Lancée au Japon en janvier 1994, la Mitsubishi Lancer Evo II constitue la deuxième étape de la jeune lignée Mitsubishi Lancer Evolution. Elle reprend la recette de la première Evolution, une berline compacte dotée d’un quatre cylindres 2,0 litres turbo et d’une transmission intégrale, mais Mitsubishi intervient sur le châssis, la transmission et le moteur afin d’obtenir une voiture plus efficace. Cette évolution est directement nourrie par l’expérience acquise en Championnat du monde des rallyes.
L’Evo II reste visuellement relativement discrète face aux générations qui suivront. Sous cette carrosserie proche d’une Mitsubishi Lancer de série se trouvent pourtant 260 ch, quatre roues motrices et un ensemble conçu dès l’origine pour satisfaire les exigences de l’homologation en compétition. Proposée principalement en versions GSR et RS, elle marque aussi une étape historique puisqu’elle devient la première Lancer Evolution victorieuse sur une manche du WRC.
Une Evolution développée grâce au rallye
La première Lancer Evolution apparaît en 1992 dans un contexte bien précis. Mitsubishi souhaite transférer son programme de rallye vers une voiture plus compacte que la Mitsubishi Galant VR-4, jusque-là porteuse du moteur 4G63 turbo et de la transmission intégrale en Championnat du monde. La Lancer offre une base plus légère et mieux adaptée aux besoins de la discipline.
Après les débuts de l’Evolution en WRC en 1993, Mitsubishi exploite rapidement les enseignements de la compétition. L’Evo II n’est donc pas une simple série légèrement remaniée. Le constructeur travaille particulièrement sur le comportement, avec un empattement allongé, des voies élargies et des pneumatiques plus généreux. L’objectif consiste à rendre la voiture plus stable et plus efficace dans les changements d’appui tout en améliorant sa capacité à transmettre sa puissance.
L’empattement atteint ainsi 2 510 mm, tandis que les voies avant et arrière passent respectivement à 1 465 et 1 470 mm. Les pneus adoptent une dimension de 205/60 R15, contre 195/55 R15 sur l’Evolution précédente. Mitsubishi modifie également les deux premiers rapports de boîte, l’embrayage et le différentiel arrière. Pris séparément, ces changements peuvent sembler modestes. Ensemble, ils transforment sensiblement la mise au point de la voiture.
Le 4G63 turbo porté à 260 ch
Le moteur reste le célèbre Mitsubishi 4G63, un quatre cylindres en ligne de 1 997 cm3 à double arbre à cames en tête et 16 soupapes. Monté transversalement à l’avant, il reçoit une injection électronique multipoint, un turbocompresseur et un échangeur air-air. Pour l’Evo II, Mitsubishi porte sa puissance à 260 ch à 6 000 tr/min, soit 10 ch de plus que sur la première Evolution. Le couple atteint environ 309 Nm à 3 000 tr/min.
Cette progression ne résulte pas d’une transformation fondamentale du moteur. Mitsubishi réduit notamment la contre-pression à l’échappement, augmente la pression de suralimentation et revoit la levée des soupapes. Le caractère général demeure celui qui définira les premières Evolution: une cylindrée relativement contenue, une forte puissance spécifique et une transmission intégrale chargée d’exploiter les performances sur des surfaces très différentes.
La boîte manuelle à cinq rapports est elle aussi adaptée. Les première et deuxième vitesses raccourcies favorisent les accélérations et les relances, particulièrement importantes en rallye. Un différentiel arrière mécanique à glissement limité participe au travail réalisé sur la motricité et le comportement en virage. L’embrayage reçoit également des modifications destinées à améliorer son endurance et son contrôle.
