Nissan Skyline R32

Nissan Skyline R32

Lancée au Japon en mai 1989, la Nissan Skyline R32 marque un changement de cap important dans l’histoire de la Nissan Skyline. Plus compacte et davantage orientée vers le comportement routier que sa devancière, elle inaugure une génération connue pour ses six cylindres RB, sa suspension multibras et ses versions sportives particulièrement sophistiquées. La R32 ne désigne toutefois pas uniquement la célèbre GT-R : la gamme comprend des berlines quatre portes et des coupés deux portes, avec plusieurs moteurs et deux ou quatre roues motrices.

Cette distinction est essentielle pour comprendre le modèle. Les codes HR32, HCR32, HNR32 ou BNR32 correspondent à différentes configurations de la même génération. La GT-R BNR32 en représente le sommet, mais les GTS, GTS-t, GTS-4 et GTS25 constituent une part importante de l’histoire commerciale de la R32.

Une Skyline recentrée sur les qualités dynamiques

La R32 succède à la Nissan Skyline R31 dans un contexte où Nissan développe des technologies destinées à améliorer fortement les performances de ses modèles. Sous la responsabilité de Naganori Ito, l’équipe chargée de la nouvelle Skyline privilégie une automobile plus compacte et plus agile. Cette orientation tranche avec certaines déclinaisons plus conventionnelles de la génération précédente et redonne une place centrale à la sportivité.

La gamme lancée en 1989 repose sur deux carrosseries principales : une berline quatre portes et un coupé deux portes. Les proportions restent caractéristiques d’une propulsion japonaise de l’époque, avec un long capot accueillant le moteur longitudinal et un habitacle relativement reculé. Nissan abandonne le break proposé dans la famille précédente et resserre ainsi l’offre autour des versions routières et sportives.

L’évolution la plus importante se trouve sous la carrosserie. La R32 reçoit des suspensions multibras aux quatre roues, une solution sophistiquée pour l’époque qui permet de mieux contrôler la géométrie des trains roulants. Certaines versions sportives bénéficient également du système Super HICAS, capable d’agir sur l’orientation des roues arrière. Cet équipement ne concerne cependant pas toutes les Skyline R32.

Des moteurs RB au coeur de la gamme R32

La diversité mécanique de la R32 est souvent éclipsée par le moteur de la GT-R. L’entrée de gamme japonaise pouvait pourtant recevoir le quatre cylindres CA18i de 1,8 litre, tandis que l’essentiel de l’identité de la Skyline reposait sur les six cylindres en ligne de la famille RB. Le RB20E constituait une proposition relativement sage, alors que le RB20DE à double arbre à cames et 24 soupapes développait environ 155 PS.

La GTS-t porte plus loin cette architecture grâce au RB20DET de 1 998 cm3 suralimenté par turbocompresseur. Dans la GTS-t Type M, il atteint 215 PS à 6 400 tr/min et 265 Nm à 3 200 tr/min. Cette version associe ainsi le six cylindres turbo à la propulsion, avec une boîte manuelle à cinq rapports disponible et un châssis particulièrement élaboré. Elle constitue l’une des variantes les plus représentatives de la R32 sportive hors GT-R.

La GTS-4 ajoute une autre dimension avec une transmission intégrale. À partir de l’évolution de gamme de 1991 apparaît également le RB25DE atmosphérique de 2 498 cm3, donné pour environ 180 PS dans la GTS25. La R32 couvre donc un spectre bien plus large que ne le laisse penser son association fréquente avec le seul sigle GT-R.

La GT-R BNR32 et le retour d’une appellation mythique

En août 1989, trois mois après le lancement initial de la génération, Nissan ressuscite la Nissan Skyline GT-R. L’appellation n’avait plus été utilisée sur une Skyline de série depuis 1973 et les descendantes des premières Nissan 2000GT-R. Cette nouvelle BNR32 est conçue avec la compétition de voitures de tourisme comme objectif majeur.

Son RB26DETT est un six cylindres en ligne de 2 568 cm3 doté de 24 soupapes, de deux turbocompresseurs et de six papillons d’admission individuels. Nissan annonce 280 PS à 6 800 tr/min et 353 Nm à 4 400 tr/min. La puissance affichée s’inscrit dans les pratiques des constructeurs japonais de l’époque et ne doit pas être appliquée aux autres R32, dont les motorisations et performances sont très différentes.

La GT-R associe ce moteur à une boîte manuelle à cinq rapports et au système ATTESA E-TS. Cette transmission intégrale pilotée électroniquement peut faire varier la distribution du couple entre les essieux selon les conditions d’adhérence. Associée au Super HICAS et aux suspensions multibras, elle donne à la BNR32 une architecture technique très différente de celle d’une simple GTS à propulsion.

La carrosserie évolue également. Avec 1 755 mm de largeur contre 1 695 mm pour un coupé GTS-t Type M, la GT-R reçoit des ailes élargies, des boucliers spécifiques et un aileron arrière. Ces différences permettent d’éviter une confusion fréquente : une Skyline R32 coupé n’est pas nécessairement une GT-R, même lorsque sa silhouette générale est très proche.

