Présentée au Salon de Genève en 2008, la Rolls-royce Phantom Coupé transpose l’univers de la grande limousine britannique dans une carrosserie deux portes à toit fixe. Avec son V12 atmosphérique de 6,75 litres, sa structure en aluminium et ses quatre véritables places, elle privilégie toujours le silence et le confort, mais adopte un empattement raccourci et des réglages de châssis spécifiques. Cette déclinaison de la Rolls-royce Phantom occupe ainsi une place particulière dans la gamme de l’ère Goodwood: celle d’une grande GT pensée davantage pour son conducteur.
Du concept 101EX au modèle de série de 2008
La genèse du modèle remonte à la 101EX, voiture expérimentale dévoilée par Rolls-Royce au Salon de Genève 2006. Elle explore l’idée d’un grand coupé quatre places caractérisé par un long capot, une ligne de toit abaissée, une surface vitrée réduite et des portes articulées à l’arrière. Il ne faut pas la confondre avec la 100EX, précédente étude qui avait surtout préparé le développement de la version découvrable.
Le modèle de série apparaît deux ans plus tard et reste très proche de cette proposition. Il appartient techniquement à la famille de la Rolls-royce Phantom Vii, lancée en 2003 lors du renouveau de Rolls-Royce sous l’égide de BMW. Il en reprend notamment le principe du spaceframe en aluminium et le V12 atmosphérique, mais avec un empattement ramené à 3,32 m et une carrosserie spécifique.
La Phantom Coupé complète alors une gamme comprenant la berline, sa déclinaison à empattement long et la Rolls-royce Phantom Drophead Coupé. Cette dernière est parfois confondue avec le modèle fermé en raison de leur proximité technique et esthétique. La distinction est pourtant simple: le Drophead est un cabriolet à capote textile, tandis que la Phantom Coupé possède un toit fixe et une carrosserie conçue pour offrir une rigidité particulièrement élevée.
Un grand coupé Rolls-Royce pensé pour le conducteur
Avec 5,61 m de longueur et près de deux mètres de largeur, la Phantom Coupé ne cherche pas la compacité d’une sportive traditionnelle. Son empattement est toutefois inférieur de 250 mm à celui de la Phantom berline standard. La structure très rigide permet également aux ingénieurs de retenir des réglages de suspension plus fermes, une barre antiroulis arrière renforcée et une direction calibrée pour fournir davantage de précision.
Cette orientation ne transforme pas la voiture en sportive radicale. Sa masse atteint environ 2,6 tonnes et son architecture reste celle d’une grande propulsion de prestige. Le moteur est un V12 atmosphérique de 6 749 cm3 développant 460 ch DIN et 720 Nm. Sur la première version, il est associé à une boîte automatique ZF à six rapports. Rolls-Royce annonçait 250 km/h en vitesse maximale, limitée électroniquement, et les données européennes donnent environ 5,8 secondes pour passer de 0 à 100 km/h.
Le caractère du moteur tient moins à une puissance spécifique spectaculaire qu’à sa disponibilité. Le couple maximal arrive à 3 500 tr/min et la puissance à 5 350 tr/min, des valeurs cohérentes avec une mécanique conçue pour déplacer la voiture avec souplesse plutôt que rechercher les hauts régimes. Contrairement à plusieurs Rolls-Royce plus récentes, cette Phantom Coupé n’utilise pas le V12 biturbo de 571 ch: son moteur reste atmosphérique pendant sa carrière.
Fiche technique de la Rolls-royce Phantom Coupé
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Production | 2008 à 2016 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 4 places |
| Structure | Spaceframe en aluminium |
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés, 48 soupapes |
| Cylindrée | 6 749 cm3 |
| Alésage x course | 92 x 84,6 mm |
| Puissance maximale | 460 ch DIN, 338 kW, à 5 350 tr/min |
| Couple maximal | 720 Nm à 3 500 tr/min |
| Implantation | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique 6 rapports, puis 8 rapports sur Series II |
| Suspension avant | Doubles triangles, suspension pneumatique et amortissement piloté |
| Suspension arrière | Multibras, suspension pneumatique et amortissement piloté |
| Direction | Crémaillère à assistance variable Servotronic |
| Freins avant | Disques ventilés de 374 mm |
| Freins arrière | Disques ventilés de 370 mm |
| Pneus avant | 255/50 R21 |
| Pneus arrière | 285/45 R21 |
| Longueur | 5 609 mm à l’origine |
| Largeur | 1 987 mm |
| Hauteur | 1 592 mm à l’origine |
| Empattement | 3 320 mm |
| Voie avant | 1 687 mm |
| Voie arrière | 1 671 mm |
| Poids | Environ 2 590 kg pour la version de lancement |
| Répartition des masses | Environ 49 % avant, 51 % arrière |
| Vitesse maximale | 250 km/h, limitée électroniquement |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,8 s |
| Coefficient aérodynamique | Cx 0,36 |
| Réservoir | 100 litres |
| Consommation mixte | Environ 15,7 l/100 km sur la version initiale |
| Émissions de CO2 | Environ 377 g/km sur la version initiale |
| Volume de coffre | Environ 395 litres |
| Production | Goodwood, West Sussex, Royaume-Uni |
Un design immédiatement identifiable
La Phantom Coupé conserve les codes fondamentaux de la marque, mais les adapte à des proportions inhabituelles chez Rolls-Royce. La calandre Pantheon domine une face avant presque verticale, prolongée par un capot extrêmement long. Le pavillon plus bas et la faible hauteur des vitres donnent à la silhouette une allure plus ramassée que celle de la berline, malgré des dimensions toujours imposantes.
