Aston Martin Rapide

Aston Martin Rapide

Lancée commercialement en 2010, l’Aston Martin Rapide transpose la philosophie des grandes GT de Gaydon dans une carrosserie à quatre portes et quatre places. Longue de plus de cinq mètres mais haute de seulement 1,36 m, elle privilégie une silhouette de coupé étiré plutôt que les proportions d’une berline traditionnelle. Sous son long capot, le V12 atmosphérique de 5,9 litres développe 470 bhp, soit environ 477 ch DIN, et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte automatique à six rapports installée en position transaxle.

La Rapide constitue alors une proposition inhabituelle dans la gamme Aston Martin. Elle doit offrir un accès crédible aux places arrière et davantage de polyvalence sans abandonner l’architecture, le comportement routier et le dessin associés aux GT de la marque. Cette première Rapide de série doit être distinguée de l’Aston Martin Rapide S, qui la remplace en 2013 avec une face avant profondément remaniée et un V12 nettement plus puissant.

Du concept de 2006 à la Rapide de série

Le projet prend forme en 2005, alors qu’Aston Martin cherche à exploiter plus largement son architecture VH en aluminium. Sous l’impulsion du dirigeant Ulrich Bez et avec une équipe de style dirigée par Marek Reichman, la marque développe une automobile capable d’accueillir quatre adultes tout en conservant les codes d’une sportive Aston Martin. Le nom Rapide fait écho à la Lagonda Rapide du début des années 1960 et renoue ainsi avec l’histoire des automobiles de prestige à quatre portes liées à Aston Martin Lagonda.

Le Rapide Concept est dévoilé en janvier 2006 au Salon de Detroit. Sa silhouette est déjà très proche de celle qui arrivera en production: long capot, pavillon bas, quatre portes discrètement intégrées et arrière plongeant terminé par un hayon. Certains détails de salon, notamment le toit transparent et des aménagements spécifiques du compartiment à bagages, ne passent toutefois pas en série.

La voiture définitive apparaît au Salon de Francfort en septembre 2009, avant les premières livraisons au printemps 2010. Malgré son positionnement prestigieux, Aston Martin ne cherche pas à concevoir une limousine classique. La Rapide reste volontairement basse, dispose de quatre sièges individuels et conserve une implantation mécanique de GT. Cette orientation explique autant son caractère que certaines concessions faites à l’habitabilité arrière.

Une DB9 allongée, mais pas simplement transformée

La Rapide s’appuie sur l’architecture VH, constituée en grande partie d’éléments d’aluminium extrudés et collés. Elle partage donc des principes techniques essentiels avec l’Aston Martin DB9, mais son empattement atteint près de 2,99 m afin de libérer l’espace nécessaire aux deux sièges arrière. Avec environ 5,02 m de longueur, elle dépasse largement le coupé dont elle est techniquement proche.

Le V12 est installé longitudinalement à l’avant, en retrait de l’essieu, tandis que la boîte automatique est placée à l’arrière. Les deux éléments sont reliés par un arbre de transmission en fibre de carbone. Cette disposition transaxle contribue à répartir les masses entre les deux essieux et permet à Aston Martin de préserver le comportement d’une propulsion sportive malgré le gabarit et une masse approchant deux tonnes.

Le châssis utilise des suspensions indépendantes à doubles triangles en aluminium aux quatre roues et des amortisseurs adaptatifs. La direction à crémaillère reçoit une assistance variable Servotronic. Le freinage repose sur des disques de 390 mm avec étriers à six pistons à l’avant et de 360 mm avec étriers à quatre pistons à l’arrière. Les roues de 20 pouces chaussent des pneumatiques de 245/40 ZR20 à l’avant et 295/35 ZR20 à l’arrière.

Cette architecture replace la Rapide dans la famille des grandes Aston Martin V12 de son époque, aux côtés de modèles comme l’Aston Martin DBS. La différence fondamentale vient moins de sa mécanique que de sa mission: permettre à quatre occupants de voyager dans une automobile conservant les réactions et l’implantation mécanique d’une GT.

Un V12 atmosphérique de 477 ch

Le moteur est le V12 atmosphérique Aston Martin de 5 935 cm3, doté de 48 soupapes et d’une injection électronique multipoint. Dans la Rapide initiale, il délivre 470 bhp à 6 000 tr/min, soit environ 477 ch selon la norme DIN, ainsi que 600 Nm de couple. La transmission est confiée à la boîte automatique ZF Touchtronic 2 à six rapports, avec possibilité de sélectionner les vitesses depuis des palettes montées au volant.

Les performances demeurent celles d’une GT de très haut niveau malgré le poids et les quatre portes. Le 0 à 100 km/h est annoncé autour de 5,3 secondes dans les spécifications européennes. La vitesse maximale demande davantage de précision: la documentation européenne de lancement fait couramment état de 303 km/h, tandis que les données patrimoniales publiées ultérieurement par Aston Martin mentionnent 184 mph, soit environ 296 km/h. Cette différence correspond aux spécifications publiées selon les marchés et les périodes, et ne doit pas conduire à attribuer à la Rapide initiale les performances de la Rapide S.

Le réservoir de 91 litres rappelle également la vocation de grande routière du modèle. L’homologation française d’époque fait état d’une consommation mixte d’environ 14,9 l/100 km et de 355 g/km de CO2, valeurs correspondant aux cycles réglementaires alors en vigueur.

