Lancée en 2013, l’Aston Martin Rapide S remplace la Aston Martin Rapide et pousse nettement plus loin le concept de la GT quatre portes britannique. Toujours animée par un V12 atmosphérique de 5,9 litres et dotée de quatre places individuelles, elle gagne en puissance, reçoit une face avant profondément redessinée et évolue techniquement au cours de sa carrière. Cette dernière distinction est essentielle : les Rapide S de lancement utilisent une boîte automatique à six rapports, tandis que les modèles ultérieurs adoptent une transmission à huit rapports et affichent des performances sensiblement supérieures.
Une Rapide profondément remaniée en 2013
La Rapide S s’inscrit dans une histoire commencée avec le concept Rapide présenté en 2006, puis poursuivie avec la voiture de série dévoilée en 2009. Aston Martin cherchait alors à transposer les proportions et le comportement d’une grande GT dans une carrosserie permettant à quatre adultes de voyager dans des sièges individuels. La Rapide avait d’abord été assemblée à Graz, en Autriche, avant que sa production ne soit transférée à Gaydon, en Angleterre, en 2012. C’est donc à Gaydon qu’est produite la Rapide S.
Dévoilée en janvier 2013, la nouvelle version ne constitue pas une génération entièrement différente. Elle conserve la structure VH en aluminium et les proportions générales de sa devancière, mais Aston Martin revoit suffisamment la mécanique, le châssis et le style pour abandonner la simple appellation Rapide. Le moteur est notamment installé environ 20 mm plus bas, une modification destinée à abaisser le centre de gravité et à améliorer le comportement.
Cette architecture rapproche techniquement la Rapide S des grandes GT contemporaines de la marque, en particulier de l’Aston Martin DB9. Le moteur est disposé longitudinalement en position avant-centrale, tandis que la boîte est installée à l’arrière selon une architecture transaxle. Cette disposition contribue à mieux répartir les masses entre les deux essieux malgré les dimensions et le poids importants de la voiture.
Un V12 atmosphérique porté à près de 560 ch
Le principal changement de 2013 se trouve sous le long capot. Le V12 atmosphérique de 5 935 cm3 demeure fidèle à la formule traditionnelle d’Aston Martin, avec douze cylindres en V à 60 degrés et 48 soupapes. Dans la première Rapide S, sa puissance atteint environ 558 ch en mesure métrique, contre environ 477 ch pour la Rapide précédente. Le couple maximal s’établit à 620 Nm.
Cette progression rapproche la grande quatre portes des Aston Martin V12 les plus performantes de son époque. Elle partage ainsi cette recherche de performances accrues avec l’Aston Martin V12 Vantage S, même si les deux voitures répondent à des usages très différents. La Rapide S conserve avant tout une vocation de grande routière capable d’accueillir quatre occupants et leurs bagages.
Au lancement, le V12 est associé à la transmission automatique Touchtronic II à six rapports. La Rapide S atteint alors 100 km/h en 4,9 secondes et peut dépasser 300 km/h, Aston Martin annonçant 306 km/h. Pour une automobile longue d’un peu plus de cinq mètres et proche de deux tonnes, ces performances marquent une nette évolution par rapport à la Rapide initiale.
Une seconde étape importante intervient pour le millésime 2015. Aston Martin associe alors une évolution du V12, couramment identifiée comme AM29, à la boîte automatique Touchtronic III ZF à huit rapports. La puissance atteint environ 560 ch en mesure métrique et le couple 630 Nm. Surtout, l’étagement plus serré et la rapidité de la nouvelle transmission améliorent fortement les accélérations : le 0 à 100 km/h tombe à environ 4,4 secondes et la vitesse maximale atteint 327 km/h. Les chiffres de 306 et 327 km/h rencontrés pour la Rapide S correspondent donc à deux phases techniques différentes de sa carrière.
Une GT quatre portes plutôt qu’une berline classique
Avec 5,02 m de longueur et un empattement de 2,99 m, la Rapide S possède les dimensions d’une grande berline de prestige, mais sa conception reste celle d’une GT. Les quatre portes sont intégrées à une silhouette particulièrement basse, dont le pavillon descend progressivement vers un hayon arrière. L’habitacle privilégie quatre sièges individuels plutôt qu’une banquette arrière traditionnelle.
La modification esthétique la plus immédiatement reconnaissable concerne la calandre. La Rapide précédente possédait une face avant organisée autour d’une ouverture relativement fine. La Rapide S reçoit une immense calandre en aluminium occupant presque toute la hauteur du bouclier. Cet élément donne au modèle une identité beaucoup plus affirmée et constitue l’un des moyens les plus simples de distinguer une Rapide S d’une Rapide antérieure.
La silhouette reste néanmoins très fidèle au dessin original de la famille Rapide, développé sous la direction du design Aston Martin. Le long capot, les flancs tendus, le vitrage latéral effilé et la poupe fastback permettent de conserver une parenté visuelle immédiate avec les coupés de la marque. Les portes conservent également le principe d’ouverture légèrement ascendante caractéristique des Aston Martin contemporaines.
Cette combinaison entre quatre portes et présentation de grand tourisme est restée inhabituelle dans la gamme. La Aston Martin Lagonda Taraf, apparue ultérieurement et produite en quantité très limitée, explore elle aussi le domaine de la quatre portes de prestige, mais avec une philosophie, un dessin et un positionnement commercial distincts.
