Lancée en 1959, la Jaguar Mark 2 transforme la berline compacte de Coventry en une véritable berline sportive de référence. Sa carrosserie quatre portes associe une présentation luxueuse à une mécanique directement issue de la famille des six cylindres XK. Disponible en 2,4, 3,4 et 3,8 litres, elle se distingue autant par ses performances que par ses quatre freins à disque, sa visibilité améliorée et une carrière remarquable en compétition.
De la première berline monocoque Jaguar à la Mark 2
La Mark 2 dérive directement des Jaguar 2.4 Litre et 3.4 Litre apparues à partir de 1955. Ces voitures, ensuite désignées rétrospectivement sous le nom de Jaguar Mark 1, occupent une place importante dans l’histoire de la marque puisqu’elles inaugurent la construction monocoque parmi ses berlines. Jaguar conserve cette architecture pour la nouvelle génération mais intervient profondément sur la carrosserie, le comportement routier et les motorisations.
Présentée à l’automne 1959, la Mark 2 ne constitue donc pas une simple évolution cosmétique. La surface vitrée augmente d’environ 18 %, notamment grâce à des montants affinés et à une lunette arrière plus généreuse. Les roues arrière, beaucoup moins dissimulées par la carrosserie que sur sa devancière, accompagnent un élargissement de la voie arrière. Ces modifications donnent à la voiture son allure caractéristique tout en améliorant visibilité et stabilité.
La gamme est immédiatement structurée autour de trois cylindrées. Aux moteurs 2,4 et 3,4 litres déjà connus s’ajoute le 3,8 litres, qui donne naissance à la Mark 2 la plus performante et aujourd’hui la plus emblématique. Jaguar réussit ainsi à proposer, sous une carrosserie relativement compacte, plusieurs niveaux de performances sans abandonner les codes de finition d’une berline britannique haut de gamme.
Une berline dessinée pour être reconnue au premier regard
La silhouette de la Mark 2 reste étroitement associée à l’influence de William Lyons. Ses proportions sont celles d’une berline quatre portes classique, mais la combinaison d’un pavillon arrondi, d’une ceinture de caisse basse et de surfaces vitrées généreuses lui confère une légèreté visuelle inhabituelle pour l’époque. La face avant rassemble la calandre Jaguar verticale, les projecteurs principaux et des feux additionnels, tandis que les chromes soulignent les pare-chocs et les encadrements de vitres.
Le traitement des portes arrière constitue un autre repère visuel, avec leur découpe supérieure arrondie caractéristique. À l’arrière, la lunette enveloppante et les ailes galbées accentuent la différence avec la génération précédente. Les roues à rayons, particulièrement associées dans l’imaginaire collectif aux versions 3.8, renforcent l’apparence sportive sans modifier le caractère de berline de la voiture.
L’habitacle applique la même recette. Bois, cuir selon les spécifications et instrumentation abondante installent une atmosphère luxueuse, mais la présentation reste tournée vers la conduite. Compteur et compte-tours sont disposés devant le conducteur, tandis que plusieurs instruments secondaires et commandes prennent place au centre de la planche de bord. Cette combinaison de raffinement et de vocation sportive devient l’une des signatures de la Mark 2.
Les moteurs XK 2.4, 3.4 et 3.8 litres
Sous le capot se trouve le six cylindres en ligne XK à double arbre à cames en tête. Le 2 483 cm3 constitue l’entrée de gamme, tandis que le 3 442 cm3 offre un net supplément de performances. Au sommet, le 3 781 cm3 est annoncé à environ 220 bhp dans les spécifications britanniques d’époque. Ces valeurs historiques ne correspondent pas directement à une puissance mesurée selon les normes DIN modernes.
La Mark 2 3.8 pouvait atteindre environ 125 mph, soit près de 201 km/h, une vitesse particulièrement élevée pour une berline quatre portes du début des années 1960. Le même moteur XK de 3,8 litres appartient alors à l’univers technique de plusieurs Jaguar performantes, dont la Jaguar E-Type, sans que leurs configurations complètes soient pour autant identiques.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle à quatre rapports peut être associée à un overdrive. Les premières voitures utilisent la traditionnelle boîte Moss, remplacée au milieu des années 1960 par une transmission Jaguar entièrement synchronisée. Une boîte automatique Borg-Warner est également proposée, ce qui permet à la Mark 2 de couvrir aussi bien l’usage sportif que celui d’une berline de prestige.
