Le Scania 112 est un camion lourd suédois de la deuxième génération Scania, commercialisé à partir du début des années 1980. Équipé d’un moteur Diesel six cylindres en ligne d’environ 11 litres, il a été proposé sous différentes configurations pour le transport routier, les travaux publics et les applications industrielles. Reconnaissable à ses cabines anguleuses, il existe notamment en versions R112 à cabine avancée haute, P112 à cabine basse et T112 à capot.
Appartenant à la famille Scania Series 2, présentée en 1980, le 112 succède aux précédents poids lourds de 11 litres du constructeur. Sa carrière s’étend sur une grande partie des années 1980 en Europe et se poursuit plus longtemps en Amérique du Sud. Ses motorisations turbocompressées, ses nombreuses configurations de châssis et l’introduction de l’intercooler expliquent sa place dans l’histoire des camions Scania.
Histoire du Scania 112 : une nouvelle génération de poids lourds
À la fin des années 1970, Scania entreprend de renouveler sa gamme de véhicules industriels. Le constructeur souhaite moderniser ses cabines, améliorer les conditions de travail des conducteurs et adapter ses ensembles mécaniques aux exigences croissantes du transport routier. La nouvelle génération doit également répondre aux besoins des entreprises de construction, des transporteurs régionaux et des exploitants de véhicules lourds.
Le Scania 112 s’inscrit dans cette évolution après le Scania 111, dont il reprend le positionnement général autour d’une motorisation six cylindres de forte cylindrée. La transition concerne toutefois davantage que le moteur : les cabines, les équipements et l’organisation de la gamme évoluent sensiblement.
La deuxième génération est présentée en 1980, tandis que le lancement commercial du 112 intervient au début de 1981 sur plusieurs marchés. Scania adopte alors une nomenclature permettant d’identifier plus facilement les familles de véhicules. Dans la désignation 112, le nombre 11 renvoie à la classe de cylindrée du moteur, tandis que le chiffre 2 indique la deuxième génération.
Cette organisation distingue notamment les modèles de 11 litres des camions Scania 142, équipés d’un moteur V8 de 14 litres. Le 112 occupe ainsi une position importante dans l’offre du constructeur : suffisamment puissant pour assurer le transport lourd sur de longues distances, il constitue aussi une solution adaptée aux entreprises ne recherchant pas nécessairement les performances du V8.
Le développement de cette génération repose sur une architecture modulaire. Scania peut associer plusieurs types de cabines, transmissions, empattements et essieux à une même famille mécanique. Cette approche facilite l’adaptation des véhicules aux différents métiers et permet de rationaliser leur entretien.
La production du Scania 112 concerne notamment la Suède et le Brésil, où Scania possède une implantation industrielle majeure à São Bernardo do Campo. Les versions destinées à l’Amérique du Sud connaissent des évolutions particulières, liées aux conditions d’exploitation locales et aux besoins du transport de marchandises sur de longues distances.
R112, P112 et T112 : les différentes versions
Le Scania 112 ne désigne pas un camion à carrosserie unique. La famille comprend plusieurs architectures de cabine et de nombreuses configurations de châssis. Ces différences modifient profondément l’apparence du véhicule, son utilisation et certaines caractéristiques de conduite.
Le Scania R112 possède une cabine avancée haute, installée au-dessus du moteur. Cette disposition permet de limiter la longueur de l’ensemble tout en conservant un espace intérieur adapté aux trajets prolongés. Sa silhouette présente une face avant verticale, une grande calandre et un pare-brise de dimensions généreuses. Le R112 appartient à la tradition des cabines routières hautes de Scania, dont la Scania R-series moderne représente une évolution beaucoup plus récente.
Le Scania P112 reçoit une cabine avancée plus basse. Cette architecture convient notamment aux applications régionales et aux utilisations pour lesquelles l’accessibilité ou la hauteur du véhicule jouent un rôle important. Sa présentation générale reste proche de celle du R112, mais les proportions de la cabine permettent de les différencier.
Le Scania T112 adopte une architecture conventionnelle avec un capot moteur distinct, placé devant la cabine. Son long avant et sa calandre verticale lui donnent une silhouette caractéristique des camions à capot. Cette configuration rencontre notamment un intérêt important au Brésil, où les camions conventionnels conservent longtemps une place significative. Elle s’inscrit dans la tradition poursuivie par les modèles de la famille Scania T-series.
Au-delà des cabines, Scania propose plusieurs catégories de châssis. Les désignations M, H et E correspondent à des niveaux d’utilisation allant des applications intermédiaires aux travaux particulièrement lourds. Elles déterminent notamment les caractéristiques du châssis et son adaptation aux charges.
Les configurations 4×2, 6×2 et 6×4 répondent à des besoins distincts. Un tracteur 4×2 convient à de nombreuses opérations de transport routier, tandis qu’un 6×2 peut offrir une capacité de charge supplémentaire. Les versions 6×4, dotées de deux essieux moteurs, sont particulièrement adaptées aux terrains difficiles et aux ensembles lourds. Certaines évolutions brésiliennes ont également été proposées en 6×6.
