Alpine A441

Alpine A441

L’Alpine A441 est le sport-prototype avec lequel la marque française domine le Championnat d’Europe des voitures de sport 2 litres en 1974. Barquette légère à moteur central arrière, elle associe un châssis développé par Alpine au V6 Renault-Gordini CH1 de 1 997 cm³. Sa carrière est brève mais décisive : après avoir remporté les sept manches du championnat européen, elle sert de base aux expérimentations sur la turbocompression qui conduisent Alpine et Renault vers une nouvelle génération de prototypes d’endurance.

De l’A440 à l’A441, le retour d’Alpine aux prototypes

L’A441 s’inscrit dans une histoire sportive déjà riche. Dans les années 1960, Alpine avait développé des prototypes très légers destinés notamment au Mans, à l’image de l’Alpine A210. La marque avait ensuite tenté de monter en puissance avec des voitures comme l’A220, avant de concentrer une grande partie de ses efforts sur le rallye et la monoplace.

Le retour vers les sport-prototypes prend forme avec l’A440 en 1973. Cette barquette permet surtout de mettre au point un nouveau moteur Renault-Gordini : le CH1, un V6 atmosphérique de deux litres conçu pour fonctionner à très haut régime. Pour 1974, Alpine ne se contente pas de poursuivre avec la même voiture. Le châssis évolue, l’empattement augmente légèrement, les voies sont élargies et la structure tubulaire est renforcée par des panneaux rivetés. Les liaisons au sol sont également revues afin de réduire le sous-virage observé sur l’A440.

André de Cortanze joue un rôle central dans la conception du prototype, tandis que Marcel Hubert intervient dans le travail aérodynamique. Côté moteur, François Castaing est associé au développement du V6 Renault-Gordini. Jean-Pierre Jabouille dépasse quant à lui son seul rôle de pilote en participant activement à la mise au point. L’A441 naît ainsi d’un programme où châssis, moteur et exploitation en compétition sont développés de manière étroitement liée.

Un V6 Renault-Gordini conçu pour les hauts régimes

Le coeur de l’A441 est le Renault-Gordini CH1, un V6 ouvert à 90 degrés de 1 997 cm³. Son alésage de 86 mm et sa course très courte de 57,3 mm révèlent une architecture particulièrement favorable aux hauts régimes. Avec quatre arbres à cames en tête, quatre soupapes par cylindre et une alimentation par injection, il développe 285 ch à 9 800 tr/min dans la configuration associée à l’A441 de 1974.

Installé longitudinalement en position centrale arrière, ce moteur participe à la rigidité de l’ensemble. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte Hewland à cinq rapports. Avec un poids voisin de 575 kg, l’A441 dispose d’un rapport poids-puissance d’environ 2 kg par cheval, valeur remarquable pour un prototype atmosphérique du début des années 1970.

La voiture reste une machine relativement compacte, conçue autour d’une structure tubulaire en acier et d’une carrosserie de barquette extrêmement basse. Les suspensions indépendantes reposent sur des doubles triangles, tandis que le freinage est assuré par quatre disques. Les réglages, rapports de transmission, pneumatiques et certains éléments aérodynamiques peuvent varier suivant les circuits et les engagements, comme il est normal sur une voiture exclusivement destinée à la compétition.

Fiche technique de l’Alpine A441

CaractéristiqueDonnée
Année1974
TypeSport-prototype, barquette biplace
ArchitectureMoteur central arrière, propulsion
MoteurRenault-Gordini CH1, V6 atmosphérique à 90 degrés
Cylindrée1 997 cm³
Alésage x course86 x 57,3 mm
Distribution4 arbres à cames en tête, 24 soupapes
AlimentationInjection
Puissance285 ch à 9 800 tr/min
Boîte de vitessesHewland manuelle à 5 rapports
ChâssisStructure spatiale tubulaire en acier renforcée par panneaux rivetés
SuspensionsIndépendantes, doubles triangles
FreinsDisques aux quatre roues
EmpattementEnviron 2,31 m
PoidsEnviron 575 kg
Rapport poids-puissanceEnviron 2,02 kg/ch

Sept courses et sept victoires européennes en 1974

L’objectif de l’A441 est le Championnat d’Europe des voitures de sport 2 litres 1974. La saison commence au Paul-Ricard le 7 avril et donne immédiatement la mesure du potentiel de la voiture : Alain Cudini remporte la première manche. Ce succès inaugure une série qu’aucun adversaire ne parvient à interrompre.

Gérard Larrousse s’impose ensuite à Charade, puis Jean-Pierre Jabouille gagne à Misano. Larrousse reprend l’avantage à Enna, Alain Serpaggi remporte la manche d’Hockenheim, Larrousse gagne encore au Mugello et Jabouille clôt la saison par une victoire à Jarama. Alpine obtient ainsi sept succès lors des sept manches du championnat.

