Lancée au Japon en 1968, la Nissan Laurel est une berline à propulsion qui a occupé pendant plus de trois décennies une position intermédiaire entre les modèles familiaux de Nissan et ses grandes berlines de prestige. Née dans le contexte de l’intégration de Prince Motor Company à Nissan, elle a connu huit générations, des C30 aux C35, avec une évolution progressive vers les six cylindres, les moteurs turbo et les technologies partagées avec la Skyline.
Une nouvelle berline entre Bluebird et Cedric
La première Laurel, désignée C30, est présentée en avril 1968. Nissan cherche alors à proposer une automobile personnelle plus raffinée que la Bluebird, mais moins imposante et statutaire que la Cedric. Le modèle s’inscrit dans l’émergence japonaise des voitures « high-owner », destinées à une clientèle recherchant davantage de confort et de distinction.
Son développement intervient peu après l’intégration de Prince Motor Company à Nissan. Les équipes de recherche de Nissan à Tsurumi participent au projet et la production débute dans l’ancienne usine Prince de Musashimurayama. L’ingénieur Shinichiro Sakurai figure parmi les personnalités importantes de l’évolution de la lignée.
La C30 reçoit initialement le quatre cylindres G18 de 1,8 litre, avec moteur longitudinal avant et propulsion. Sa suspension indépendante aux quatre roues contribue à son positionnement sophistiqué. En 1970, Nissan ajoute un moteur de 2 litres ainsi qu’un hardtop deux portes sans montant central, une carrosserie qui devient caractéristique des premières Laurel.
La deuxième génération C130 apparaît en 1972 avec une silhouette plus imposante et des moteurs six cylindres L20, puis L26 de 2,6 litres et L28 de 2,8 litres. Son style très influencé par les automobiles américaines se distingue notamment par le traitement latéral surnommé « Thunder streak ».
La troisième génération C230 arrive en 1977. Elle conserve plusieurs carrosseries, dont la berline, le hardtop deux portes et, nouveauté, un hardtop quatre portes sans montant central. L’évolution C231 reçoit ensuite des modifications de style et des adaptations aux normes antipollution.
Des C31 à la montée en gamme technique
En 1980, la C31 marque une étape importante. La Laurel devient exclusivement quatre portes, en berline classique ou en hardtop. Nissan travaille particulièrement l’aérodynamique et introduit des versions turbo. La Laurel 2000 Turbo SGX utilise ainsi le six cylindres en ligne L20E-T de 1 998 cm3, développant 145 ch et 206 Nm dans la configuration documentée par Nissan.
La C31 donne aussi naissance à des séries spéciales, dont la Laurel Givenchy de 1982, limitée à 500 exemplaires. Cette version associe la berline à la maison de couture française et constitue aujourd’hui l’un des exemplaires historiques les mieux documentés de la lignée.
La cinquième génération C32, lancée en 1984, accentue le caractère luxueux du modèle. Nissan introduit notamment des rétroviseurs extérieurs électriques escamotables, présentés comme une première mondiale. La gamme devient particulièrement diversifiée avec des moteurs quatre cylindres, six cylindres et diesels, ainsi que des versions turbo.
Cette génération accueille notamment le VG20ET, un V6 turbo de 1 998 cm3 développant 170 ch et 216 Nm sur la Laurel Turbo Medalist Eminence. Le RB20DET apparaît également sur certaines versions de la C32, annonçant la place croissante que cette famille de moteurs va occuper sur les Laurel suivantes.
La Nissan Cedric reste toutefois positionnée plus haut dans la gamme. La Laurel conserve son propre rôle de berline personnelle de standing, tandis que les grandes berlines héritées de Prince, dont la Nissan Gloria, répondent davantage à une logique statutaire.
Les Laurel C33, C34 et C35 à l’ère des moteurs RB
La C33, sixième génération, est annoncée à la fin de 1988 et commercialisée à partir de 1989. Elle adopte une carrosserie hardtop quatre portes et devient l’une des Laurel les plus recherchées par les amateurs de modèles japonais. Les moteurs RB20E, RB20DE et RB20DET de 2 litres dominent la gamme, rejoints ensuite par le RB25DE de 2,5 litres.
La C33 bénéficie d’une suspension arrière multibras et, sur certaines versions, du système HICAS-II de direction des roues arrière. Les finitions Medalist privilégient le confort et l’équipement, tandis que les Club S donnent davantage d’importance à la motorisation et au comportement.
La proximité avec la Nissan Skyline devient alors particulièrement visible. Les deux modèles partagent des moteurs, des architectures et certaines technologies, mais leur positionnement reste différent : la Laurel privilégie davantage le confort et le standing, tandis que la Skyline conserve une image plus sportive.
La production cumulée de la Laurel atteint deux millions d’exemplaires en janvier 1992. La C34, lancée en 1993, abandonne le hardtop sans montant central et revient à une carrosserie avec montant central, notamment dans le contexte du renforcement des exigences de sécurité.
La C34 conserve les RB20 et RB25, avec notamment le RB25DE atmosphérique et, après restylage, le RB25DET turbo sur les versions Club S. Certaines variantes reçoivent également la transmission intégrale ATTESA E-TS. Ces équipements ne concernent cependant pas l’ensemble de la génération.
