Présentée au Salon de Genève en 1993, la Lamborghini Diablo Vt apporte une évolution déterminante à la supercar de Sant’Agata Bolognese. Trois ans après le lancement de la Lamborghini Diablo à propulsion, la marque associe son V12 atmosphérique de 5,7 litres à une transmission intégrale conçue pour mieux exploiter ses performances. Les lettres VT signifient Viscous Traction, en référence au viscocoupleur placé au coeur du dispositif.
Cette première Diablo à quatre roues motrices ne doit pas être confondue avec la Diablo VT 6.0 apparue à la fin de la carrière du modèle. La VT lancée en 1993 conserve une cylindrée de 5 707 cm³ et évolue progressivement jusqu’à une importante mise à jour pour le millésime 1999.
De la Diablo propulsion à la transmission intégrale VT
La Diablo avait repris en 1990 la place occupée pendant près de deux décennies par la Lamborghini Countach. Elle en conservait les grands principes d’une supercar spectaculaire à moteur V12 central arrière, mais avec une carrosserie plus aérodynamique et des performances adaptées aux années 1990. La première version transmettait toute sa puissance aux roues arrière.
Avec la VT, Lamborghini cherche moins à transformer le caractère de la Diablo qu’à rendre sa puissance plus facilement exploitable. Le système ne fonctionne pas comme une transmission intégrale à répartition fixe. Les roues arrière restent au centre du comportement de la voiture, tandis qu’un viscocoupleur permet de transférer une partie du couple vers l’essieu avant lorsque leur adhérence devient insuffisante. Jusqu’à environ 25 % du couple peut ainsi parvenir aux roues avant.
La transmission intégrale s’accompagne d’autres changements destinés à rendre la Diablo plus utilisable. La VT reçoit notamment une direction assistée et une suspension à amortissement piloté. Ces équipements comptent sur une automobile extrêmement basse, large de plus de deux mètres et animée par un V12 dépassant largement les 450 ch.
La formule s’oppose quelques années plus tard à celle de la Lamborghini Diablo SV. Cette dernière conserve la propulsion et adopte une orientation plus radicale, alors que la VT privilégie la motricité et une plus grande polyvalence sans renoncer aux performances de la Diablo.
Un V12 5,7 litres associé au système Viscous Traction
Installé longitudinalement derrière l’habitacle, le moteur reste le V12 atmosphérique à 60 degrés emblématique de Lamborghini. Sa cylindrée atteint 5 707 cm³, avec un alésage de 87 mm et une course de 80 mm. Il dispose de quatre arbres à cames en tête et de quatre soupapes par cylindre, soit 48 soupapes au total, ainsi que d’une injection électronique et d’une lubrification par carter sec.
Dans la première Diablo VT, il développe environ 492 ch selon la norme exprimée en PS, soit 485 bhp dans certaines documentations anglo-saxonnes, pour un couple voisin de 580 Nm. La boîte reste une transmission manuelle Lamborghini à cinq rapports. La présence du système VT augmente le poids et la complexité mécanique, mais permet de transmettre la puissance avec davantage de motricité lorsque les conditions deviennent difficiles.
Les performances publiées pour cette première version varient suivant les méthodes de mesure. Le 0 à 100 km/h se situe généralement entre 4,1 et 4,6 secondes, tandis que les chiffres de vitesse maximale s’échelonnent approximativement de 321 à 328 km/h. Ces écarts reflètent notamment les différentes mesures et spécifications utilisées à l’époque plutôt qu’une modification fondamentale du moteur.
Fiche technique de la Lamborghini Diablo Vt
| Caractéristique | Lamborghini Diablo VT 5.7 |
|---|---|
| Présentation | Salon de Genève 1993 |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés |
| Implantation | Longitudinale, centrale arrière |
| Cylindrée | 5 707 cm³ |
| Alésage x course | 87 x 80 mm |
| Distribution | Double arbre à cames en tête par banc, 48 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique |
| Lubrification | Carter sec |
| Puissance première version | Environ 492 ch à 6 800-7 000 tr/min |
| Couple première version | Environ 580 Nm à 5 200 tr/min |
| Transmission | Intégrale Viscous Traction |
| Transfert maximal vers l’avant | Environ 25 % du couple |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Structure | Châssis tubulaire en acier avec éléments composites |
| Suspension | Roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, barres antiroulis, amortissement piloté |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | Disques ventilés, étriers avant à quatre pistons |
| Roues première version | 17 pouces |
| Pneus arrière première version | 335/35 ZR17 |
| Longueur | Environ 4 460 mm |
| Largeur | 2 040 mm |
| Hauteur | 1 105 mm |
| Empattement | 2 650 mm |
| Voie avant | Environ 1 540 mm |
| Voie arrière | Environ 1 640 mm |
| Poids couramment publié | Environ 1 625 kg |
| 0 à 100 km/h | Environ 4,1 à 4,6 s selon les mesures |
| Vitesse maximale | Environ 321 à 328 km/h selon les mesures |
| Réservoir | Environ 100 litres |
Design et détails propres à la Diablo VT
La VT reste immédiatement identifiable comme une Diablo. Elle reprend le dessin originel de Marcello Gandini, largement retravaillé avant la commercialisation du modèle sous l’ère Chrysler. Son profil très bas, son pare-brise fortement incliné, ses vastes prises d’air latérales et ses portes en élytre constituent les signatures visuelles de la famille.