Cette domination ne se résume pas au classement des constructeurs. Alain Serpaggi devient champion d’Europe des pilotes avec 77 points, devant Gérard Larrousse avec 75 points et Jean-Pierre Jabouille avec 73. Alpine occupe donc les trois premières places. Les A441 se montrent également compétitives hors de cette série européenne, avec d’autres succès enregistrés en France au cours de la saison.

Cette campagne donne à l’A441 une place particulière dans la généalogie des prototypes de Dieppe. L’Alpine A220 avait représenté quelques années auparavant l’ambition de viser la victoire au classement général dans les grandes épreuves d’endurance. L’A441 adopte une démarche différente : dominer d’abord la catégorie 2 litres avec une voiture légère et un moteur atmosphérique très performant, avant de préparer une montée vers des puissances nettement supérieures.

Quatre châssis et une carrière qui dépasse 1974

La production de l’A441 reste celle d’un véritable prototype de compétition. Quatre châssis sont généralement identifiés sous les numéros 4410, 4411, 4412 et 4413. Leur histoire ne s’arrête pas au titre européen : certains poursuivent leur carrière avec des équipes ou pilotes privés, tandis que d’autres participent directement aux développements techniques d’Alpine et Renault.

En 1975, une A441 atmosphérique engagée par Elf-Switzerland est confiée à Marie-Claude Beaumont et Lella Lombardi. Le duo obtient notamment une sixième place aux 1 000 km du Mugello puis une quatrième place aux 1 000 km de Monza, où la voiture remporte sa catégorie 2 litres. Aux 24 Heures du Mans, Beaumont et Lombardi qualifient l’A441 en huitième position, mais la course s’achève par un abandon lié à l’alimentation en carburant.

Un autre exemplaire connaît une carrière particulièrement longue hors d’Europe. Le châssis 4412 part au Japon en 1975 et continue d’être engagé plusieurs années. Il apparaît encore à la fin de la décennie dans les compétitions japonaises, preuve de la compétitivité durable d’une voiture initialement conçue pour une campagne européenne très ciblée.

De l’A441 atmosphérique au programme turbo

La principale source de confusion autour de ce modèle vient de l’A441T, parfois simplement présentée comme une A441. L’A441 décrite ici est bien la version atmosphérique de 1974 développant environ 285 ch. À la fin de cette même année, Renault et Alpine utilisent toutefois cette base pour expérimenter la turbocompression sous l’impulsion notamment de Bernard Dudot.

Un turbocompresseur Garrett est associé au V6 de deux litres. La puissance approche alors 490 ch, soit un bond considérable par rapport au moteur atmosphérique. Le règlement appliquant un coefficient de 1,4 aux moteurs suralimentés, les 1 997 cm³ sont considérés comme une cylindrée équivalente proche de 2,8 litres. Cette A441 Turbo change donc d’objectif : elle n’est plus seulement destinée à dominer la classe des deux litres, mais sert de laboratoire pour affronter des prototypes plus puissants.

Le travail effectué sur cette configuration mène directement à l’Alpine A442, conçue pour poursuivre le programme mondial d’endurance avec le V6 turbo. La filiation technique se prolongera jusqu’à l’Alpine A443, évolution à moteur de plus forte cylindrée engagée lors de la campagne des 24 Heures du Mans 1978.

Une barquette reconnaissable et fonctionnelle

L’A441 adopte une silhouette dictée presque entièrement par les besoins de la compétition. Sa carrosserie ouverte est très basse, avec un cockpit étroit placé au centre d’un ensemble aux ailes fortement marquées. L’avant plongeant recherche une faible surface frontale, tandis que l’arrière doit couvrir le V6 longitudinal et assurer la stabilité aérodynamique à haute vitesse. Un aileron surélevé complète les configurations les plus caractéristiques du prototype.

Les voitures de 1974 sont étroitement associées au bleu Alpine et aux couleurs des partenaires du programme, mais les livrées et certains détails de carrosserie diffèrent suivant les équipes, les courses et les évolutions techniques. Il faut donc éviter d’utiliser un détail de décoration comme seul moyen d’identifier une A441.

La distinction la plus importante reste mécanique. Une A441 correspondant à la saison européenne 1974 est avant tout une barquette équipée du V6 CH1 atmosphérique de deux litres. Les importantes installations liées au turbocompresseur caractérisent l’évolution A441T et annoncent une autre phase du programme. Cette transformation fait de la petite série des A441 à la fois l’aboutissement du retour d’Alpine dans la catégorie 2 litres et le banc d’essai immédiat de l’offensive turbo qui suivra.