarante ans après l’arrivée de la première K10. Le nom ne disparaît pourtant pas simultanément partout : March continue d’être utilisé sur certains marchés étrangers, notamment en Amérique latine. Il est donc plus exact de parler d’une fin de la March sur le marché japonais que d’une disparition mondiale immédiate du nom.
Quarante ans d’évolution autour d’une citadine
La longévité de la March permet d’observer l’évolution de la petite automobile japonaise sur quatre décennies. La K10 privilégie une construction extrêmement légère et des solutions mécaniques simples. La K11 arrondit les formes et accompagne l’essor industriel de Nissan en Europe. La K12 adopte une personnalité visuelle beaucoup plus affirmée et davantage d’équipements électroniques, puis la K13 répond à une logique de production mondiale.
Les chiffres commerciaux montrent l’ampleur prise par cette famille. Nissan annonçait déjà trois millions de March et Micra produites dans le monde en 1997. Au lancement de la K13 en 2010, le constructeur faisait état de 5,65 millions d’exemplaires vendus depuis 1982. Ces volumes englobent la famille March/Micra et ne doivent pas être interprétés comme la seule production japonaise sous le badge March.
Cette histoire explique aussi la variété inhabituelle rencontrée sous une même appellation : de la K10 de 57 ch pesant à peine plus de 600 kg à la Super Turbo à double suralimentation, puis aux K11, K12 et K13 conçues pour des marchés de plus en plus nombreux. La Nissan March est ainsi moins une version particulière qu’une lignée japonaise de citadines dont le nom Micra constitue, pendant une grande partie de son histoire, le pendant le plus familier en Europe.




