Le Scania 142 est un poids lourd suédois produit de 1980 à 1988, appartenant à la deuxième génération de camions Scania. Équipé d’un moteur diesel V8 de 14,2 litres, il occupe le sommet de la gamme du constructeur et se distingue par sa puissance, son couple élevé et ses capacités de transport sur de longues distances. Proposé en deux architectures principales, R142 à cabine avancée et T142 à capot, il succède au Scania 141 et précède la génération 143.
Au cours de sa carrière, le Scania 142 bénéficie d’évolutions mécaniques importantes, notamment l’adoption du refroidissement de l’air de suralimentation, qui permet au V8 d’atteindre 420 ch et 1 725 Nm. Avec plus de 36 000 exemplaires vendus pour l’ensemble de la famille, il constitue l’une des étapes importantes du développement des poids lourds V8 de Scania.
Origines et développement du Scania 142
L’histoire du Scania 142 s’inscrit dans celle des moteurs V8 du constructeur suédois. En 1969, Scania présente le LB140, équipé d’un moteur diesel V8 de 14,2 litres développant 350 ch. Cette mécanique répond à un besoin croissant de puissance dans le transport routier lourd, particulièrement pour les ensembles chargés circulant sur de longues distances ou sur des itinéraires exigeants.
Le moteur V8 présente alors un intérêt pratique : sa cylindrée généreuse permet de disposer d’un couple important, utile pour maintenir une vitesse régulière avec une forte charge et limiter les changements de rapport. Cette caractéristique prend une importance particulière sur les routes vallonnées, où la capacité à reprendre de la vitesse sans multiplier les rétrogradages influence directement la conduite.
En 1976, le Scania 141 poursuit cette évolution avec une puissance maximale portée à 375 ch. Quatre ans plus tard, le lancement du Scania 142 accompagne l’arrivée de la série 2, une nouvelle génération de poids lourds caractérisée par des cabines modernisées et une organisation renouvelée de la gamme.
La désignation 142 reflète la nomenclature utilisée à cette époque : le nombre 14 correspond à la classe de cylindrée du moteur, tandis que le chiffre 2 identifie la deuxième génération. Le modèle se positionne au-dessus des versions équipées de moteurs six cylindres, notamment le Scania 112.
Le Scania 142 est destiné à plusieurs types de transport. Il peut être configuré en tracteur de semi-remorque pour le transport routier ou en porteur recevant différentes carrosseries professionnelles. Selon les marchés et les besoins, les configurations d’essieux et les caractéristiques du châssis varient sensiblement.
La carrière du modèle s’achève progressivement avec l’arrivée du Scania 143 à partir de 1987. Ce successeur appartient à la génération suivante et poursuit le développement du V8, dont les versions les plus puissantes atteindront 500 ch. Le R142 disparaît de la chronologie de production en 1987, tandis que le T142 reste présent jusqu’en 1988.
Un moteur V8 diesel de 14,2 litres
La principale caractéristique technique du Scania 142 est son moteur diesel V8 à 90 degrés. Avec une cylindrée de 14,2 litres et une suralimentation par turbocompresseur, cette mécanique appartient à la famille DS14. Elle privilégie une forte disponibilité du couple, particulièrement adaptée aux véhicules industriels devant déplacer des charges importantes.
Contrairement à une voiture particulière, pour laquelle la puissance maximale et les accélérations constituent souvent des critères essentiels, un camion de cette catégorie doit avant tout maintenir son allure dans des conditions de charge variables. Le couple moteur et son exploitation par la transmission jouent donc un rôle déterminant.
Les premières versions du Scania 142 ne disposent pas toutes des performances maximales atteintes en fin de carrière. Une version décrite en 1981 développe notamment 388 bhp, soit environ 393 ch métriques. Cette valeur correspond à une configuration de l’époque et ne doit pas être confondue avec celle des motorisations ultérieures.
Une évolution majeure intervient en 1982 avec l’introduction, en option, du refroidissement de l’air de suralimentation. Ce dispositif refroidit l’air comprimé par le turbocompresseur avant son admission dans les cylindres. En réduisant sa température, il augmente sa densité et permet d’améliorer le remplissage du moteur.
Cette évolution contribue à porter la puissance maximale du V8 à 420 ch, pour un couple atteignant 1 725 Nm. Le refroidissement de l’air de suralimentation devient un équipement de série en 1985. Il représente l’une des différences mécaniques essentielles entre les premières années de production et les versions plus récentes.
Le passage de 375 ch sur le Scania 141 à 420 ch sur le Scania 142 représente une progression de 12 % de la puissance maximale. Le couple augmente également, passant de 1 480 à 1 725 Nm, soit environ 16,6 % supplémentaires. Ces chiffres illustrent l’amélioration des capacités du V8 entre les deux générations.
Dans l’utilisation quotidienne, cette réserve de couple peut faciliter les reprises avec une remorque chargée et réduire le besoin de rétrograder sur certaines portions de route. Les performances effectives dépendent néanmoins de la masse transportée, des rapports de boîte, de la démultiplication du pont et du relief.
