Lamborghini Urraco

Lamborghini Urraco

Présentée au Salon de Turin en 1970, la Lamborghini Urraco marque une rupture dans l’histoire de la marque italienne. Plus compacte que les grandes Lamborghini à moteur V12, cette 2+2 inaugure un V8 installé transversalement en position centrale arrière. Ferruccio Lamborghini veut ainsi élargir sa gamme avec une sportive plus accessible, capable d’affronter les modèles européens du même segment sans renoncer à une architecture ambitieuse.

L’Urraco est également le fruit d’une association déterminante entre Paolo Stanzani, responsable de son développement technique, et Marcello Gandini, qui dessine sa carrosserie pour Bertone. Sa carrière donnera naissance à plusieurs cylindrées et préparera directement la Lamborghini Silhouette, autre étape importante de la famille des Lamborghini compactes à moteur central.

Une nouvelle Lamborghini pour les années 1970

À la fin des années 1960, Lamborghini s’est déjà imposé parmi les constructeurs italiens les plus prestigieux. Mais sa gamme repose essentiellement sur des automobiles coûteuses à moteur V12. La Lamborghini Miura incarne la sportive à moteur central, tandis que les grandes GT conservent une architecture plus traditionnelle. L’Urraco doit occuper un espace différent avec des dimensions réduites, huit cylindres et quatre places, dont deux places arrière de dimensions limitées.

Ce choix impose une conception particulièrement compacte. Le V8 est placé transversalement derrière l’habitacle afin de limiter la longueur du groupe motopropulseur et de préserver suffisamment d’espace pour adopter une configuration 2+2. La propulsion et la boîte manuelle à cinq rapports complètent une architecture alors très moderne.

La présentation intervient à Turin en 1970, mais il faut distinguer cette première apparition du véritable démarrage commercial. Le développement et l’industrialisation prennent du temps, dans une période financièrement difficile pour Lamborghini. La production monte progressivement au début des années 1970 et les livraisons commerciales se développent surtout à partir de 1972-1973.

L’Urraco cohabite ainsi avec des Lamborghini très différentes. La Lamborghini Jarama reste une GT 2+2 à moteur V12 avant, alors que l’Urraco transpose cette recherche de polyvalence dans une sportive beaucoup plus compacte à moteur central. Au sommet, la Lamborghini Countach ouvre parallèlement une nouvelle génération de supercars V12.

Le dessin de Marcello Gandini et Bertone

Marcello Gandini donne à l’Urraco une silhouette en coin typique de ses créations de cette période, mais sans reproduire les proportions d’une supercar strictement biplace. La voiture mesure environ 4,25 m de long pour un empattement de 2,45 m. Son pavillon plongeant, son capot très bas et sa poupe tronquée produisent une silhouette immédiatement identifiable.

Les phares escamotables permettent de conserver une face avant très basse. Les surfaces vitrées latérales sont fortement anguleuses et les imposantes persiennes noires situées derrière les vitres constituent l’un des signes distinctifs du modèle. Elles participent à l’habillage de la zone mécanique tout en renforçant visuellement le mouvement du profil vers l’arrière.

L’habitacle est tout aussi caractéristique. L’instrumentation adopte une présentation inhabituelle organisée autour du conducteur et du volant profondément creusé. L’Urraco reste une 2+2, mais ses places arrière répondent avant tout à la recherche de polyvalence qui distingue le modèle des sportives centrales strictement biplaces.

Cette formule diffère aussi de celle de la Lamborghini Espada. Toutes deux offrent quatre places ou une configuration 2+2, mais l’Espada est une grande GT V12 à moteur avant alors que l’Urraco privilégie compacité, moteur central transversal et V8.

Du V8 2,5 litres de la P250 au 3 litres de la P300

La première version de série est la P250. Son V8 à 90 degrés de 2 463 cm3 possède un arbre à cames en tête par rangée de cylindres et 16 soupapes. Alimenté par des carburateurs double corps, il développe environ 220 ch. Lamborghini annonce alors une vitesse maximale de 245 km/h, valeur remarquable pour cette catégorie au début des années 1970.

Le V8 constitue une nouveauté fondamentale pour Lamborghini, jusque-là associé à son V12. Son implantation transversale contribue directement à l’identité technique de l’Urraco. La voiture repose par ailleurs sur une structure en acier et reçoit quatre roues indépendantes, avec une conception des suspensions sensiblement différente de celle des premières Lamborghini de route.

La gamme évolue ensuite pour répondre à différents marchés. La P200 utilise un V8 ramené à 1 994 cm3 et développant environ 182 ch. Cette version vise principalement l’Italie, où la fiscalité pénalise fortement les automobiles dépassant deux litres de cylindrée. Elle conserve ainsi le concept de l’Urraco tout en l’adaptant aux contraintes particulières du marché national.

