La Ford GT 2017 ouvre une nouvelle génération de la supercar américaine. Dévoilée en 2015 puis produite à partir de décembre 2016 comme millésime 2017, cette Ford GT rompt avec l’approche néo-rétro de sa devancière. Monocoque en fibre de carbone, aérodynamique active, suspension sophistiquée et V6 EcoBoost biturbo en font une vitrine technologique développée avec une forte proximité entre route et compétition.
Sa naissance est étroitement liée au retour de Ford aux 24 Heures du Mans. La GT de compétition remporte sa catégorie en 2016, exactement cinquante ans après la première victoire de Ford dans l’épreuve. La voiture routière reprend la même recherche d’efficacité dans une biplace à moteur central produite en très petite série.
Une supercar développée pour le retour au Mans
Ford développe le projet dans la plus grande discrétion sous le nom de code Project Phoenix. La voiture est révélée au salon de Detroit en janvier 2015. Contrairement à la Ford GT 2005, très directement inspirée du modèle historique, la nouvelle génération utilise cet héritage comme point de départ plutôt que comme contrainte stylistique.
Le calendrier n’est pas anodin. La Ford GT40 avait offert à Ford quatre victoires consécutives au Mans entre 1966 et 1969. Pour le cinquantenaire du premier succès, Ford engage une GT en catégorie GTE, développée parallèlement à la voiture routière. Après ses débuts en compétition à Daytona en janvier 2016, la GT n°68 de Joey Hand, Dirk Müller et Sébastien Bourdais remporte le LM GTE Pro au Mans en juin.
Cette proximité avec la compétition explique l’architecture de la voiture. La cellule centrale est particulièrement étroite et les ailes arrière sont séparées de l’habitacle par de grands passages d’air. Les volumes de carrosserie, les extracteurs avant, le diffuseur et l’aileron arrière actif sont conçus comme les éléments d’un même système aérodynamique.
La silhouette reste très basse et conserve une parenté évidente avec les Ford de compétition historiques, mais elle n’est pas une réinterprétation littérale de la GT40. Sous la direction du design mondial de Moray Callum, avec Chris Svensson parmi les responsables importants du programme, Ford privilégie une forme dictée par les flux d’air. Les portes s’ouvrent vers le haut, la cabine se resserre derrière les occupants et les grands feux arrière circulaires s’intègrent aux conduits aérodynamiques.
V6 EcoBoost, carbone et systèmes actifs
Le changement le plus spectaculaire concerne le moteur. Le V8 5,4 litres compressé de la génération précédente disparaît au profit d’un V6 EcoBoost de 3 497 cm3 à deux turbocompresseurs, installé longitudinalement en position centrale arrière. Il utilise notamment l’injection directe et indirecte, le calage variable de la distribution et une lubrification par carter sec. La puissance passe aux seules roues arrière par une boîte Getrag à double embrayage et sept rapports.
Ford annonce 647 hp SAE, soit environ 656 ch métriques. Cette distinction évite une confusion fréquente entre chevaux américains et chevaux métriques. Le chiffre de 660 hp également associé à la Ford GT correspond à une évolution ultérieure et ne décrit pas la configuration de lancement de 2017.
La structure constitue l’autre élément majeur du projet. Une monocoque en fibre de carbone forme la cellule principale, complétée par des sous-structures en aluminium. La suspension à doubles triangles utilise des poussoirs et basculeurs ainsi que des amortisseurs DSSV pilotés. Cette disposition libère de l’espace autour des roues et participe à l’intégration étroite entre châssis et aérodynamique.
La hauteur de caisse peut varier suivant le mode choisi. En configuration Track, la voiture descend d’environ 50 mm et adopte des paramètres adaptés au circuit. Une fonction de relevage avant facilite au contraire le franchissement d’obstacles à faible vitesse. L’aileron arrière mobile fonctionne de concert avec ces réglages. Les modes Normal, Wet, Sport, Track et V-Max modifient ainsi plusieurs paramètres plutôt que de se limiter à la réponse de l’accélérateur.
