Présentée en 1988, la Maserati 222 prolonge la formule du petit coupé Biturbo tout en inaugurant une nouvelle étape de son évolution. Sous une carrosserie modernisée par Marcello Gandini, elle conserve les principes qui avaient rendu cette famille si singulière : moteur V6 compact, deux turbocompresseurs, propulsion et présentation luxueuse. Dans sa définition italienne à moteur 2,0 litres, elle développe 220 ch et atteint officiellement 225 km/h.
L’appellation 222 possède elle-même une signification précise : deux portes, deux litres et deuxième évolution de la famille. Cette logique permet surtout de distinguer la 222 originelle des nombreuses variantes qui apparaîtront ensuite, notamment les 222 E, SE, SR et 4v. Produite à 1 156 exemplaires entre 1988 et 1990, la 222 constitue donc un modèle bien défini, et non une désignation générique couvrant tous les coupés Maserati de cette période.
De la Biturbo à la Maserati 222
La 222 descend directement de la Maserati Biturbo, commercialisée depuis 1981. Cette dernière avait profondément modifié le positionnement de la marque sous la direction d’Alejandro De Tomaso. Au lieu de se limiter aux grandes GT coûteuses produites en petites séries, Maserati s’était engagée sur le marché d’un coupé plus compact, capable d’associer performances élevées et production plus importante.
Au fil des années 1980, la Biturbo reçoit de nombreuses améliorations. L’injection électronique remplace progressivement les premières alimentations par carburateur, les intercoolers permettent d’exploiter plus efficacement la suralimentation et le comportement routier évolue. La Maserati Biturbo S avait notamment illustré la recherche de performances autour du V6 2,0 litres avant l’apparition de la 222.
En 1988, Maserati ne repart donc pas d’une feuille blanche. La 222 reprend l’architecture générale de sa devancière mais bénéficie d’une mise à jour esthétique et mécanique suffisamment importante pour recevoir une nouvelle appellation. Le maintien d’une cylindrée inférieure à deux litres répond aussi à une particularité essentielle du marché italien de l’époque : une fiscalité nettement plus pénalisante pour les automobiles dépassant ce seuil.
La 222 s’insère alors dans une gamme particulièrement dense. La Maserati 422 transpose la philosophie de cette famille à une carrosserie quatre portes, tandis que la Maserati 228 occupe un positionnement différent avec un coupé plus grand et un V6 de 2,8 litres. Cette multiplication des modèles explique en partie la complexité actuelle des dénominations Maserati de cette période.
Un restylage signé Marcello Gandini
La silhouette de la 222 demeure immédiatement reconnaissable comme celle d’une descendante de la Biturbo. Elle conserve un coupé tricorps compact, aux surfaces tendues et aux montants relativement fins. Son dessin n’est toutefois pas celui d’une simple Biturbo rebadgée. Maserati attribue à Marcello Gandini le travail réalisé sur cette évolution, tandis que la forme fondamentale du modèle d’origine avait été dessinée par Pierangelo Andreani.
Gandini adoucit et actualise plusieurs détails sans bouleverser les proportions. La face avant est remaniée, la calandre devient plus petite et les prises d’air NACA autrefois visibles sur le capot disparaissent. Les rétroviseurs sont redessinés et un discret becquet prend place sur le couvercle de coffre. L’ensemble conserve volontairement l’allure sobre d’une GT compacte plutôt que de rechercher l’agressivité visuelle.
Cette retenue permet aussi de différencier la 222 de certaines évolutions plus sportives. La 2.24v, par exemple, reçoit un moteur à quatre soupapes par cylindre et une présentation extérieure plus démonstrative. La 222 standard reste identifiable par son apparence relativement dépouillée et ses roues de 14 pouces chaussées en 205/55 VR14.
L’habitacle reste fidèle à l’univers Maserati de la période, avec une ambiance nettement plus luxueuse que celle suggérée par les dimensions compactes de la carrosserie. La voiture offre cinq places selon la définition officielle du constructeur et reçoit notamment une climatisation électronique ainsi que des sièges à réglage électrique. Les matériaux et la présentation s’inscrivent dans la tradition des Biturbo, où bois et selleries soignées participent autant à l’identité du modèle que ses performances.
Le V6 2,0 litres biturbo de 220 ch
Le coeur de la 222 est son V6 à 90 degrés de 1 996 cm3. Il conserve une distribution originale à trois soupapes par cylindre, soit 18 soupapes au total, avec deux soupapes d’admission et une d’échappement. Un arbre à cames en tête commande chaque rangée de cylindres. L’alésage de 82 mm associé à une course courte de 63 mm participe au caractère de ce moteur capable de délivrer sa puissance maximale à 6 250 tr/min.