Fiche technique de la Mitsubishi Lancer Evo Ii
| Caractéristique | Mitsubishi Lancer Evo II |
|---|---|
| Année de lancement | 1994 |
| Code châssis | CE9A |
| Carrosserie | Berline 4 portes, 5 places |
| Moteur | 4G63, 4 cylindres en ligne, DOHC, 16 soupapes |
| Cylindrée | 1 997 cm3 |
| Alésage x course | 85,0 x 88,0 mm |
| Taux de compression | 8,5:1 |
| Alimentation | Injection électronique multipoint ECI-MULTI |
| Suralimentation | Turbocompresseur avec échangeur air-air |
| Puissance | 260 PS à 6 000 tr/min, environ 256 hp |
| Couple | 31,5 kgf.m à 3 000 tr/min, environ 309 Nm |
| Implantation | Moteur transversal avant |
| Transmission | Intégrale |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Rapport de 1re | 2,750 |
| Rapport de 2e | 1,684 |
| Rapport de 3e | 1,160 |
| Rapport de 4e | 0,862 |
| Rapport de 5e | 0,617 |
| Marche arrière | 3,166 |
| Réduction finale | 5,433 |
| Suspension avant | Type MacPherson |
| Suspension arrière | Multibras |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins avant | Disques ventilés |
| Freins arrière | Disques |
| Pneumatiques | 205/60 R15 91H |
| Longueur | 4 310 mm |
| Largeur | 1 695 mm |
| Hauteur | 1 420 mm |
| Empattement | 2 510 mm |
| Voie avant | 1 465 mm |
| Voie arrière | 1 470 mm |
| Garde au sol | Environ 170 mm |
| Poids | 1 250 kg en GSR, 1 180 kg en RS |
| Réservoir | 50 litres |
| Rayon de braquage minimal | 5,5 m |
GSR et RS, deux interprétations de l’Evo II
L’Evolution II est principalement proposée au Japon sous deux formes. La GSR représente la déclinaison routière la plus équipée. Elle conserve les caractéristiques fondamentales nécessaires à la performance tout en offrant une présentation et un équipement davantage compatibles avec un usage quotidien. Son poids atteint environ 1 250 kg.
La RS répond à une logique différente. Pensée comme une base plus directement exploitable pour la compétition, elle supprime une partie des équipements afin de réduire la masse et faciliter la préparation. Son poids descend à environ 1 180 kg. Cette distinction est importante lorsque l’on compare aujourd’hui des fiches techniques: certaines caractéristiques d’équipement attribuées à l’Evo II correspondent en réalité à la GSR et ne doivent pas automatiquement être appliquées à la RS.
La GSR se reconnaît notamment à ses jantes alliage OZ de 15 pouces et à ses sièges Recaro. L’Evo II conserve toutefois une présentation nettement moins spectaculaire que les Evolution suivantes. Son bouclier avant est plus travaillé que celui de l’Evo I et l’aileron arrière affirme sa vocation sportive, mais la carrosserie reste étroite, avec une largeur limitée à 1 695 mm.
La première Lancer Evolution victorieuse en WRC
La raison d’être de l’Evo II apparaît pleinement en compétition. Durant la saison 1994 du Championnat du monde des rallyes, Mitsubishi obtient notamment une deuxième place au Rallye de l’Acropole puis les troisième et quatrième places en Nouvelle-Zélande. La voiture progresse, mais la victoire absolue échappe encore à la famille Evolution.
Elle arrive au Rallye de Suède 1995. Kenneth Eriksson et Staffan Parmander remportent l’épreuve avec leur Lancer Evolution II, devant une autre Evo II confiée à Tommi Mäkinen et Seppo Harjanne. Ce doublé donne à Mitsubishi un résultat majeur et fait de l’Evo II la première Lancer Evolution à gagner une manche du Championnat du monde des rallyes.
Ce succès prend une importance particulière lorsqu’on le replace dans la trajectoire de Mitsubishi. Les Evolution deviennent progressivement l’une des références du rallye mondial, et Tommi Mäkinen sera bientôt au centre de cette période. Des modèles ultérieurs comme la Mitsubishi Lancer Evo VI porteront beaucoup plus loin cette association entre Lancer Evolution et WRC, mais l’Evo II est celle qui ouvre le palmarès mondial de la lignée.
Une génération courte entre Evo I et Evo III
La carrière de l’Evo II est brève. Introduite en janvier 1994, elle cède rapidement la place à la Mitsubishi Lancer Evo III, lancée en 1995. Cette dernière conserve la base CE9A mais adopte une aérodynamique nettement plus agressive et porte la puissance du 4G63 à 270 ch. La comparaison permet de situer précisément l’Evo II: elle appartient encore à la phase initiale et relativement sobre de la famille, avant que l’apparence des Evolution ne devienne beaucoup plus démonstrative.
Les chiffres de production disponibles ne sont pas issus d’un décompte d’usine suffisamment établi pour être présentés comme définitifs. Une compilation fréquemment reprise attribue 6 284 exemplaires à l’Evo II, dont 5 225 GSR et 1 059 RS. Ce total doit être considéré comme une estimation documentée plutôt que comme un volume officiel certifié par Mitsubishi.
La transformation de la gamme s’accélère ensuite. Après l’Evo III, la Mitsubishi Lancer Evo IV inaugure une nouvelle base et poursuit l’escalade technique. L’Evo II reste ainsi étroitement associée à la première phase du programme Evolution: celle où Mitsubishi affine rapidement une berline d’homologation encore discrète jusqu’à obtenir, en Suède en 1995, la première victoire mondiale qui manquait à la Lancer.