La dernière génération, C35, apparaît en 1997. Elle conserve les six cylindres RB20 et RB25, dont des versions NEO et turbo. Le RB25DET atteint jusqu’à 280 ch dans les configurations japonaises concernées, tandis que les versions atmosphériques RB25DE et RB20DE restent proposées aux côtés du diesel RD28E.
Fiche technique de la Nissan Laurel
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 1968 à 2002 |
| Générations | C30, C130, C230/C231, C31, C32, C33, C34 et C35 |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion sur la majorité de la gamme |
| Carrosseries | Berline quatre portes, hardtop quatre portes et hardtop deux portes selon génération |
| Moteurs | G18, G20, L20, L26, L28, CA18, CA20, RB20, RB25, VG20, VG30, LD28, RD28 et RD28E selon génération et marché |
| Exemple C30 G18 | 1 815 cm3, quatre cylindres en ligne, 100 ch à 5 600 tr/min, 147 Nm à 3 600 tr/min |
| Exemple C30 2000GX | 125 ch, 172 Nm, boîte manuelle quatre rapports, 180 km/h annoncés |
| Exemple C130 2000GX | L20 six cylindres en ligne, 1 998 cm3, 125 ch, 167 Nm |
| Exemple C31 Turbo SGX | L20E-T six cylindres en ligne, 1 998 cm3, 145 ch, 206 Nm |
| Exemple C32 Turbo Medalist Eminence | VG20ET V6 turbo, 1 998 cm3, 170 ch, 216 Nm |
| C33 | CA18i, RB20E, RB20DE, RB20DET, RB25DE et RD28 selon version |
| C34 | RB20E, RB20DE, RB25DE, RB25DET et RD28 selon version |
| C35 | RB20DE, RB25DE, RB25DET et RD28E selon version |
| Boîtes de vitesses | Manuelles quatre ou cinq rapports et transmissions automatiques selon génération |
| Transmission intégrale | Disponible sur certaines versions tardives avec système ATTESA E-TS |
| Suspension | Indépendante aux quatre roues sur les premières générations, puis jambes de force avant et multibras arrière selon génération |
| Direction | Direction à crémaillère sur les premières versions, assistance et HICAS sur certaines générations tardives |
| Freins | Disques avant, avec configurations arrière variables selon génération et version |
| Dimensions C30 Deluxe B | 4 350 × 1 605 × 1 405 mm, empattement de 2 620 mm |
| Dimensions C130 2000GL-6 | 4 500 × 1 670 × 1 405 mm, empattement de 2 670 mm |
| Dimensions C31 | Environ 4 635 mm de longueur et 1 690 mm de largeur selon version documentée |
| Dimensions C32 | Environ 4 675 mm de longueur et 1 690 mm de largeur selon version documentée |
| Dimensions C33 | Environ 4 690 mm de longueur et 1 695 mm de largeur selon version documentée |
| Poids | Environ 985 kg pour une C30 Deluxe B et jusqu’à environ 1 400 kg pour certaines C32 équipées |
| Pneumatiques | De 13 à 15 pouces selon génération et finition dans les configurations documentées |
| Puissance maximale | Jusqu’à 280 ch pour certaines Laurel C35 RB25DET |
Une berline aux identités multiples
La longue carrière de la Laurel explique la grande diversité de ses caractéristiques. Les premières générations utilisent notamment les moteurs G18, G20 et L20, avant l’arrivée de cylindrées supérieures. Les C31 et C32 ajoutent plusieurs familles de six cylindres et des versions turbo. À partir de la C33, les RB20 et RB25 deviennent emblématiques de la gamme.
Cette évolution accompagne une transformation profonde du style. La C30 possède des proportions relativement compactes et une présentation sobre, tandis que la C130 adopte une silhouette plus massive. La C31 privilégie l’aérodynamique, la C32 devient plus anguleuse et la C33 se distingue par son profil hardtop quatre portes. La C34 revient à une carrosserie conventionnelle et la C35 adopte des volumes plus arrondis.
Les appellations Medalist, Club S, SGX, SGL et d’autres finitions correspondent à des niveaux d’équipement et de motorisation différents. Une Laurel ne peut donc pas être identifiée uniquement par un moteur ou une technologie : les caractéristiques comme le RB25DET, le HICAS ou l’ATTESA E-TS appartiennent à certaines versions tardives et non à l’ensemble de la lignée.
La Nissan Stagea, apparue en 1996, illustre également la diffusion de cette architecture dans la gamme Nissan. Ce break haut de gamme contemporain partage des éléments techniques avec les berlines de la marque et certaines versions performantes utilisent des moteurs RB.
De la Laurel aux grandes berlines Nissan modernes
La Laurel reste une berline à part dans la gamme Nissan, située entre les modèles familiaux et les grandes voitures de prestige. La Nissan Cima, apparue à la fin des années 1980, évolue dans un registre supérieur en matière de luxe et de dimensions. Après la disparition de la Laurel, Nissan réorganise progressivement son offre de grandes berlines à propulsion, avec notamment la Fuga.
La production de la C35 est transférée à l’usine de Tochigi en 2001. La carrière de la Laurel s’achève à la fin de 2002, après huit générations et environ 34 années de production, mettant fin à une lignée passée d’une berline de standing à une voiture japonaise pouvant recevoir les six cylindres turbo RB parmi les plus connus de Nissan.