Fiche technique de l’Aston Martin Rapide

CaractéristiqueDonnée
CommercialisationÀ partir de 2010, remplacée par la Rapide S en 2013
CarrosserieGT quatre portes, quatre places, hayon
ArchitectureStructure VH en aluminium, propulsion
MoteurV12 essence atmosphérique, 48 soupapes
Cylindrée5 935 cm3
Alésage x course89 x 79,5 mm
Rapport volumétrique10,9:1
Puissance470 bhp à 6 000 tr/min, environ 477 ch DIN
Couple600 Nm à 5 000 tr/min
ImplantationMoteur longitudinal avant-central, boîte transaxle arrière
Boîte de vitessesZF Touchtronic 2 automatique à 6 rapports
TransmissionPropulsion, différentiel arrière à glissement limité
Suspension avantDoubles triangles en aluminium, amortissement adaptatif
Suspension arrièreDoubles triangles en aluminium, amortissement adaptatif
DirectionCrémaillère à assistance variable Servotronic
Freins avantDisques 390 mm, étriers 6 pistons
Freins arrièreDisques 360 mm, étriers 4 pistons
Jantes20 pouces
Pneus avant245/40 ZR20
Pneus arrière295/35 ZR20
LongueurEnviron 5 020 mm
LargeurEnviron 1 930 mm hors rétroviseurs
HauteurEnviron 1 360 mm
EmpattementEnviron 2 990 mm
Voie avant1 589 mm
Voie arrière1 613 mm
PoidsEnviron 1 950 kg selon la spécification constructeur, plus de 2 000 kg dans certaines fiches françaises
0 à 100 km/hEnviron 5,3 s
Vitesse maximale296 à 303 km/h selon la spécification publiée
Réservoir91 litres
Consommation mixte homologuéeEnviron 14,9 l/100 km
Émissions de CO2Environ 355 g/km
Coffre317 litres, jusqu’à environ 886 litres sièges arrière rabattus

Un coupé quatre portes dessiné comme une Aston Martin

La réussite visuelle de la Rapide tient à l’intégration des portes arrière sans rupture majeure avec les proportions habituelles de la marque. Le capot reste très long, le pare-brise fortement incliné et le pavillon descend progressivement vers l’arrière. Les poignées affleurantes et les portes à ouverture légèrement ascendante de type Swan Wing renforcent encore la parenté avec les coupés Aston Martin.

La face avant de la version 2010 constitue un moyen simple de la distinguer de sa remplaçante. Sa calandre conserve des proportions relativement fines et s’intègre dans un bouclier proche du langage esthétique des DB9 et Aston Martin Virage contemporaines. La Rapide S adoptera au contraire une calandre beaucoup plus haute, occupant presque toute la partie centrale du bouclier.

À bord, Aston Martin retient quatre sièges individuels plutôt qu’une banquette arrière. La console centrale se prolonge entre les passagers arrière, accentuant la sensation de voyager dans deux coupés réunis au sein d’une même carrosserie. Le hayon et les dossiers arrière rabattables apportent toutefois une polyvalence inhabituelle pour une Aston Martin de cette période: le coffre offre environ 317 litres et peut atteindre près de 886 litres lorsque les places arrière ne sont pas utilisées.

De Graz à Gaydon, une production atypique

La Rapide possède aussi une histoire industrielle singulière. Aston Martin confie initialement son assemblage à Magna Steyr à Graz, en Autriche, où une installation dédiée est mise en place. Ce choix doit permettre d’ajouter une nouvelle gamme sans saturer les capacités de l’usine britannique de Gaydon. La Rapide devient ainsi l’une des rares Aston Martin modernes de série assemblées hors du Royaume-Uni.

En juin 2011, la marque annonce cependant le rapatriement de la fabrication. La production doit être transférée à Gaydon au cours du second semestre 2012, Aston Martin estimant pouvoir absorber les volumes sur son propre site. Les chiffres précis concernant la seule Rapide originelle ne sont pas établis de manière suffisamment homogène pour retenir un total mondial fiable sans y mêler les versions ultérieures.

Le tarif illustre son positionnement au sommet du marché. En France, les publications contemporaines situent son prix neuf autour de 181 000 à 194 000 euros suivant la date et le tarif de référence retenu. La Rapide se place donc nettement au-dessus d’une berline de luxe conventionnelle et doit davantage être comprise comme une GT Aston Martin à laquelle deux portes et deux places réellement utilisables ont été ajoutées.

La transition vers la Rapide S

À partir de 2013, Aston Martin fait évoluer profondément le modèle avec la Rapide S. Au-delà de l’immense calandre qui permet de la reconnaître immédiatement, cette nouvelle version reçoit une évolution du V12 portant sa puissance à environ 558 ch. Elle améliore ainsi nettement les performances tout en conservant le principe général de la Rapide: moteur V12 avant, propulsion, quatre portes et quatre sièges individuels.

La Rapide originelle reste donc une version bien définie dans la chronologie Aston Martin: celle dévoilée sous sa forme définitive en 2009 et commercialisée à partir de 2010 avec le V12 de 470 bhp et la boîte Touchtronic 2 à six rapports. Elle précède les Rapide S et AMR et ne doit pas davantage être confondue avec le programme électrique Rapide E. Bien plus tard, l’Aston Martin DBX abordera autrement la recherche de polyvalence au sein de la gamme, avec une carrosserie de SUV et cinq places plutôt qu’une silhouette de GT quatre portes.