Les deux grandes portes s’ouvrent vers l’arrière selon le principe des coach doors. L’absence de montant central visible lorsque les vitres sont abaissées renforce l’aspect de véritable hardtop. À bord, les quatre occupants bénéficient d’un habitacle largement personnalisable, combinant cuir, bois, métal et moquettes épaisses. Le ciel de toit Starlight, composé de nombreux points lumineux à fibres optiques, fait également partie des équipements emblématiques associés à cette génération.
La possibilité d’adopter un capot en finition métallique brossée accentue encore la présence visuelle du modèle. Malgré son orientation plus dynamique, Rolls-Royce ne renonce donc pas au principe de personnalisation qui accompagne la production de Goodwood. La Phantom Coupé demeure une automobile construite en petites quantités et largement configurable plutôt qu’un coupé de grande série.
Dans l’histoire de la marque, cette formule renoue avec une tradition devenue rare. La Rolls-royce Camargue, commercialisée à partir des années 1970, constitue l’un des précédents les plus évidents parmi les grands coupés fermés Rolls-Royce, même si sa conception et son langage stylistique appartiennent à une époque très différente.
La mise à jour Phantom Series II de 2012
En 2012, la famille Phantom bénéficie d’une évolution importante baptisée Series II. La Phantom Coupé conserve son V12 atmosphérique et son architecture générale, mais reçoit une transmission automatique à huit rapports. Ce changement améliore l’exploitation du couple et participe à la baisse de la consommation normalisée, donnée autour de 14,8 l/100 km sur cette évolution contre environ 15,7 l/100 km pour la version initiale.
La Series II se reconnaît également à sa face avant modernisée. Les projecteurs entièrement à LED constituent l’une de ses signatures les plus visibles, tandis que les boucliers et certains détails extérieurs sont redessinés. À l’intérieur, l’électronique évolue avec notamment un écran central de 8,8 pouces et un système multimédia modernisé.
Ces modifications prolongent la carrière du modèle sans bouleverser sa philosophie. La Phantom Coupé reste au sommet de la gamme alors que la Rolls-royce Ghost, plus compacte, occupe depuis 2009 une position différente dans le catalogue. La coexistence des deux familles permet à Rolls-Royce de conserver la Phantom comme proposition la plus imposante et cérémonielle tout en élargissant sa clientèle.
Production, prix et rareté
La production débute à Goodwood durant l’été 2008. L’accueil commercial initial est suffisamment fort pour que la production prévue cette année-là soit annoncée comme déjà couverte par les commandes avant le démarrage industriel. Plus de 200 commandes avaient alors été enregistrées et une part importante des premiers acheteurs n’avait encore jamais possédé de Rolls-Royce.
Le volume total fabriqué entre 2008 et 2016 n’est pas publié de manière suffisamment précise par Rolls-Royce pour retenir un chiffre incontestable. Les données disponibles montrent néanmoins une diffusion très limitée: 137 exemplaires sont notamment associés à l’année 2008 et 198 à 2009. Rolls-Royce a depuis décrit le Coupé comme encore plus rare que le Drophead Coupé, ce qui explique sa faible présence sur le marché par rapport aux berlines Phantom.
En France, les tarifs contemporains consultés se situent autour de 450 000 euros avant d’éventuelles personnalisations importantes, avec des montants publiés allant approximativement de 447 000 à 464 000 euros selon la date et la base tarifaire. Le programme Bespoke pouvait naturellement augmenter fortement le prix final en fonction des matériaux, teintes et équipements choisis.
Fin de carrière et relève du grand coupé Rolls-Royce
La Phantom Coupé reste produite jusqu’en 2016, mais son rôle commence à évoluer dès l’arrivée de la Rolls-royce Wraith en 2013. Plus compacte et conçue avec une orientation dynamique plus affirmée, cette dernière devient progressivement le coupé central de la gamme. Elle ne constitue toutefois pas une nouvelle génération de Phantom Coupé: son architecture, son positionnement et son moteur biturbo correspondent à une autre famille de modèles.
L’arrêt du Phantom Coupé met fin à la déclinaison deux portes de la Phantom VII, et la Phantom VIII lancée ensuite ne reçoit pas d’équivalent direct. La formule du grand coupé réapparaît plus tard sous une forme radicalement différente avec la Rolls-royce Spectre, électrique et fondée sur une nouvelle architecture. La Phantom Coupé reste ainsi propre à l’époque où Rolls-Royce pouvait associer son imposante plateforme Phantom, un V12 atmosphérique et une carrosserie hardtop à deux portes.