Fiche technique de la Jaguar Mark 2
| Caractéristique | Jaguar Mark 2 |
|---|---|
| Production | 1959 à 1967 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places |
| Structure | Monocoque en acier |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs | 6 cylindres en ligne Jaguar XK, double arbre à cames en tête |
| Cylindrées | 2 483 cm3, 3 442 cm3 ou 3 781 cm3 |
| Puissance d’époque | Environ 120 bhp en 2.4, 210 bhp en 3.4 et 220 bhp en 3.8 |
| Alimentation | Carburateurs, configuration variable selon moteur |
| Boîte manuelle | 4 rapports, overdrive disponible |
| Boîte automatique | Borg-Warner disponible |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Pont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Freins | Disques hydrauliques Dunlop aux quatre roues, avec assistance |
| Direction | À recirculation de billes, assistance disponible selon spécification |
| Empattement | Environ 2,73 m |
| Longueur | Environ 4,59 m |
| Largeur | Environ 1,70 m |
| Hauteur | Environ 1,46 à 1,47 m |
| Poids | Environ 1,4 à 1,47 tonne selon version et méthode de mesure |
| Vitesse maximale | Jusqu’à environ 201 km/h pour la 3.8 |
| Roues | Acier ou roues à rayons selon équipement |
| Production totale | Environ 84 000 exemplaires |
Un châssis adapté aux performances
La puissance n’explique qu’une partie du caractère de la Mark 2. À l’avant, les roues sont indépendantes avec doubles triangles et ressorts hélicoïdaux. L’arrière conserve un pont rigide suspendu par ressorts à lames semi-elliptiques, mais l’élargissement de la voie par rapport à la génération précédente contribue à améliorer le comportement. Cette architecture reste plus simple que celle adoptée quelques années plus tard par la Jaguar 3.8S, dotée d’une suspension arrière indépendante.
Les quatre freins à disque Dunlop assistés constituent un élément essentiel de l’ensemble. Jaguar avait déjà introduit les disques sur les dernières évolutions de sa précédente petite berline, mais la Mark 2 les associe à une gamme mécanique capable, en 3.8, de dépasser largement les performances ordinaires d’une berline familiale contemporaine. Direction, freinage et transmission forment ainsi un ensemble cohérent avec les ambitions du moteur XK.
Cette polyvalence explique aussi les différences sensibles entre les versions. Une 2.4 privilégie davantage l’accès à l’univers Jaguar, alors qu’une 3.8 manuelle avec overdrive place clairement l’accent sur les performances. Entre les deux, la 3.4 représente un compromis particulièrement important dans la carrière commerciale du modèle.
La Jaguar Mark 2 en compétition
La Mark 2 devient rapidement une voiture de tourisme redoutable. Son six cylindres puissant, ses freins à disque et sa carrosserie relativement compacte lui permettent d’être compétitive sur circuit comme en rallye. La 3.8 est particulièrement associée à cette carrière et apparaît aux mains de pilotes tels que Graham Hill, Roy Salvadori, Jack Sears, Peter Nöcker ou Bernard Consten.
Le Tour de France Automobile compte parmi ses terrains de prédilection. Bernard Consten et Jack Renel remportent la catégorie Tourisme quatre années consécutives, de 1960 à 1963, avec une Jaguar Mark 2. En 1963, Peter Nöcker s’impose également dans le European Touring Car Challenge, tandis que Roy Salvadori et Denny Hulme remportent les 6 Heures de Brands Hatch sur une Mark 2 3.8.
La voiture connaît aussi une carrière marquante en Australie, où Bob Jane remporte les championnats australiens de voitures de tourisme de 1962 et 1963 avec une Mark 2. Ces résultats ont durablement renforcé l’image d’une berline capable d’associer un habitacle luxueux à de véritables qualités de compétition, bien au-delà du simple positionnement commercial de sportive quatre portes.
Fin de carrière et remplacement par les 240 et 340
À partir de 1963, la gamme Jaguar de berlines devient plus complexe. La S-Type propose une interprétation plus sophistiquée du concept, avec notamment sa suspension arrière indépendante. En 1966 apparaît la Jaguar 420, qui occupe à son tour une place supérieure dans une gamme où plusieurs berlines se chevauchent.
La Mark 2 quitte finalement le catalogue sous cette appellation en 1967. Sa carrosserie ne disparaît toutefois pas immédiatement. La Jaguar 240 et la Jaguar 340 en prolongent directement la formule avec une présentation rationalisée et respectivement des moteurs 2,4 et 3,4 litres. Elles ne doivent donc pas être comptabilisées comme de simples millésimes tardifs de la Mark 2.
Le nombre exact de Mark 2 produites varie légèrement entre les compilations historiques. Les archives publiées par Jaguar Daimler Heritage Trust indiquent 83 701 exemplaires, tandis qu’un total de 83 976 apparaît également dans la documentation consacrée au modèle. La formulation la plus solide reste donc une production d’environ 84 000 voitures entre 1959 et 1967. La réorganisation se poursuit ensuite avec l’arrivée de la Jaguar XJ en 1968, qui permet à Jaguar de rationaliser progressivement une famille de berlines devenue particulièrement étendue.




