Lancée en 1963, l’Aston Martin DB5 est une grande routière britannique 2+2 produite à Newport Pagnell. Son existence commerciale est brève, jusqu’en 1965, mais elle concentre plusieurs traits devenus indissociables de la marque : carrosserie Touring Superleggera en aluminium, six cylindres en ligne de 4 litres, performances de premier ordre pour l’époque et association durable avec James Bond. Elle ne constitue pourtant pas une création entièrement nouvelle. Son développement prolonge directement celui de la DB4, dont elle perfectionne la formule.
De la DB4 à la DB5 en 1963
La DB5 succède à l’Aston Martin DB4, modèle qui avait profondément modernisé la gamme à partir de 1958. La filiation est particulièrement évidente avec les dernières DB4 Series V : proportions générales, empattement et architecture de carrosserie sont si proches qu’une DB5 peut être difficile à distinguer au premier regard. Aston Martin choisit donc l’évolution plutôt que la rupture.
Présentée au Salon de Francfort en septembre 1963, la DB5 apporte surtout une mécanique plus généreuse et un équipement enrichi. Le six cylindres conçu sous la direction de Tadek Marek passe de 3,7 à 4,0 litres. Les améliorations portent également sur la transmission, le freinage et l’agrément d’une automobile destinée à voyager rapidement sur de longues distances. Certaines solutions s’inscrivent dans l’expérience acquise avec l’Aston Martin DB4 GT, déclinaison plus sportive de la génération précédente.
Cette continuité explique la carrière très courte de la DB5. Elle occupe le catalogue pendant environ deux ans avant l’arrivée de la DB6 en 1965. Cette durée limitée n’empêche pas le modèle de devenir la plus immédiatement reconnaissable des Aston Martin classiques, notamment parce que son apparition coïncide avec une exposition médiatique exceptionnelle.
Une carrosserie Touring Superleggera presque inchangée
La DB5 conserve la collaboration avec Carrozzeria Touring de Milan et le principe Superleggera. Une ossature légère reçoit des panneaux extérieurs en aluminium, donnant à la voiture sa silhouette élancée et son équilibre caractéristique entre long capot, habitacle reculé et poupe arrondie. Les badges Superleggera placés sur la carrosserie rappellent directement cette origine italienne.
La face avant se reconnaît à la grande calandre Aston Martin et aux projecteurs placés sous des carénages transparents. De profil, les roues de 15 pouces, les ailes tendues et la surface vitrée relativement fine entretiennent la parenté avec la DB4. La DB5 mesure environ 4,57 m de long pour 1,68 m de large et repose sur un empattement d’environ 2,49 m. Elle reste ainsi une GT relativement compacte au regard des générations qui suivront.
L’habitacle associe quatre places dans une configuration 2+2, instrumentation très complète et présentation luxueuse. L’équipement progresse par rapport aux premières DB4 et correspond davantage au positionnement d’une grande routière haut de gamme. Des équipements de confort inhabituels pour l’époque, notamment les vitres électriques, participent à cette évolution.
Un six cylindres de 4 litres pour la grand tourisme
La principale transformation technique se trouve sous le capot. Le six cylindres en ligne à double arbre à cames en tête atteint 3 995 cm3 grâce à un alésage de 96 mm et une course de 92 mm. Dans sa configuration standard, il utilise trois carburateurs SU et développe 282 bhp à 5 500 tr/min, soit environ 286 ch selon la conversion métrique, pour un couple d’environ 380 Nm à 4 500 tr/min.
Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle ZF à cinq rapports devient l’une des caractéristiques importantes de la DB5, même si les premières voitures peuvent être rencontrées avec une boîte David Brown à quatre rapports. Une transmission automatique Borg-Warner à trois rapports figure également parmi les possibilités offertes aux clients.
Le châssis conserve une suspension avant indépendante et un essieu arrière rigide guidé, avec ressorts hélicoïdaux. Quatre freins à disque Girling assurent le ralentissement. Cette architecture peut sembler traditionnelle face à des automobiles apparues quelques années plus tard, mais elle permet alors à Aston Martin de conjuguer vitesse élevée, endurance routière et comportement adapté à la vocation GT.
Aston Martin indique une vitesse maximale de 142 mph, soit environ 229 km/h, et un 0 à 60 mph en 7,1 secondes dans sa documentation actuelle. Des chiffres supérieurs, notamment une vitesse approchant 240 km/h, apparaissent régulièrement dans les publications consacrées au modèle. Ils ne correspondent pas tous au même protocole ou à la même spécification : pour une DB5 standard, les données constructeur constituent la référence la plus cohérente.
