Apparue en 1967, la Ford Mustang Shelby Gt500 transpose la recette Shelby dans une catégorie plus puissante et plus routière que celle de la GT350 originelle. Son V8 Ford FE 428 de 7,0 litres place un big-block sous le long capot de la Mustang, tandis que sa carrosserie fastback reçoit une identité spécifique. Cette première GT500 inaugure un nom que Ford fera renaître plusieurs décennies plus tard sur des Mustang développant jusqu’à 760 ch.
La naissance de la Shelby GT500 en 1967
La GT500 s’inscrit dans la collaboration engagée entre Ford et Carroll Shelby au milieu des années 1960. La Ford Mustang, lancée en 1964, connaît immédiatement un immense succès commercial, mais Ford souhaite également lui construire une crédibilité sportive. Shelby American développe ainsi la GT350 dès 1965, initialement beaucoup plus proche dans son esprit d’une voiture de compétition homologuée pour la route.
Pour le millésime 1967, la Mustang devient plus grande et son compartiment moteur peut accueillir les imposants V8 FE de Ford. Cette évolution de la Ford Mustang 1 permet à Shelby d’élargir son offre avec une nouvelle version à moteur big-block. La GT500 naît ainsi avec un V8 428 ci, soit environ 7,0 litres, installé longitudinalement à l’avant et entraînant les roues arrière.
La GT500 ne remplace pas immédiatement la Ford Mustang Shelby Gt350. Les deux modèles coexistent mais répondent à des philosophies différentes. La GT350 conserve son V8 small-block et ses racines directement liées à la compétition, alors que la GT500 privilégie la puissance, le couple et une utilisation routière plus polyvalente. Le résultat appartient autant à l’univers du grand tourisme américain qu’à celui des muscle cars.
Un V8 428 au coeur de la GT500
La GT500 1967 utilise un V8 Ford FE 428 Police Interceptor à soupapes en tête. Sa cylindrée de 428 pouces cubes correspond à environ 7 litres. L’alimentation repose sur deux carburateurs Holley quadruple corps de 600 cfm montés sur une admission en aluminium. Ford et Shelby annoncent 355 hp SAE à 5 400 tr/min et 420 lb-ft de couple à 3 200 tr/min, soit environ 569 Nm.
Ces 355 hp doivent être replacés dans les méthodes de mesure américaines de l’époque. Il s’agit d’une puissance SAE brute, qui ne peut pas être comparée directement aux valeurs nettes ou DIN utilisées plus tard. L’intérêt du 428 tient surtout à son couple considérable disponible à bas régime, donnant à la GT500 un comportement très différent de celui de la GT350 à moteur 289.
Deux transmissions sont proposées : une boîte manuelle Ford Toploader à quatre rapports et une automatique C6 à trois rapports. La propulsion reste fidèle à l’architecture classique de la Mustang. Le châssis conserve une suspension avant indépendante et un essieu arrière rigide guidé par des ressorts à lames. Le freinage associe des disques à l’avant et des tambours à l’arrière.
Les chiffres de performances publiés pour la GT500 1967 varient en fonction des essais, des transmissions et des rapports de pont. Les données généralement retenues situent le 0 à 100 km/h aux environs de 7,3 à 7,4 secondes et la vitesse maximale autour de 210 km/h. Plus que ces valeurs absolues, c’est l’arrivée du couple du 428 qui définit le caractère de cette Shelby.
Un style Shelby immédiatement reconnaissable
La GT500 repose sur le fastback Mustang 1967, mais Shelby modifie suffisamment sa présentation pour lui donner une personnalité propre. La partie avant est prolongée et redessinée, tandis que le capot spécifique reçoit des prises d’air. Plusieurs éléments de carrosserie utilisent la fibre de verre, matériau permettant de réaliser les formes particulières voulues pour les Shelby.
La calandre reçoit deux projecteurs additionnels dont la disposition n’est pas identique sur toutes les voitures. Certaines GT500 possèdent les longues-portées rapprochées au centre, d’autres les ont davantage écartés, notamment en raison de contraintes réglementaires. Des prises d’air latérales, des emblèmes Cobra et GT500 ainsi que des éléments arrière spécifiques complètent la transformation.
La poupe constitue l’une des signatures visuelles les plus fortes. Elle adopte des feux arrière horizontaux inspirés de ceux de la Mercury Cougar et un petit becquet intégré à la carrosserie. Des jantes spécifiques, dont les célèbres modèles Shelby à dix branches et les Magstar, participent également à l’apparence du modèle. Les bandes longitudinales dites Le Mans sont associées à certaines configurations, mais leur présence ne doit pas être considérée comme systématique sur chaque GT500 1967.
Cette approche distingue nettement la Shelby d’une Ford Mustang GT conventionnelle. Il ne s’agit pas simplement d’une Mustang équipée d’un moteur plus puissant : carrosserie, présentation, équipement et mise au point participent à une identité propre à Shelby.
