Nissan Skyline R30

Nissan Skyline R30

Lancée au Japon le 18 août 1981, la Nissan Skyline R30 constitue une génération particulièrement importante de la longue lignée Nissan Skyline. Avec ses lignes anguleuses, ses multiples carrosseries et surtout l’arrivée du quatre cylindres FJ20 à double arbre à cames, elle redonne une forte dimension sportive à la gamme. Elle devient également une icône populaire au Japon, où son association avec l’acteur et pilote Paul Newman lui vaut le surnom de « Newman Skyline ».

Le code R30 recouvre cependant une famille beaucoup plus vaste que les seules sportives aujourd’hui recherchées. Berlines, coupés, cinq portes et breaks coexistent avec plusieurs moteurs essence et diesel. Les célèbres RS à moteur FJ20 portent plus précisément le code DR30. Cette distinction est essentielle pour comprendre une génération dont les versions les plus radicales ont parfois fini par éclipser le reste de la gamme.

Une nouvelle Skyline pour 1981

La R30 succède aux Skyline C210 et C211 dans une période où Nissan cherche à concilier les fonctions de berline familiale et de voiture de caractère qui accompagnent le nom Skyline depuis plusieurs générations. La gamme est particulièrement étendue dès son lancement, avec 26 variantes annoncées et quatre grandes silhouettes : coupé deux portes, berline quatre portes, modèle cinq portes et break.

Cette génération marque aussi une évolution dans la conception de la famille. Sur certaines Skyline antérieures, les modèles à quatre et six cylindres se distinguaient notamment par des longueurs de partie avant différentes. Avec la R30, Nissan uniformise davantage la carrosserie. Son architecture reste classique : moteur longitudinal à l’avant et propulsion, dans un environnement technique qui présente des liens avec la Nissan Laurel contemporaine.

Au lancement, la gamme reçoit plusieurs familles de moteurs, parmi lesquelles les quatre cylindres Z18 et Z20, les six cylindres L20E et L20ET turbo ainsi que le diesel LD28. La Skyline R30 n’est donc ni exclusivement une sportive ni exclusivement une six cylindres. Sa diversité mécanique reflète son positionnement très large sur le marché japonais.

Le dessin extérieur tranche par ses formes rectilignes caractéristiques du début des années 1980. Les surfaces vitrées généreuses, la ceinture de caisse nette et la poupe aux feux circulaires maintiennent néanmoins des codes familiers de la Skyline. Le coupé possède une silhouette particulièrement identifiable, avec ses deux portes et son profil plus bas que celui de la berline.

La DR30 et le retour du moteur DOHC

L’événement majeur intervient dès octobre 1981 avec la Skyline 2000RS. Son code DR30 signale la présence du FJ20E, un quatre cylindres de 1 990 cm3 à double arbre à cames en tête, quatre soupapes par cylindre et injection. Il développe 150 PS à 6 000 tr/min. Cette mécanique remet le DOHC au premier plan dans la gamme Skyline et donne naissance à la branche la plus célèbre de la R30.

Le choix d’un quatre cylindres pour la sportive est remarquable dans une famille souvent associée aux six cylindres. Le FJ20 privilégie une conception ambitieuse pour son époque, avec culasse 16 soupapes et chambre de combustion pent-roof. Il ne faut donc pas confondre « R30 » et « DR30 » : la première désigne la génération dans son ensemble, tandis que la seconde identifie les versions équipées du FJ20.

Nissan franchit une nouvelle étape en février 1983 avec la 2000 Turbo RS. Le FJ20ET reçoit un turbocompresseur et atteint 190 PS à 6 400 tr/min, pour 225 Nm à 4 800 tr/min. À son apparition, Nissan la présente comme la Skyline de série la plus puissante produite jusque-là. Cette progression donne à la R30 une place particulière parmi les sportives japonaises du début des années 1980.

La confusion avec la Nissan Skyline GT-R doit toutefois être évitée. Aucune R30 de série ne porte officiellement le badge GT-R. Après les anciennes Nissan 2000GT-R, cette appellation disparaît pendant plusieurs années et ne revient qu’avec la génération R32 en 1989.

Le restylage Iron Mask et la Turbo RS-X

En août 1983, Nissan remanie la R30. Les versions RS adoptent alors une face avant spectaculaire, pratiquement dépourvue de calandre conventionnelle. Ses projecteurs plus fins et son panneau frontal très vertical lui valent le surnom japonais « Tekkamen », généralement traduit par « Iron Mask ». Cette face avant est devenue l’un des moyens les plus simples d’identifier les DR30 postérieures au restylage.

L’évolution mécanique se poursuit en 1984 avec l’adoption d’un intercooler sur les versions FJ20ET correspondantes. La puissance atteint alors 205 PS à 6 400 tr/min et le couple 245 Nm à 4 400 tr/min. Les Turbo RS et RS-X ainsi équipées représentent l’aboutissement de la branche sportive de la R30. La RS-X associe cette mécanique à une présentation et à un équipement plus riches que les déclinaisons les plus dépouillées.

Les différences entre millésimes ne se limitent donc pas à une évolution esthétique. Une RS atmosphérique de 1981, une Turbo RS de début 1983 et une Turbo Intercooler postérieure au restylage appartiennent toutes à la famille DR30, mais présentent des caractéristiques et des performances mécaniques distinctes. Les chiffres de puissance ne doivent pas être appliqués indistinctement à toutes les Skyline R30.

