La Maserati 228 est l’un des dérivés les plus singuliers de la famille Biturbo. Dévoilée sous forme de prototype en décembre 1984, puis présentée dans sa définition de série au Salon de Turin en 1986, elle prend le parti d’un grand coupé 2 portes à empattement long, plus spacieux et plus statutaire que les coupés compacts de la marque. Maserati indique une production de série de 1987 à 1991 et seulement 469 exemplaires, versions catalysées comprises.
Son rôle est différent de celui de la Maserati Biturbo originelle. La 228 conserve le principe du V6 à deux turbocompresseurs, mais l’applique à une automobile de grand tourisme plus imposante, dotée d’un moteur de 2,8 litres et d’un habitacle particulièrement soigné. Elle constitue ainsi une tentative de Maserati pour retrouver une place sur le marché des grands coupés de luxe européens.
Du prototype de 1984 au grand coupé de série
La 228 apparaît publiquement le 14 décembre 1984, à l’occasion des célébrations du 70e anniversaire de Maserati. Cette première voiture ne doit pas être confondue avec la version finalement commercialisée. Le prototype explorait notamment une définition plus sophistiquée du V6, avec des culasses à quatre soupapes par cylindre, double arbre à cames et double allumage, tout en conservant encore une alimentation par carburateur.
Pour la série, Maserati choisit une solution différente et plus proche de l’architecture déjà éprouvée sur la famille Biturbo. La 228 reçoit un V6 de 2 789 cm3 à trois soupapes par cylindre et injection électronique, toujours suralimenté par deux turbocompresseurs. La définition commerciale est montrée au Salon de Turin en 1986, avant le début de production indiqué par Maserati en 1987.
Cette chronologie explique les différentes dates parfois attribuées au modèle. 1984 correspond à sa première apparition, 1986 à la présentation de la voiture de série et 1987 au début de sa production selon les archives de Maserati. Certaines sources prolongent également sa carrière jusqu’en 1992, alors que le constructeur retient 1991 comme dernière année de production.
Une GT plus ambitieuse que les autres Biturbo
Le projet ne consiste pas simplement à habiller autrement le petit coupé Biturbo. La 228 repose sur l’empattement de 2,60 m associé aux modèles 4 portes de la famille, une architecture que l’on retrouve dans la Maserati 430. Avec environ 4,46 m de longueur et surtout une largeur proche de 1,87 m, elle possède des proportions sensiblement plus généreuses que les coupés Biturbo courts.
Cette différence permet aussi de la distinguer de la Maserati 222. Malgré leur architecture mécanique apparentée et leur carrosserie à 2 portes, les deux voitures n’occupent pas le même créneau. La 222 reste un coupé compact dérivé directement de la Biturbo, tandis que la 228 exploite son empattement long pour proposer une véritable GT à 5 places.
Le contraste est encore plus marqué avec la Maserati Karif, construite autour d’un empattement particulièrement court. Ces deux dérivés montrent jusqu’où Maserati a décliné son architecture Biturbo à la fin des années 1980, depuis une sportive compacte jusqu’à un grand coupé de voyage.
La 228 occupe également une place particulière dans l’histoire des GT Maserati à moteur avant. Après la disparition de la Maserati Kyalami, la marque ne disposait plus d’un grand coupé luxueux comparable à ses anciennes routières. La 228 tente de renouer avec cette tradition tout en utilisant les solutions mécaniques développées pendant l’ère De Tomaso.
Le V6 2,8 litres biturbo de 250 ch
Le moteur de série est un V6 à 90 degrés de 2 789 cm3, installé longitudinalement à l’avant. Ses culasses comportent trois soupapes par cylindre, soit 18 soupapes au total, avec deux soupapes d’admission et une d’échappement. Deux turbocompresseurs IHI associés à des échangeurs assurent la suralimentation, tandis que l’alimentation repose sur une injection électronique Weber-Marelli.
Dans sa configuration non catalysée, Maserati annonce 250 ch à 5 600 tr/min. La transmission aux roues arrière s’effectue notamment par une boîte mécanique ZF à 5 rapports et un différentiel autobloquant. Une transmission automatique a également été proposée selon les marchés et les millésimes. Cette mécanique permet à la 228 non catalysée d’atteindre officiellement 235 km/h.
Une version catalysée est également intégrée à la carrière du modèle. Sa puissance descend à 225 ch à 5 500 tr/min et sa vitesse maximale annoncée est d’environ 220 km/h. Cette distinction est importante lorsqu’il s’agit d’identifier un exemplaire ou de comparer des fiches techniques, car les valeurs de 225 et 250 ch correspondent à des configurations différentes et non à une simple divergence de mesure.
