Maserati 420

Maserati 420

Lancée en 1985, la Maserati 420 transpose le principe de la famille Biturbo dans une berline quatre portes spécialement adaptée au marché italien. Son moteur V6 biturbo de 1 996 cm3 lui permet de rester sous le seuil fiscal des deux litres, déterminant en Italie à cette époque. Plus longue et plus habitable que le coupé dont elle partage la philosophie mécanique, elle associe ainsi cinq places, propulsion et performances de berline sportive.

La 420 désigne précisément la première version à carburateur produite en 1985 et 1986. Elle ne doit pas être confondue avec la 420 S, plus sportive, ni avec les 420i et 420 Si à injection qui prolongent ensuite la famille. Cette distinction explique une bonne partie des caractéristiques contradictoires parfois attribuées au modèle.

Une berline Biturbo pensée pour l’Italie

Au début des années 1980, Maserati cherche à élargir fortement sa clientèle sous l’impulsion d’Alejandro de Tomaso. La Maserati Biturbo incarne cette stratégie avec un format plus compact que les grandes GT historiques de la marque et un V6 suralimenté par deux turbocompresseurs. La gamme s’étend rapidement au-delà du coupé initial.

La berline 425 apparaît en 1983 avec quatre portes et un empattement porté à 2,60 m. Son V6 de 2,5 litres convient notamment aux marchés d’exportation, mais il se heurte en Italie à une fiscalité particulièrement pénalisante au-dessus de 2 000 cm3. Maserati répond en 1985 avec la 420, qui reprend le principe de la berline tout en recevant le V6 de 1 996 cm3 de la branche italienne de la famille Biturbo.

Cette architecture donne à la 420 une position particulière dans la gamme. Elle offre cinq places et davantage d’espace que le coupé tout en conservant une mécanique compacte, deux turbocompresseurs et une transmission aux roues arrière. Elle ne remplace pas la grande Maserati Quattroporte III : les deux voitures répondent à des philosophies différentes, la Quattroporte restant une berline de prestige de dimensions et de standing supérieurs.

Le dessin est attribué à Pierangelo Andreani, déjà étroitement associé au style des Maserati de cette période. La carrosserie conserve les formes rectilignes caractéristiques des premières Biturbo : surfaces tendues, trois volumes nettement séparés, calandre rectangulaire et proportions compactes malgré l’allongement nécessaire aux portes arrière.

Un V6 de moins de deux litres à double turbo

Le coeur de la 420 est un V6 essence à 90 degrés de 1 996 cm3. Avec un alésage de 82 mm et une course de 63 mm, il privilégie une architecture super-carrée. Chaque rangée de cylindres reçoit un arbre à cames en tête et le moteur utilise trois soupapes par cylindre, soit 18 au total. Deux petites turbines IHI assurent la suralimentation.

La 420 de 1985 reste alimentée par un carburateur Weber double corps. C’est un point essentiel pour l’identifier correctement : l’injection électronique n’arrive sur la berline standard qu’avec la 420i en 1986. Maserati crédite rétrospectivement la 420 de 180 hp à 6 000 tr/min, tandis que plusieurs données techniques d’époque ou bases spécialisées donnent environ 184 à 185 ch selon la norme de puissance retenue.

Le moteur est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports. La vitesse maximale annoncée par Maserati atteint 215 km/h. Les données techniques secondaires situent généralement le 0 à 100 km/h autour de 7 secondes, ce qui plaçait cette berline familiale dans un registre franchement sportif au milieu des années 1980.

Le châssis repose sur une coque en acier. Les quatre roues disposent d’une suspension indépendante, avec une architecture de type MacPherson à l’avant et des bras semi-tirés à l’arrière. Quatre freins à disque complètent l’ensemble. Le poids à sec annoncé par Maserati, 1 180 kg, contribue au rapport poids-puissance favorable malgré les quatre portes et les cinq places.

Fiche technique de la Maserati 420

CaractéristiqueMaserati 420
Type constructeurAM332
Période de production1985-1986 pour la 420 à carburateur
CarrosserieBerline 4 portes, 5 places
StructureMonocoque en acier
MoteurV6 essence à 90 degrés, biturbo
ImplantationLongitudinale avant
Cylindrée1 996 cm3
Alésage x course82 x 63 mm
DistributionSOHC par rangée, 3 soupapes par cylindre, 18 soupapes
Suralimentation2 turbocompresseurs IHI
AlimentationCarburateur Weber double corps
Puissance180 hp à 6 000 tr/min selon Maserati, environ 184 à 185 ch dans certaines données techniques
Couple241 à 261 Nm selon les données techniques disponibles
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
Suspension avantIndépendante, type MacPherson, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre antiroulis
Suspension arrièreIndépendante, bras semi-tirés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre antiroulis
DirectionÀ crémaillère assistée
Freins4 disques
Pneumatiques205/60 VR14 selon les principales fiches techniques
Longueur4 400 mm
Largeur1 730 mm
Hauteur1 360 mm
Empattement2 600 mm
Voie avant1 442 mm selon les données techniques disponibles
Voie arrière1 453 mm selon les données techniques disponibles
Poids1 180 kg à sec selon Maserati
Vitesse maximale215 km/h selon Maserati
0 à 100 km/hEnviron 7 secondes selon les données techniques secondaires