Fiche technique de l’Aston Martin Rapide S
| Caractéristique | Rapide S 2013-2014 | Rapide S à partir du millésime 2015 |
|---|---|---|
| Moteur | V12 atmosphérique à 60 degrés, AM11 | V12 atmosphérique à 60 degrés, évolution AM29 |
| Cylindrée | 5 935 cm3 | 5 935 cm3 |
| Distribution | 48 soupapes, double arbre à cames par rangée | 48 soupapes, double arbre à cames par rangée |
| Puissance | Environ 558 ch à 6 750 tr/min | Environ 560 ch |
| Couple | 620 Nm à 5 500 tr/min | 630 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal avant-central | Moteur longitudinal avant-central |
| Transmission | Propulsion, architecture transaxle | Propulsion, architecture transaxle |
| Boîte de vitesses | Touchtronic II automatique à 6 rapports | Touchtronic III ZF automatique à 8 rapports |
| Structure | Architecture VH, structure en aluminium | Architecture VH, structure en aluminium |
| Suspension avant | Doubles triangles indépendants, amortissement adaptatif | Doubles triangles indépendants, amortissement adaptatif |
| Suspension arrière | Doubles triangles indépendants, amortissement adaptatif | Doubles triangles indépendants, amortissement adaptatif |
| Freins | Disques ventilés, étriers multipistons | Disques avant jusqu’à 400 mm et arrière 360 mm selon spécification |
| Jantes | 20 pouces | 20 pouces |
| Longueur | Environ 5 019 mm | Environ 5 019 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 1 929 mm | 1 929 mm |
| Hauteur | Environ 1 350 à 1 360 mm selon spécification | Environ 1 350 à 1 360 mm selon spécification |
| Empattement | 2 989 mm | 2 989 mm |
| Poids annoncé | Environ 1 990 kg | Environ 1 990 kg |
| 0 à 100 km/h | 4,9 s | Environ 4,4 s |
| Vitesse maximale | 306 km/h | 327 km/h |
| Consommation mixte NEDC | Environ 14,2 à 14,3 l/100 km | Environ 12,9 l/100 km |
| Émissions de CO2 | Environ 332 g/km | Environ 300 g/km |
| Réservoir | Environ 90 litres | Environ 90 litres |
| Places | 4 | 4 |
Châssis et comportement de grande routière
L’augmentation de puissance ne résume pas l’évolution apportée par la Rapide S. Aston Martin retravaille également les réglages du châssis et conserve un système d’amortissement adaptatif permettant de modifier le caractère de la voiture. Les doubles triangles aux quatre roues et l’implantation transaxle sont davantage issus de la logique d’une GT sportive que de celle d’une berline traditionnelle.
La position abaissée du V12 participe au même objectif. Avec une masse annoncée proche de 1 990 kg, la Rapide S ne cherche évidemment pas la légèreté d’une sportive compacte. Le travail porte plutôt sur la maîtrise des mouvements de caisse, la stabilité à haute vitesse et la conservation d’un comportement cohérent avec les coupés Aston Martin. La boîte arrière et le moteur placé derrière l’axe des roues avant permettent d’obtenir une répartition des masses proche de l’équilibre.
Le passage à huit rapports renforce cette polyvalence à partir du millésime 2015. La transmission permet à la fois de rapprocher les rapports lors des accélérations et de réduire le régime du V12 dans certaines situations de conduite. La baisse de consommation homologuée, d’environ 14,2 à 12,9 l/100 km en cycle mixte NEDC, accompagne ainsi une amélioration spectaculaire des performances.
Une carrière marquée par une expérimentation à l’hydrogène
La Rapide S a également servi de base à un programme expérimental particulièrement inhabituel. En 2013, Aston Martin et Alset Global développent une Rapide S capable d’utiliser de l’hydrogène dans son moteur à combustion interne. Le véhicule participe aux 24 Heures du Nürburgring et démontre la possibilité de faire fonctionner un moteur thermique haute performance avec de l’hydrogène. Cette voiture expérimentale ne correspond toutefois pas à une Rapide S commercialisée : la version de série reste exclusivement équipée du V12 essence conventionnel.
La Rapide S poursuit ensuite sa carrière pendant que la gamme Aston Martin commence sa transformation. L’arrivée de l’Aston Martin DB11 en 2016 inaugure une nouvelle génération technique et stylistique, alors que la quatre portes demeure fidèle à l’architecture VH. Sa production se prolonge jusqu’en 2018 dans la chronologie officielle de la marque.
Rapide S, Rapide AMR et Rapide électrique : trois modèles à distinguer
L’appellation Rapide recouvre plusieurs projets de fin de carrière qu’il ne faut pas confondre avec la Rapide S standard. La Rapide AMR constitue une évolution beaucoup plus radicale, développée dans l’esprit de la branche sportive AMR. Elle reçoit notamment une présentation spécifique et des modifications destinées à accentuer le caractère sportif du modèle. Ses caractéristiques ne doivent donc pas être utilisées pour décrire une Rapide S classique.
Le projet RapidE, parfois désigné Rapide E, appartient encore à une autre histoire. Il visait une déclinaison entièrement électrique de la quatre portes et ne constitue ni une motorisation disponible sur la Rapide S ni une évolution de son V12. La Rapide S reste ainsi représentative d’une période bien définie chez Aston Martin : celle des grandes GT construites autour de l’architecture VH et du V12 atmosphérique.
Les volumes exacts produits pour la seule Rapide S ne sont pas établis de manière suffisamment solide pour lui attribuer un chiffre précis. Son positionnement était en revanche sans ambiguïté : une automobile très haut de gamme fabriquée à Gaydon, proposée autour de 190 000 euros en France au début de sa carrière et destinée à offrir les performances d’une grande Aston Martin V12 sans renoncer à quatre portes et quatre véritables places individuelles.