Fiche technique de la Maserati 228
| Caractéristique | Maserati 228 |
|---|---|
| Code usine | Tipo AM334 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 5 places |
| Période de production | 1987-1991 selon Maserati |
| Architecture moteur | V6 essence à 90 degrés, avant longitudinal |
| Cylindrée | 2 789 cm3 |
| Alésage x course | 94 x 67 mm |
| Distribution | 3 soupapes par cylindre, 18 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique Weber-Marelli |
| Suralimentation | 2 turbocompresseurs IHI avec échangeurs |
| Puissance non catalysée | 250 ch à 5 600 tr/min |
| Puissance catalysée | 225 ch à 5 500 tr/min |
| Couple | Environ 370 à 373 Nm à 3 500 tr/min selon version et documentation |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte principale | Manuelle ZF à 5 rapports |
| Différentiel | Autobloquant |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Indépendante de type MacPherson, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freins | 4 disques, ventilés à l’avant |
| Jantes | Alliage 7J x 15 pouces |
| Pneus documentés | 205/55 VR15 avant, 225/50 VR15 arrière sur certaines homologations |
| Longueur | Environ 4 450 à 4 460 mm selon documentation |
| Largeur | Environ 1 865 à 1 882 mm selon documentation |
| Hauteur | Environ 1 330 à 1 360 mm selon documentation |
| Empattement | 2 600 mm |
| Voies documentées | 1 510 mm avant, 1 500 mm arrière |
| Poids | 1 240 kg à sec selon Maserati ; environ 1 410 à 1 430 kg à vide dans certaines homologations |
| Vitesse maximale | 235 km/h non catalysée ; environ 220 km/h catalysée |
| 0 à 100 km/h | Environ 5,6 s pour la version 250 ch selon données d’époque reprises par les références spécialisées |
| Réservoir | 70 litres sur une homologation suisse |
| Production totale | 469 exemplaires, versions catalysées comprises |
Un dessin spécifique signé Pierangelo Andreani
Le style est attribué à Pierangelo Andreani, auteur de plusieurs Maserati de l’époque. La parenté avec la famille Biturbo reste immédiatement perceptible, mais la 228 adopte des volumes plus amples et une silhouette moins compacte. Son long capot, son pavillon relativement haut et sa poupe trois volumes traduisent davantage une recherche d’élégance et d’habitabilité qu’une volonté de produire une sportive visuellement radicale.
La face avant se reconnaît notamment à ses optiques rectangulaires, à la calandre Maserati et à des boucliers mieux intégrés que sur les premières Biturbo. La carrosserie, plus large, possède ses propres proportions et ne doit pas être considérée comme une simple Biturbo 2 portes posée sur un châssis allongé. Les jantes de 15 pouces et les voies généreuses renforcent visuellement cette assise.
L’habitacle poursuit la même logique. Cuir, boiseries et présentation traditionnelle Maserati installent la 228 dans un registre de grand tourisme. La direction assistée et un niveau d’équipement élevé participent à cette orientation. L’objectif n’est donc pas seulement d’obtenir de meilleures performances grâce au 2,8 litres, mais aussi de proposer une Maserati capable d’accueillir réellement plusieurs passagers sur de longs parcours.
Une production limitée à 469 exemplaires
Avec 469 voitures produites, versions catalysées incluses, la 228 reste l’un des dérivés relativement rares de la période Biturbo. Ce faible volume doit toutefois être replacé dans le contexte d’une gamme Maserati alors très fragmentée, où coexistent de nombreuses carrosseries, cylindrées et variantes adaptées aux fiscalités et réglementations nationales.
La 228 n’est pas développée pour la compétition et ne possède pas de palmarès sportif notable. Sa singularité vient plutôt de son positionnement. Maserati utilise une architecture issue de sa gamme de grande diffusion des années 1980 pour créer une GT nettement plus exclusive, à la fois rapide, spacieuse et luxueuse. Son V6 2,8 litres permet notamment de s’affranchir, sur les marchés d’exportation, de la contrainte fiscale italienne qui favorisait les moteurs de 2 litres.
À partir de 1989, la Maserati Shamal explore une direction beaucoup plus sportive avec son V8 biturbo et une présentation plus agressive. La 228 conserve pour sa part son rôle de grand coupé discret jusqu’à la fin de sa production officielle en 1991.
La 228 dans la transition Maserati des années 1990
La fin de la 228 ne débouche pas sur un remplacement parfaitement direct. La gamme Maserati se transforme progressivement et conserve plusieurs ramifications issues de la Biturbo. La Maserati Ghibli II, lancée au début des années 1990, poursuit notamment l’exploitation du V6 biturbo dans un coupé profondément remanié, mais avec un positionnement plus sportif et des dimensions différentes.
La 228 demeure ainsi une branche particulière de cette généalogie : celle d’une grande GT construite à partir de l’univers technique Biturbo sans reprendre les proportions du coupé originel. Son empattement de berline, son moteur 2,8 litres, sa carrosserie spécifique et sa production de 469 exemplaires suffisent à l’identifier clairement parmi la multitude de Maserati à double turbocompresseur développées sous l’ère De Tomaso.




