Mitsubishi Minicab

Mitsubishi Minicab

Le Mitsubishi Minicab apparaît au Japon en août 1966 sous la forme d’un minuscule camion à cabine avancée. Conçu pour respecter les contraintes de la catégorie kei tout en offrant un maximum de surface utile, il inaugure une lignée d’utilitaires qui traversera plusieurs décennies, d’abord avec des modèles conçus par Mitsubishi, puis avec des véhicules fournis par Suzuki. Le Minicab originel, identifié notamment par le code LT30, constitue le point de départ de cette histoire.

Le Minicab de 1966, un kei truck pensé pour travailler

Au début des années 1960, Mitsubishi dispose déjà d’un petit utilitaire, le Mitsubishi 360. Celui-ci adopte toutefois une architecture à capot qui limite la longueur disponible pour le chargement. Dans un Japon où les kei cars bénéficient de dimensions réglementaires très strictes, déplacer la cabine vers l’avant permet d’exploiter beaucoup plus efficacement l’espace disponible.

Mitsubishi lance donc le Minicab Truck en août 1966. Sa carrosserie cab-over place la cabine pratiquement à l’extrémité avant du véhicule, tandis que le plateau occupe une grande partie de ses trois mètres de longueur. Avec environ 1,29 m de largeur, l’engin est particulièrement étroit. Ces proportions ne résultent pas d’un simple choix esthétique : elles répondent directement aux limites imposées aux kei de l’époque.

Le Minicab se distingue ainsi de la Mitsubishi Minica. Cette dernière est une petite voiture particulière, alors que le Minicab est conçu autour des besoins professionnels. Les deux appartiennent néanmoins au même univers technique de Mitsubishi et utilisent à cette époque des mécaniques de très faible cylindrée adaptées à la réglementation japonaise.

La gamme évolue rapidement. Dès décembre 1966, Mitsubishi complète les configurations de plateau. Une variante bâchée capable d’accueillir quatre personnes apparaît ensuite, avant l’arrivée en février 1968 du Minicab Van. Celui-ci transforme le principe du petit utilitaire en fourgonnette fermée et se décline en plusieurs niveaux de finition, dont Standard, Deluxe et Super Deluxe, ainsi qu’en Route Van à vocation plus strictement commerciale.

Un bicylindre deux-temps de 359 cm³

Le premier Minicab utilise un bicylindre essence deux-temps de 359 cm³ refroidi par air forcé. Cette cylindrée est étroitement liée aux règles régissant alors les kei cars. Les premières versions de 1966 sont associées au moteur ME24C développant 18 PS. Une évolution mécanique intervient en 1967 avec le ME24D, dont la puissance atteint 21 PS.

Cette distinction chronologique est importante, car les caractéristiques du Minicab de première génération sont parfois présentées comme si elles correspondaient toutes au véhicule lancé en août 1966. Les 21 PS fréquemment associés au LT30 caractérisent une évolution de la première génération et non nécessairement les tout premiers exemplaires. Pour la version 21 PS, des données historiques indiquent une puissance maximale atteinte à 5 500 tr/min et un couple de l’ordre de 3,2 kgm à 3 500 tr/min.

La mécanique reste modeste, mais la vocation du Minicab n’est pas la performance. Sa propulsion, son faible poids et ses dimensions réduites répondent avant tout aux déplacements professionnels urbains et ruraux. Une vitesse maximale d’environ 85 km/h est documentée pour un LT30 de 21 PS. Le plateau compact, l’accès simple à la cabine et le faible encombrement constituent des arguments bien plus importants pour sa clientèle que l’accélération.

Fiche technique du Mitsubishi Minicab

CaractéristiqueMitsubishi Minicab LT30 de première génération
LancementAoût 1966
CatégorieKei utilitaire
Carrosserie au lancementTruck à cabine avancée et plateau
CodeLT30
MoteurBicylindre en ligne essence, deux-temps
Cylindrée359 cm³
RefroidissementAir forcé
Puissance initiale18 PS sur les premières versions de 1966
Évolution21 PS avec le ME24D à partir de 1967
Puissance maximale, version 21 PS21 PS à 5 500 tr/min
Couple, version 21 PSEnviron 3,2 kgm à 3 500 tr/min
TransmissionPropulsion, boîte manuelle
ArchitectureCab-over-engine
Longueur2 990 mm selon Mitsubishi, 2 995 mm dans certaines données historiques
Largeur1 290 mm selon Mitsubishi, 1 295 mm dans certaines données historiques
Hauteur du Truck1 610 mm
Dimensions du Van2 995 x 1 290 x 1 630 mm
Poids documenté sur une version LT30525 kg
Vitesse maximale documentéeEnviron 85 km/h pour une version de 21 PS

Du LT30 aux Minicab Wide 55

Le Minicab ne reste pas figé dans sa configuration de 1966. Le Van lancé en 1968 élargit d’abord considérablement son champ d’utilisation. Il conserve le gabarit minuscule du Truck, mais sa carrosserie fermée permet de transporter marchandises ou passagers à l’abri. Mitsubishi dispose ainsi d’une véritable famille de kei utilitaires, située très en dessous d’un fourgon comme le Mitsubishi Delica en matière de dimensions et de capacité.

