Jaguar Xj13

Jaguar Xj13

La Jaguar Xj13 est un prototype de compétition unique achevé en 1966. Conçue autour d’un V12 de 5 litres installé en position centrale, elle devait permettre à Jaguar de revenir au plus haut niveau de l’endurance après ses succès des années 1950. Elle ne prit pourtant jamais le départ d’une course. Développée alors que les priorités industrielles de Jaguar évoluaient, puis dépassée par les changements de réglementation, la Xj13 resta une voiture d’essais avant de devenir l’une des pièces les plus singulières de l’histoire de la marque.

Un prototype conçu pour ramener Jaguar au Mans

La Xj13 trouve son origine dans l’impressionnant palmarès construit par Jaguar aux 24 Heures du Mans. La Jaguar C-Type avait ouvert cette période victorieuse en 1951, avant que les prototypes de Coventry ne s’imposent comme des références de l’endurance. Jaguar remporta cinq fois l’épreuve entre 1951 et 1957, mais se retira ensuite officiellement de la compétition.

La Jaguar D-Type constitue la devancière sportive la plus évidente de la Xj13, mais les deux voitures reposent sur des architectures profondément différentes. Alors que la D-Type conservait son six-cylindres à l’avant, la nouvelle machine devait adopter une disposition à moteur central. Cette solution plaçait Jaguar dans la tendance suivie par les prototypes de compétition les plus modernes des années 1960.

Les réflexions autour d’un nouveau prototype et d’un V12 de compétition remontaient à plusieurs années. Le moteur expérimental fonctionnait au banc dès 1964 et la construction de la voiture prit véritablement forme en 1965. Achevée en 1966, la Xj13 n’était ni une voiture de route ni un modèle destiné à être homologué en petite série. Jaguar n’en construisit qu’un exemplaire.

Le projet fut notamment porté par l’ingénieur en chef William Heynes, avec Claude Baily et d’autres spécialistes Jaguar pour le développement mécanique. La construction mobilisa le département expérimental de Browns Lane à Coventry. Malgré l’ambition technique de la voiture, le programme compétition n’était plus prioritaire. Jaguar devait concentrer ses ressources sur ses futurs modèles routiers, dans un contexte industriel également marqué par son rapprochement avec BMC en 1966.

Le V12 5 litres au coeur de la Xj13

L’élément déterminant de la Xj13 est son V12 atmosphérique à 60 degrés d’environ 5 litres. Sa cylindrée est généralement établie à 4 994 cm3. Entièrement pensé comme un moteur de compétition, il reçoit quatre arbres à cames en tête, soit deux par rangée de cylindres, ainsi qu’une injection mécanique Lucas. Dans sa spécification la plus aboutie documentée, sa puissance atteint environ 502 bhp.

Ce V12 ne doit pas être assimilé au moteur 5,3 litres qui équipera plus tard les Jaguar de série. Le programme Xj13 participa à l’expérience accumulée par la marque autour de l’architecture V12, mais le moteur de course était nettement plus radical. Le V12 routier qui apparut ensuite sur la Jaguar E-Type adoptait notamment une distribution différente et répondait à des contraintes de souplesse, de fiabilité et de production sans rapport avec celles du prototype.

Le moteur est placé longitudinalement derrière le cockpit et associé à une boîte-pont ZF manuelle à cinq rapports entraînant les roues arrière. Son implantation contribue directement à la répartition des masses et à la structure arrière. Cette conception tranche avec celle des anciennes Jaguar d’endurance et explique la silhouette particulièrement basse de la voiture.

Une carrosserie de Malcolm Sayer façonnée pour la vitesse

Le dessin est l’oeuvre de Malcolm Sayer, aérodynamicien dont l’influence sur les Jaguar de compétition et de sport fut considérable. Il avait déjà travaillé sur les C-Type et D-Type ainsi que sur l’E-Type. La Xj13 reprend son approche fondée sur l’aérodynamique plutôt que sur la décoration : surfaces continues, volumes très bas, ailes galbées et réduction des éléments susceptibles de perturber l’écoulement de l’air.

La carrosserie en aluminium habille une structure monocoque également réalisée en aluminium. Le travail de mise en forme est notamment associé à Bob Blake et aux spécialistes chargés des prototypes Jaguar. La Xj13 se reconnaît immédiatement à son nez très bas et arrondi, son petit pare-brise enveloppant, son cockpit ouvert et son imposante partie arrière qui recouvre le V12. La faible hauteur générale renforce visuellement la largeur du prototype.

Malgré certaines ressemblances dans le traitement des surfaces, la Xj13 ne constitue pas une simple évolution de l’E-Type ou de la Jaguar XKSS. Cette dernière dérivait directement de la D-Type, alors que la Xj13 fut conçue autour d’une architecture centrale spécifique. Elle marque ainsi une rupture technique beaucoup plus importante dans la famille des sportives expérimentales Jaguar.