420 S, 420i et 420 Si : quatre versions à distinguer

La 420 standard n’est qu’une branche d’une petite famille dont les appellations très proches peuvent prêter à confusion. Dès 1985, Maserati propose parallèlement la 420 S. Celle-ci reçoit notamment des intercoolers permettant d’augmenter la puissance, ainsi qu’une présentation plus sportive. Les prises d’air NACA visibles sur son capot constituent l’un de ses signes distinctifs les plus faciles à reconnaître.

La 420 S s’inscrit dans la même logique que la Maserati Biturbo S, qui avait déjà poussé plus loin les performances du V6 deux litres sur le coupé. Elle ne doit donc pas servir de référence pour décrire une 420 standard : puissance, refroidissement de l’air de suralimentation et détails extérieurs diffèrent.

En 1986, la 420 évolue vers la 420i. La modification majeure est l’abandon du carburateur au profit d’une injection Weber. Maserati annonce 190 hp pour cette évolution et mentionne également de petites modifications de suspension. La version sportive suit la même évolution et devient 420 Si, donnée pour 220 hp par la documentation historique de la marque.

Les chiffres de production permettent également de séparer les variantes. Maserati recense 1 686 exemplaires de la 420 standard, contre 254 exemplaires de la 420 S, 1 124 de la 420i et 524 de la 420 Si. Le chiffre de 2 810 voitures parfois associé à la seule 420 correspond en réalité à l’addition des 1 686 exemplaires à carburateur et des 1 124 exemplaires de la 420i.

Une Maserati sportive sous une carrosserie discrète

Visuellement, la 420 joue davantage la carte de la discrétion que celle de la démonstration. Son profil trois volumes, ses quatre portes et ses roues de 14 pouces lui donnent l’allure d’une berline bourgeoise européenne des années 1980. Le contraste vient de la mécanique : le V6 biturbo et la propulsion rapprochent son comportement et ses performances de ceux des coupés de la même famille.

L’habitacle s’inscrit dans la volonté de Maserati de proposer une voiture plus luxueuse que ne le suggère son gabarit. La 420 doit combiner les contraintes d’une berline utilisable à cinq places avec l’atmosphère plus raffinée attendue d’une Maserati. Cette formule est au coeur du projet Biturbo : augmenter les volumes de la marque sans abandonner les moteurs performants ni la présentation haut de gamme.

Son moteur de 1 996 cm3 illustre aussi une période où la fiscalité italienne influençait directement les choix techniques des constructeurs de voitures sportives. Plutôt que d’utiliser simplement une grosse cylindrée, Maserati obtient une puissance élevée pour moins de deux litres grâce à deux turbocompresseurs. La 425 de 2,5 litres pouvait ainsi servir d’alternative sur les marchés où cette contrainte fiscale était moins déterminante.

De la 420 aux berlines Biturbo de la fin des années 1980

La carrière de la 420 à carburateur est courte puisque son évolution à injection intervient dès 1986. Sa formule, en revanche, perdure. Maserati continue à développer des berlines compactes quatre portes autour de la même architecture générale, parallèlement aux coupés et aux dérivés plus sportifs de la famille.

À la fin de la décennie, la Maserati 422 poursuit directement le principe d’une berline deux litres destinée notamment au marché italien. Les évolutions portent progressivement sur la présentation, l’alimentation et les moteurs, sans remettre immédiatement en cause la recette inaugurée par cette branche de la gamme.

La Maserati 430 représente parallèlement une autre évolution de la berline Biturbo, avec une mécanique de cylindrée supérieure destinée à d’autres marchés et usages. Cette coexistence de moteurs différents sous des carrosseries étroitement apparentées est caractéristique de la stratégie Maserati de l’époque.

La multiplication des appellations se poursuit avec des modèles comme la Maserati 222 et plusieurs développements à quatre soupapes par cylindre. Dans cette généalogie complexe, la 420 reste précisément identifiable comme la berline AM332 de 1985 à moteur deux litres biturbo alimenté par carburateur, avant le passage à la 420i et la poursuite de la lignée des berlines Biturbo.