Rolls-royce Corniche

Rolls-royce Corniche

La Rolls-royce Corniche apparaît officiellement en 1971, mais son histoire commence quelques années plus tôt. Ce grand coupé et cabriolet de luxe reprend en effet la base des versions deux portes de la Rolls-royce Silver Shadow, carrossées par Mulliner Park Ward. En donnant à ces automobiles le nom Corniche, Rolls-Royce transforme une déclinaison de sa berline en un modèle doté d’une identité propre, destiné à une clientèle recherchant le confort d’une Silver Shadow dans une carrosserie plus exclusive.

La Corniche associe ainsi le V8 de 6,75 litres de la marque, une boîte automatique, une suspension indépendante avec correction hydraulique d’assiette et une fabrication faisant largement appel au savoir-faire artisanal de Mulliner Park Ward. Proposée en coupé à toit fixe et en cabriolet, elle évolue continuellement avant de donner naissance aux Corniche II, III et IV. Cette longue filiation explique pourquoi le nom Corniche recouvre plusieurs configurations qu’il convient de distinguer de la voiture originelle de 1971.

Des coupés Silver Shadow à la Corniche de 1971

Lorsque Rolls-Royce lance la Corniche en mars 1971, la formule technique et esthétique existe déjà. Des Silver Shadow à deux portes sont proposées depuis les années 1960, notamment sous la forme d’un Two-Door Saloon puis d’un Drophead Coupé. Mulliner Park Ward assure la réalisation et la finition de ces carrosseries produites en quantités bien plus faibles que la berline quatre portes.

Le changement de nom permet à Rolls-Royce d’affirmer le caractère particulier de cette automobile. La Corniche conserve la structure monocoque inaugurée par la Silver Shadow, mais sa longue carrosserie deux portes, sa fabrication plus artisanale et son positionnement tarifaire la placent au-dessus de la berline dont elle dérive. Son moteur bénéficie également de la cylindrée portée à 6,75 litres avant même l’apparition du nom Corniche.

La carrosserie est étroitement associée à H.J. Mulliner Park Ward, spécialiste britannique intégré à l’univers Rolls-Royce. L’attribution individuelle du dessin est moins claire dans les sources historiques, Bill Allen et John Polwhele Blatchley étant tous deux cités. La filiation stylistique avec la Silver Shadow est néanmoins évidente, tandis que le profil deux portes donne à la Corniche des proportions plus élancées.

Un coupé et un cabriolet façonnés pour le grand tourisme

La Corniche est proposée sous deux formes. Le coupé, souvent désigné Fixed Head Coupé ou Two-Door Saloon selon les documents et les périodes, possède un pavillon fixe et de longues portes. Le Drophead Coupé est le cabriolet de la famille. Une fois sa capote repliée, sa ligne basse met particulièrement en valeur la longueur du capot et les ailes arrière légèrement descendantes.

Les premières voitures conservent l’esthétique classique des Rolls-Royce du début des années 1970. La grande calandre verticale domine une face avant à quatre projecteurs ronds, avec le Spirit of Ecstasy à son sommet. Les pare-chocs chromés, les surfaces vitrées généreuses et les roues relativement discrètes contrastent avec les dimensions imposantes de la voiture. L’habitacle fait largement appel au cuir, aux boiseries et à une finition réalisée selon les standards très élevés de la marque.

Cette approche distingue aussi la Corniche de la Rolls-royce Camargue, autre Rolls-Royce deux portes commercialisée pendant les années 1970. La Camargue adopte une carrosserie beaucoup plus anguleuse dessinée par Pininfarina, tandis que la Corniche reste directement rattachée au langage stylistique de la famille Silver Shadow.

Un V8 6,75 litres privilégiant la souplesse

Sous son long capot se trouve le V8 Rolls-Royce de la famille L-Series, à 90 degrés, dont la cylindrée atteint environ 6 750 cm3. Il est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. Sur les premières Corniche, l’alimentation repose sur deux carburateurs SU, avant que les systèmes d’alimentation n’évoluent au cours de la carrière et selon les marchés.

La puissance exacte des premières voitures constitue un cas particulier. Rolls-Royce ne publiait traditionnellement pas de chiffre et se contentait de considérer la puissance comme suffisante. Des valeurs d’environ 220 à 225 bhp apparaissent dans des documentations consacrées à certaines Corniche des années 1970, mais elles ne doivent pas être appliquées indistinctement à tous les millésimes. Un exemplaire de 1975 documenté avec précision est notamment donné pour 225 bhp à 4 500 tr/min.

Le V8 est associé à une boîte automatique General Motors Turbo-Hydramatic 400 à trois rapports. L’objectif n’est pas de donner à cette lourde automobile le comportement d’une sportive, mais de fournir des accélérations progressives et une vitesse de croisière élevée avec un minimum d’effort pour le conducteur. Les premières versions sont généralement créditées d’une vitesse maximale proche de 190 km/h.

La sophistication ne se limite pas au moteur. La Corniche possède quatre roues indépendantes et un système hydraulique de correction d’assiette issu de technologies Citroën utilisées sous licence et adaptées par Rolls-Royce. Quatre freins à disque complètent cet ensemble, les évolutions du début des années 1970 apportant notamment des disques avant ventilés.