Fiche technique de la Nissan Skyline R30

CaractéristiqueDonnées
Période de la génération1981-1985 pour la gamme automobile principale
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Carrosseries principalesCoupé 2 portes, berline 4 portes, 5 portes, break
Moteurs proposés au lancementZ18, Z20, L20E, L20ET turbo, LD28 diesel
Moteur 2000RSFJ20E, 4 cylindres en ligne, 1 990 cm3, DOHC, 16 soupapes, injection
Puissance 2000RS150 PS à 6 000 tr/min
Moteur Turbo RSFJ20ET, 4 cylindres en ligne, 1 990 cm3, DOHC, 16 soupapes, turbocompresseur
Puissance Turbo RS 1983190 PS à 6 400 tr/min
Couple Turbo RS 1983225 Nm à 4 800 tr/min
Puissance FJ20ET avec intercooler205 PS à 6 400 tr/min
Couple FJ20ET avec intercooler245 Nm à 4 400 tr/min
BoîtesManuelles ou automatiques selon version, boîte manuelle 5 rapports sur les principales versions sportives
Suspension des versions sportives documentéesJambes de force à l’avant, roues indépendantes à bras semi-tirés à l’arrière
Freins Turbo RS 1983Disques ventilés à l’avant, disques à l’arrière
Empattement2 615 mm
Dimensions Turbo RS berline 19834 595 x 1 665 x 1 385 mm
Voies Turbo RS berline 19831 410 mm à l’avant, 1 400 mm à l’arrière
Poids Turbo RS berline 19831 165 kg
Pneus Turbo RS 1983195/60 R15 86H
Dimensions Turbo Intercooler RS-X 19844 620 x 1 675 x 1 385 mm
Voies Turbo Intercooler RS-X 19841 420 mm à l’avant, 1 410 mm à l’arrière
Poids Turbo Intercooler RS-X 19841 235 kg
Pneus Turbo Intercooler RS-X 1984205/60 R15 89H

Une gamme bien plus large que les seules RS

La notoriété actuelle de la DR30 peut donner une vision trompeuse de la génération. Nissan avait conçu la R30 comme une véritable gamme, avec des niveaux de puissance, d’équipement et d’usage très différents. Les moteurs quatre cylindres répondaient aux besoins des versions courantes, les six cylindres L20 conservaient une place importante et le LD28 permettait même à la Skyline d’exister en diesel.

Les codes de châssis permettent de mieux distinguer ces variantes. Le code HR30 est notamment associé aux modèles dotés du six cylindres L20, alors que DR30 désigne les FJ20. Les dimensions, le poids, les trains roulants et le freinage peuvent également évoluer suivant la carrosserie et la finition. C’est pourquoi les caractéristiques d’une RS-X de 205 PS ne décrivent pas une R30 ordinaire.

La voiture bénéficie aussi d’une forte exposition médiatique au Japon. Paul Newman, acteur mais également pilote automobile expérimenté, participe à la promotion de cette génération. L’association est suffisamment marquante pour que « Newman Skyline » devienne un surnom de la R30 et qu’une Paul Newman Version soit commercialisée sur une base GT-ES Turbo. La Skyline apparaît également dans des productions télévisées policières japonaises, renforçant son ancrage dans la culture automobile de la décennie.

La R30 en compétition

L’image sportive de la génération est amplifiée par la spectaculaire Skyline Super Silhouette pilotée par Masahiro Hasemi. Avec ses ailes extrêmement élargies, ses appendices aérodynamiques et sa livrée de course, elle reprend l’identité visuelle de la R30 tout en étant techniquement très éloignée d’une voiture de série. Son moteur LZ20B turbo de compétition ne doit notamment pas être confondu avec le FJ20ET des DR30 routières.

La Super Silhouette remporte des courses au Japon au début des années 1980 et devient l’une des Skyline de compétition les plus reconnaissables de son époque. Des R30 sont également engagées en tourisme selon différentes réglementations, notamment en Groupe A et en Australie. Cette activité en compétition accompagne efficacement le repositionnement sportif amorcé par les RS de route.

Cette période prépare indirectement la transformation de la Skyline au cours de la seconde moitié des années 1980. La Nissan Skyline R31 prend le relais à partir de 1985 et introduit notamment la famille de moteurs RB. Quelques années plus tard, la Nissan Skyline R32 poussera beaucoup plus loin cette orientation sportive avec le retour officiel de la GT-R.

Comment reconnaître une Skyline R30

Une R30 se distingue d’abord par ses proportions très géométriques et sa carrosserie typique du début des années 1980. La berline présente un pavillon plus haut et quatre portes, tandis que le coupé possède une ligne plus basse et plus dynamique. Les feux arrière circulaires maintiennent un élément graphique étroitement associé à l’histoire de la Skyline.

Sur les premières RS, la face avant conserve une présentation plus traditionnelle. Les modèles sportifs restylés à partir d’août 1983 sont beaucoup plus immédiatement reconnaissables grâce au fameux masque frontal « Tekkamen ». Cette transformation visuelle explique pourquoi les photographies de Skyline R30 peuvent montrer des faces avant sensiblement différentes sans qu’il s’agisse nécessairement de générations distinctes.

La génération cesse progressivement de laisser place à la R31 en 1985. Elle occupe ainsi une position singulière dans l’histoire de Nissan : dernière Skyline sportive emblématique avant l’arrivée des moteurs RB, elle a réintroduit une mécanique DOHC performante sans ressusciter le badge GT-R. Sa version DR30, surtout sous la forme Turbo RS et Turbo RS-X « Iron Mask », reste l’expression la plus caractéristique de cette période.