Fiche technique de la Nissan Skyline R32

CaractéristiqueGTS-t Type MGT-R BNR32
PériodeÀ partir de 1989Août 1989 à novembre 1994
CarrosserieCoupé 2 portesCoupé 2 portes
MoteurRB20DET, 6 cylindres en ligne turbo, DOHC 24 soupapesRB26DETT, 6 cylindres en ligne biturbo, DOHC 24 soupapes
Cylindrée1 998 cm32 568 cm3
Puissance215 PS à 6 400 tr/min280 PS à 6 800 tr/min
Couple265 Nm à 3 200 tr/min353 Nm à 4 400 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avantMoteur longitudinal avant
TransmissionPropulsionIntégrale ATTESA E-TS
BoîteManuelle 5 rapports selon configurationManuelle 5 rapports
SuspensionsMultibras avant et arrièreMultibras avant et arrière
FreinsDisques ventilés avant et arrièreDisques ventilés avant et arrière
Pneus205/55 R16 88V225/50 R16
Longueur4 530 mm4 545 mm
Largeur1 695 mm1 755 mm
Hauteur1 325 mm1 340 mm
Empattement2 615 mm2 615 mm
Voies avant / arrière1 460 / 1 460 mm1 480 / 1 480 mm
Poids1 260 kg1 430 kg

Une carrière étroitement liée à la compétition

La réputation de la R32 est indissociable du programme sportif de la GT-R. Son développement vise notamment le règlement Groupe A, où Nissan cherche à exploiter le potentiel du RB26DETT et de la transmission intégrale. Une GT-R Nismo est produite en 1990 pour répondre aux besoins d’homologation, avec 560 exemplaires annoncés.

En championnat japonais de voitures de tourisme, la GT-R R32 construit un palmarès particulièrement marquant : elle remporte 29 courses sur 29 engagements entre 1990 et 1993. Ses résultats dépassent le Japon. La voiture s’impose notamment aux 24 Heures de Spa 1991 et connaît une carrière majeure en Australie, où ses succès contribuent à faire connaître le surnom « Godzilla », initialement associé à cette redoutable GT-R japonaise plutôt qu’à l’ensemble de la famille R32.

La compétition influence également les versions routières. Après la Nismo apparaissent des variantes N1 destinées à faciliter l’utilisation en course, puis les V-Spec en 1993 et V-Spec II en 1994. Ces dernières évolutions prolongent la carrière de la BNR32 alors que la gamme Skyline ordinaire est déjà en cours de renouvellement.

Évolutions, production et fin de carrière

La gamme connaît une évolution importante en 1991, accompagnée notamment de l’arrivée du moteur RB25DE de 2,5 litres. À côté des modèles de grande série existent quelques dérivés beaucoup plus rares, dont une berline Autech utilisant une adaptation atmosphérique du RB26. Cette diversité explique pourquoi les caractéristiques d’une R32 doivent toujours être associées à son code de châssis, à sa carrosserie et à sa motorisation.

Le volume total de production de la génération fait l’objet de chiffres divergents, avec des estimations proches de 300 000 unités selon les méthodes de comptage. Le cas de la GT-R est mieux circonscrit : les registres spécialisés fondés sur les données de production japonaises recensent 43 937 BNR32. À l’intérieur de cette production, les Nismo, N1, V-Spec et V-Spec II représentent des séries nettement plus limitées.

À partir de 1993, la Nissan Skyline R33 prend progressivement le relais de la gamme R32. La GT-R BNR32 poursuit cependant sa carrière jusqu’en novembre 1994. Sa remplaçante directe, la Nissan Skyline GT-R R33, apparaît en 1995 et conserve les grands principes établis par la R32, notamment le RB26DETT et la transmission intégrale ATTESA E-TS.

Un dessin sobre qui distingue nettement la R32

La R32 adopte une esthétique relativement dépouillée : capot bas, surfaces tendues, vitrage fin et arrière marqué par les quatre feux circulaires devenus emblématiques des Skyline sportives. Le coupé conserve des proportions compactes, tandis que la berline quatre portes partage une grande partie de cette identité sans chercher à imiter la GT-R.

La comparaison avec les générations voisines permet de la reconnaître immédiatement. La R31 conserve une allure plus typiquement anguleuse du milieu des années 1980, tandis que la R33 est plus longue et plus arrondie. La Nissan Skyline R34 reviendra ensuite à des lignes plus tendues, mais avec une présence visuelle différente et un gabarit propre à la fin des années 1990.

Sur une R32, les détails de carrosserie restent donc déterminants pour identifier la version. Une GT-R authentique se reconnaît notamment à ses ailes sensiblement plus larges et à ses éléments extérieurs spécifiques. Une GTS-t conserve une caisse plus étroite et une mécanique RB20DET à propulsion, combinaison qui résume une autre facette essentielle de la génération : celle d’une Skyline sportive techniquement ambitieuse sans être une GT-R.