Maserati Biturbo S

Maserati Biturbo S

Présentée en 1983, la Maserati Biturbo S est la première évolution franchement sportive du coupé lancé par la marque deux ans auparavant. Elle conserve le V6 2 litres à deux turbocompresseurs de la Maserati Biturbo, mais lui ajoute deux intercoolers et porte sa puissance de 180 à 205 ch. Cette évolution mécanique s’accompagne d’une présentation spécifique, d’un châssis plus affûté et de signes distinctifs immédiatement visibles, notamment les deux prises d’air NACA aménagées sur le capot.

La Biturbo S appartient à une période déterminante pour Maserati. Sous l’impulsion d’Alejandro De Tomaso, le constructeur cherche alors à sortir du marché très restreint des grandes GT artisanales pour proposer une voiture plus compacte et produite en volumes supérieurs. La S applique à cette stratégie une recette plus radicale, avec un rapport poids-puissance particulièrement favorable pour une quatre places du début des années 1980.

Une Biturbo plus sportive dès 1983

Lorsque Maserati présente la Biturbo en décembre 1981, son architecture tranche avec celle des grandes GT qui ont précédé. Le coupé dessiné par Pierangelo Andreani adopte des dimensions relativement compactes, une structure monocoque, un moteur avant et une transmission aux roues arrière. Son V6 de 1 996 cm3 reçoit surtout deux petits turbocompresseurs, une solution qui donne son nom à la voiture.

La Biturbo S apparaît en 1983 pour exploiter davantage ce potentiel. Maserati ne se contente pas d’augmenter la pression de suralimentation. Deux échangeurs air-air refroidissent l’air comprimé avant son admission dans le moteur. Cette modification permet d’améliorer le rendement du V6 suralimenté et de porter la puissance annoncée à 205 ch à 6 500 tr/min.

La S conserve pourtant le principe d’alimentation caractéristique des premières Biturbo: un carburateur Weber double corps associé aux deux turbocompresseurs. Cette architecture complexe précède la généralisation de l’injection électronique dans la gamme. Elle contribue aujourd’hui à bien situer la S dans la chronologie Maserati: il s’agit encore d’une Biturbo à carburateur, et non de la future Si à injection.

Un V6 2 litres à deux turbos et deux intercoolers

Le V6 à 90 degrés affiche un alésage de 82 mm pour une course de 63 mm. Chaque banc de cylindres possède son arbre à cames en tête et les culasses utilisent trois soupapes par cylindre, deux pour l’admission et une pour l’échappement. La cylindrée de 1 996 cm3 répond directement au contexte fiscal italien de l’époque, particulièrement défavorable aux automobiles dépassant deux litres.

Deux turbocompresseurs IHI alimentent chacun une partie du moteur. Sur la S, l’adoption des intercoolers constitue l’évolution essentielle par rapport à la Biturbo de 180 ch. Avec 205 ch pour un poids à sec annoncé de 1 086 kg, le petit coupé atteint officiellement 221 km/h. Le 0 à 100 km/h est annoncé en 6,5 secondes et le kilomètre départ arrêté en 28,9 secondes.

La transmission reste entièrement tournée vers une conduite sportive traditionnelle: moteur longitudinal avant, boîte mécanique ZF à cinq rapports et propulsion. Les quatre roues disposent d’une suspension indépendante et de freins à disque. La S reçoit également une mise au point plus sportive de ses trains roulants, avec une assiette abaissée et des pneumatiques plus généreux que ceux de la première Biturbo.

Fiche technique de la Maserati Biturbo S

CaractéristiqueMaserati Biturbo S
Année d’apparition1983
TypeCoupé 2 portes, 5 places
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
MoteurV6 essence à 90 degrés
Cylindrée1 996 cm3
Alésage x course82 x 63 mm
Distribution1 arbre à cames en tête par banc, 3 soupapes par cylindre
AlimentationCarburateur double corps Weber 36 DCNVH
Suralimentation2 turbocompresseurs IHI, 2 intercoolers air-air
Rapport volumétrique7,8:1
Puissance205 ch à 6 500 tr/min
CoupleEnviron 265 Nm à 4 000 tr/min selon les données techniques disponibles
Boîte de vitessesMécanique ZF à 5 rapports
TransmissionRoues arrière motrices
StructureMonocoque en acier
Suspension4 roues indépendantes, réglage sportif et assiette abaissée
DirectionÀ crémaillère assistée
Freins4 disques assistés
Roues6,5J x 14
Pneus205/55 VR14
Longueur4 153 mm
Largeur1 714 mm
Hauteur1 305 mm
Empattement2 514 mm
Voie avantEnviron 1 420 mm
Voie arrièreEnviron 1 431 mm
Poids1 086 kg à sec
Vitesse maximale221 km/h
0 à 100 km/h6,5 s annoncé
1 000 m départ arrêté28,9 s annoncé

