Lotus 3-eleven

Lotus 3-eleven

Présentée au Festival of Speed de Goodwood en juin 2015, la Lotus 3-Eleven pousse la philosophie de légèreté de la marque britannique jusqu’à une formule presque entièrement dédiée au pilotage. Pas de toit, pas de portes conventionnelles et seulement un petit saute-vent devant le cockpit : cette barquette à moteur central associe une masse inférieure à une tonne à un V6 3,5 litres compressé. Lotus la décline en deux configurations principales, Road et Race, dont les caractéristiques diffèrent sensiblement.

La 3-Eleven est assemblée à Hethel, dans le Norfolk, et porte le Type 123 dans la nomenclature Lotus. Sa production débute en 2016 après la présentation de 2015. À son lancement, elle représente l’une des expressions les plus radicales du principe cher à Lotus : obtenir les performances par la réduction de masse, la qualité du châssis et l’efficacité aérodynamique plutôt que par la seule augmentation de puissance.

De la 2-Eleven à une barquette animée par un V6

La filiation de la 3-Eleven passe directement par la Lotus 2-Eleven, autre sportive dépouillée développée pour rapprocher autant que possible une voiture de série d’une machine de circuit. La nouvelle venue reprend cette recette mais change d’échelle : son quatre-cylindres laisse place au V6 compressé de 3 456 cm3 employé dans plusieurs Lotus contemporaines.

Cette idée d’une Lotus ouverte et réduite à l’essentiel est toutefois beaucoup plus ancienne. La dénomination rappelle notamment la Lotus Eleven de compétition des années 1950, tandis que la Lotus 340R avait déjà réinterprété le concept à la fin des années 1990 avec une carrosserie spectaculaire et un équipement minimaliste.

La première 3-Eleven dévoilée en 2015 est annoncée à 450 hp, soit 456 ch, pour moins de 900 kg dans sa configuration Race. Ces valeurs correspondent toutefois au programme de développement et ne doivent pas être confondues avec les spécifications commerciales définitives. Pour la production, Lotus distingue une Road de 410 hp, soit 416 ch, et une Race portée à 460 hp, soit 466 ch.

Road et Race, deux interprétations de la 3-Eleven

La 3-Eleven Road constitue la déclinaison destinée à pouvoir quitter le circuit. Son V6 délivre 410 hp et entraîne les roues arrière par une boîte manuelle à six rapports. Elle dispose d’un différentiel Torsen à glissement limité et affiche une masse à sec annoncée de 925 kg. Le rapport poids-puissance explique des performances très élevées sans nécessiter la puissance d’une supercar traditionnelle.

La Race va nettement plus loin. Le même V6 atteint 460 hp et la boîte manuelle est remplacée par une transmission séquentielle à six rapports commandée par palettes. La voiture reçoit également des équipements de sécurité et de compétition spécifiques, ainsi qu’une configuration aérodynamique plus agressive. Sa masse à sec descend à 890 kg.

Cette distinction explique une partie des chiffres contradictoires associés à la 3-Eleven. Dans ses spécifications de production, Lotus annonçait un 0 à 60 mph en 3,3 s pour la Road et 2,9 s pour la Race, avec respectivement 280 et 290 km/h en vitesse maximale. Des documents de présentation de 2015 donnent des valeurs différentes, notamment pour les vitesses de pointe : ils correspondent à une définition antérieure à la finalisation des deux variantes.

Un châssis Lotus débarrassé du superflu

Sous sa carrosserie composite, la 3-Eleven reste fidèle à la construction moderne de Lotus avec une structure reposant sur des profilés d’aluminium extrudés et collés. Cette technologie, devenue emblématique avec la Lotus Elise, permet d’obtenir une cellule rigide sans recourir à une lourde coque traditionnelle en acier.

Le moteur est installé transversalement en position centrale arrière. Le V6 Toyota 2GR-FE de 3 456 cm3 est associé à un compresseur et à un refroidissement intermédiaire eau-air dans sa configuration Lotus. Cette mécanique appartient à la même grande famille que celle utilisée par les sportives V6 de Hethel, notamment la Lotus Exige S3, mais son intégration dans une barquette aussi légère transforme profondément le rapport entre puissance, masse et réactions du châssis.

Les trains roulants utilisent des doubles triangles indépendants aux quatre roues, avec ressorts Eibach et amortisseurs Öhlins réglables. Une barre antiroulis avant réglable complète l’ensemble. Le freinage est confié à des étriers AP Racing à quatre pistons mordant des disques ventilés et rainurés de 332 mm aux quatre roues, avec un ABS Bosch calibré pour la voiture.

Les jantes forgées reçoivent des pneus de 215/40 ZR18 à l’avant et 275/30 ZR19 à l’arrière. Selon la configuration, Lotus a notamment employé des Michelin Pilot Super Sport ou Pilot Sport Cup 2. Cette différence de diamètre entre les deux essieux contribue à la silhouette caractéristique de la 3-Eleven, très basse à l’avant et visuellement dominée par son train arrière.

