Présentée en mars 1980 au Salon de Genève, l’Audi Quattro est un coupé sportif allemand qui associe un moteur cinq cylindres turbocompressé à une transmission intégrale permanente. Commercialisée pendant onze ans, elle transforme l’image d’Audi et contribue à populariser la transmission intégrale dans les voitures de tourisme. Son succès en rallye, notamment avec Hannu Mikkola et Michèle Mouton, marque durablement l’histoire du sport automobile.
La naissance de l’Audi Quattro en 1980
À la fin des années 1970, Audi cherche à développer une voiture sportive capable de conserver une excellente motricité sur les routes difficiles. L’idée prend forme après des essais du Volkswagen Iltis, un véhicule militaire à quatre roues motrices, en Scandinavie. Les ingénieurs constatent alors les avantages de cette architecture sur la neige et les surfaces glissantes. Jörg Bensinger participe à l’initiative, tandis que Walter Treser prend la responsabilité du projet.
Le développement aboutit à un coupé associant un moteur cinq cylindres turbo à une transmission intégrale permanente. Cette combinaison est alors inhabituelle pour une voiture sportive de grande série. Audi présente officiellement le modèle au Salon de Genève en mars 1980, avant de le commercialiser la même année. La voiture est conçue pour offrir des performances élevées tout en conservant une motricité adaptée à des conditions de conduite variées.
La Quattro repose sur la plateforme de l’Audi 80 B2, dont elle reprend une partie de la structure. Elle partage également de nombreux éléments de carrosserie avec l’Audi Coupé, mais reçoit des ailes élargies, des pare-chocs spécifiques et des modifications destinées à accueillir sa transmission. Son apparence reste proche de celle d’un coupé classique, malgré ses ambitions sportives.
La production débute en 1980 à Ingolstadt, en Allemagne. Audi conserve le modèle au catalogue jusqu’en 1991, en faisant évoluer progressivement sa mécanique et ses équipements. La voiture reste reconnaissable à sa silhouette anguleuse, à ses ailes élargies et à son aileron arrière, caractéristiques du style automobile des années 1980.
Un cinq cylindres turbo associé à la transmission intégrale
La première Audi Quattro reçoit un moteur cinq cylindres en ligne de 2,1 litres, doté d’un turbocompresseur et d’un intercooler. Cette mécanique développe 200 ch et délivre environ 285 Nm de couple. Son architecture à cinq cylindres constitue une particularité importante du modèle, tandis que la suralimentation lui permet d’obtenir des performances élevées pour l’époque.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et associé à une boîte manuelle à cinq rapports. La transmission intégrale permanente répartit la puissance entre les deux essieux grâce à un différentiel central. Sur les premiers exemplaires, le conducteur peut également verrouiller manuellement les différentiels central et arrière afin d’améliorer la motricité sur les terrains difficiles.
L’une des particularités de cette transmission réside dans sa conception compacte. Audi utilise notamment un arbre de transmission creux pour acheminer la puissance vers les roues arrière. Cette architecture permet d’intégrer les quatre roues motrices sans recourir à une transmission particulièrement encombrante. Au fil de la production, le système évolue, avec notamment l’adoption d’un différentiel central Torsen sur les versions ultérieures.
La voiture repose sur une structure autoporteuse dérivée de celle du Coupé B2. Ses suspensions indépendantes, avec des jambes de force à l’avant et à l’arrière, contribuent à son comportement routier. Le freinage est assuré par quatre freins à disque, avec des disques avant ventilés. La direction à crémaillère bénéficie d’une assistance hydraulique.
Les évolutions mécaniques de 1980 à 1991
La carrière de l’Audi Quattro est marquée par plusieurs évolutions de son moteur cinq cylindres. La première version, identifiée par le code WR, possède une cylindrée de 2 144 cm³ et une culasse à dix soupapes. Elle développe 200 ch et constitue la configuration d’origine commercialisée à partir de 1980.
En 1987, Audi fait évoluer la mécanique avec le moteur MB de 2 226 cm³, qui conserve une culasse à dix soupapes et une puissance de 200 ch. Cette évolution améliore notamment le fonctionnement du moteur et accompagne les modifications apportées à la voiture au cours de sa carrière. Les équipements et certaines caractéristiques peuvent varier selon les marchés.
En 1989, une nouvelle évolution importante apparaît avec le moteur RR. Toujours doté de cinq cylindres et d’une cylindrée de 2,2 litres, il adopte une culasse à vingt soupapes et développe 220 ch. Son couple atteint environ 309 Nm. Cette version constitue l’une des configurations les plus performantes de la Quattro de série.
Les évolutions mécaniques s’accompagnent de modifications apportées à la transmission et aux équipements. Les premières versions disposent de différentiels verrouillables manuellement, tandis que les modèles plus récents bénéficient du différentiel central Torsen. Ces changements permettent de faire évoluer le comportement de la voiture sans remettre en cause son architecture générale.