Fiche technique de la Ford Mustang Shelby Gt500
| Caractéristique | Ford Mustang Shelby GT500 1967 |
|---|---|
| Carrosserie | Fastback 2 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteur | V8 Ford FE 428 Police Interceptor à 90 degrés, OHV |
| Cylindrée | 428 ci, environ 7,0 litres |
| Alésage x course | 4,13 x 3,984 pouces |
| Rapport volumétrique | 10,5:1 |
| Alimentation | 2 carburateurs Holley quadruple corps de 600 cfm |
| Puissance | 355 hp SAE à 5 400 tr/min |
| Couple | 420 lb-ft à 3 200 tr/min, environ 569 Nm |
| Boîte manuelle | Ford Toploader, 4 rapports |
| Boîte automatique | Ford C6, 3 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Pneus | E70-15 |
| Empattement | 108 pouces, environ 2 743 mm |
| Longueur | Environ 4,74 m selon les données spécialisées |
| Largeur | Environ 1,80 m |
| Hauteur | Environ 1,31 m |
| Voies | Environ 1,47 m |
| Poids | Environ 1,5 tonne, variable selon configuration et méthode de mesure |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,3 à 7,4 s selon les essais publiés |
| Vitesse maximale | Environ 210 à 212 km/h selon les données publiées |
Production, GT500KR et Super Snake
La GT500 1967 est produite à 2 048 exemplaires de série, ce qui en fait aujourd’hui une automobile relativement rare. Des prototypes particuliers existent également, notamment un notchback et un cabriolet, mais ils ne constituent pas des variantes commercialisées en série. La transformation des Shelby 1967 reste associée aux installations californiennes de Shelby avant que la production des modèles suivants ne se déplace vers le Michigan.
La GT500 évolue dès 1968. La GT500KR, pour « King of the Road », adopte le nouveau 428 Cobra Jet. Cette distinction mécanique est essentielle : une GT500 1967 standard n’est pas une GT500KR et son moteur 428 Police Interceptor à deux carburateurs ne doit pas être confondu avec le Cobra Jet de la version ultérieure.
Autre source fréquente de confusion, la Super Snake de 1967 n’est pas une série spéciale produite à grande échelle. Un unique prototype GT500 Super Snake est réalisé dans le cadre d’un programme d’essais lié à Goodyear et reçoit une mécanique 427 plus radicale. Cet exemplaire exceptionnel est devenu l’une des Mustang historiques les plus célèbres, mais ses caractéristiques ne doivent pas être attribuées à la GT500 de production.
La gamme Shelby poursuit son évolution en 1969 avec une carrosserie profondément remaniée. Les derniers exemplaires de cette première époque sont associés au millésime 1970, certaines voitures 1969 invendues ayant été mises à jour et renumérotées. Parallèlement, Ford développe ses propres dérivés sportifs, parmi lesquels la Ford Mustang Mach 1, lancée pour 1969 et distincte du programme Shelby.
Le retour de la Shelby GT500 en 2007
Après plusieurs décennies d’absence, le badge GT500 réapparaît pour le millésime 2007. Cette nouvelle Shelby repose sur la Ford Mustang 5 de génération S197. La philosophie reste celle d’une Mustang placée au sommet de la hiérarchie des performances, mais la technologie n’a naturellement plus rien de commun avec la voiture de 1967.
Le modèle 2007 utilise un V8 5,4 litres suralimenté par compresseur annoncé à 500 hp. La GT500 évolue ensuite régulièrement : 540 hp en 2010, puis différentes améliorations jusqu’à l’arrivée d’une version profondément remaniée pour 2013. Celle-ci reçoit un V8 5,8 litres compressé développant 662 hp. Cette génération reste proposée jusqu’au millésime 2014.
Le nom disparaît ensuite quelques années avant un nouveau retour pour 2020 sur la Ford Mustang 6 S550. Cette fois, Ford installe un V8 5,2 litres à compresseur développant 760 hp, associé à une boîte à double embrayage à sept rapports. L’évolution est considérable par rapport aux anciennes GT500 : aérodynamique travaillée, électronique moderne, châssis beaucoup plus sophistiqué et performances désormais proches de celles de certaines supercars.
Une identité différente de la GT350
Le nom Shelby ne désigne pas une seule recette mécanique. Dès 1967, GT350 et GT500 matérialisent deux approches différentes : la première descend directement d’une Mustang transformée pour répondre aux exigences de la compétition, tandis que la seconde exploite le potentiel du gros V8 FE pour proposer davantage de puissance et de couple sur route.
Cette distinction réapparaît sous une autre forme avec les Shelby modernes. La GT350 contemporaine privilégie notamment un V8 atmosphérique à haut régime et une forte orientation châssis, alors que la GT500 revient à la logique d’une puissance considérable obtenue par suralimentation. Entre le 428 à carburateurs de 1967 et le V8 5,2 litres compressé de 760 hp de 2020, le badge GT500 conserve ainsi son association avec les Mustang Shelby les plus puissantes de leurs époques respectives.