À l’opposé, la P300 représente l’évolution mécanique la plus poussée. Son V8 atteint 2 996 cm3 et reçoit deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres, soit quatre arbres à cames au total. Les données historiques de puissance ne sont pas parfaitement uniformes, avec des valeurs comprises autour de 250 à 265 ch suivant la norme et la documentation considérées. Cette mécanique permet à la P300 d’approcher environ 260 km/h dans les données d’époque les plus favorables.

Une variante spécifique, connue sous la désignation Tipo 111 ou P111, est développée pour les États-Unis. Elle se distingue notamment par ses imposants pare-chocs répondant aux normes américaines et par des adaptations antipollution qui réduisent les performances du V8. Seulement une petite vingtaine d’exemplaires sont généralement recensés, ce qui en fait l’une des variantes les plus rares de la famille.

Fiche technique de la Lamborghini Urraco

CaractéristiqueP200P250P300
Architecture moteurV8 à 90 degrésV8 à 90 degrésV8 à 90 degrés
Cylindrée1 994 cm32 463 cm32 996 cm3
Alésage x course77,4 x 53 mm86 x 53 mm86 x 64,5 mm
Distribution1 ACT par rangée, 16 soupapes1 ACT par rangée, 16 soupapes2 ACT par rangée, 16 soupapes
AlimentationCarburateurs double corpsCarburateurs double corps4 carburateurs Weber double corps
PuissanceEnviron 182 ch à 7 500 tr/minEnviron 220 ch à 7 800 tr/minEnviron 250 à 265 ch selon norme et source
ImplantationMoteur central arrière transversalMoteur central arrière transversalMoteur central arrière transversal
TransmissionPropulsionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapportsManuelle à 5 rapportsManuelle à 5 rapports
StructureAcierAcierAcier
Suspensions4 roues indépendantes4 roues indépendantes4 roues indépendantes
Freins4 disques4 disques4 disques
LongueurEnviron 4 250 mmEnviron 4 250 mmEnviron 4 250 mm
LargeurEnviron 1 760 mmEnviron 1 760 mmEnviron 1 760 mm
Empattement2 450 mm2 450 mm2 450 mm
Vitesse maximaleEnviron 215 km/hJusqu’à 245 km/h annoncésEnviron 250 à 260 km/h
CarrosserieCoupé 2+2Coupé 2+2Coupé 2+2

Une production limitée et des chiffres variables

L’Urraco reste une automobile produite en faible quantité, même si son objectif initial était d’élargir la clientèle Lamborghini. Les chiffres publiés diffèrent toutefois selon la manière dont sont comptés les prototypes, les voitures destinées à certains marchés et les différentes variantes. La P250 représente de loin l’essentiel de la production, avec environ 520 exemplaires généralement recensés.

Les P200 et P300 sont beaucoup plus rares. Selon les inventaires historiques, la P200 se situe autour de 70 exemplaires et la P300 autour de 200. Les divergences entre archives expliquent que le total de la famille soit parfois annoncé à moins de 800 voitures et parfois légèrement au-dessus. Un chiffre unique trop précis donnerait donc une fausse impression de certitude.

Cette diffusion limitée s’explique en partie par le contexte industriel de Lamborghini. L’Urraco arrive au moment où l’entreprise connaît d’importantes difficultés financières, auxquelles s’ajoutent les bouleversements du marché des voitures de sport au cours des années 1970. Le délai entre la présentation de 1970 et la véritable disponibilité commerciale réduit également l’avantage que pouvait procurer l’originalité initiale du projet.

De l’Urraco à la Silhouette et aux Lamborghini compactes

L’Urraco ne disparaît pas sans descendance. En 1976, Lamborghini présente la Silhouette, qui reprend une partie importante de sa base technique et son V8 tout en adoptant une carrosserie profondément remaniée, une configuration strictement biplace et un toit amovible. Il faut donc la considérer comme un modèle dérivé et non comme une simple version découvrable de l’Urraco. La Jalpa prolongera ensuite cette branche technique dans les années 1980.

Cette architecture installe surtout l’idée d’une seconde famille Lamborghini située sous les modèles V12. Après une longue interruption, cette logique réapparaît avec la Lamborghini Gallardo en 2003, même si celle-ci utilise un V10 et appartient à une époque techniquement sans rapport direct avec l’Urraco.

L’Urraco possède enfin une particularité qui retrouve un écho plus d’un demi-siècle après sa présentation : elle fut la première Lamborghini de série animée par un V8. Le Lamborghini Temerario réintroduit en 2024 cette architecture à huit cylindres dans la branche des sportives compactes de Sant’Agata Bolognese, cette fois avec turbocompression et hybridation.