Présentée en 2001, la Lamborghini Murciélago ouvre une nouvelle période dans l’histoire de la marque de Sant’Agata Bolognese. Elle succède directement à la Lamborghini Diablo et devient la première Lamborghini entièrement nouvelle lancée sous le contrôle d’Audi. Elle conserve pourtant les fondamentaux historiques du constructeur : un V12 atmosphérique placé en position centrale arrière, une silhouette extrêmement basse, des portes en élytre et des performances de premier plan.
La Murciélago désigne à la fois le modèle originel équipé du V12 de 6,2 litres et une famille qui évoluera profondément jusqu’en 2010. Cette distinction est essentielle : les caractéristiques de la première version de 580 ch ne doivent pas être confondues avec celles des LP640 et LP670-4 SuperVeloce apparues plus tard. Au total, Lamborghini produira 4 099 Murciélago toutes variantes confondues.
Une Lamborghini V12 conçue pour l’ère Audi
Lorsque Audi prend le contrôle de Lamborghini en 1998, la Diablo reste le porte-drapeau de la marque. Ses dernières évolutions permettent d’assurer la transition, notamment la Lamborghini Diablo VT 6.0, mais une remplaçante entièrement nouvelle est déjà nécessaire. Le projet doit préserver le caractère spectaculaire d’une Lamborghini tout en progressant en qualité de fabrication, en ergonomie et en maîtrise du comportement routier.
La Murciélago apparaît en 2001 avec un dessin signé principalement par Luc Donckerwolke. Son style conserve le profil en coin devenu indissociable des grandes Lamborghini à moteur central, mais abandonne une partie de l’exubérance graphique de la Diablo. Les surfaces sont plus tendues et plus homogènes, tandis que l’intégration des fonctions aérodynamiques et de refroidissement participe directement à l’apparence de la voiture.
La carrosserie repose sur une structure tubulaire en acier associée à de nombreux éléments en fibre de carbone. Cette solution hybride ne constitue donc pas encore la monocoque carbone que Lamborghini adoptera avec l’Aventador. La Murciélago reste techniquement liée à la tradition des précédentes Lamborghini V12 tout en bénéficiant d’une mise au point plus moderne.
Un V12 6,2 litres de 580 ch et quatre roues motrices
Le moteur reste au coeur de l’identité du modèle. Le V12 atmosphérique à 60 degrés affiche 6 192 cm3, quatre arbres à cames en tête et 48 soupapes. Alimenté par injection électronique et doté notamment d’une admission à géométrie variable, il développe 580 ch à 7 500 tr/min et 650 Nm à 5 400 tr/min dans sa spécification européenne. Certaines publications anglophones indiquent des puissances légèrement différentes en hp, essentiellement en raison des unités et normes employées.
Le moteur est installé longitudinalement en position centrale arrière. La transmission intégrale permanente utilise un coupleur visqueux et distingue la Murciélago des supercars contemporaines à propulsion pure. Au lancement, elle est associée à une boîte manuelle à six rapports. La transmission robotisée e-gear à six rapports rejoint ensuite l’offre et annonce la généralisation progressive des changements de rapports automatisés sur les Lamborghini suivantes.
Avec 330 km/h annoncés en vitesse maximale et environ 3,8 secondes pour passer de 0 à 100 km/h, la première Murciélago appartient immédiatement au cercle très fermé des voitures de série capables de dépasser largement les 300 km/h. Son poids varie dans les documents selon la norme de mesure et la transmission : les données françaises rencontrées s’étendent notamment d’environ 1 625 à 1 725 kg. Cette différence explique pourquoi un poids unique attribué à toutes les Murciélago 6.2 serait trompeur.
