Dévoilée sous son nom définitif en 2021, la Rimac Nevera est une hypercar électrique croate développant 1 914 ch grâce à quatre moteurs indépendants. Avec sa batterie de 120 kWh, sa transmission intégrale pilotée roue par roue et sa monocoque en fibre de carbone, elle pousse très loin l’intégration de technologies électriques dans une voiture de série. Sa vitesse maximale de 412 km/h et ses multiples records d’accélération ont également fait de la Nevera l’une des vitrines les plus spectaculaires du savoir-faire de Rimac.
Du concept C_Two à la Nevera de série
La Nevera s’inscrit dans la continuité de la Rimac Concept One, première hypercar électrique produite par la jeune entreprise fondée par Mate Rimac. Cette expérience permet au constructeur de préparer une seconde génération nettement plus ambitieuse, pensée dès son développement pour associer performances extrêmes, autonomie exploitable et homologation sur plusieurs marchés.
Le projet apparaît publiquement au Salon de Genève 2018 sous le nom C_Two. Le prototype annonce déjà les principes essentiels du futur modèle de série : quatre moteurs électriques, transmission intégrale, batterie de grande capacité, structure en carbone et aérodynamique active. Rimac poursuit toutefois le développement pendant plusieurs années. Le constructeur fera état de 18 prototypes, de 45 crash-tests physiques et de plus de 1,6 million d’heures cumulées consacrées au programme.
Le 1er juin 2021, la version définitive prend le nom Nevera. Celui-ci désigne un puissant orage survenant sur la côte adriatique croate, une référence directe au pays d’origine de Rimac et au caractère soudain des performances de la voiture. La Nevera n’est donc pas simplement un C_Two rebaptisé : aérodynamique, refroidissement, structure, électronique et chaîne de traction ont évolué entre le prototype de 2018 et le véhicule homologué.
La première voiture de production, numérotée #000, est achevée en juillet 2022 et conservée par l’entreprise comme démonstrateur. L’exemplaire #001 devient la première Nevera destinée à un client et rejoint la collection de Nico Rosberg, champion du monde de Formule 1 2016.
Quatre moteurs pour 1 914 ch
La particularité fondamentale de la Nevera réside dans sa chaîne de traction. Chacune des quatre roues possède son propre moteur électrique synchrone à aimants permanents. Les deux unités avant développent chacune 226 kW, tandis que les deux moteurs arrière atteignent chacun 450 kW. La puissance combinée annoncée est de 1 408 kW, soit 1 914 ch, pour un couple moteur système de 2 340 Nm dans la documentation technique finale de Rimac.
Cette architecture permet surtout de contrôler indépendamment le couple transmis à chaque roue. Le système Rimac All-Wheel Torque Vectoring, ou R-AWTV, effectue ses ajustements plus de cent fois par seconde en fonction de nombreux paramètres dynamiques. Il ne s’agit donc pas seulement d’obtenir une motricité maximale en ligne droite : la répartition du couple participe directement au comportement de la voiture en virage et travaille avec les autres systèmes de contrôle du châssis.
La batterie lithium-manganèse-nickel possède une capacité de 120 kWh et utilise 6 960 cellules cylindriques au format 21700. Elle fait partie intégrante de la structure et contribue à sa rigidité. La monocoque en fibre de carbone englobe également le toit et une partie importante de la structure arrière, avec des zones d’absorption combinant carbone et aluminium.
L’autonomie homologuée atteint 489 km selon le cycle WLTP, avec une consommation combinée annoncée à 30,0 kWh/100 km. La recharge rapide en courant continu peut atteindre 500 kW dans les conditions prévues par Rimac, le constructeur annonçant alors un passage de 0 à 80 % en 19 minutes. Un chargeur embarqué triphasé de 22 kW complète le dispositif.
Fiche technique de la Rimac Nevera
| Caractéristique | Rimac Nevera |
|---|---|
| Type | Hypercar électrique, coupé 2 places |
| Présentation sous le nom Nevera | 2021 |
| Début de production | 2022 |
| Architecture | 4 moteurs électriques, un par roue |
| Moteurs avant | 2 x 226 kW, 307 ch et 270 Nm |
| Moteurs arrière | 2 x 450 kW, 612 ch et 900 Nm |
| Puissance maximale combinée | 1 408 kW, 1 914 ch |
| Couple système | 2 340 Nm |
| Couple aux roues | 13 430 Nm |
| Transmission | Intégrale électrique, couple piloté indépendamment sur chaque roue |
| Boîte | Réducteurs à rapport unique |
| Batterie | Lithium-manganèse-nickel, 120 kWh, 6 960 cellules 21700 |
| Tension maximale de batterie | 730 V |
| Recharge rapide DC maximale | 500 kW |
| Recharge 0 à 80 % annoncée | 19 min à 500 kW |
| Chargeur embarqué | 22 kW triphasé |
| Autonomie WLTP | 489 km |
| Consommation WLTP | 30,0 kWh/100 km |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone avec batterie structurelle |
| Suspensions | Doubles triangles avant et arrière, amortissement piloté, réglage hydraulique de hauteur |
| Freins | Carbone-céramique, disques de 390 mm, étriers 6 pistons |
| Pneus avant | Michelin Pilot Sport 4S, 275/35 R20 |
| Pneus arrière | Michelin Pilot Sport 4S, 315/35 R20 |
| Longueur | 4 745 mm |
| Largeur | 2 052 mm |
| Hauteur | 1 240 mm |
| Empattement | 2 745 mm |
| Poids | 2 300 kg |
| 0 à 100 km/h | 1,81 s avec one-foot rollout |
| 0 à 200 km/h | 4,42 s |
| 0 à 300 km/h | 9,22 s |
| 400 m départ arrêté | 8,25 s |
| Vitesse maximale | 412 km/h |
| Coefficient de traînée | 0,30 en mode Low Drag |
| Production annoncée | Maximum 150 exemplaires |
| Prix annoncé au lancement | 2 millions d’euros |
Un châssis conçu autour de l’électronique
Malgré ses 2 300 kg, la Nevera n’a pas été développée comme une simple démonstration d’accélération. Ses suspensions à doubles triangles utilisent des amortisseurs pilotés, tandis qu’un dispositif hydraulique permet de modifier la hauteur de caisse. La direction assistée électriquement, le contrôle de stabilité, le freinage et la répartition du couple sont coordonnés afin d’adapter le comportement aux différents modes de conduite.