Les Scania 112 peuvent recevoir des carrosseries très diverses : tracteurs de semi-remorque, porteurs à plateau, bennes, citernes ou équipements destinés au transport du bois. Cette polyvalence explique la variété des véhicules conservés aujourd’hui, parfois très différents malgré une désignation commune.
Moteur Diesel de 11 litres et évolutions mécaniques
Le cœur mécanique du Scania 112 est un six cylindres en ligne Diesel d’environ 11 litres, installé longitudinalement à l’avant. Cette architecture privilégie le couple à bas régime, une caractéristique essentielle pour déplacer des charges importantes et maintenir une vitesse régulière sur des parcours vallonnés.
Plusieurs motorisations ont été proposées. Les premières variantes comprennent des moteurs atmosphériques et turbocompressés, avec des puissances adaptées aux différentes utilisations. Parmi les versions documentées figurent les DS11.14 et DS11.15, développant respectivement environ 280 et 305 chevaux métriques. Leurs couples élevés permettent de limiter les changements de rapport lors des accélérations en charge.
L’une des évolutions les plus importantes est l’adoption du refroidissement de l’air de suralimentation, ou intercooler. Après compression par le turbocompresseur, l’air d’admission est refroidi avant d’entrer dans les cylindres. Cette technique augmente la densité de l’air disponible pour la combustion et permet d’améliorer les performances du moteur.
Scania introduit cette technologie sur le T112 brésilien en 1983. L’évolution apporte davantage de couple et une meilleure souplesse d’utilisation. Sur les moteurs équipés de ce dispositif, les performances progressent sans imposer une augmentation de la cylindrée. Certaines versions DSC11 atteignent ainsi environ 333 chevaux, tandis que des évolutions tardives destinées au marché sud-américain affichent des puissances supérieures.
La transmission repose principalement sur des boîtes mécaniques Scania. Selon la motorisation et l’application, le camion peut recevoir différentes démultiplications et des transmissions à dix rapports. La boîte GR870 fait partie des équipements associés aux motorisations les plus puissantes. Le choix des rapports de boîte et de pont permet d’adapter le véhicule à la circulation routière, aux fortes charges ou aux terrains accidentés.
Le châssis séparé à longerons constitue la base de cette polyvalence. Les suspensions mécaniques à ressorts à lames, courantes sur les versions lourdes, sont conçues pour supporter des charges importantes. Le freinage pneumatique, associé à des freins à tambour sur les configurations historiques habituelles, répond aux exigences du transport industriel de l’époque.
Le Scania 112 conserve une conception mécanique relativement traditionnelle, fondée sur des organes robustes et accessibles à l’entretien. Son intérêt technique réside principalement dans l’association d’une motorisation de forte cylindrée, d’une gamme étendue de transmissions et de châssis spécialisés.
Fiche technique du Scania 112
| Caractéristique | Données techniques |
|---|---|
| Constructeur | Scania |
| Modèle | Scania 112 |
| Génération | Scania série 2 |
| Lancement | 1981, après la présentation de la série 2 en 1980 |
| Production | Années 1980 en Europe, prolongée jusqu’au début des années 1990 sur certains marchés sud-américains |
| Pays de fabrication | Suède et Brésil notamment |
| Catégorie | Camion lourd, porteur ou tracteur routier |
| Variantes principales | P112, R112, T112 |
| Cabine | Avancée basse, avancée haute ou conventionnelle à capot |
| Architecture moteur | Diesel, six cylindres en ligne |
| Cylindrée | Environ 11 litres, généralement indiquée autour de 11 020 cm³ |
| Alésage x course | 127 x 145 mm selon les données techniques de la famille moteur |
| Implantation | Avant longitudinale |
| Alimentation | Injection Diesel mécanique, versions atmosphériques ou turbocompressées |
| Refroidissement | Liquide, intercooler sur certaines versions turbo |
| Puissance | Environ 203 à plus de 360 ch selon motorisation et marché |
| Moteur DN11.01 | Environ 203 ch à 2 200 tr/min, 760 Nm à 1 200 tr/min |
| Moteur DS11.14 | 206 kW, environ 280 ch, 1 165 Nm à 1 300 tr/min |
| Moteur DS11.15 | 224 kW, environ 305 ch, 1 235 Nm à 1 300 tr/min |
| Moteur DSC11.01 | 245 kW, environ 333 ch à 2 000 tr/min, 1 395 Nm à 1 250 tr/min |
| Transmission | Propulsion sur essieu arrière ou transmission à plusieurs essieux moteurs |
| Boîtes de vitesses | Mécaniques Scania, notamment GS770 et GR870 selon versions |
| Configurations d’essieux | 4×2, 6×2, 6×4 et certaines variantes 6×6 |
| Structure | Châssis séparé à longerons |
| Suspensions | Ressorts à lames sur de nombreuses versions, autres configurations selon application |
| Direction | Assistée hydrauliquement selon configuration |
| Freinage | Pneumatique, freins à tambour sur les versions historiques courantes |
| Roues et pneumatiques | Dimensions variables selon essieux, charge et homologation |
| Empattement | Variable selon configuration ; 4 200 mm sur un exemplaire 112H 6×2 documenté |
| Longueur | Variable selon châssis ; 7 950 mm sur cet exemplaire 112H 6×2 |
| Largeur | Variable selon configuration ; 2 480 mm sur cet exemplaire |
| Hauteur | Variable selon cabine, suspension et équipement |
| Poids à vide | Variable ; 10 300 kg annoncés pour l’exemplaire 112H 6×2 cité |
| PTAC | Selon homologation et configuration ; 25 500 kg annoncés pour le même exemplaire |
| Carburant | Gazole, avec version brésilienne particulière fonctionnant à l’alcool |
| Consommation | Dépend de la motorisation, du chargement et des conditions d’exploitation |
| Modèle précédent | Scania 111 |
| Successeur | Scania 113 |
Le Scania 112 au Brésil : intercooler et applications lourdes
Le marché brésilien occupe une place particulière dans l’histoire du Scania 112. La marque y possède une présence industrielle ancienne et développe des véhicules adaptés à un réseau routier étendu, à des conditions climatiques exigeantes et à des charges parfois très élevées.