Fiche technique de la Ford GT 2017
| Caractéristique | Ford GT 2017 |
|---|---|
| Moteur | V6 essence EcoBoost biturbo à 60 degrés |
| Cylindrée | 3 497 cm3 |
| Alésage x course | 92,51 x 86,7 mm |
| Taux de compression | 9,0:1 |
| Distribution | DOHC, 4 soupapes par cylindre, Ti-VCT |
| Alimentation | Double turbocompresseur, injection directe et indirecte |
| Lubrification | Carter sec externe |
| Puissance | 647 hp SAE à 6 250 tr/min, environ 656 ch métriques |
| Puissance | 482 kW |
| Couple maximal | 550 lb-ft à 5 900 tr/min, environ 746 Nm |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte | Getrag 7DCL750 à double embrayage, 7 rapports |
| Différentiel | À glissement limité |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone, sous-structures en aluminium |
| Suspension | Doubles triangles AV/AR, poussoirs, amortisseurs DSSV pilotés |
| Direction | Crémaillère à assistance hydraulique, rapport 14,8:1 |
| Freins avant | Carbone-céramique 394 x 36 mm, étriers Brembo 6 pistons |
| Freins arrière | Carbone-céramique 360 x 32 mm, étriers Brembo 4 pistons |
| Jantes | 20 x 8,5 pouces AV, 20 x 11,5 pouces AR |
| Pneus avant | Michelin Pilot Sport Cup 2, 245/35 R20 |
| Pneus arrière | Michelin Pilot Sport Cup 2, 325/30 R20 |
| Longueur | 4 779 mm |
| Largeur carrosserie | 2 003 mm |
| Largeur avec rétroviseurs | 2 238 mm |
| Hauteur | 1 109 mm en position normale, 1 063 mm en position basse |
| Empattement | 2 710 mm |
| Voies AV/AR | 1 694 / 1 662 mm |
| Garde au sol | 120 mm en position normale, 70 mm en position basse |
| Poids | Poids à sec annoncé inférieur à 1 400 kg |
| Vitesse maximale | 347 km/h |
| Réservoir | 57,5 litres |
| Carburant recommandé | Essence 98 RON |
Un châssis conçu autour de l’efficacité
La Ford GT ne repose pas seulement sur un rapport poids-puissance favorable. Son architecture permet de coordonner suspension, hauteur de caisse et aérodynamique active. Ford conserve notamment une direction à assistance hydraulique alors que les systèmes électriques sont déjà largement répandus. Le freinage fait appel à des disques carbone-céramique Brembo, tandis que des roues en fibre de carbone sont proposées en option à la place des jantes forgées standard.
La vitesse maximale officielle atteint 347 km/h, ce qui fait alors de la GT la Ford de série la plus rapide jamais produite. Ford ne publie toutefois pas de 0 à 100 km/h de référence dans la fiche technique européenne de lancement. Les valeurs proches de trois secondes souvent associées au modèle ne doivent donc pas être présentées comme une mesure officielle du constructeur.
La recherche d’efficacité sur circuit apparaît aussi dans les essais réalisés par Ford à Calabogie Motorsports Park. La marque communique un tour en 2 min 09,8 s, contre 2 min 10,8 s pour une McLaren 675LT et 2 min 12,9 s pour une Ferrari 458 Speciale dans son programme comparatif. Ces chronos sont des mesures effectuées dans le cadre d’un test constructeur et non des records indépendants.
La GT routière n’est pas identique à la voiture engagée en GTE, mais leur développement parallèle a fortement influencé sa conception. L’étroitesse de l’habitacle, les tunnels latéraux et l’organisation de la suspension donnent davantage de liberté au travail aérodynamique. Cette approche distingue clairement la GT 2017 de la génération 2005, dont la conception et le style étaient beaucoup plus directement liés à la GT40.
Une fabrication artisanale et une production limitée
La production commence le 16 décembre 2016 chez Multimatic à Markham, dans l’Ontario au Canada. La cadence est volontairement faible pour une automobile largement assemblée à la main. Ford prévoit initialement environ 1 000 exemplaires sur quatre ans, soit approximativement 250 voitures par an, avec un processus de sélection des acheteurs lié à une demande très supérieure aux capacités de fabrication.
Le programme évolue ensuite. En 2018, Ford annonce sa prolongation jusqu’en 2022 et porte le volume prévu à 1 350 exemplaires. Le chiffre de 1 000 voitures rencontré dans les documents et articles du lancement correspond donc au plan initial, et non au volume finalement prévu pour l’ensemble de la génération.
Le prix place également la GT dans une catégorie très différente des autres sportives Ford de la période, comme la Ford Mustang Shelby GT350. Aux États-Unis, le millésime 2017 dépasse 450 000 dollars. En France, la presse évoque alors couramment un budget proche de 500 000 euros, sans qu’un tarif catalogue français standard puisse être retenu avec la même précision.
Des versions spéciales jusqu’à la fin de production
Dès les premières années, Ford décline sa supercar en configurations particulières. La Competition Series privilégie l’allègement, tandis que les Heritage Editions font référence à différentes pages de l’histoire sportive de la marque. Ces versions conservent la base technique de la GT tout en adoptant des présentations et certains équipements spécifiques, raison pour laquelle leurs caractéristiques ne doivent pas être confondues avec celles de la GT 2017 standard.
La production prolongée permet à Ford de faire évoluer progressivement le modèle, notamment avec une puissance portée ultérieurement à 660 hp. D’autres séries apparaissent, dont la Carbon Series et plusieurs Heritage Editions. La génération reste assemblée chez Multimatic jusqu’en 2022, année où les vingt exemplaires de la GT LM Edition ferment le programme de production.