Le moteur V8 contribue aussi à l’identité sonore du Scania 142. Sa configuration à huit cylindres le distingue des modèles six cylindres de la gamme, sans que cette particularité constitue à elle seule un indicateur de performance ou de consommation.
Fiche technique du Scania 142
| Caractéristique | Scania 142 |
|---|---|
| Constructeur | Scania |
| Origine | Suède |
| Génération | Série 2 |
| Période de production | 1980 à 1988 selon les versions |
| Catégorie | Poids lourd routier et industriel |
| Carrosseries | Tracteur routier ou porteur |
| Principales versions | R142 à cabine avancée, T142 à capot |
| Moteur | Diesel V8 à 90°, famille DS14 |
| Cylindrée | 14,2 litres |
| Suralimentation | Turbocompresseur |
| Refroidissement de l’air de suralimentation | En option à partir de 1982, de série en 1985 |
| Puissance documentée en 1981 | 388 bhp, environ 393 ch métriques |
| Puissance maximale de la famille | 420 ch, environ 309 kW |
| Couple maximal | 1 725 Nm sur les versions les plus puissantes |
| Implantation moteur | Longitudinale, sous la cabine du R142 ou sous le capot du T142 |
| Transmission | Roues arrière motrices |
| Boîte de vitesses | Manuelle, configurations variables selon les versions |
| Châssis | Structure à longerons |
| Configurations d’essieux documentées | 4×2, 6×2 et 6×4 |
| Suspension | Ressorts à lames sur certaines configurations |
| Freinage | Freins à tambour documentés sur certaines versions |
| Longueur | Variable selon la cabine et le châssis |
| Largeur | 2,50 m sur un R142H 6×2 porteur documenté |
| Empattement | Variable, 3,80 m sur un R142 4×2 documenté |
| Masse à vide | Variable selon la configuration et la carrosserie |
| Carburant | Gazole |
| Production et ventes | Plus de 36 000 véhicules vendus pour la famille 142 |
| Modèle précédent | Scania 141 |
| Génération suivante | Scania 143 |
Scania R142 et T142 : deux architectures pour des usages différents
Le Scania 142 existe principalement sous deux présentations : le R142, équipé d’une cabine avancée, et le T142, doté d’une cabine conventionnelle à capot. Ces deux architectures utilisent la même famille de moteurs V8, mais présentent des différences importantes dans l’organisation du véhicule.
Sur le R142, la cabine est installée au-dessus du moteur. Cette disposition permet de limiter la longueur de la partie avant du camion et de réserver davantage de longueur au chargement ou à l’ensemble tracteur et semi-remorque, dans les limites réglementaires applicables. Elle correspond à une architecture largement répandue dans le transport routier européen.
La cabine avancée facilite également la conception de véhicules compacts à empattement relativement court. Cet avantage peut être intéressant pour les manœuvres sur les plateformes logistiques, les accès industriels et les itinéraires où l’espace disponible est limité. Le comportement réel dépend toutefois de l’empattement et du nombre d’essieux.
Le T142 adopte une conception différente. Son moteur est installé devant la cabine, sous un capot allongé. Cette disposition crée une silhouette caractéristique, avec une calandre verticale à l’avant, un compartiment moteur distinct et un poste de conduite situé plus en arrière.
L’architecture à capot offre un accès différent aux organes mécaniques pour les interventions d’entretien. Elle augmente cependant la longueur de la partie avant du véhicule par rapport à une cabine avancée. Cette différence peut avoir des conséquences sur les manœuvres et sur la longueur disponible pour l’ensemble routier.
Le choix entre R142 et T142 ne se résume donc pas à une préférence esthétique. Il correspond à des compromis de conception, d’exploitation et d’entretien, auxquels s’ajoutent les habitudes des marchés concernés.
Les deux variantes existent avec plusieurs configurations de châssis. Les tracteurs 4×2 conviennent à de nombreux usages routiers, tandis que les configurations à trois essieux, notamment 6×2 ou 6×4, répondent à d’autres exigences de charge et de motricité. Une configuration 6×4 dispose de deux essieux arrière moteurs, ce qui peut améliorer la capacité de traction sur des surfaces à faible adhérence, au prix d’une transmission plus complexe.
Les appellations complémentaires, comme 142M ou 142H, apparaissent également sur certains véhicules. Elles doivent être interprétées avec les caractéristiques de leur châssis et leur documentation d’origine, car la seule inscription extérieure ne suffit pas à déterminer toutes les spécifications techniques.
Conception, cabine et comportement sur la route
Le dessin du Scania 142 reprend les lignes anguleuses caractéristiques des poids lourds européens du début des années 1980. Le R142 se reconnaît à sa cabine haute et rectangulaire, son large pare-brise, sa calandre horizontale et ses projecteurs placés dans la partie basse de la face avant.
Cette présentation contraste avec celle du T142, dont le long capot constitue l’élément visuel dominant. Les deux modèles partagent néanmoins une identité de marque reconnaissable, notamment à travers leur calandre et leurs marquages Scania.