Fiche technique de la Jaguar Xj13

CaractéristiqueJaguar Xj13
Année1966
TypePrototype de compétition biplace ouvert
Production1 exemplaire
Architecture moteurV12 atmosphérique à 60 degrés
Cylindrée4 994 cm3
Distribution4 arbres à cames en tête, 2 soupapes par cylindre
AlimentationInjection mécanique Lucas
Puissance maximale documentéeEnviron 502 bhp
ImplantationMoteur central longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle ZF à 5 rapports
StructureMonocoque en aluminium
CarrosserieAluminium
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs
Suspension arrièreRoues indépendantes, demi-arbres participant au guidage supérieur, bras inférieurs et bras longitudinaux
DirectionCrémaillère
FreinsDisques ventilés Girling aux quatre roues
Longueur publiéeEnviron 4,48 m
Largeur publiéeEnviron 1,85 m
Hauteur publiéeEnviron 0,99 m
Empattement publiéEnviron 2,44 m
Masse à vide couramment publiéeEnviron 1 124 kg
Performance mesurée notablePlus de 161 mph, soit environ 259 à 260 km/h de moyenne sur un tour de MIRA

Des essais prometteurs, mais aucune course

Le développement se poursuivit après l’achèvement de la voiture. David Hobbs fut l’un des pilotes chargés des essais et la Xj13 se montra extrêmement rapide sur le circuit d’essais de MIRA. En 1967, elle y dépassa 161 mph de moyenne sur un tour, soit environ 260 km/h. Cette mesure est plus significative que les vitesses maximales théoriques parfois attribuées au prototype : Jaguar estimait notamment qu’il aurait pu dépasser 180 mph sur les Hunaudières, mais la Xj13 ne courut jamais au Mans.

Son absence en compétition tient autant au calendrier qu’aux choix de Jaguar. Lorsque le prototype fut suffisamment développé, ses adversaires avaient progressé et l’entreprise n’était plus engagée dans un programme sportif disposant des moyens nécessaires pour exploiter la voiture au plus haut niveau. Les changements réglementaires annoncés pour les prototypes à partir de 1968 achevèrent de condamner le projet 5 litres. La Xj13 n’eut donc aucun palmarès, malgré une conception explicitement tournée vers l’endurance.

Jaguar ne retrouvera que bien plus tard une présence officielle capable de gagner au sommet de l’endurance. La Jaguar XJR-9 remportera notamment les 24 Heures du Mans en 1988, plus de vingt ans après les essais de la Xj13. Cette longue interruption explique pourquoi le prototype de 1966 occupe une position à part : il matérialise un programme de retour au Mans qui n’atteignit jamais la compétition.

L’accident de 1971 et la reconstruction de l’unique exemplaire

Après l’abandon du programme, la Xj13 resta chez Jaguar. Son histoire aurait pu se limiter à quelques années d’essais, mais elle connut un épisode spectaculaire en 1971. La marque ressortit le prototype à l’occasion d’un tournage promotionnel lié à l’arrivée du V12 sur l’E-Type. Norman Dewis, pilote d’essai historique de Jaguar, prit alors le volant sur l’anneau de MIRA.

À haute vitesse, une défaillance de pneumatique ou de roue provoqua une perte de contrôle. La Xj13 quitta sa trajectoire, heurta les protections et effectua plusieurs tonneaux. Dewis survécut à l’accident, mais le prototype fut très lourdement endommagé. L’événement est parfois résumé en affirmant que la Xj13 originale fut détruite, ce qui donne une image inexacte de son histoire.

Jaguar décida en effet de reconstruire la voiture. L’opération put s’appuyer sur des éléments et des moyens de fabrication liés à sa réalisation initiale. L’exemplaire conservé aujourd’hui reste ainsi considéré par Jaguar Daimler Heritage Trust comme l’unique Xj13 officielle, et non comme l’une des répliques construites ultérieurement par des spécialistes indépendants.

Une Jaguar unique restée propriété de la marque

La Xj13 n’ayant jamais été commercialisée, elle ne possède ni prix neuf ni série de production à proprement parler. Son numéro de châssis est simplement XJ13. Elle appartient au Jaguar Daimler Heritage Trust et fait partie des véhicules historiques les plus précieux culturellement de la marque. Sa rareté est absolue dans le cadre de la production Jaguar : toutes les autres voitures reprenant aujourd’hui sa silhouette sont des reproductions ou des évocations.

Son statut diffère donc de celui de la Jaguar XJ220, autre spectaculaire Jaguar à moteur central, mais développée plusieurs décennies plus tard comme une automobile de route produite en série limitée. La similitude architecturale ne traduit aucune succession directe entre les deux programmes.

La Xj13 a finalement rejoint le circuit auquel elle était destinée dans un contexte historique plutôt que compétitif. En 2016, pour le cinquantième anniversaire de sa construction, Jaguar l’a amenée au Le Mans Classic. Cette apparition tardive sur le tracé sarthois a permis à l’unique prototype de rouler sur le circuit qui avait justifié sa conception un demi-siècle auparavant.