Maserati Boomerang

Maserati Boomerang

Présentée pour la première fois en 1971, la Maserati Boomerang est l’un des exercices de style les plus radicaux associés à la marque italienne. Dessinée par Giorgetto Giugiaro et réalisée par Italdesign, elle pousse à l’extrême le principe de la carrosserie en coin qui marque alors les recherches des designers italiens. Derrière cette silhouette spectaculaire se cache pourtant une véritable mécanique Maserati, puisque le prototype fonctionnel reprend le châssis et le V8 de la Bora.

La chronologie demande toutefois une distinction importante. La Boomerang apparaît au Salon de Turin de 1971 sous la forme d’une maquette non fonctionnelle. Le projet devient ensuite une automobile roulante, dévoilée au Salon de Genève le 9 mars 1972. Il ne s’agit donc pas de deux générations ou de deux versions commerciales, mais de deux étapes du développement d’un même concept-car.

De la maquette de 1971 au prototype roulant

Au début des années 1970, Italdesign explore des silhouettes de plus en plus basses et géométriques. Giugiaro avait déjà expérimenté cette direction avec plusieurs prototypes à la fin de la décennie précédente. La Boomerang constitue l’une des expressions les plus extrêmes de cette recherche : le dessin semble construit autour de quelques lignes tendues, avec un capot plongeant, un pare-brise presque dans le prolongement du nez et une poupe tronquée.

La première Boomerang exposée à Turin en 1971 est essentiellement une maquette grandeur nature. Pour transformer l’étude de style en voiture réellement fonctionnelle, Italdesign s’appuie ensuite sur une architecture existante. Le choix se porte sur la Maserati Bora, première grande sportive de série à moteur central de la marque. Le prototype reçoit ainsi un véritable châssis Maserati et une mécanique capable de déplacer la voiture autrement que sur un podium de salon.

Cette évolution aboutit à la Boomerang roulante présentée à Genève en 1972. Contrairement à de nombreux show cars construits uniquement pour illustrer une idée, elle est donc fonctionnelle. Elle reste néanmoins un exemplaire unique et aucun programme de production en série n’est engagé.

Un dessin de Giugiaro poussé à l’extrême

La Boomerang mesure environ 1,07 m de haut. Cette faible hauteur ne suffit pourtant pas à expliquer son apparence. Giugiaro traite presque chaque élément comme une surface géométrique : le profil forme un coin très prononcé et les vitrages participent directement à cette construction. Le pare-brise, incliné à environ 13 degrés par rapport à l’horizontale selon les archives du designer, prolonge visuellement le capot.

Les surfaces vitrées latérales descendent particulièrement bas et sont traversées visuellement par une ligne horizontale métallique. Le pavillon largement vitré et les montants très fins renforcent encore cette impression de continuité. À l’avant, les projecteurs escamotables permettent de conserver une face extrêmement basse et nette lorsqu’ils sont fermés. L’arrière poursuit le même vocabulaire avec des formes simples et tendues.

Cette géométrie tranche avec celle des grandes GT Maserati des années précédentes, notamment la Maserati Ghibli. Elle annonce davantage l’esthétique anguleuse qui va s’imposer sur de nombreuses sportives et voitures de prestige pendant les années 1970. La Boomerang n’est cependant pas l’ancêtre direct d’un modèle de série Maserati : elle doit être comprise comme un manifeste stylistique autonome.

L’habitacle est tout aussi expérimental. L’instrumentation est regroupée dans un imposant ensemble cylindrique placé dans l’axe de la colonne de direction. Le volant prend la forme d’un anneau tournant autour de ce bloc central, de sorte que les principaux instruments restent directement face au conducteur. Cette disposition inhabituelle constitue l’un des détails les plus caractéristiques de la voiture.

Une mécanique de Maserati Bora sous la carrosserie

La spectaculaire carrosserie n’est pas associée à une mécanique expérimentale. Italdesign reprend les éléments fondamentaux de la Bora, avec un V8 atmosphérique Maserati de 4 719 cm3 installé longitudinalement derrière l’habitacle. Il développe 310 ch et entraîne les roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte manuelle à cinq rapports.