Les différentes configurations de cabine, de châssis et d’équipement permettent d’adapter le véhicule aux transports régionaux ou aux longues distances. Dans le transport international, l’aménagement de la cabine et la possibilité de disposer d’un espace de repos deviennent des critères importants, indépendamment de la seule puissance du moteur.
Le châssis à longerons constitue la base structurelle du véhicule. Cette conception permet de recevoir des carrosseries variées et de supporter les efforts liés au transport de marchandises. La répartition des charges entre les essieux demeure essentielle pour respecter les limites réglementaires et préserver le comportement du camion.
Les versions à suspension par ressorts à lames privilégient une construction robuste, adaptée aux charges importantes. Le confort dépend cependant de nombreux facteurs, notamment de la suspension de cabine, de la masse transportée, de l’empattement et de l’état de la chaussée.
La conduite d’un Scania 142 exige également de tenir compte des caractéristiques de sa transmission. Avec un moteur délivrant un couple élevé, le choix du bon rapport permet de maintenir le régime dans une plage favorable à la traction. Sur les parcours montagneux, la démultiplication et les dispositifs de ralentissement sont aussi importants que la puissance annoncée.
La consommation de carburant varie fortement selon l’utilisation. Un tracteur chargé sur autoroute, un porteur régional et un véhicule affecté au transport exceptionnel ne présentent pas les mêmes besoins énergétiques. Il serait donc trompeur d’attribuer une consommation moyenne unique à l’ensemble des Scania 142.
Production, diffusion et place dans la gamme Scania
Entre 1980 et 1988, plus de 36 000 Scania 142 sont vendus. Ce chiffre concerne l’ensemble de la famille et ne correspond pas exclusivement au R142 ou au T142. Il englobe des véhicules dont les caractéristiques peuvent différer sensiblement selon les marchés, les années et les applications professionnelles.
Le Scania 142 occupe une position particulière dans la gamme de son époque. Son V8 de 14,2 litres le distingue des modèles six cylindres, tandis que ses nombreuses possibilités de configuration lui permettent de répondre à des besoins de transport variés.
Le développement de la génération suivante ne met pas immédiatement fin à toutes les déclinaisons du 142. Le remplacement s’effectue progressivement, ce qui explique le chevauchement des périodes de production avec les premiers Scania 143.
Cette succession illustre également l’évolution des moteurs de poids lourds. Le Scania 143 porte progressivement la puissance maximale du V8 jusqu’à 500 ch et le couple jusqu’à 1 940 Nm. L’augmentation de ces valeurs répond aux exigences croissantes du transport lourd, mais s’accompagne aussi d’évolutions techniques propres à la nouvelle génération.
La nomenclature Scania évolue ensuite avec la série 4, introduite en 1995. Le Scania 124, équipé d’un moteur six cylindres de 12 litres, appartient à cette génération ultérieure. Il ne constitue donc pas le successeur direct du V8 du 142, même s’il participe au renouvellement général des poids lourds de la marque.
Le Scania 114, doté d’un six cylindres de 11 litres, illustre également cette évolution. La comparaison des désignations 142, 143, 124 et 114 permet de comprendre comment Scania a organisé ses différentes générations autour des cylindrées et des familles de moteurs.
Le Scania 142 sur le marché des véhicules anciens
Le Scania 142 appartient désormais au patrimoine des poids lourds historiques. Les exemplaires encore présents peuvent être des véhicules restaurés, conservés dans leur configuration professionnelle d’origine ou transformés au cours de leur carrière.
Pour identifier correctement un véhicule, la première étape consiste à distinguer un R142 d’un T142. Il faut ensuite examiner la configuration d’essieux, les inscriptions de cabine, la plaque constructeur et les informations associées au numéro de châssis.
La motorisation mérite une attention particulière. Un exemplaire de début de production ne possède pas nécessairement les mêmes caractéristiques qu’un véhicule équipé du refroidissement de l’air de suralimentation. La présence d’un badge indiquant une puissance ne remplace pas la vérification de la référence moteur et de son équipement.
Les caractéristiques du châssis doivent également être considérées. Un tracteur routier 4×2, un porteur 6×2 et un camion 6×4 destiné à des charges importantes peuvent présenter des différences substantielles de masse, de transmission, d’empattement et de comportement.
Sur un véhicule ancien, l’état de la mécanique, du circuit de refroidissement, de la transmission et du système de freinage conditionne directement les possibilités de remise en service. La corrosion du châssis et de la cabine, ainsi que la conformité des transformations réalisées au fil des années, constituent d’autres points de contrôle essentiels.
La disponibilité des pièces dépend notamment de la référence exacte des composants. Les catalogues de pièces propres à la génération R142 permettent d’identifier les éléments compatibles, mais les différences entre années et configurations imposent de vérifier les références à partir du véhicule concerné.
Enfin, les restaurations peuvent modifier l’apparence extérieure d’un Scania 142. Une peinture récente, une calandre remplacée ou des badges ajoutés ne prouvent pas l’appartenance à une version particulière. Pour établir l’identité historique d’un exemplaire, les documents d’origine et les caractéristiques mécaniques restent plus fiables que sa seule présentation visuelle.