Le freinage associe récupération d’énergie et freins mécaniques carbone-céramique de 390 mm avec étriers à six pistons. Un système brake-by-wire gère la transition entre décélération régénérative et friction mécanique. Ce niveau d’intégration est particulièrement important sur une voiture dont les quatre moteurs peuvent eux-mêmes participer à la gestion de la décélération.
L’aérodynamique est également active. Le capot avant, un volet situé sous la partie avant, le diffuseur et l’aileron arrière peuvent modifier leur position. La voiture privilégie ainsi la réduction de traînée ou l’appui selon les circonstances. En configuration Low Drag, Rimac annonce un coefficient de traînée de 0,30.
412 km/h et une série de records
En novembre 2022, la Nevera atteint 412 km/h sur l’Automotive Testing Papenburg, en Allemagne, établissant alors un record de vitesse pour une voiture électrique de production. Cette performance illustre une différence essentielle avec de nombreuses électriques très puissantes : Rimac a conçu sa chaîne de traction et son refroidissement pour conserver des performances élevées bien au-delà des accélérations à basse vitesse.
En 2023, le constructeur organise une journée de mesures qui aboutit à 23 records d’accélération et de freinage annoncés. La Nevera passe notamment de 0 à 100 km/h en 1,81 s, de 0 à 200 km/h en 4,42 s et de 0 à 300 km/h en 9,22 s. Elle réalise également le 0-400-0 km/h en 29,93 s. Ces performances constituaient des références au moment où elles ont été enregistrées, même si plusieurs ont depuis été améliorées par des voitures plus récentes.
La même année, la Nevera réalise 7 min 05,298 s sur la Nordschleife du Nürburgring, établissant alors une nouvelle référence pour une voiture électrique de production. Rimac accompagne cette campagne de records d’une série de douze Rimac Nevera Time Attack, reconnaissables notamment à leur présentation spécifique.
Un dessin croate au service du refroidissement
Le dessin supervisé par Adriano Mudri conserve les proportions d’une hypercar à moteur central malgré l’absence de moteur thermique. La carrosserie très basse enveloppe une cellule biplace avancée, avec de larges épaules arrière et des portes s’ouvrant vers le haut. Le traitement reste relativement fluide compte tenu des besoins considérables de refroidissement de la batterie, des moteurs, des onduleurs et des freins.
L’un des détails les plus caractéristiques est la prise d’air latérale dont la forme évoque une cravate. Rimac en fait une référence à l’origine croate de cet accessoire, tout en lui donnant une véritable fonction aérodynamique et thermique. Cette association entre identité visuelle et nécessité technique distingue nettement la Nevera de la Concept One.
La C_Two de 2018 peut facilement créer une confusion puisqu’elle possède déjà l’allure générale de la Nevera. Elle correspond cependant au programme de développement ayant précédé le modèle commercial. Plusieurs éléments techniques ont changé avant l’homologation, notamment les transmissions, l’aérodynamique, le refroidissement et certains paramètres de structure. Les valeurs de 550 km d’autonomie WLTP, 2 150 kg ou 1,97 s de 0 à 100 km/h publiées lors des premières présentations ne correspondent donc pas toutes aux spécifications finales retenues pour la voiture de série.
Une production limitée à 150 voitures
Rimac prévoit dès le lancement une production maximale de 150 Nevera, avec un prix annoncé de 2 millions d’euros avant personnalisations. L’assemblage demeure artisanal en Croatie et la faible série contraste avec l’ampleur des moyens techniques nécessaires à l’homologation mondiale du modèle. La Nevera sert ainsi autant de produit commercial que de démonstrateur des compétences de Rimac dans les batteries, l’électronique de puissance, les moteurs et les logiciels de contrôle.
Cette base donne ensuite naissance à plusieurs interprétations. Outre la Time Attack, Rimac présente en 2024 une édition du quinzième anniversaire limitée à neuf voitures. La famille évolue surtout avec la Rimac Nevera R, qui ne doit pas être confondue avec une simple finition : sa puissance portée à 2 107 ch, sa batterie de 108 kWh, son aérodynamique et ses réglages de châssis spécifiques en font une déclinaison profondément remaniée, davantage orientée vers les performances dynamiques.