Fiche technique de la Lotus 3-eleven

Caractéristique3-Eleven Road3-Eleven Race
Architecture moteurV6 essence compresséV6 essence compressé
Cylindrée3 456 cm33 456 cm3
ImplantationCentrale arrière transversaleCentrale arrière transversale
TransmissionPropulsionPropulsion
Puissance410 hp, 416 ch à 7 000 tr/min460 hp, 466 ch à 7 000 tr/min
Boîte de vitessesManuelle 6 rapportsSéquentielle 6 rapports avec palettes
DifférentielTorsen à glissement limitéÀ glissement limité
StructureAluminium extrudé et colléAluminium extrudé et collé
CarrosserieCompositeComposite
Suspension avantDoubles triangles, Eibach et Öhlins réglablesDoubles triangles, Eibach et Öhlins réglables
Suspension arrièreDoubles triangles, Eibach et Öhlins réglablesDoubles triangles, Eibach et Öhlins réglables
FreinsAP Racing 4 pistons, disques 332 mmAP Racing 4 pistons, disques 332 mm
Pneus avant215/40 ZR18215/40 ZR18
Pneus arrière275/30 ZR19275/30 ZR19
LongueurEnviron 4 120 mmEnviron 4 120 mm
LargeurEnviron 1 860 mmEnviron 1 860 mm
HauteurEnviron 1 200 mmEnviron 1 200 mm
Masse à sec925 kg890 kg
0 à 60 mph3,3 s2,9 s
Vitesse maximale280 km/h290 km/h

Une carrosserie dictée par l’aérodynamique

La 3-Eleven ne ressemble pas simplement à une sportive dont on aurait retiré le toit. Sa carrosserie est conçue autour d’un cockpit entièrement ouvert, de passages de roues très marqués et de volumes destinés à canaliser l’air. Le conducteur est protégé par un petit déflecteur plutôt que par un pare-brise conventionnel, tandis que l’arceau reste clairement visible derrière les sièges.

L’avant très bas est creusé de larges prises d’air et complété par un splitter. À l’arrière, l’aileron et le diffuseur participent directement à la stabilité à haute vitesse. La Race adopte une configuration plus poussée, notamment avec un splitter plus développé et un aileron réglable. Lotus annonçait jusqu’à 215 kg d’appui aérodynamique à 240 km/h pour cette version, contre environ 150 kg pour la Road.

L’habitacle suit la même logique. L’instrumentation et les commandes sont réduites aux fonctions nécessaires à la conduite, et le siège passager pouvait céder sa place à un couvre-tonneau. La carrosserie composite et la suppression de nombreux éléments habituels d’une automobile expliquent comment la 3-Eleven conserve une masse aussi basse malgré son V6, son compresseur, ses gros freins et ses équipements de sécurité.

Développement sur circuit et performances à Hethel

Lotus Motorsport a largement utilisé la piste pendant la mise au point. Le programme a notamment conduit la 3-Eleven sur la Nordschleife du Nürburgring, où plus de 2 000 km d’essais ont été effectués. Le pilote Marc Basseng estimait qu’un tour sous les sept minutes était envisageable dans de bonnes conditions. Aucun tour officiel réalisé sur piste fermée n’est toutefois venu homologuer cette estimation.

À Hethel, le constructeur annonçait initialement un temps de 1 min 22 s pendant le développement. La Race définitive a ensuite été créditée de 1 min 19,5 s sur la piste d’essais Lotus. Au-delà du chrono lui-même, cette progression illustre le travail effectué entre la voiture dévoilée à Goodwood et la définition commercialisée en 2016.

La production avait été annoncée comme limitée à un maximum de 311 voitures, chiffre faisant directement écho au nom du modèle. Cette limite théorique est parfois reprise comme si les 311 exemplaires avaient effectivement été construits. Les archives historiques publiées ultérieurement par Lotus indiquent cependant seulement 113 exemplaires de 3-Eleven originale, auxquels s’ajoute séparément une petite série de 3-Eleven 430.

La 3-Eleven 430 et la fin de la lignée

La 3-Eleven connaît une dernière évolution avec la 3-Eleven 430, dévoilée en 2018. Il s’agit d’une version distincte de la voiture originale et ses caractéristiques ne doivent donc pas être utilisées pour décrire indistinctement toutes les 3-Eleven. Elle porte notamment la puissance du V6 à 430 bhp et bénéficie de nouvelles optimisations aérodynamiques et mécaniques.

Cette ultime variante améliore encore le comportement sur la piste maison de Hethel, Lotus annonçant un gain de deux secondes par rapport à la précédente 3-Eleven. Elle clôt ainsi une famille très particulière dans la gamme de la marque : une voiture produite en très petite quantité, construite autour d’un châssis léger et d’un V6 compressé, mais débarrassée d’une grande partie des concessions qui séparent normalement une sportive routière d’une machine de circuit.