Cette base technique distingue nettement la Boomerang d’une simple sculpture de salon. Le moteur central contribue également à ses proportions : l’habitacle peut être avancé et le capot maintenu très bas, tandis que le groupe motopropulseur prend place derrière les deux occupants. Dans la gamme Maserati de l’époque, la Maserati Merak adoptera elle aussi une architecture à moteur central, mais avec une conception et une mécanique différentes.

La vitesse maximale de la Boomerang est parfois donnée à 270 ou 280 km/h, tandis que Maserati et les archives liées au projet évoquent une capacité proche de 300 km/h. Faute de mesure chronométrée de référence permettant de trancher entre ces chiffres, il est plus exact de considérer les presque 300 km/h comme une performance annoncée plutôt que comme un résultat d’essai vérifié.

Fiche technique de la Maserati Boomerang

CaractéristiqueDonnée
TypeConcept-car, coupé 2 places
Première apparition1971, maquette au Salon de Turin
Prototype fonctionnel1972, Salon de Genève
DesignerGiorgetto Giugiaro
RéalisationItaldesign
ArchitectureMoteur central arrière longitudinal, propulsion
MoteurV8 atmosphérique à 90 degrés
Cylindrée4 719 cm3
DistributionDouble arbre à cames en tête par rangée de cylindres
Alimentation4 carburateurs Weber double corps
Puissance310 ch
CoupleEnviron 460 Nm à 4 200 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports
SuspensionsRoues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
DirectionÀ crémaillère
FreinsDisques ventilés aux quatre roues
LongueurEnviron 4 342 mm
Largeur1 860 mm
Hauteur1 070 mm
Empattement2 600 mm
Vitesse maximale annoncéeProche de 300 km/h
Production1 prototype fonctionnel

Un exemplaire unique devenu voiture de collection

Après Genève, la Boomerang poursuit une carrière de voiture d’exposition et apparaît dans plusieurs manifestations européennes, notamment à Paris, Londres et Barcelone. Après le Salon de Barcelone de 1974, le prototype quitte progressivement le circuit des salons automobiles et passe entre les mains de propriétaires privés. L’exemplaire survivant est généralement identifié par le numéro de châssis 081.

La voiture est ensuite retrouvée et restaurée. En 1990, elle réapparaît au concours de Bagatelle à Paris, où Giorgetto Giugiaro appose sa signature sur sa carrosserie. Sa trajectoire devient alors celle d’une pièce de collection à part entière, présentée lors de concours d’élégance et de manifestations consacrées au design automobile.

La Boomerang passe également plusieurs fois en vente publique. Son statut est consacré en septembre 2015 lors d’une vente Bonhams organisée à Chantilly, où elle est adjugée 3,335 millions d’euros. Ce montant ne peut évidemment pas être rapproché d’un prix neuf d’époque : la voiture n’a jamais figuré au catalogue Maserati et n’a jamais été proposée comme modèle de série.

La Boomerang dans l’histoire des concepts Maserati

La Boomerang occupe une position particulière parce qu’elle combine deux identités. Techniquement, elle appartient à l’univers Maserati du début des années 1970 grâce à son châssis et à son V8. Stylistiquement, elle est surtout l’expression des recherches d’Italdesign et de Giugiaro. Cette dualité la différencie d’un coupé de série contemporain comme la Maserati Khamsin, dont la carrosserie répondait à des contraintes de commercialisation et d’utilisation quotidienne beaucoup plus concrètes.

Maserati a continué, à différentes périodes, à associer son nom à des études destinées à explorer de nouvelles orientations stylistiques plutôt qu’à annoncer immédiatement une voiture de série. La Maserati Birdcage 75th, dévoilée plusieurs décennies plus tard avec Pininfarina, illustre à son tour cette liberté propre aux concept-cars, avec des solutions formelles très éloignées d’un modèle de production conventionnel.

La Maserati Alfieri Concept montre une autre fonction possible de l’exercice : utiliser un prototype pour définir un langage esthétique susceptible d’influencer les futures Maserati. La Boomerang se situe dans une logique différente. Elle n’a pas donné naissance à une Maserati de série reprenant directement son dessin, mais son traitement radical du coin, des surfaces vitrées et de l’habitacle en fait un témoin particulièrement pur des recherches de Giugiaro au tournant des années 1970.