Fiche technique de l’Audi Quattro
| Caractéristiques | Quattro WR | Quattro MB | Quattro RR |
|---|---|---|---|
| Années de production | 1980-1987 | 1987-1989 | 1989-1991 |
| Architecture moteur | 5 cylindres en ligne | 5 cylindres en ligne | 5 cylindres en ligne |
| Implantation | Avant longitudinale | Avant longitudinale | Avant longitudinale |
| Cylindrée | 2 144 cm³ | 2 226 cm³ | 2 226 cm³ |
| Distribution | 10 soupapes | 10 soupapes | 20 soupapes |
| Alimentation | Injection mécanique Bosch K-Jetronic | Injection électronique | Gestion électronique |
| Suralimentation | Turbo et intercooler | Turbo et intercooler | Turbo et intercooler |
| Puissance maximale | 200 ch | 200 ch | 220 ch |
| Couple maximal | 285 Nm | Environ 285 Nm | Environ 309 Nm |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports | Manuelle à 5 rapports | Manuelle à 5 rapports |
| Transmission | Intégrale permanente | Intégrale permanente | Intégrale permanente |
| Différentiel central | Verrouillable manuellement | Selon évolution, Torsen | Torsen |
| Suspension avant | Jambes de force indépendantes | Jambes de force indépendantes | Jambes de force indépendantes |
| Suspension arrière | Indépendante | Indépendante | Indépendante |
| Freins | 4 disques | 4 disques | 4 disques |
| Direction | À crémaillère assistée | À crémaillère assistée | À crémaillère assistée |
| Longueur | 4 404 mm | 4 404 mm | 4 404 mm |
| Largeur | 1 722 mm | 1 723 mm | 1 723 mm |
| Hauteur | Environ 1 345 mm | Environ 1 345 mm | Environ 1 345 mm |
| Empattement | 2 524 mm | 2 524 mm | 2 524 mm |
| Poids à vide | Environ 1 290 kg | Variable selon équipement | Variable selon équipement |
| Vitesse maximale | Environ 220 km/h | Environ 220 km/h | Environ 230 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,1 s | Variable selon version | Moins de 6 s selon les données publiées |
| Consommation mixte indicative | 11 à 13 l/100 km | 11 à 13 l/100 km | 11 à 13 l/100 km |
L’Audi Quattro en rallye : une révolution sportive
Dès 1981, Audi engage la Quattro en championnat du monde des rallyes. La transmission intégrale permanente lui permet de transmettre efficacement la puissance au sol, notamment sur la neige, la terre et les routes glissantes. Cette architecture représente un changement important dans une discipline où les voitures à deux roues motrices occupaient jusque-là une place prépondérante.
La première victoire de l’Audi Quattro en championnat du monde intervient au Rallye de Suède 1981, avec Hannu Mikkola. La même année, Michèle Mouton remporte le Rallye Sanremo. Elle devient ainsi la première femme à gagner une épreuve du championnat du monde des rallyes, une performance marquante dans l’histoire de la discipline.
En 1982, Audi remporte le championnat du monde des constructeurs. L’année suivante, Hannu Mikkola décroche le titre des pilotes. En 1984, Stig Blomqvist devient à son tour champion du monde, tandis qu’Audi remporte de nouveau le championnat des constructeurs. Ces résultats sont obtenus au cours d’une période où la voiture évolue considérablement pour rester compétitive face aux autres constructeurs.
La Quattro de compétition ne doit toutefois pas être confondue avec le modèle routier. Audi développe notamment la Sport Quattro, présentée en 1984. Elle reçoit un empattement raccourci et un moteur cinq cylindres de 2,1 litres à vingt soupapes, développant 306 ch dans sa version routière. Sa conception répond principalement aux exigences de l’homologation en rallye.
Les versions de compétition évoluent ensuite vers la Sport quattro S1, dotée d’importantes modifications mécaniques et aérodynamiques. En 1987, Walter Röhrl remporte notamment la course de côte de Pikes Peak au volant d’une Sport quattro S1 E2 spécialement préparée. Cette performance appartient à l’histoire de la voiture de compétition et non à celle de la Quattro de série.
Design, dimensions et particularités de la carrosserie
Le style de l’Audi Quattro est attribué au designer Martin Smith. Sa silhouette reprend les lignes anguleuses du coupé Audi des années 1980, avec un long capot, une partie arrière relativement courte et une ligne de toit caractéristique. Les ailes élargies constituent l’un des éléments les plus facilement reconnaissables du modèle. Elles permettent de loger les roues tout en donnant à la voiture une apparence plus musclée que celle du Coupé GT.
À l’avant, les premières versions se distinguent par leurs quatre optiques séparées, tandis que les évolutions ultérieures adoptent des modifications de présentation. Les pare-chocs spécifiques, les bas de caisse et l’aileron arrière renforcent l’identité visuelle de la voiture. Les jantes en alliage de 15 pouces équipent les premières configurations, avec des dimensions de pneumatiques qui évoluent selon les millésimes.
La parenté avec l’Audi Coupé GT est particulièrement visible dans la forme générale de la carrosserie. La Quattro s’en distingue cependant par ses ailes élargies, son moteur turbocompressé et sa transmission intégrale. Ces différences techniques et esthétiques correspondent à son positionnement plus sportif au sein de la gamme Audi.
La voiture conserve cette identité pendant toute sa carrière, malgré les évolutions mécaniques et les modifications d’équipement. Sa production prend fin en 1991, après 11 452 exemplaires de série selon le décompte généralement retenu. Certains totaux plus élevés incluent des prototypes et des véhicules de présérie, ce qui explique les écarts entre les chiffres publiés.
La succession de la Quattro s’effectue progressivement au sein de la gamme sportive Audi. L’Audi S2, commercialisée à partir de 1990, reprend notamment la formule du coupé sportif associé à un moteur cinq cylindres turbocompressé et à une transmission intégrale. Elle constitue une évolution de cette philosophie, sans être une simple continuation technique de la Quattro originelle.




