Une évolution directe de l’Alpine A108
L’Alpine A110 Berlinette apparaît en 1962 comme l’évolution de la berlinette A108. Jean Rédélé et Alpine conservent la recette qui a fait le succès des premières voitures de la marque, avec un poids contenu, une carrosserie légère en polyester et un moteur Renault placé à l’arrière. L’objectif est toutefois d’adapter cette architecture aux nouveaux groupes mécaniques de la Renault 8, plus longs que ceux employés jusque-là.
La Alpine A108 Berlinette constitue donc le lien direct avec cette nouvelle génération. L’A110 en reprend la silhouette générale et le principe du châssis-poutre, tout en recevant une carrosserie profondément remaniée, notamment à l’arrière. La présentation officielle intervient au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1962, avant le véritable lancement commercial avec le moteur de 956 cm³.
La voiture conserve une architecture particulièrement simple et efficace. Le châssis-poutre en acier reçoit une carrosserie en fibre de verre, tandis que le moteur longitudinal est installé en porte-à-faux arrière et entraîne les roues arrière. Cette conception permet d’obtenir une voiture très légère et compacte, deux caractéristiques qui vont rapidement devenir indissociables de l’image de la Berlinette.
Une carrière marquée par la montée en puissance
La première A110 utilise le quatre cylindres Renault de 956 cm³. La gamme évolue rapidement avec des moteurs de 1 108 cm³, notamment issus des Renault 8 et Renault 8 Gordini. Les différentes versions permettent progressivement d’augmenter les performances sans abandonner le principe fondamental de la voiture, fondé sur un rapport poids puissance particulièrement favorable.
Au milieu des années 1960, l’offre s’élargit avec les versions 1100, puis 1300. Les moteurs Gordini jouent un rôle important dans cette progression. En 1966 apparaissent notamment les A110 1300 Super et 1300 S, tandis que la voiture reçoit au fil de son évolution des modifications de carrosserie et d’équipement qui renforcent son identité visuelle.
La fin des années 1960 marque une nouvelle étape avec l’arrivée des moteurs de plus forte cylindrée. Une A110 1500 complète la gamme en 1967, puis l’A110 1600 apparaît en 1969 avec une mécanique dérivée de la Renault 16 TS. La berlinette devient alors suffisamment performante pour rivaliser avec des voitures sportives beaucoup plus puissantes sur route comme en compétition.
La version Alpine A110 1600S constitue l’une des expressions les plus emblématiques de cette évolution. Son moteur de 1 565 cm³ développe environ 125 ch DIN dans sa configuration routière, tandis que les voitures préparées pour la compétition bénéficient de transformations beaucoup plus poussées. La gamme continue ensuite d’évoluer avec les 1600 SC, 1600 SI et enfin 1600 SX.
Une berlinette conçue autour de la légèreté
L’une des particularités fondamentales de l’A110 réside dans son châssis-poutre en acier. Contrairement à une automobile monocoque traditionnelle, la structure mécanique constitue l’ossature principale de la voiture, tandis que les panneaux de carrosserie en polyester sont rapportés sur celle-ci. Cette solution facilite notamment la fabrication de petites séries tout en limitant fortement la masse.
La suspension et les organes mécaniques évoluent avec les différentes versions. Les premières voitures utilisent une architecture étroitement apparentée à celle de la Renault 8, avant que les trains roulants, les freins et les roues ne soient progressivement adaptés à l’augmentation des performances. La direction à crémaillère et les quatre freins à disque participent également au caractère sportif de la voiture.
Les dimensions restent compactes pendant toute la carrière. La longueur se situe autour de 3,85 m et l’empattement autour de 2,10 m, avec des variations selon les versions et les méthodes de mesure. Le poids évolue lui aussi en fonction du moteur et de l’équipement. Les berlinettes routières se situent généralement dans une fourchette d’environ 600 à 800 kg, ce qui explique en grande partie leur efficacité malgré des puissances relativement modestes.