Fiche technique de la Rolls-royce Corniche

CaractéristiqueRolls-royce Corniche
Lancement1971
CarrosseriesCoupé 2 portes et cabriolet 2 portes
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurV8 à 90 degrés, famille Rolls-Royce L-Series
CylindréeEnviron 6 750 cm3
Alésage x course104,1 x 99,1 mm
DistributionSoupapes en tête, arbre à cames central
Alimentation des premières versionsDeux carburateurs SU
PuissanceNon publiée officiellement par Rolls-Royce sur les premières versions, valeurs variant ensuite selon millésime et marché
Boîte de vitessesAutomatique General Motors Turbo-Hydramatic 400 à 3 rapports
StructureMonocoque
Suspension4 roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, correction hydraulique d’assiette
FreinsDisques aux 4 roues, assistance hydraulique
EmpattementEnviron 3 042 mm sur les premières voitures, puis légèrement augmenté au cours de la carrière
LongueurEnviron 5 169 mm sur les premières versions, variable selon période
LargeurEnviron 1 829 mm
HauteurEnviron 1 492 mm selon configuration
PoidsEnviron 2,2 tonnes, variable selon carrosserie, équipement et millésime
Vitesse maximaleEnviron 190 km/h pour les premières versions

Une évolution continue pendant les années 1970 et 1980

La Corniche connaît de nombreuses modifications sans perdre son identité. L’une des étapes importantes intervient autour de 1977, parallèlement aux transformations qui donnent naissance à la Rolls-royce Silver Shadow II. La direction évolue notamment vers une crémaillère assistée, tandis que les réglages de suspension, les équipements de confort et plusieurs détails extérieurs sont modernisés. Les pare-chocs reçoivent davantage de protections en caoutchouc et un spoiler apparaît à l’avant.

L’alimentation du V8 change également au fil des marchés et des normes antipollution. L’injection apparaît sur certaines versions au début des années 1980. Ces évolutions expliquent pourquoi une fiche technique unique ne peut représenter parfaitement toutes les Corniche commercialisées sous le même nom pendant une période aussi longue.

Le coupé disparaît au début des années 1980, les dates publiées variant selon que l’on considère la fabrication, le millésime ou les dernières livraisons. Le cabriolet poursuit en revanche sa carrière et devient progressivement la carrosserie emblématique de la lignée. Cette longévité permet à Rolls-Royce d’améliorer continuellement une architecture née dans les années 1960 plutôt que de la remplacer brutalement.

De la Corniche originelle aux Corniche II, III et IV

L’appellation Rolls-royce Corniche II apparaît au milieu des années 1980 sur le marché américain, puis en 1987 sur d’autres marchés. Il s’agit davantage d’une nouvelle étape dans l’évolution du cabriolet que d’une rupture complète. Les différences de calendrier entre pays expliquent pourquoi la période exacte attribuée à la première Corniche varie dans les ouvrages et bases de données.

La lignée continue avec la Rolls-royce Corniche III à partir de 1989. Elle modernise notamment les équipements et la présentation tout en conservant l’architecture générale héritée du modèle de 1971. La Rolls-royce Corniche IV, apparue pour le millésime 1992, constitue la dernière évolution majeure de cette famille classique. La production s’achève en 1995, avec une très petite série Corniche S à moteur turbocompressé.

Il faut en revanche distinguer cette généalogie de la Rolls-royce Corniche V commercialisée à partir de 2000. Malgré la reprise d’un nom prestigieux et une carrosserie de cabriolet, cette dernière appartient à une génération technique entièrement différente, étroitement apparentée à la Bentley Azure.

Une production artisanale aux chiffres complexes

Les volumes de production de la famille Corniche diffèrent suivant le périmètre retenu. Les comptages peuvent inclure ou non les Bentley équivalentes, séparer les coupés des cabriolets ou répartir différemment les voitures entre Corniche et Corniche II. Une ventilation couramment publiée attribue 1 233 exemplaires à une première phase allant de 1971 à 1977 et 2 006 à la période suivante jusqu’au remplacement progressif par la Corniche II. D’autres décomptes isolent environ 1 100 coupés Corniche sur l’ensemble de leur carrière.

Ces nombres restent faibles au regard d’une automobile de grande série et s’expliquent par le mode de fabrication. Une part importante du travail de carrosserie et de finition est réalisée chez Mulliner Park Ward à Londres, avec de nombreuses opérations manuelles et des possibilités de personnalisation étendues. Le prix dépend donc fortement de la carrosserie et des spécifications choisies : des factures d’exemplaires de 1971 documentent aussi bien environ 8 700 livres sterling que plus de 12 000 livres pour une voiture particulièrement équipée.

Cette personnalisation explique également les différences rencontrées aujourd’hui entre deux Corniche apparemment contemporaines. Teintes, selleries, boiseries, équipements et détails de présentation pouvaient être adaptés aux souhaits du premier propriétaire. Sous ces variations demeure toutefois la même formule fondamentale : un grand V8 atmosphérique, une transmission automatique, une suspension sophistiquée et une carrosserie deux portes dont la fabrication exigeait beaucoup plus de travail qu’une berline Rolls-Royce standard.