Apparue en 1988, la Jaguar XJR transpose à la grande berline britannique une approche nettement plus sportive, développée sous l’égide de JaguarSport et de Tom Walkinshaw Racing. Cette première XJR routière est dérivée de la Jaguar XJ40 et reçoit initialement le six cylindres en ligne AJ6 de 3,6 litres. Elle inaugure une appellation qui accompagnera ensuite plusieurs générations de berlines Jaguar hautes performances.
Cette origine est importante, car le nom XJR prête facilement à confusion. Avant la berline de 1988, Jaguar et TWR l’avaient déjà employé sur des prototypes de compétition. La XJR XJ40 est donc la première berline routière de la marque portant ce nom. Elle ne doit pas non plus être confondue avec la XJR X300 de 1994, beaucoup plus connue pour son moteur à compresseur.
La première XJR routière naît avec JaguarSport
La XJR apparaît dans une période où Jaguar resserre ses liens avec Tom Walkinshaw Racing. TWR possède alors une expérience importante des Jaguar de compétition, notamment grâce à la Jaguar XJ-S. Cette collaboration débouche sur JaguarSport, structure destinée à développer des Jaguar routières plus performantes et plus exclusives.
JaguarSport annonce la nouvelle XJR 3.6 le 12 octobre 1988, dans le contexte du Birmingham Motor Show. La base reste celle de la grande berline XJ40, mais le traitement dépasse l’ajout de quelques accessoires esthétiques. Les trains roulants sont raffermis, la direction est recalibrée et la présentation extérieure devient plus agressive. L’objectif consiste à donner à la confortable Jaguar XJ un comportement et une identité correspondant davantage à l’expérience sportive de TWR.
Le moteur de la première XJR demeure toutefois atmosphérique. Il s’agit du six cylindres en ligne AJ6 de 3 590 cm3, à double arbre à cames en tête et 24 soupapes. Avec environ 224 ch DIN dans sa configuration européenne documentée, il ne transforme pas radicalement les performances de la XJ40. La personnalité de cette première XJR repose donc largement sur son châssis, sa présentation et son positionnement plutôt que sur une spectaculaire hausse de puissance.
De la XJR 3.6 à la XJR 4.0
La carrière de la XJR XJ40 commence avec la 3.6, produite sur une période relativement courte. Dès 1989, l’évolution de la gamme XJ40 entraîne l’arrivée du six cylindres AJ6 de 3 980 cm3. La XJR 4.0 devient alors la version principale et certaines configurations bénéficient d’une préparation JaguarSport/TWR plus poussée, portant notamment sur l’admission, les arbres à cames et la gestion moteur.
La XJR 4.0 européenne à boîte manuelle est donnée pour environ 254 ch DIN et 377 Nm. Elle se montre sensiblement plus rapide que la première 3.6, avec une vitesse maximale annoncée proche de 240 km/h. Les spécifications ne sont cependant pas uniformes sur toute la production : transmission, marché et millésime peuvent modifier les caractéristiques d’une XJR 4.0. Les chiffres de la version manuelle européenne ne doivent donc pas être appliqués indistinctement à toutes les voitures.
Les évolutions touchent également la carrosserie. Les premières XJR se reconnaissent notamment à leurs quatre projecteurs ronds, à leurs éléments aérodynamiques couleur carrosserie et à leurs roues spécifiques. Au début des années 1990, la présentation évolue avec l’adoption des grands projecteurs rectangulaires associés aux XJ40 les plus luxueuses et avec un kit carrosserie remanié. Une XJR tardive peut ainsi paraître sensiblement différente d’un exemplaire de 1988 sans appartenir à une autre génération.
Fiche technique de la Jaguar XJR
| Caractéristique | XJR 3.6 de 1988 | XJR 4.0 européenne manuelle |
|---|---|---|
| Moteur | AJ6, 6 cylindres en ligne, atmosphérique | AJ6, 6 cylindres en ligne, atmosphérique |
| Distribution | Double arbre à cames en tête, 24 soupapes | Double arbre à cames en tête, 24 soupapes |
| Cylindrée | 3 590 cm3 | 3 980 cm3 |
| Alimentation | Injection électronique | Injection électronique |
| Puissance | 165 kW, environ 224 ch DIN à 5 000 tr/min | 187 kW, environ 254 ch DIN à 5 250 tr/min |
| Couple | 337 Nm à 4 000 tr/min | 377 Nm à 4 000 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion, différentiel autobloquant | Propulsion |
| Boîte | Manuelle 5 rapports sur la version européenne documentée, automatique également proposée | Manuelle 5 rapports, automatique 4 rapports selon version |
| Structure | Monocoque en acier dérivée de la XJ40 | Monocoque en acier dérivée de la XJ40 |
| Suspension | Roues indépendantes, réglage JaguarSport, amortisseurs Bilstein spécifiques | Roues indépendantes, réglage JaguarSport |
| Direction | Assistée, recalibrée pour la XJR | Assistée, réglage sportif |
| Freinage | Disques avec ABS | Disques avec ABS |
| Roues et pneus | Jantes Speedline 16 pouces, pneus 225/55 ZR16 sur la configuration documentée | Jantes spécifiques selon millésime |
| Longueur | 4 988 mm | Environ 4 988 mm selon configuration |
| Largeur | 1 798 mm | Environ 1 798 mm selon configuration |
| Hauteur | 1 380 mm | Environ 1 380 mm selon configuration |
| Empattement | 2 870 mm | 2 870 mm |
| Poids à vide | Environ 1 770 kg selon configuration | Variable selon transmission et équipement |
| Vitesse maximale | Environ 219 km/h annoncés | Environ 240 km/h annoncés |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,7 s | Environ 7 s |
| Réservoir | 89 litres | 89 litres selon configuration |
| Production de la génération XJR XJ40 | Environ 1 243 exemplaires selon le décompte spécialisé fondé sur les archives Jaguar Heritage | |
Un châssis plus sportif sans sacrifier la berline de luxe
La transformation opérée par JaguarSport conserve le principe fondamental de la XJ40 : une grande berline à propulsion conçue pour associer confort et comportement routier. La XJR reçoit néanmoins des amortisseurs Bilstein spécifiques et des réglages de suspension plus fermes. La direction assistée est également recalibrée afin de fournir davantage de résistance au conducteur.