En 1971, le Truck LT30 cède la place au Minicab EL, connu sous le code T130. La transition n’est toutefois pas parfaitement simultanée pour toutes les carrosseries, puisque l’ancien Van poursuit sa carrière. Cette particularité explique pourquoi la période attribuée à la première génération varie selon que l’on parle du Truck originel, du Van ou de l’ensemble de la famille LT30.

Le Minicab W succède ensuite à l’EL avec notamment un moteur deux-temps refroidi par eau. Les modifications de la réglementation kei conduisent Mitsubishi à faire évoluer encore la mécanique au milieu des années 1970. Le Minicab 5 reçoit ainsi une cylindrée de 471 cm³, avant l’arrivée en 1977 du Minicab Wide 55. Ce dernier profite du nouveau cadre réglementaire avec une carrosserie élargie et un moteur quatre-temps de 546 cm³.

Ces transformations montrent la fonction particulière du Minicab dans la gamme Mitsubishi. Il doit rester suffisamment petit et économique pour conserver son statut de kei, tout en évoluant avec les besoins des professionnels et les nouvelles limites réglementaires. À l’autre extrémité de l’offre utilitaire, le Mitsubishi Canter répond à des usages de camion léger et à des capacités de charge sans commune mesure avec celles du Minicab.

Des générations toujours adaptées aux règles kei

La lignée se renouvelle à plusieurs reprises. En 1984, une nouvelle génération modernise profondément la présentation, avec davantage de surface vitrée, un pare-brise collé et des projecteurs rectangulaires. Le Minicab s’éloigne alors nettement de l’aspect rudimentaire du LT30 tout en conservant son principe fondamental : offrir un maximum d’espace utile dans le gabarit réglementaire japonais.

Une autre étape importante intervient en 1991. Les nouvelles dimensions autorisées pour les kei permettent d’agrandir le véhicule, tandis que Mitsubishi améliore son agrément et ses capacités. Une direction assistée hydraulique devient notamment disponible et les versions à quatre roues motrices prennent une importance croissante. Le Minicab n’est plus seulement un petit camion élémentaire : il peut répondre à des usages ruraux, artisanaux ou de livraison dans des conditions beaucoup plus diverses.

En janvier 1999, la réglementation kei ayant de nouveau évolué, Mitsubishi introduit une génération respectant le nouveau gabarit maximal de 3,40 m de long et 1,48 m de large. La conception semi-cab-over éloigne davantage le conducteur de l’extrémité avant et accompagne le durcissement des exigences de sécurité. Selon les versions, la gamme propose alors des moteurs trois cylindres, des freins avant à disque, une transmission automatique et différentes configurations de transmission.

Cette longue évolution explique pourquoi le nom Minicab ne correspond pas à une seule fiche technique. Entre le bicylindre deux-temps de 359 cm³ de 1966 et les générations modernes, architecture, dimensions, moteurs et équipements ont profondément changé. Le point commun reste la fonction de petit utilitaire japonais et, pendant l’essentiel de son histoire, son appartenance à la catégorie kei.

Le Minicab passe à l’électricité

L’électrification n’est pas totalement étrangère à cette famille. Mitsubishi expérimente dès le début des années 1970 des véhicules électriques basés sur ses petites automobiles et utilitaires. Mais il faut attendre plusieurs décennies pour qu’une déclinaison électrique du Minicab devienne un véritable modèle de série.

Le Minicab-MiEV est commercialisé au Japon à partir de décembre 2011. Il applique au monde de l’utilitaire compact l’expérience acquise avec la Mitsubishi i-MiEV, elle-même dérivée de la petite Mitsubishi i. L’intérêt est particulièrement évident pour les tournées urbaines : un fourgon kei dispose d’un volume utile adapté aux livraisons tout en utilisant une chaîne de traction électrique dépourvue d’émissions à l’échappement.

Cette branche électrique connaît une nouvelle évolution avec le Minicab EV lancé au Japon en décembre 2023. Il prolonge le concept du Minicab-MiEV en bénéficiant des progrès réalisés sur la batterie et la chaîne de traction, tout en restant orienté vers les usages professionnels quotidiens.

Pourquoi les Minicab récents sont différents

Un changement industriel majeur intervient en 2014. Mitsubishi cesse de développer et produire de manière autonome ses Minicab thermiques traditionnels. Les nouveaux Truck et Van commercialisés sous ce nom sont alors fournis dans le cadre d’un accord OEM avec Suzuki. Ils dérivent respectivement des familles Carry et Every. Le badge Mitsubishi demeure, mais la filiation technique avec les anciennes générations Minicab conçues par Mitsubishi est rompue.

Cette distinction permet aussi d’éviter une confusion fréquente lorsqu’on recherche un Minicab d’occasion ou des informations techniques. Un LT30 de 1966, un Minicab des années 1990, un Minicab-MiEV et un Minicab thermique contemporain peuvent porter le même nom tout en étant des véhicules radicalement différents. Une motorisation ou une dimension attribuée à l’un ne peut donc pas être transposée aux autres.

Visuellement, le Minicab originel reste immédiatement reconnaissable par sa cabine très verticale, son pare-brise presque droit, ses phares ronds, ses petites roues et son étroitesse inhabituelle. Son dessin est avant tout celui d’un outil : dans moins de trois mètres de longueur, Mitsubishi avait cherché à préserver une cabine fonctionnelle tout en consacrant le maximum d’espace possible au chargement. C’est précisément cette logique d’exploitation du moindre centimètre, dictée par les règles kei de 1966, qui explique la silhouette si particulière du premier Minicab.