La première VT conserve surtout les phares escamotables caractéristiques des Diablo du début des années 1990. Des prises d’air supplémentaires apparaissent dans le bouclier avant, sous les antibrouillards, tandis que plusieurs détails de finition évoluent. Les rétroviseurs peints dans la teinte de la carrosserie et les marquages VT participent également à son identification.
L’habitacle est lui aussi modifié. Lamborghini abandonne progressivement la présentation très particulière des premières Diablo au profit d’une instrumentation abaissée et plus conventionnelle, améliorant la visibilité vers l’avant. Ces changements correspondent à la philosophie générale de la VT : conserver le caractère spectaculaire de la Diablo tout en corrigeant certains aspects qui rendaient les premières voitures exigeantes au quotidien.
La profonde évolution du millésime 1999
La Diablo VT connaît une transformation importante pour le millésime 1999. Le changement le plus visible concerne la disparition des phares escamotables. Ils cèdent leur place à des projecteurs fixes placés derrière des protections transparentes, donnant à la face avant un aspect sensiblement différent de celui de la VT lancée en 1993.
Le V12 conserve sa cylindrée de 5 707 cm³ mais bénéficie notamment d’un système de calage variable. Sa puissance atteint environ 530 ch et le couple environ 605 Nm. Des jantes de 18 pouces remplacent les roues de 17 pouces, avec des pneumatiques de 235/35 ZR18 à l’avant et 335/30 ZR18 à l’arrière. Le freinage évolue également et reçoit désormais l’ABS, absent de la première Diablo VT.
Cette distinction entre les deux phases est essentielle pour interpréter les fiches techniques consacrées au modèle. Une Diablo VT de 1993 et une VT du millésime 1999 peuvent ainsi afficher des caractéristiques différentes tout en portant la même désignation. Les valeurs de 530 ch, les phares fixes, les roues de 18 pouces et l’ABS correspondent à la voiture tardive et ne doivent pas être attribués rétroactivement à toute la production.
Production et place de la VT dans la famille Diablo
La première série de Diablo VT aurait été produite à environ 400 exemplaires entre 1993 et 1998. Les chiffres concernant la VT coupé du millésime 1999 sont moins solidement établis, certaines compilations évoquant environ 150 voitures sans qu’un total officiel suffisamment clair permette d’en faire un chiffre définitif.
Durant cette période, la famille Diablo se diversifie fortement. À côté de la VT apparaissent des variantes répondant à des philosophies différentes, jusqu’à la très exclusive Lamborghini Diablo GT. Cette multiplication des versions explique aussi certaines confusions actuelles entre les caractéristiques des différentes Diablo.
La VT 5.7 cède finalement la place à la Lamborghini Diablo VT 6.0. Introduite en 2000, celle-ci ne constitue pas simplement un nouveau millésime de la voiture de 1993 : son V12 passe à 5 992 cm³, sa puissance augmente et sa carrosserie reçoit de nombreuses modifications. Elle représente l’ultime évolution majeure de la Diablo à transmission intégrale avant le changement de génération.
Une transmission appelée à devenir une signature des V12 Lamborghini
La Diablo VT occupe une position particulière dans l’histoire technique de Lamborghini en introduisant la transmission intégrale sur une automobile de série de la marque. Le principe répond directement au problème posé par des V12 toujours plus puissants : conserver le tempérament d’une supercar à moteur central tout en améliorant la capacité à transmettre cette puissance au sol.
Cette orientation survit à la Diablo. Lors de son remplacement, la Lamborghini Murciélago reprend l’association entre V12 et quatre roues motrices, qui devient alors une caractéristique majeure des grandes Lamborghini de série.
La même logique se retrouve encore sur la Lamborghini Aventador, même si les systèmes mécaniques et électroniques progressent considérablement entre les générations. La Diablo VT de 1993 marque ainsi le moment où Lamborghini commence à faire de la transmission intégrale un élément durable de l’architecture de ses supercars V12.