Le résultat ne correspond pas encore à la formule des berlines suralimentées qui définira plus tard le badge XJR. Sur la 3.6, la puissance reste relativement proche de celle du moteur Jaguar dont elle dérive. L’intérêt de l’auto tient plutôt à l’équilibre recherché entre raffinement d’une grande berline britannique et réponses plus directes du châssis. Ce positionnement explique pourquoi la XJR originelle doit être considérée comme une JaguarSport complète et non comme une simple XJ40 dotée d’un habillage différent.
La propulsion et, sur la 3.6 documentée, le différentiel autobloquant renforcent cette orientation. Malgré une masse avoisinant 1,8 tonne selon les configurations, les performances restent élevées pour une grande berline de la fin des années 1980. La XJR 4.0 accentue ensuite cette dimension grâce au couple supérieur du moteur de quatre litres.
Comment reconnaître une Jaguar XJR XJ40
La première XJR conserve les proportions très caractéristiques de la XJ40, avec son capot bas et long, son habitacle relativement étroit et son coffre nettement séparé. JaguarSport lui ajoute des jupes et bas de caisse couleur carrosserie qui donnent visuellement davantage de présence à la voiture. La calandre assombrie, les roues Speedline et les quatre phares circulaires des premiers exemplaires permettent de différencier rapidement une XJR 3.6 des XJ40 plus conventionnelles.
Le traitement sportif se poursuit dans l’habitacle. Les premières voitures peuvent notamment recevoir un volant MOMO gainé de cuir, ainsi que des éléments et marquages JaguarSport. L’ambiance reste néanmoins celle d’une grande Jaguar : la XJR n’abandonne pas le caractère luxueux de sa base pour adopter une présentation dépouillée de voiture de compétition.
Les exemplaires tardifs demandent davantage d’attention pour être identifiés, car leur face avant évolue. L’adoption de projecteurs rectangulaires et la modification des éléments aérodynamiques rapprochent leur apparence des autres XJ40 contemporaines. Les détails de présentation dépendent donc fortement de l’année de production.
Une production limitée et plusieurs configurations
Les chiffres de production les plus détaillés disponibles pour la XJR XJ40 proviennent d’un décompte spécialisé présenté comme établi à partir des archives Jaguar Daimler Heritage Trust. Il recense 1 243 voitures, dont 252 XJR 3.6 et 991 XJR 4.0. Ce total est suffisamment documenté pour donner un ordre de grandeur solide, mais il ne provient pas d’un tableau de production Jaguar directement publié et doit être compris comme un décompte d’archives.
Ce même relevé fait apparaître une production très majoritairement automatique : 1 160 exemplaires contre seulement 83 à boîte manuelle. Il recense également 818 voitures à conduite à droite et 425 à conduite à gauche. Les 252 XJR 3.6 auraient toutes été produites avec conduite à droite, ce qui contribue à expliquer la rareté de cette première variante hors du Royaume-Uni.
Cette diffusion limitée distingue nettement la XJR originelle des générations suivantes. Elle reste aussi étroitement liée à JaguarSport, structure qui participe à d’autres projets marquants de la marque. Au début des années 1990, ce nom est notamment associé au programme de la Jaguar XJ220, même si la genèse et l’industrialisation de cette supercar constituent un projet très différent.
De la XJ40 atmosphérique aux XJR à compresseur
En 1994, la Jaguar XJ X300 succède à la XJ40 et transforme profondément la formule XJR. Son six cylindres reçoit un compresseur, faisant de cette génération la première Jaguar de série dotée d’un moteur suralimenté. Cette rupture explique une confusion fréquente : la XJR de 1988 n’est jamais une X300 à compresseur avant l’heure. Son AJ6 est atmosphérique.
La recette évolue encore avec la Jaguar XJR X308. À partir de cette génération, le six cylindres laisse place à un V8 suralimenté, tandis que la philosophie demeure celle d’une grande berline capable de combiner luxe et performances élevées.
La Jaguar XJR X350 poursuit cette évolution au début des années 2000 en associant le V8 à compresseur à une structure largement réalisée en aluminium. Derrière ces transformations techniques successives subsiste le principe introduit par la XJR XJ40 de 1988 : utiliser la grande berline Jaguar comme base d’une version plus affûtée, sans lui retirer son caractère de voiture de luxe.