Fiche technique de la Lamborghini Murciélago
| Caractéristique | Lamborghini Murciélago 6.2 |
|---|---|
| Année de présentation | 2001 |
| Production de la famille Murciélago | 2001 à 2010 |
| Carrosserie | Coupé 2 places, 2 portes |
| Architecture moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés, 48 soupapes |
| Cylindrée | 6 192 cm3 |
| Alésage x course | 87,0 x 86,8 mm |
| Alimentation | Injection électronique multipoint |
| Puissance | 580 ch à 7 500 tr/min |
| Couple | 650 Nm à 5 400 tr/min |
| Implantation | Moteur central arrière longitudinal |
| Transmission | Intégrale permanente à coupleur visqueux |
| Boîte de vitesses | Manuelle 6 rapports, puis e-gear 6 rapports disponible |
| Structure | Châssis tubulaire en acier avec éléments en fibre de carbone |
| Suspension avant | Roues indépendantes, doubles triangles |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, doubles triangles |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freins avant | Disques ventilés et perforés, environ 355 mm |
| Freins arrière | Disques ventilés et perforés, environ 335 mm |
| Pneus avant | 245/35 ZR18 |
| Pneus arrière | 335/30 ZR18 |
| Longueur | 4 580 mm |
| Largeur | 2 045 mm |
| Hauteur | Environ 1 135 à 1 140 mm |
| Empattement | 2 665 mm |
| Voie avant | Environ 1 635 mm |
| Voie arrière | Environ 1 695 mm |
| Poids documenté | Environ 1 625 à 1 725 kg selon version et norme de mesure |
| Vitesse maximale | 330 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 3,8 s |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation mixte documentée | Environ 20 à 21,5 l/100 km selon cycle et millésime |
| Production totale | 4 099 exemplaires toutes Murciélago confondues |
| Site de production | Sant’Agata Bolognese, Italie |
Un design identifiable par son aérodynamique active
La Murciélago mesure plus de deux mètres de large pour seulement environ 1,14 m de haut. Ces proportions donnent au coupé une présence très particulière, renforcée par les portes en élytre réservées à la lignée V12 de Lamborghini. Les projecteurs avant effilés, les grandes ouvertures latérales, la poupe largement ajourée et les sorties d’échappement centrales permettent de distinguer immédiatement la première version.
Ses prises d’air arrière mobiles comptent parmi ses détails les plus caractéristiques. Elles peuvent se relever afin d’augmenter l’arrivée d’air nécessaire au refroidissement du V12, transformant visuellement les épaules de la voiture. L’aileron arrière possède lui aussi un fonctionnement actif. Ces dispositifs permettent d’adapter refroidissement et comportement aérodynamique aux conditions de roulage sans imposer en permanence des appendices fixes particulièrement volumineux.
L’habitacle conserve une présentation très orientée vers le conducteur, mais marque un progrès important par rapport aux Lamborghini V12 précédentes en matière d’ergonomie et de finition. La Murciélago demeure une supercar large et basse, mais son développement sous Audi cherche davantage à rendre ses performances exploitables sans effacer le caractère mécanique du V12 atmosphérique.
De la Murciélago 6.2 à la LP670-4 SuperVeloce
La gamme s’élargit progressivement. Un Roadster est développé à partir du coupé et Lamborghini célèbre également ses quarante ans avec une série spéciale 40th Anniversary limitée à 50 exemplaires. À partir de 2003, la Lamborghini Gallardo vient compléter l’offre avec un V10 et un format plus compact, laissant à la Murciélago son rôle de vaisseau amiral V12.
La transformation la plus importante intervient en 2006 avec la Lamborghini Murciélago LP640. Le V12 passe de 6 192 à 6 496 cm3 et atteint 640 ch. Les modifications dépassent largement le moteur : transmission, suspensions, échappement, freins, habitacle et carrosserie évoluent également. Une fiche attribuant 640 ch et 6,5 litres à une Murciélago de 2001 mélange donc deux étapes différentes de la carrière du modèle.
Cette base sert également à la Lamborghini Reventón, série très limitée dont le style beaucoup plus anguleux préfigure certains codes visuels des Lamborghini suivantes. En 2009, la famille atteint son expression routière la plus radicale avec la Lamborghini Murciélago LP670-4 SV. Sa puissance atteint 670 ch tandis que Lamborghini annonce un allègement de 100 kg par rapport à la LP640.
La Murciélago en compétition et la fin de production
La carrière de la Murciélago ne se limite pas à la route. La R-GT, développée avec Reiter Engineering et Audi Sport, apparaît en 2003 pour la compétition-client. Homologuée dans la catégorie GT, elle abandonne notamment la transmission intégrale de la voiture de série afin de répondre aux règlements sportifs. Le programme conduit la Murciélago sur différentes épreuves internationales et jusqu’aux 24 Heures du Mans. Une R-SV destinée à la réglementation GT1 apparaît ensuite à la fin de la décennie.
La production s’achève en 2010 après 4 099 exemplaires de l’ensemble de la famille. Le dernier véhicule est une LP670-4 SuperVeloce en teinte Arancio Atlas destinée à un client suisse. Ce total englobe les différentes évolutions et carrosseries et ne correspond donc pas au seul coupé 6.2 présenté en 2001.
En 2011, la Lamborghini Aventador prend sa place au sommet de la gamme. Le changement est technique autant que générationnel : l’Aventador adopte une monocoque en fibre de carbone et un nouveau V12, mettant fin à la longue évolution de la mécanique V12 historique dont la Murciélago avait constitué l’une des dernières applications.