Deux prises NACA pour reconnaître la Biturbo S

La différence entre une première Biturbo et une S ne se limite pas à sa fiche moteur. Les deux prises d’air NACA découpées dans le capot constituent son signe extérieur le plus caractéristique. Elles sont fonctionnelles puisqu’elles participent à l’alimentation en air des échangeurs. La voiture adopte aussi une présentation bicolore, avec la partie inférieure de la carrosserie traitée dans une teinte gris foncé métallisé.

La calandre et plusieurs détails décoratifs abandonnent l’aspect chromé plus classique au profit de finitions sombres. Les roues de 14 pouces et les pneus 205/55 renforcent visuellement son assise. Cette évolution reste néanmoins fidèle au dessin volontairement sobre de Pierangelo Andreani: contrairement à de nombreuses sportives des années 1980, la S n’a pas besoin d’ailerons imposants ou d’élargisseurs spectaculaires pour signaler ses performances.

L’habitacle conserve l’approche luxueuse qui distingue la Biturbo de nombreuses concurrentes compactes et sportives. Maserati associe notamment la S à une sellerie en tissu Jacquard dessinée par Missoni. Bois, instrumentation abondante et matériaux décoratifs créent ainsi un contraste marqué avec la mécanique suralimentée et les performances du coupé.

Biturbo S, S II et Si: trois versions à ne pas confondre

L’appellation Biturbo S recouvre parfois plusieurs évolutions dans les annonces, catalogues et bases de données, ce qui explique une partie des caractéristiques contradictoires publiées à son sujet. La voiture apparue en 1983 est bien une 1 996 cm3 à carburateur développant 205 ch. Elle constitue la version traitée ici.

La S II lui succède au milieu des années 1980. Toujours alimentée par carburateur, elle bénéficie de modifications techniques et sa puissance est généralement donnée pour 210 ch. La Biturbo Si marque ensuite une rupture plus nette en 1986 avec l’arrivée de l’injection et une puissance annoncée de 220 ch. Les valeurs de 210 ou 220 ch parfois attribuées à une Biturbo S de 1983 correspondent donc à des évolutions postérieures.

Une autre source de confusion concerne les voitures destinées à certains marchés d’exportation. Maserati a développé des variantes de 2,5 litres, alors que la S italienne repose sur le V6 de 1 996 cm3. Identifier une voiture uniquement par sa carrosserie, ses prises d’air ou l’appellation commerciale utilisée dans une annonce ne suffit donc pas toujours à déterminer sa configuration mécanique exacte.

Le point de départ d’une vaste famille Biturbo

Le programme Biturbo dépasse rapidement le seul coupé deux portes. Maserati décline son architecture en plusieurs carrosseries et empattements, notamment avec la Maserati 420, qui transpose la formule à une berline quatre portes. La gamme accueille également la Maserati Biturbo Spyder, développée sur un empattement raccourci.

Cette multiplication des versions rend la généalogie complexe, mais la Biturbo S occupe une place assez nette: elle démontre très tôt que la nouvelle architecture peut servir de base à des Maserati sensiblement plus performantes. Le principe du V6 biturbo compact sera continuellement développé durant les années suivantes, parallèlement aux transformations de carrosserie, de châssis et d’alimentation.

À la fin de la décennie, le renouvellement des appellations donne naissance à des modèles comme la Maserati 222. Maserati pousse ensuite beaucoup plus loin le 2 litres suralimenté avec la Maserati Racing, avant que la Maserati Ghibli II ne représente dans les années 1990 l’une des dernières grandes évolutions de cette famille technique.

Production et rareté de la première Biturbo S

La production de la S est nettement plus limitée que celle de la famille Biturbo prise dans son ensemble. Un total de 1 038 exemplaires est régulièrement associé à la Biturbo S 2 litres, mais les inventaires disponibles regroupent généralement sous ce chiffre la S et son évolution S II. Il serait donc imprécis de présenter ces 1 038 voitures comme autant de S de première série à 205 ch.

Cette distinction est importante pour identifier aujourd’hui un exemplaire conforme à la configuration de 1983. Au-delà des deux prises NACA et de la présentation extérieure, la cylindrée de 1 996 cm3, l’alimentation par carburateur, les deux intercoolers et la puissance de 205 ch permettent de situer la première S avant les évolutions S II puis Si. C’est précisément cette combinaison qui caractérise la première interprétation sportive de la Maserati Biturbo.