Fiche technique de l’Aston Martin Db5
| Caractéristique | Aston Martin DB5 standard |
|---|---|
| Production | 1963-1965 |
| Type | GT 2 portes, 2+2 |
| Production principale | Newport Pagnell, Royaume-Uni |
| Construction | Carrosserie Touring Superleggera, panneaux en aluminium |
| Moteur | 6 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 3 995 cm3 |
| Alésage x course | 96 x 92 mm |
| Rapport volumétrique | 8,9:1 |
| Alimentation | 3 carburateurs SU |
| Puissance | 282 bhp à 5 500 tr/min, environ 286 ch métriques |
| Couple | 280 lb-ft à 4 500 tr/min, environ 380 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle ZF 5 rapports, automatique Borg-Warner 3 rapports en option |
| Suspension avant | Indépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques Girling aux quatre roues |
| Roues | 15 pouces |
| Longueur | 4 570 mm |
| Largeur | 1 676 mm |
| Hauteur | 1 320 mm |
| Empattement | Environ 2 490 mm |
| Poids | Environ 1 465 à 1 468 kg |
| Vitesse maximale | 142 mph, environ 229 km/h selon Aston Martin |
| 0 à 60 mph | 7,1 s selon Aston Martin |
Vantage, Convertible et Shooting Brake
La DB5 ne se limite pas au coupé standard. La déclinaison la plus sportive est l’Aston Martin DB5 Vantage, dont le six cylindres reçoit notamment trois carburateurs Weber et une préparation spécifique. Elle ne doit pas être confondue avec la DB5 normale simplement parce que les deux voitures partagent la même carrosserie et la même cylindrée.
Le Convertible transpose également la mécanique de la DB5 dans une carrosserie ouverte. Il précède l’emploi généralisé de l’appellation Volante chez Aston Martin. La transition avec la génération suivante est particulière : 37 voitures ouvertes utilisant le châssis court issu de la DB5 sont produites entre 1965 et 1966 avant la véritable Aston Martin DB6 Volante. Ces Short Chassis Volante constituent donc un cas distinct plutôt qu’une simple DB5 Convertible rebaptisée.
La DB5 existe aussi sous la forme extrêmement rare d’un Shooting Brake, transformation associée au carrossier Harold Radford. Aston Martin indique aujourd’hui 12 exemplaires de ce type. Cette carrosserie conserve l’avant de la DB5 mais transforme radicalement sa partie arrière pour offrir un volume de chargement supérieur.
Les chiffres de production publiés au fil du temps ne sont pas parfaitement uniformes. Une communication récente d’Aston Martin décompose la production en 887 Saloon, 123 Convertible et 12 Shooting Brake, soit 1 022 voitures. Des archives plus anciennes de la marque mentionnent 1 021 DB5. Le total de 1 022 est donc le chiffre officiel récent le plus cohérent, sans effacer cette divergence historique.
Goldfinger et la naissance d’une icône
La DB5 doit une part considérable de sa célébrité au cinéma. Elle apparaît en 1964 dans Goldfinger aux côtés de James Bond, incarné par Sean Connery. Sa carrosserie Silver Birch et les gadgets imaginés pour l’agent 007 installent une association entre Aston Martin et Bond qui survivra largement à la production du modèle.
Cette histoire est parfois simplifiée au point de laisser croire qu’une unique DB5 aurait servi à toutes les scènes. Plusieurs voitures et configurations ont été employées pour les besoins des productions. Les automobiles liées directement aux tournages et à la promotion possèdent donc une histoire spécifique qui ne peut pas être étendue aux DB5 de série simplement parce qu’elles présentent une teinte ou une apparence similaire.
La DB5 réapparaît ensuite dans plusieurs films de la franchise, ce qui entretient son statut bien après les années 1960. Aston Martin poussera cette relation jusqu’à concevoir, pour Spectre, l’Aston Martin DB10, une automobile créée spécialement autour de l’univers de James Bond. La DB5 reste toutefois le modèle qui a fondé cette association dans l’imaginaire populaire.
La DB6 prend le relais en 1965
À l’automne 1965, l’Aston Martin DB6 succède à la DB5. La mécanique conserve le six cylindres de 4 litres, mais la carrosserie évolue davantage que lors du passage de la DB4 à la DB5. L’empattement s’allonge, le pavillon gagne en hauteur et la partie arrière reçoit une poupe de type Kamm avec un becquet intégré, notamment destinée à améliorer la stabilité aérodynamique.
La comparaison permet de situer précisément la DB5 dans la généalogie Aston Martin. Elle représente l’aboutissement compact de la silhouette initiée par la DB4, alors que la DB6 cherche davantage d’espace et de stabilité à haute vitesse. La lignée des grandes GT continuera ensuite à changer de style avec l’Aston Martin DBS, dont les lignes plus anguleuses marquent une rupture visuelle avec l’époque Touring.
La DB5 est ainsi restée en production suffisamment peu de temps pour conserver une forte proximité technique avec sa devancière, mais assez longtemps pour recevoir le moteur 4 litres, la transmission et les équipements qui définissent sa personnalité propre. Cette combinaison, davantage que sa seule célébrité cinématographique, permet de la distinguer clairement de la DB4 dont elle dérive et de la DB6 qui lui succède.




