Lancée au Japon en septembre 1971 sous le nom Savanna et commercialisée à l’exportation comme Mazda RX-3, cette compacte occupe une place particulière dans l’histoire du moteur rotatif. Mazda ne réserve alors plus le Wankel à une voiture d’image comme la Mazda Cosmo Sport : le constructeur cherche à diffuser cette technologie dans des automobiles plus accessibles, capables de concurrencer les compactes sportives conventionnelles.
La RX-3 se distingue également par la diversité de sa gamme. Selon les marchés, elle existe en coupé deux portes, berline quatre portes et break Sport Wagon. Sous ces carrosseries relativement conventionnelles se cache une mécanique atypique : un moteur rotatif birotor compact, installé longitudinalement à l’avant et associé à une transmission aux roues arrière.
De la Savanna japonaise à la Mazda RX-3
La naissance de la RX-3 intervient pendant une période d’expansion rapide de la gamme Mazda. Après avoir introduit son moteur rotatif sur la Cosmo Sport, le constructeur l’étend à des modèles plus courants. La Mazda Familia avait notamment servi de base à la Familia Rotary, connue sur certains marchés sous le nom R100, démontrant qu’un moteur Wankel pouvait équiper une automobile compacte produite en série.
La Savanna poursuit cette stratégie à partir de 1971. À l’exportation, elle prend le nom RX-3 et rejoint une famille de modèles rotatifs qui comprend aussi la Capella à moteur Wankel, vendue sous l’appellation RX-2. La Mazda Capella, plus grande, se situe au-dessus de la RX-3 et permet à Mazda de couvrir plusieurs catégories avec la même technologie moteur.
Une source fréquente de confusion vient de la parenté entre la RX-3 et la Grand Familia. Les mêmes bases donnent naissance à des voitures équipées de moteurs conventionnels à pistons, exportées notamment sous les appellations 808 et 818. La Mazda 818 partage ainsi une grande partie de son architecture et plusieurs carrosseries avec la RX-3, mais cette dernière se distingue par son moteur rotatif ainsi que par différents détails de présentation, dont sa face avant à quatre projecteurs circulaires.
Cette proximité industrielle permet à Mazda de proposer une sportive originale sans développer une carrosserie entièrement spécifique. Le résultat reste pourtant immédiatement identifiable : proportions basses, voies relativement larges, traitement marqué de la calandre et, surtout sur le coupé, ligne de pavillon fuyante donnent à la RX-3 une personnalité plus sportive que celle de ses parentes à moteur à pistons.
Un moteur Wankel au coeur de son identité
Les premières Savanna japonaises utilisent le moteur 10A, un birotor composé de deux chambres de 491 cm3. Sa cylindrée géométrique est donc de 982 cm3. Ce point mérite d’être précisé car les moteurs rotatifs ont historiquement fait l’objet de méthodes d’équivalence différentes pour l’homologation, la fiscalité ou la compétition, ce qui explique certaines cylindrées beaucoup plus élevées parfois associées à la RX-3.
Le 12A prend ensuite une place croissante dans la gamme. Constitué de deux chambres de 573 cm3, il totalise 1 146 cm3 selon la même méthode géométrique. La Savanna GT japonaise reçoit ce moteur dès 1972 avec une boîte manuelle à cinq rapports. Selon le marché, le millésime et la norme utilisée pour mesurer la puissance, les valeurs annoncées diffèrent sensiblement. Une RX-3 européenne 12A peut ainsi être donnée pour 95 ch DIN, tandis que les versions japonaises les plus performantes dépassent nettement les 100 ch.
Le caractère de la RX-3 ne dépend pas seulement de sa puissance. Le Wankel est particulièrement compact et apprécie les régimes élevés, tandis que la voiture reste légère pour son époque. Avec le moteur longitudinal placé à l’avant et les roues arrière motrices, Mazda obtient une architecture simple qui se prête aussi bien à une utilisation routière qu’à la compétition.
La gamme évolue progressivement au cours des années 1970. Les appellations de séries employées aujourd’hui permettent notamment de distinguer les modifications de calandre, de feux et de pare-chocs. Les voitures destinées aux États-Unis s’éloignent davantage des premiers modèles japonais et européens en raison des réglementations antipollution et des normes de sécurité, avec notamment des pare-chocs qui augmentent sensiblement leur longueur et leur masse.