Deux turbocompresseurs alimentent le V6, chacun étant associé à un intercooler. La gestion électronique Weber-Marelli regroupe injection et allumage. Dans cette configuration, Maserati annonce 220 ch, soit une puissance spécifique d’environ 110 ch par litre, remarquable pour un moteur de série de moins de deux litres à la fin des années 1980.
La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports. Avec un poids à sec officiel de 1 172 kg, la 222 dispose d’un rapport poids-puissance favorable. Maserati annonce une vitesse maximale de 225 km/h, tandis que les données d’époque et fiches spécialisées placent généralement le 0 à 100 km/h autour de 6,1 à 6,2 secondes.
La structure reste une monocoque en acier. Les quatre roues disposent d’une suspension indépendante, avec une architecture avant de type MacPherson et une disposition arrière à bras obliques. La direction à crémaillère est assistée. Cette base technique est directement héritée du développement continu de la famille Biturbo plutôt que conçue spécifiquement pour la 222.
Fiche technique de la Maserati 222
| Caractéristique | Maserati 222 |
|---|---|
| Type constructeur | AM331 |
| Période de production | 1988-1990 |
| Carrosserie | Coupé 2 portes, 5 places |
| Structure | Monocoque en acier |
| Moteur | V6 essence à 90 degrés, biturbo |
| Implantation | Longitudinale avant |
| Cylindrée | 1 996 cm3 |
| Alésage x course | 82 x 63 mm |
| Distribution | 1 arbre à cames en tête par rangée, 3 soupapes par cylindre, 18 soupapes |
| Suralimentation | 2 turbocompresseurs, 2 intercoolers |
| Alimentation | Injection électronique Weber-Marelli |
| Puissance maximale | 220 ch à 6 250 tr/min |
| Couple maximal | Environ 262 Nm |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 5 rapports |
| Suspension avant | Indépendante, type MacPherson |
| Suspension arrière | Indépendante, bras obliques |
| Direction | À crémaillère assistée |
| Freinage | 4 disques |
| Pneumatiques | 205/55 VR14 |
| Empattement | 2 514 mm |
| Largeur | Environ 1 714 mm |
| Poids à sec | 1 172 kg |
| Vitesse maximale | 225 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 6,1 à 6,2 s |
Une gamme 222 plus complexe que son nom ne le suggère
La dénomination 222 peut prêter à confusion car Maserati l’a ensuite déclinée sur des voitures techniquement différentes. La 222 présentée ici correspond bien au coupé 1 996 cm3 de 220 ch apparu en 1988. Elle ne doit pas être confondue avec les 222 E, SE ou SR équipées de mécaniques destinées notamment aux marchés où la contrainte fiscale italienne sur les cylindrées supérieures à deux litres ne s’appliquait pas de la même manière.
La 2.24v représente une évolution particulièrement importante. Toujours limitée à 1 996 cm3, elle adopte quatre soupapes par cylindre, deux arbres à cames par rangée et atteint 245 ch. Son habillage extérieur plus sportif permet également de la différencier assez facilement d’une 222 standard. La 222 4v appartient elle aussi à une étape ultérieure et ne doit pas servir de référence pour établir les caractéristiques de la voiture de 1988.
D’autres dérivés montrent jusqu’où Maserati exploite alors cette architecture. La Maserati Karif adopte une approche plus courte et sportive, tandis que la gamme continue de multiplier les combinaisons de carrosseries, cylindrées et niveaux de puissance. La proximité visuelle entre ces modèles masque donc des différences mécaniques parfois importantes.
Production et évolution de la lignée
Maserati indique une production totale de 1 156 exemplaires pour la 222 entre 1988 et 1990. Ce chiffre constructeur est à privilégier face aux totaux inférieurs parfois attribués au modèle dans certaines bases de données. Cette diffusion limitée s’explique à la fois par la courte carrière de cette définition précise et par la multiplication rapide des versions proposées autour d’elle.
La 222 apparaît en effet au moment où Maserati accélère le renouvellement de sa gamme. Dès 1989, la Maserati Shamal pousse beaucoup plus loin la formule du coupé turbocompressé avec une esthétique radicalisée et une mécanique V8 biturbo. La 222 reste au contraire étroitement liée à la philosophie originelle de la Biturbo : dimensions contenues, V6 deux litres fortement suralimenté et présentation de petite GT luxueuse.
Après la disparition de la 222 standard en 1990, ses principes techniques survivent à travers d’autres évolutions de la famille. Au début de la décennie suivante, la Maserati Ghibli II reprend cette filiation mécanique dans une définition profondément remaniée. La succession illustre la stratégie de Maserati durant cette période : améliorer continuellement une même architecture plutôt que rompre brutalement avec la génération née au début des années 1980.