Le T112 à capot devient l’un des représentants les plus caractéristiques de cette période. Sa conception conventionnelle facilite l’accès au compartiment moteur et répond aux habitudes d’exploitation d’une partie des transporteurs sud-américains. Les versions R112 à cabine avancée sont également commercialisées.
Le 18 octobre 1983, un Scania T112 devient le 50 000e véhicule produit par Scania au Brésil. Cet événement témoigne du développement de l’activité industrielle du constructeur dans le pays. La même année, l’arrivée de l’intercooler sur le T112 constitue une avancée technique importante pour la gamme locale.
En 1984, Scania lance une version particulièrement originale, le T112E 6×4 fonctionnant à l’alcool. Destiné notamment au transport de canne à sucre, ce camion répond à des besoins spécifiques de l’industrie agricole brésilienne. Il illustre la capacité du constructeur à adapter ses motorisations aux carburants et aux usages locaux.
Les évolutions se poursuivent à la fin des années 1980, avec des variantes de châssis lourds HW et EW. Ces véhicules sont conçus pour des opérations exigeantes, où la motricité, la résistance de la structure et le couple moteur jouent un rôle déterminant. Certaines configurations spécialisées sont destinées à des ensembles de transport particulièrement lourds.
En 1990 apparaît notamment le T112 HK 6×6, destiné à des applications nécessitant une transmission intégrale sur trois essieux. La même période voit également la production d’un T112 HW associé au cap du 600 000e véhicule Scania fabriqué dans le monde, selon la presse spécialisée brésilienne.
En 1991, Scania célèbre son centenaire avec une série spéciale Jubileum. La presse brésilienne fait état de 200 exemplaires, répartis entre 170 T112 et 30 R112. Leur présentation spécifique, notamment noire et argentée, les distingue des véhicules de série ordinaires. Ces camions figurent parmi les variantes les plus recherchées par les passionnés de la marque au Brésil.
Fin de carrière et place du Scania 112 parmi les camions anciens
À partir de la fin des années 1980, Scania renouvelle progressivement sa gamme européenne. La Scania Series 3 apporte des évolutions de cabine, de motorisation et d’équipements, tout en conservant la logique de modularité qui caractérise les véhicules du constructeur.
Le Scania 113 prend la relève du 112 dans la catégorie des camions à moteur six cylindres de 11 litres. La transition ne se déroule toutefois pas simultanément sur tous les marchés. En Amérique du Sud, certaines versions du 112 restent produites et commercialisées jusqu’au début des années 1990.
Cette différence de calendrier explique pourquoi deux Scania 112 portant des années de fabrication éloignées peuvent présenter des motorisations et des équipements sensiblement différents. Pour identifier précisément un exemplaire, il faut examiner sa désignation complète, son numéro de châssis, son type de cabine et son marché d’origine.
Le Scania 112 intéresse aujourd’hui les collectionneurs de poids lourds historiques, notamment lorsqu’il conserve sa cabine, sa mécanique et ses équipements d’origine. Les R112 routiers, les T112 à capot et les séries spéciales brésiliennes ne répondent pas aux mêmes critères de rareté. L’état du châssis, la corrosion de la cabine, la disponibilité des pièces et la conformité des modifications constituent des points importants lors d’une restauration.
La remise en état d’un Scania 112 demande également de respecter les particularités de sa configuration mécanique. Les moteurs DS11 et DSC11, les différentes boîtes de vitesses et les essieux disponibles ne sont pas nécessairement interchangeables sans adaptation. La documentation technique correspondant au numéro de châssis reste donc essentielle pour choisir les bonnes pièces et préserver les caractéristiques du véhicule.
Les exemplaires utilisés pendant plusieurs décennies peuvent avoir reçu des changements de moteur, de transmission, de cabine ou de carrosserie. Un Scania 112 restauré ne correspond pas toujours exactement à sa configuration de sortie d’usine. Les plaques constructeur, les références mécaniques et les documents d’homologation permettent de distinguer les équipements d’origine des transformations réalisées au cours de sa vie professionnelle.