Fiche technique de la Mazda Rx-3
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Période de production | 1971-1978 |
| Carrosseries | Coupé 2 portes, berline 4 portes, break Sport Wagon |
| Architecture moteur | Wankel atmosphérique, 2 rotors, refroidissement par eau |
| Moteur 10A | 2 x 491 cm3, soit 982 cm3 de volume géométrique |
| Moteur 12A | 2 x 573 cm3, soit 1 146 cm3 de volume géométrique |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance | Variable selon moteur, marché, millésime et norme de mesure ; environ 95 ch DIN pour certaines 12A européennes, plus de 100 ch sur d’autres versions |
| Couple | Environ 135 Nm sur certaines versions européennes 12A |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîtes | Manuelle 4 rapports ; manuelle 5 rapports selon version ; automatique 3 rapports sur certains marchés |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Indépendante de type MacPherson, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Disques avant, tambours arrière sur les versions routières courantes |
| Pneumatiques | 155 R13 S sur un coupé européen 12A de 1973 |
| Longueur | Environ 4 065 mm pour le coupé européen du début des années 1970 |
| Largeur | Environ 1 595 mm |
| Hauteur | Environ 1 350 mm pour le coupé européen |
| Empattement | 2 310 mm |
| Poids | Environ 850 à 950 kg pour de nombreuses premières versions ; 895 kg pour un coupé européen 12A référencé en 1973 |
| Vitesse maximale | 175 km/h pour une version européenne 12A de 95 ch DIN |
| 0 à 100 km/h | 11,0 s pour cette même version européenne 12A |
| Réservoir | 60 litres sur certaines versions européennes |
Une compacte rotative pensée aussi pour la compétition
La compétition contribue très tôt à la réputation de la Savanna. Sa première victoire intervient dès décembre 1971. En mai 1972, des voitures équipées du moteur 12A réalisent un triplé au Fuji Touring Car Grand Prix. La RX-3 devient alors l’une des armes principales de Mazda dans les courses de voitures de tourisme japonaises, face notamment aux puissantes berlines sportives concurrentes.
Les succès se poursuivent avec des titres de classe dans le Fuji Grand Champion Touring Car en 1972, 1973 et 1975. En mai 1976, une victoire au JAF Grand Prix permet à la Savanna d’atteindre sa centième victoire en compétition au Japon. Ce bilan donne à la RX-3 une importance qui dépasse largement celle d’une simple compacte équipée d’un moteur inhabituel.
Sa carrière sportive dépasse le Japon. Des RX-3 courent notamment en Australie, en Amérique du Nord et en Europe. Le modèle apparaît même aux 24 Heures du Mans 1975 : une RX-3 engagée pour Claude Buchet et Jean Rondeau prend le départ avant d’abandonner. Cette présence illustre la volonté de démontrer la viabilité du moteur rotatif dans des disciplines très différentes, du tourisme aux courses d’endurance.
Trois carrosseries et une identité visuelle spécifique
Le coupé est aujourd’hui la silhouette la plus étroitement associée à la RX-3. Son pavillon plongeant et ses proportions compactes renforcent son caractère sportif, mais la berline et le break occupent une place réelle dans l’histoire du modèle. Cette diversité rappelle que Mazda cherchait moins à créer une sportive spécialisée qu’à installer le moteur rotatif dans une véritable famille d’automobiles.
Les quatre phares ronds constituent l’un des signes les plus faciles à reconnaître sur les RX-3 classiques. La calandre, les emblèmes liés au moteur rotatif et le dessin de la partie arrière permettent également de différencier la Savanna/RX-3 des Grand Familia, 808 et 818. Les évolutions successives modifient toutefois ces éléments, si bien qu’une RX-3 américaine tardive, alourdie par ses pare-chocs réglementaires, présente une physionomie sensiblement différente d’un coupé japonais de 1971.
La RX-3 n’est pas non plus une version compacte de la Mazda Rx-4. Cette dernière appartient à une famille plus grande et illustre plutôt l’expansion parallèle de l’offre rotative Mazda. Dans la première moitié des années 1970, le constructeur dispose ainsi de plusieurs modèles Wankel couvrant des segments distincts, une stratégie exceptionnellement ambitieuse pour cette technologie.
De la RX-3 à la première RX-7
La production de la famille Savanna/RX-3 se prolonge jusqu’en 1978, même si sa disponibilité cesse plus tôt sur certains marchés. Environ 286 757 RX-3 à moteur rotatif auraient été produites sur l’ensemble de sa carrière, ce qui en fait l’un des grands succès commerciaux de l’histoire du Wankel chez Mazda. Ce total ne doit pas être confondu avec celui des Grand Familia, 808 et 818 équipées de moteurs à pistons.
En 1978, Mazda change profondément d’approche avec la Mazda Rx-7. Toujours commercialisée comme Savanna au Japon à ses débuts, celle-ci n’est plus la déclinaison rotative d’une famille comprenant berline et break : elle adopte une carrosserie sportive dédiée. La transition marque ainsi le passage d’une stratégie de diffusion massive du Wankel à une utilisation beaucoup plus étroitement associée aux modèles sportifs.
Cette spécialisation se poursuivra pendant plusieurs décennies, jusqu’à la Mazda Rx-8 et son moteur Renesis. La RX-3 appartient à une époque différente : celle où Mazda proposait encore son birotor dans une compacte disponible aussi bien en coupé qu’en berline ou en break, tout en utilisant la compétition pour démontrer les capacités d’une technologie mécanique alors en pleine expansion.