Fiche technique de l’Alpine A110 Berlinette
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Marque | Alpine |
| Modèle | A110 Berlinette |
| Production | 1962 à 1977 en France |
| Carrosserie | Berlinette 2 places |
| Structure | Châssis-poutre en acier avec carrosserie polyester |
| Implantation mécanique | Moteur longitudinal arrière en porte-à-faux |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle, 4 ou 5 rapports selon version |
| Moteur | 4 cylindres en ligne Renault |
| Cylindrée | De 956 à 1 647 cm³ selon version |
| Alimentation | Carburateurs, selon moteur et version |
| Puissance | Environ 50 à 125 ch DIN selon version routière |
| Suspension avant | Roues indépendantes, architecture à triangles |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, architecture dérivée de la Renault 8 sur les premières versions |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Quatre freins à disque, avec évolutions selon version |
| Longueur | Environ 3,85 m |
| Largeur | Environ 1,52 à 1,55 m selon version |
| Hauteur | Environ 1,12 à 1,13 m |
| Empattement | Environ 2,10 m |
| Poids | Environ 600 à 800 kg selon version et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 170 km/h pour les premières 956, jusqu’à plus de 200 km/h pour les versions 1600 les plus performantes |
La Berlinette devient une arme de rallye
La carrière sportive de l’A110 accompagne son évolution mécanique. Sa légèreté, son moteur arrière et sa motricité sur les parcours sinueux en font rapidement une voiture particulièrement adaptée au rallye. Alpine engage ses voitures dans les grandes épreuves internationales, notamment le Rallye Monte-Carlo, le Tour de Corse, la Coupe des Alpes, le Rallye du Maroc et le Rallye de l’Acropole.
En 1971, Ove Andersson remporte le Rallye Monte-Carlo au volant d’une A110, tandis qu’Alpine décroche le titre international des constructeurs. Cette période confirme la compétitivité de la berlinette face à des concurrentes dont les puissances peuvent pourtant être supérieures.
La consécration intervient en 1973. Alpine remporte le premier Championnat du monde des rallyes des constructeurs, organisé cette année-là. Les A110 s’imposent notamment au Monte-Carlo, au Portugal, au Maroc, en Grèce, en Italie et en Corse. Jean-Claude Andruet, Jean-Luc Thérier, Bernard Darniche, Jean-Pierre Nicolas et Jean Vinatier comptent parmi les pilotes qui ont contribué à la réputation sportive de la berlinette.
Les voitures de compétition ne doivent toutefois pas être assimilées aux modèles routiers correspondants. Les préparations évoluent fortement selon les règlements, avec des moteurs plus puissants, des suspensions adaptées, des freins renforcés et des carrosseries parfois modifiées. Les Alpine A110 1800 illustrent l’aboutissement sportif de cette famille avec des versions destinées à la compétition et homologuées dans des configurations spécifiques.
Une silhouette immédiatement reconnaissable
La carrosserie de l’A110 conserve les proportions compactes de la berlinette Alpine, avec un capot avant bas, des porte-à-faux réduits, un pavillon fortement incliné et une poupe particulièrement ramassée. La lunette arrière enveloppante et la position très basse de la carrosserie participent à sa silhouette caractéristique.
Les détails extérieurs évoluent pendant les quinze années de production. Les premières voitures présentent une face avant relativement sobre, tandis que les versions ultérieures adoptent notamment les projecteurs additionnels qui deviennent une signature visuelle de la Berlinette. Les dimensions des roues et des pneumatiques évoluent également avec les motorisations et les versions sportives.
Cette évolution explique pourquoi il est difficile de définir une A110 Berlinette à partir d’un seul ensemble de caractéristiques techniques. Une 956 des premières années et une 1600 S de la dernière période appartiennent à la même lignée, mais présentent des différences sensibles de mécanique, de trains roulants, de freinage, de roues et d’équipement.
De l’A110 aux dernières Berlinette
L’A110 connaît une carrière commerciale particulièrement longue pour une voiture de petite série. Sa gamme accompagne les progrès des mécaniques Renault tout en conservant la même architecture générale. Environ 7 500 exemplaires sont produits, mais les chiffres publiés ne concordent pas exactement, certaines références avançant 7 489 voitures et d’autres 7 579. La production française prend fin à Dieppe en juillet 1977.
La berlinette ne disparaît toutefois pas immédiatement de l’histoire industrielle Alpine. Des productions sous licence existent dans plusieurs pays, notamment en Espagne, au Mexique, en Bulgarie et au Brésil, avec des caractéristiques qui peuvent différer des voitures françaises. Ces réalisations doivent donc être distinguées du volume de production de l’A110 française lorsqu’il est question de chiffres précis.
L’Alpine A310 est présentée dès 1971 comme la nouvelle sportive de la marque et prend progressivement le relais de l’A110 dans la gamme. La Berlinette reste néanmoins produite parallèlement pendant plusieurs années, preuve de la complémentarité des deux modèles durant cette période de transition.
L’A110 Berlinette ne doit enfin pas être confondue avec l’A110 moderne apparue en 2017. Malgré un nom identique et une inspiration stylistique revendiquée, cette dernière repose sur une conception entièrement nouvelle, avec une structure contemporaine en aluminium et un moteur central arrière. L’A110 historique désigne ici exclusivement la berlinette produite à partir de 1962, dont la carrière s’achève en France en 1977.




